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mardi 17 octobre 2017

Le destructeur d'espoir

Ce message a été découvert sur un de nos forums partenaires, aujourd'hui à l'abandon. L'auteur ne s'est plus jamais manifesté depuis.

Salut, je suis nouveau sur ce forum, et je viens de faire mon topic de présentation. Si je fais celui-là dans la section divers, c’est pour une raison particulière. En fait je viens vous mettre en garde. Ça fait maintenant plusieurs mois que je suis (du verbe suivre) votre site, et je l’apprécie. Cependant j’avais l’intention de rester lecteur. Si je me suis inscrit, c’est dans l’unique but de créer ce topic (du coup vous risquez de ne plus trop me croiser, mais ça ne veut pas dire que je vais afk, hein ;)  ).

Pour commencer, je vais vous raconter une histoire. C’est l’histoire d’une bande d’amis qui décident de partager leur passion commune sur internet. Voyez-vous, ces jeunes gens étaient fans d’exploration urbaine. Souvent ils organisaient des sorties urbex, et se retrouvaient vers 22h sur leur nouveau terrain de jeu. Ils visitaient toujours de nuit, pour plus de discrétion et de frissons. Avec le temps, ils commençaient à réaliser des clichés saisissants de leurs escapades, et eurent l’idée de les mettre sur un blog. Ce qui n’était au départ qu’un petit projet se mua vite en une activité chronophage. Leur site commençait à avoir des visiteurs. Ceux-ci étant de plus en plus nombreux, les amis décidèrent donc d’ouvrir un forum pour pouvoir interagir avec eux et leur permettre de publier leurs propres photos. En quelques années, leur blog devint le plus important du pays en la matière. Je pourrais finir en disant qu’ils  vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, mais ce serait mentir. Un drame se profilait, sans que personne n’y fasse attention.

Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, les fondateurs du forum avaient de plus en plus de travail. Un des administrateurs quitta même son travail, décidant de consacrer tout son temps au site (je vous rassure, sa compagne touchait suffisamment pour leur permettre de vivre confortablement sans qu’il ne touche de salaire). Mais un jour, sans que personne ne l’aperçoivent, il est arrivé. Au début personne n’y faisait attention, ce n’était qu’un excentrique de plus. Pourtant l’ambiance générale glissa lentement vers une anarchie furieuse. Des utilisateurs changèrent subversivement de personnalité, il y avait de plus en plus de dispute sur la chatbox, et des anonymes venaient copier le comportement de l’inconnu. Le site devint rapidement désagréable, et la difficulté croissante à le gérer n’arrangea pas ses créateurs, qui se mirent tous sous antidépresseurs. À chaque nouvelle publication, il n’y avait plus en retour que des insultes et des menaces. Face à ce fléau inexplicable, la décision fut prise de fermer ce site qui leur tenait tant à cœur.

J’aurais dû me méfier à l’époque, c’est vrai que je l’avais senti que quelque chose allait mal. Mais ce n’est que quand j’appris la mort de mon meilleur ami, celui qui avait tout quitté pour se consacrer à notre projet, que je réalisai mon erreur. Notre erreur. Il s’était suicidé de dépit. Sa moitié était inconsolable. J’eus beaucoup de mal à m’en remettre, et votre site m’a beaucoup aidé à ce niveau.

Mais aujourd’hui j’ai peur. J’ai peur de vous avoir condamnés. Il m’a suivi. Le monstre qui a détruit mon ami et nos espoirs communs. Un commentaire de la dernière publication est signé de son nom.


Rabadu est arrivé.

Blague mise à part, la prochaine publication sera un communiqué de l'équipe, qui a également été envoyé en interne. Ne le manquez surtout pas.

vendredi 13 octobre 2017

Interférences macabres

J'aimerais vous parler d'une petite anecdote dont j'ai entendu parler durant un de mes voyages. Je rencontre souvent des gens d'horizons très variés grâce au couchsurfing et aux auberges de jeunesse notamment, ce qui me permet de découvrir des histoires parfois très intéressantes. Cette fois-là, c'était avec un Américain venu de l'Oregon que je discutais pendant une petite soirée avec d'autres voyageurs dans la salle commune de l'endroit où j'avais jeté mon dévolu pour quelques nuits. On a eu des sujets de conversation très variés, pas mal sur la santé car il étudiait dans ce domaine, et on a fini par dériver sur les effets des nouvelles technologies sur l'organisme. On a plaisanté sur le fait que certaines personnes étaient persuadées que les mauvaises ondes des téléphones et des télévisions nous mangeaient le cerveau et que les jeunes générations allaient finir amorphes à quarante ans, puis il m'a demandé si je voulais entendre une histoire un peu plus sérieuse à ce propos qu'il n'avait jamais réussi à s'expliquer. Bien évidemment, il a eu toute mon attention.

Les évènements qu'il m'a décrits prennent place dans les années 90, et ne semblent pas avoir de rapport à qui ne creuse pas beaucoup. En effet, une partie se déroule dans sa région natale, et l'autre en Chine, ce qui n'est pas la porte à côté. De plus, trop peu de gens ont été impliqués pour que ça fasse grand bruit (quoique c'est plus difficile à dire pour la Chine à cause du contrôle des médias, mais il est probable qu'on ne pourrait pas trouver grand-chose de ce côté même en maîtrisant la langue). Le peu qu'il m'a raconté, m'a-t-il dit, vient des maigres informations rassemblées par sa famille après qu'un de ses membres a été touché.

L'histoire commence dans une société chinoise peu connue en Occident, mais qui occupe une place plutôt importante sur le marché chinois des téléviseurs : Changhong. La société a été fondée en 1958, et a même été le premier fournisseur du pays pendant une certaine période. Quoi qu'il en soit, le seul dénominateur commun qui a pu être trouvé entre tous les évènements rapportés en Oregon, c'est un bête produit de cette fameuse entreprise. Mais personne n'a fait le lien au début, évidemment. Est-ce qu'il s'agissait d'un seul lot ou de toute la production, c'est difficile à dire, mais les postes incriminés provenaient tous d'un même magasin : le Newegg de Portland, ce revendeur ayant développé un partenariat avec le fabricant chinois.

Peu de temps après la mise en vente, il y a eu une hausse du nombre de consultations pour des migraines, un classique. Les herboristes locaux en ont eu pour leur argent, car les médicaments prescrits par les médecins n'avaient aucun effet. Pas que leurs remèdes de grand-mère aient changé quoi que ce soit, cela dit. Mais jusque là, il n'y avait rien d'alarmant, et puis beaucoup d'autres causes auraient pu être pointées du doigt. Là où ça a commencé à être étrange, c'est quand on a commencé à admettre des gens en hôpital psychiatrique à cause de comportements violents et de propos incohérents. Chez certains, ça se manifestait assez tard, pour d'autres ça commençait très peu de temps après les migraines, mais dans tous les cas on en trouvait régulièrement en train de massacrer leur poste de télévision en criant qu'il était un instrument du démon et que "c'était de leur faute s'il était entré."

Peu de gens y faisaient réellement attention, car à l'époque, la croyance populaire que les ondes perturbaient le cerveau était plus tenace, et ça faisait une bonne excuse pour dire aux enfants de ne pas passer trop de temps devant la télévision, sans compter qu'on en entendait parler surtout par le bouche-à-oreille et que ce qu'on en disait demeurait assez flou. Les seuls qui en savaient réellement quelque chose étaient ceux qui observaient un proche sombrer dans cet état. Apparemment, ceux qui se plaignaient de migraines avaient aussi de sérieux problèmes avec le téléviseur. Au début, ils disaient simplement qu'il fonctionnait mal, qu'il y avait souvent des interférences, mais cela ne se produisait jamais lorsque d'autres personnes étaient avec eux. Le fait de ne pas être crus les rendait petit à petit agressifs, et dans le même temps ils semblaient commencer à avoir des hallucinations, car ils affirmaient que quelqu'un les observait à travers le poste, et qu'ils pouvaient voir son visage lorsque les interférences reprenaient. La crise de nerf contre le poste finissait par arriver peu de temps après, assurant un internement immédiat pour éviter davantage de dégâts.

Cette situation n'a duré qu'une dizaine de jours avant que quelqu'un n'intervienne. On a envoyé des employés d'une société privée récupérer tous les postes de télévision du modèle cité au-dessus, alors que peu de gens voyaient le rapport, mais l'argent qu'on leur a donné pour faire oublier l'incident a permis d'éviter les questions. On leur a simplement dit qu'un élément défectueux de l'écran avait causé l'affichage d'images subliminales qui affectaient seulement les personnes les plus fragiles. Cette explication était franchement bancale, mais comme dit plus haut, des mesures avaient été prises pour éviter les curieux. Le rétablissement des personnes affectées avait par ailleurs été promis, et, effectivement, tous ceux qui avaient été internés ont pu rentrer chez eux quelques jours plus tard. Ils ne se souvenaient que d'avoir été malades, et qu'ils avaient guéri suite à une injection prescrite par un médecin venant de l'extérieur.

Bien sûr, si l'argent permettait de faire taire la majorité, il y avait toujours ceux qui voulaient quand même des explications et trouvaient la version officielle louche. Le père de mon ami en faisait partie, et voulait absolument découvrir ce qui était réellement arrivé à son frère, alors même que ce dernier, comme tous les autres, avait accepté l'idée qu'il avait simplement été malade. Il s'est rendu à Newegg pour poser des questions sur les postes de télévision et leur provenance, mais on l'a bien sûr gentiment raccompagné à la sortie. Par chance, il a retrouvé le mode d'emploi du téléviseur dans des papiers qui traînaient dans la maison de ses parents, chez qui il habitait encore, et a pu y trouver le nom de la société Changhong, à laquelle il s'est empressé d'écrire un e-mail. Comme il ne recevait pas de réponse, il a persévéré, mais il a rapidement arrêté de s'acharner quand il a reçu la seule réponse qu'il a jamais reçu par rapport à cet incident : une enveloppe en papier kraft dans sa boîte aux lettres.


Mon ami m'a assuré que son père lui a montré ladite enveloppe, ainsi qu'une des feuilles qu'on y avait glissées. Elle ne comportait rien d'autre que ces mots, en lettres capitales : "arrêtez de chercher." Il n'a pas voulu montrer le reste, et la seule chose qu'il a bien voulu dire à ce propos était qu'il "avait bien compris la leçon, et qu'il ne savait pas avec quoi ces foutus Chinois avaient joué, mais que tout le monde pouvait s'estimer heureux qu'ils aient compris qu'ils allaient trop loin et que la situation de l'Oregon ait été réglée avant d'arriver au point de non-retour." Ce que la deuxième partie de la phrase signifiait était loin d'être clair, mais l'Américain m'a dit qu'il avait la sensation que ça s'était déjà produit ailleurs, et que des choses bien pires étaient arrivées, quoiqu'il se figurait difficilement ce qui pouvait être si grave qu'une simple enveloppe avorte les recherches de son père.

Je n'ai pas vraiment su quoi répondre, surtout parce qu'il ne m'avait pas donné l'impression d'inventer quoi que ce soit. J'ai fini par dire qu'il y avait beaucoup de choses qu'on ne savait pas, et on a ensuite essayé d'imaginer quel élément de téléviseur aurait bien pu faire disjoncter autant de gens, sans que ça n'affecte également tout le monde, ainsi que ce qui avait bien pu être injecté aux gens internés et ses effets. On a fini par parler d'autre chose, mais une autre question m'est restée en tête : quoi, ou qui était apparu dans les interférences ? Car si tout est vrai, une hallucination collective de cette envergure me parait absolument impossible. Et dans ce cas, je pense que cette chose, quelle qu'elle soit, pourrait être bien plus inquiétante que quelques menaces d'anonymes, car si une simple société de fabricants d'électronique a pu la mettre au contact d'autant de monde, qui sait par quels autres moyens elle pourrait se manifester ?


lundi 9 octobre 2017

SAR (Partie 6)

Ça fait bien trop longtemps depuis mon dernier message, et j’en suis vraiment désolée. J’ai aussi eu un peu de mal avec les nouveaux paramètres de formatage de texte sur la board, mais je m’en suis sortie. Les prochaines histoires vont donc être postées d’une manière un peu différente ! Elles seront dans l’ordre chronologique, et je ferai le maximum pour les enchaîner autant que je peux pour éviter d’omettre trop d’éléments.

Quand j’ai commencé à travailler, personne ne m’avait parlé du job en termes de choses bizarres qui pourraient arriver. Je suppose que c’est principalement pour éviter que je ne flippe et abandonne le parc. Mais après quelques mois dans mon service, alors que j’étais toujours une bleue, un ami et moi étions saouls à une fête, et il a laissé filtrer quelques infos : 

« Ouais, ça peut devenir un peu dingue ici, je suppose. Je crois que le pire, c’est quand les gens meurent alors que ça ne devrait pas être possible, tu vois ce que je veux dire ? Ou alors quand on les trouve mort dix minutes à peine après que quelqu’un nous dise les avoir vu pour la dernière fois. « Ils allaient bien quand je les ai fait prendre cette route, je vous le jure ! » Ce genre de conneries. Genre, regarde ce gars que j’ai retrouvé un printemps sur une piste très populaire. Quelqu’un arrive dans la base en hurlant à propos d’un mec étendu au milieu du chemin dans une mare de sang géante. Alors on y accourt, et on le trouve bel et bien mort. Et c’est bien ce qu’il est censé être, vu que l’arrière de son crâne ressemble à de la purée. Le crâne est réduit en miettes, la cervelle en sort comme d’un gâteau fourré à la crème, et le gars est âgé, donc on se dit que ouais, il est probablement tombé et s’est cogné la tête. Les personnes âgées tombent tout le temps, ce n’est pas nouveau. Sauf que la zone où il est tombé n’a PAS le moindre gros rocher. Il n’y a même pas de souche ou de grosse branche. Et pour couronner le tout, il n’y a pas de traînée de sang, donc il est forcément mort là où on l’a trouvé.
C’est là que tu commences à imaginer un meurtre, mais il y avait des gens avec lui à peine plus loin. Si quelqu’un s’était approché par derrière et l’avait assassiné, ça aurait été totalement impossible qu’on ne l’entende pas. Et encore une fois, même si ça avait été le cas, il y aurait eu une traînée de sang répandue tout autour. Mais tout le monde sur place a dit que ça avait été exactement comme s’il était tombé et s’était fendu le crâne sur une pierre. Alors, putain, sur quoi il s’est frappé la tête ? 
Et puis il y a cette femme que j’ai trouvée dans un autre parc il y a environ cinq ans, à l’époque où j’étais dans le nord. On l’a trouvée au milieu d’un bosquet de gros genévriers, enroulée autour du tronc, comme si elle lui faisait un câlin. On l’attrape pour la bouger, et une vraie cascade sort de sa bouche en trempant mes pompes. Ses vêtements sont secs, ses cheveux sont secs, mais la quantité d’eau qu’on a trouvée dans ses poumons et son estomac était phénoménale. C’était complètement irréel, sérieux. L’analyse du médecin légiste ? Ça dit que la cause de la mort était la noyade. Ses poumons étaient complètement remplis d’eau. Ça, même si on était en plein milieu du désert, et il n’y a pas le moindre point d’eau sur plusieurs kilomètres. Pas de flaque d’eau, que dalle. Pas de trace de qui que soit d’autre à cet endroit. Je veux dire, ouais, c’est possible qu’on les ait butés. Mais pourquoi sortir des sentiers battus à ce point et le faire comme ça ? Pourquoi ne pas simplement les poignarder et basta ? Je n’en ai aucune idée, ça me perturbe juste. »

Bien sûr, ça m’a fait un peu flipper. Mais on était complètement ivres, et je pense que je l’ai juste considéré comme un hasard extraordinaire. Je me suis aussi dit qu’il y avait un peu d’exagération là-dedans, vu que, voilà, on était bourrés.

Ensuite, je dois dire que je n’aime pas trop parler de l’affaire suivante. C’en était une vraiment horrible, et j’ai fait de mon mieux pour l’oublier, mais c’est bien sûr plus facile à dire qu’à faire. C’est arrivé environ six mois après ma conversation avec mon ami au bar, et jusqu’à cette époque il ne m’était rien arrivé de particulièrement étrange. Deux ou trois trucs par-ci par-là, et bien sûr les escaliers, mais c’est incroyablement facile de s’habituer à ce genre de choses quand on les traite comme si c’était normal. Ce cas-là était un peu différent.

Un gars d’une vingtaine d’année, atteint de trisomie 21, a disparu après que sa famille a perdu sa trace sur une des pistes principales. C’était déjà bizarre en soi, parce que ce garçon ne quittait jamais sa mère d’une semelle. Elle était totalement convaincue qu’il avait été kidnappé, et malheureusement un ranger qui ne fait plus partie du parc a insinué que personne ne risquait de kidnapper qui que ce soit… eh bien, avec ce genre de handicap. Ça manquait de tact, c’est le moins qu’on puisse dire. On a perdu beaucoup de temps à essayer de la calmer suffisamment pour obtenir des informations sur lui, et ensuite on a lancé un avis de recherche officiel. À cause de la gravité de la situation, étant donné qu’il était incapable de se débrouiller tout seul, on a fait appel à la police locale pour nous apporter de l’aide. On ne l’a pas retrouvé la première nuit, ce qui était vraiment affligeant. Aucun d’entre nous ne voulait l’imaginer seul, dehors. On s’est dit qu’il avait continué à se promener, et qu’il avait juste un peu d’avance sur nous. 

On a fait venir les hélicos le jour suivant, et ils l’ont retrouvé dans un petit canyon. J’ai aidé à l’en sortir, mais il était mal en point, et je pense qu’on savait tous qu’il n’allait pas s’en sortir. Il était tombé et s’était brisé la colonne vertébrale, et ne pouvait plus sentir le bas de son corps. Il s’était aussi cassé ses deux jambes, une au niveau du fémur, et il avait perdu beaucoup de sang. Il avait été désorienté et terrorisé alors qu’il était dehors, il avait donc probablement aggravé ses blessures en se traînant un peu plus loin. 
Je sais que ça paraît stupide, mais alors que nous étions dans l’hélico, je lui ai demandé pourquoi il s’était éloigné. Je voulais simplement quelque chose à dire à sa mère, pour pouvoir lui dire que ce n’était pas sa faute, parce qu’il perdait pied avec la réalité à une vitesse alarmante, et je ne pensais pas qu’elle aurait l’occasion de lui poser la question elle-même. Il pleurait et a dit quelque chose à propos du « petit garçon triste » qui voulait qu’il vienne jouer avec lui. Il a dit que le petit garçon voulait « faire un échange » pour qu’il puisse « rentrer chez lui. » Il a ensuite fermé les yeux, et lorsqu’il les a rouverts, il était dans le canyon. Je ne suis pas sûre que ce soit exactement ce qu’il a dit, mais c’est ce que je pensais être l’idée générale. Il continuait de pleurer, demandant où était sa maman, et je tenais sa main en essayant de le faire garder son calme. « Il faisait froid là-bas. » Il n’arrêtait pas de dire ça. « Il faisait froid là-bas. Mes jambes étaient gelées. Il faisait froid là-bas. Il fait froid à l’intérieur de moi. » 
Il s’affaiblissait de plus en plus, alors je lui ai demandé d’arrêter de parler, et il a fermé ses yeux pendant un moment. Ensuite, alors qu’il ne restait plus que cinq minutes jusqu’à l’hôpital, il m’a regardée droit dans les yeux, avec de grosses larmes qui roulaient sur ses joues, et a dit « Maman ne me verra plus. J’aime ma maman, je souhaiterais qu’elle soit là. » Et il a fermé les yeux et… il ne s’est juste jamais réveillé. C’était horrible, et je n’aime pas parler de ça. Ce cas est un des premiers qui m’ont réellement choquée.

Ça m’a tellement affectée que j’ai pris contact avec un ranger expérimenté, qui s’est retrouvé à m’aider à m’en remettre. Comme le temps passait et qu’on a appris à mieux se connaître, il a fini par me partager une de ses propres histoires. C’était perturbant, mais ça m’aidait de savoir que je n’étais pas la seule qui était affectée par les évènements qui se produisaient. 

« Je pense que ça s’est produit avant que tu n’arrives ici, parce que je suis sûr que si tu avais été là, tu t’en rappellerais. Je sais que, pour une raison ou pour une autre, ça n’a pas été raconté aux infos, mais je pense que tous ceux qui sont là depuis suffisamment longtemps en ont entendu parler. Le parc a vendu une portion de terrain à une entreprise d’abattage, ça avait vraiment été une décision controversée. Mais cette parcelle n’était pas si grande ou ancienne, et c’était juste après la récession, alors on avait terriblement besoin d’argent. 
En tout cas, ils étaient en train de couper les arbres sur cette parcelle, et on a reçu un coup de fil comme quoi ils avaient besoin de voir nos responsables immédiatement. Je ne sais pas pourquoi, mais au final ils m’ont envoyé avec quelques autres gars pour accompagner les chefs, je suppose pour l’effet du nombre, pour voir ce qui se passait. On arrive là-bas, et ils sont tous rassemblés autour d’un arbre qu’ils viennent juste d’abattre. Ils sont tous furieux et un peu en train de flipper, et le contremaître vient nous voir et dit qu’il veut savoir ce qu’on croit qu’on est en train de faire. « Qu’est-ce que vous croyez que c’est, bordel, une putain de blague ? Vous en avez une sacrée paire de faire ça, on a acheté ce terrain honnêtement ! » 
Évidemment, on ne sait pas de quoi il parle, alors il nous amène jusqu’à cet arbre et le pointe du doigt et nous dit que quand ils l’ont coupé, tout était exactement comme ça, et que le diable les emporte si c’était eux qui l’avaient mis à l’intérieur. L’intérieur de l’arbre était tout moisi et creux à un endroit, et quand ils l’ont coupé ça a révélé ce petit compartiment, et à l’intérieur il y a une main. Genre, une main tranchée nettement. Et on dirait qu’elle a fusionné avec l’intérieur de l’arbre. Alors à ce moment on pense que c’est EUX qui sont en train de se payer notre tête, et on leur dit qu’on n’aime pas trop se faire arnaquer comme ça, et on commence à s’en aller, mais ils nous disent qu’ils ont déjà appelé les flics, et qu’ils iront directement voir les médias si on ne reste pas. Ça a retenu l’attention des chefs, alors ils restent et ils parlent à la police. 
Tout le monde dément avoir mis la main dans le tronc, et en plus, comment est-ce que qui que ce soit ce serait débrouillé ? C’est clairement une vraie main, mais elle n’est pas momifiée, et ce n’est pas juste les os. Elle est toute fraîche, elle n’est probablement même pas vieille d’un jour. Et elle fait bien partie du tronc, on peut voir qu’elle en sort. Les bûcherons insistent qu’ils ne l’ont pas mise là. D’une manière ou d’une autre, cette main humaine s’est retrouvée à l’intérieur de cet arbre vivant et a fusionné avec. Les flics ont fait couper cette portion de l’arbre pour pouvoir la déplacer. Puis ils ont embarqué la main et la zone a été bouclée. Il y a eu une grosse enquête, mais je sais qu’ils n’ont rien trouvé. Maintenant c’est devenu une légende, et de ce que je sais, on n’a plus jamais vendu aucune portion de terrain pour l’abattage. »

Comme vous le savez, je suis allé à un stage de formation récemment, et j’y ai entendu des trucs incroyables et horribles. Un des gars à qui j’ai parlé quand j’étais là-bas m’a raconté une histoire quand nous étions tous autour du feu de camp un soir. On était tous les deux pas mal ivres, vous allez finir par penser que c’est une habitude, et on s’est échangé des histoires. Il m’a raconté celle-ci : 

« Un autre mec et moi étions sur le terrain parce que des campeurs avaient rapporté avoir entendu des hurlements pendant la nuit. Alors on va là-bas pour chercher le putain de puma qui se serait aventuré dans la zone, et ça m’énerve. On en a eu trois qui se sont pointés dans les zones de camping seulement cette année, et j’en ai marre de devoir en permanence m’en occuper. En plus, je ne les aime pas de toute façon. Ils sont hyper casse-couilles et ils sont hyper bruyants et ils me font grave flipper. Saloperies de chats. Bestioles de merde. Je râle contre eux et me plains au gars qui est avec moi, et il pense qu’il doit vraiment y avoir une meute. 
Et on voit plein de banches cassées et ce qui ressemble à des tanières, et on est quasiment sûrs de là où la bestiole est allée. J’appelle et ils me demandent de confirmer si possible, et tu sais que ça veut dire qu’ils veulent que tu marches dans un tas de merde et que tu te serves de ça comme preuve. Cela dit, je n’en vois pas un seul, alors je leur dis d’aller se faire voir et que j’en ai fini avec ça. On sait que ce truc est dans les parages, quelque part, même si je ne mets pas le pied dans ses déjections ou que je ne tombe pas face à sa gueule, ou je ne sais quoi. Le mec avec qui je suis s’éloigne pour aller pisser ou faire ce qui lui chante, et je reste derrière à observer ce petit tunnel sous un arbre pour voir si, peut-être, un renard ou autre chose ne vivrait pas dedans, parce que je kiffe les renards. Ils sont méga adorables. 
En tout cas, je regarde cet arbre et je commence à entendre les branches craquer, et ça vient de l’opposé de la direction dans laquelle est allé mon partenaire. Alors bien sûr j’ai mon flingue, mais toi comme moi savons que ça ne va rien faire face à un de ces félins. Je le charge et je gueule à mon pote de ramener son cul, mais il est trop loin et ne peut pas m’entendre. Je me lève et regarde vers l’endroit d’où la chose vient, et je ne te raconte pas de conneries, je me suis presque pissé dessus. Il y a ce gars qui vient vers moi, et il se déplace en faisant des sauts périlleux en arrière entre les arbres. Genre, au lieu de marcher, il ne fait que ces putains de sauts périlleux de taré, et je jure devant Dieu qu’il a évité toutes les souches et les buissons sur son chemin, c’est comme s’il savait exactement où il mettait les pieds. Je crie à ce gars de s’arrêter là où il est, que je pointe un flingue dans sa direction, mais il continue à s’approcher, et je n’ai pas pu m’en empêcher. J’ai tiré dans la terre devant lui, et c’était complètement débile de faire ça, mais sérieux, je ne voulais pas ce gars où que ce soit à proximité de moi. 
Quand j’ai tiré, il était à moins d’une cinquantaine de mètres de moi, et au moment où le coup part, il fait un tour sur lui-même et repart dans l’autre sens, en faisant des sauts périlleux vers les bois. Mon partenaire entend mon tir et revient à la hâte, il me demande ce qui se passe, et je lui dis qu’il y a un malade mental dans le coin qui saute partout sur Dieu sait quoi, et qu’il faut qu’on se tire d’ici. Je raconte toute l’histoire aux flics, et je n’ai pas eu d’emmerde pour avoir tiré, mais sérieux, je ne sais pas sur quoi était monté ce taré, mais je n’ai jamais rien vu de ce genre avant. Cette histoire était complètement ouf. »

Je pense qu’on peut tous s’accorder à dire qu’il y a des choses qui se passent dans les bois, et bien que je ne compte pas avancer d’histoire farfelue là-dessus ou imaginer une quelconque théorie, ce que je veux que les gens retiennent de tout ça, c’est qu’il est extrêmement important de rester en sécurité quand vous vous y promenez. Je sais que beaucoup d’entre vous pensent que vous êtes invincibles, mais le fait est que vous POUVEZ mourir là-dedans, ou être blessé, ou disparaître. C’est bien plus facile que ce que vous croyez.

Je m’excuse pour ce message relativement court, je vais faire de mon mieux pour continuer cette série aussi vite que possible. Merci à tous de continuer à me soutenir, vous ne savez pas à quel point ça me touche !


Traduction : Magnosa

Source
Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4
Partie 5
Partie 7 (à venir)
Partie 8 (à venir)

vendredi 6 octobre 2017

La collection de cailloux de mon fils

Jeune mère célibataire, j’avoue que vivre à Marseille dans les quartiers disons « populaires » n’est pas toujours une chose facile. Mais avec le peu d’argent que m’a laissé mon ex-copain, je n’ai pas réellement le choix. Pour mon jeune fils aussi c’est compliqué. Un peu lunatique, il a parfois beaucoup de mal à se faire des amis. Il passe la plupart de son temps à jouer aux playmobils, ou à traîner dans le terrain vague derrière le centre commercial. Ce n’est pas très hygiénique, mais je n’ai pas le courage de l’arracher à ses aventures.

Dernièrement il me rapportait parfois une ou deux pierres à la fin de sa journée, venant tout droit du terrain vague. Je n’ai pas trouvé ça étrange, qui, enfant, n’a pas collectionné les cailloux ? Surtout que ceux-ci étaient en effet d’une beauté sidérante : possédant des reflets brillants, et une couleur sombre mais magnifique. Il s’amusait tant avec, même s'ils étaient sales, c’est vrai, mais c’était tellement mignon de le voir ainsi, quelle mère empêcherait son fils de s’amuser ? À la fin du mois, il en avait bien une vingtaine, tous de la même couleur sombre.

Mais ces pierres m’intriguaient, je n’en avais jamais vu aucune de la même couleur. Déterminée à découvrir l’origine de ces dernières, je me suis mise à en chercher la provenance. J’ai d’abord cherché dans mon moteur de recherche « pierres tâches rouges sombre ». Aucun résultat.

« Marseille pierres rouge sombre reflets gris » : rien de convaincant non plus.

Aux mots-clés « Marseille 16ème arrondissement pierres rouges sombre, » j'ai enfin trouvé plusieurs résultats, tous datés de 2004. Un nom ressortait : « Ghofrane Haddaoui, » que j'ai d'abord pris pour le qualificatif scientifique des pierres. J’aurais préféré avoir raison.

« Ghofrane Haddaoui est une jeune fille de nationalité française, d'origine tunisienne, tuée à coups de pierres, dont le corps fut découvert sans vie dans un terrain vague, près du centre commercial Grand Littoral à Marseille le 19 octobre 2004. Sa lapidation la veille a suscité, après un temps d'indifférence, l'indignation sur la condition des jeunes filles des quartiers populaires en France. »

J'ai été incapable de faire le moindre mouvement pendant une dizaine de minutes, les yeux rivés sur mon ordinateur. Puis mon regard s'est tourné vers mon fils, jouant avec les roches cabossées.

Je ne sais pas quoi faire. Je devrais livrer les cailloux à la police, et je le sais.

Mais après tout, quelle mère empêcherait son fils de s’amuser ?


lundi 2 octobre 2017

SAR (partie 5)

Je suis désolée de ne faire qu’une courte mise à jour cette fois-ci, les gars. C’est un peu la folie ici depuis quelques temps, et je ne suis pas sûre de la fréquence de mes prochains messages. Je vous suis très reconnaissante du soutien que vous m’apportez, et bien que je n’aie pas beaucoup d’histoires à vous partager, je serai très intéressée de voir ce que vous en pensez tous !

    Un pompier qui nous aidait pendant notre stage d’entraînement m’a parlé d’un appel qu’il avait reçu, apparemment pour aller secourir un enfant sur un arbre absolument énorme. Il a dit qu’on ne lui a pas donné beaucoup de détails, seulement qu’on avait besoin qu’il vienne pour apporter son aide car il n’y avait pas d’équipement adéquat. Il avait été spécialement appelé parce que ce truc était si gigantesque que les secouristes ne se sentaient pas d’y grimper. Il avait été élagueur avant de rejoindre les pompiers volontaires, alors c’était assez simple pour lui d’attraper son ancien équipement et de venir à la rescousse. 
    On l’a escorté sur environ trois kilomètres, et l’équipe s’est arrêtée devant l’un des arbres les plus massifs de la zone avant de pointer leur doigt vers le haut. Il a ri et a demandé au capitaine comment l’enfant s’était retrouvé là-haut, a fait une blague à propos des affaires de « chat coincé en haut d’un arbre », mais le capitaine a secoué la tête et lui a dit de grimper et de faire descendre l’enfant. Il m’a dit qu’il savait que quelque chose clochait, mais qu’il n’a pas insisté. Il m’a raconté que pendant son ascension sur l’arbre, il a commencé à se demander s’ils n’étaient pas en train de se payer sa tête. « Le gamin n’aurait jamais pu escalader ce putain de truc. Il était énorme à sa base, mais arrivé environ à la moitié, il devenait de plus en plus étroit, et j’ai failli faire marche arrière quelques fois parce que je doutais vraiment qu’il puisse soutenir mon poids. » Mais il a dit qu’il a continué quand même, et alors qu’il était presque arrivé au sommet, il a aperçu un truc bleu dans les branches. 
    « J’ai vu le t-shirt du gosse comme coincé dans une branche, je l’ai appelé et lui ai dit de s’approcher s’il le pouvait, mais il n’a pas répondu. J’ai continué d’avancer en l’appelant par son prénom, en lui disant de ne pas être effrayé, que j’étais là pour l’aider. Quand je l’ai atteint, j’ai compris qu’il ne risquait pas de me répondre. Je l’ai trouvé, ou plutôt ce qui restait de lui, retenu par un embranchement dans les branches, et le fait qu’il était là-haut était totalement un coup de chance. S’il était tombé de n’importe quelle autre manière, il se serait écrasé au sol. Ça n’aurait rien changé de toute façon, car l’enfant était mort bien avant de se retrouver perché sur cet arbre. Je ne sais pas qui l’a foutu là-haut, ou comment, ou pourquoi, mais c’était carrément glauque. Ses intestins étaient ressortis par sa bouche et pendaient dans les branches. La manière dont ils étaient suspendus, ça rappelait un putain d’arbre de Noël, mais un qui aurait été décoré par un malade. J’ai regardé d’un peu plus près, et j’ai vu qu’ils étaient aussi sortis de l’autre côté, ses tripes pendaient depuis l’arrière de son pantalon. Ses yeux n’étaient plus là, probablement expulsés par la force, quelle qu’elle soit, qui l’avait fait éclater comme un pop-corn. T’as déjà vu un corps qui est resté dans l’eau pendant un bon moment, comment leur langue a gonflé et ressort ? La sienne était comme ça. Je m’en rappelle parce qu’il y avait des mouches qui grouillaient dessus. 
    Je pense que j’étais en état de choc parce que… Bordel, j’ai juste poussé le gamin avec un bâton que j’avais arraché d’une branche. Je lui ai juste donné des petits coups jusqu’à ce qu’il tombe. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça… J’ai presque perdu mon job à cause de ça. Mais bon sang, la simple idée de transporter ce gosse sur mon épaule jusqu’au sol, de rassembler ses tripes et de les enrouler autour de moi comme une corde pour qu’ils ne s’accrochent nulle part… Je ne pouvais pas. J’ai vu beaucoup d’enfants morts. Plus que ce que je n’avouerai jamais. J’ai vu un gamin caché dans une baignoire remplie pendant un incendie. Ça l’a cuit vivant, et l’a littéralement transformé en soupe. Mais ça… Je ne sais pas ce qui a fait ça, mais l’idée de toucher le corps de cet enfant m’a donné l’impression que j’allais perdre la tête. 
    Je l’ai entendu percuter le sol et j’ai pensé que tout le monde aurait pété un câble, mais ils savaient qu’il était mort quand ils m’ont envoyé là-haut. Ils n’ont rien dit, mais ils n’ont pas non plus hurlé ou quoi que ce soit. Je suis redescendu et suis allé confronter le capitaine, en lui demandant qui il pensait qu’il était pour m’envoyer là-haut alors qu’ils savaient parfaitement que le gosse était mort. Mais il a juste dit que ça ne me regardait pas, et il m’a simplement remercié pour avoir descendu la preuve. Je me rappelle qu’il a dit ça, je m’en rappelle aussi bien parce que c’était vraiment bizarre d’entendre ça formulé de cette manière. « La preuve ». Comme s’il n’était même pas une personne. Comme s’il n’avait jamais été un petit enfant qui s’était perdu et avait subi quelque chose de foutrement indescriptible. Le capitaine m’a fait escorter par une équipe hors de la forêt, mais lui et deux autres sont restés derrière, et j’ai trouvé ça étrange. Pourquoi est-ce qu’ils ne m’avaient pas aidé à sortir le gosse de là ? J’ai essayé de poser des questions, mais les gars qui m’accompagnaient ont simplement répondu qu’ils ne pouvaient rien dire sur une enquête ouverte. » 
    Je lui ai demandé s’il avait une idée de ce qui avait pu arriver à l’enfant, et il est resté songeur un bon moment. « J’aurais bien dit qu’il s’est fait écraser, mais avec ce genre de blessures on trouve beaucoup de contusions sous la peau, un traumatisme évident. Ça n’avait rien à voir. C’était comme si le gamin s’était retrouvé dans un aspirateur géant et que ses intestins avaient été sortis de lui comme ça. Mais même là, il n’y avait pas de traumatisme. Pas la moindre trace. Je me pose des questions. Je me pose des putains de questions. »



    Un des vétérans du stage d’entraînement lit NoSleep, et il a reconnu mes histoires. Il me connaît plutôt bien, et on en avait déjà échangé par le passé. Il m’a demandé s’il pouvait me confier quelque chose qu’il avait remarqué à propos des escaliers, et quelques idées qu’il s’était fait. « Je suis vraiment content que tu aies décidé de partager tout ça. Je pense que c’est important que les gens sachent ce qui se passe, en particulier parce que les services forestiers se débrouillent si bien pour tout couvrir. » Je lui ai demandé ce qu’il entendait par là. 
    « Comment ça, qu’est-ce que je veux dire ? L’absence de la moindre attention de la part des médias ? Aucune couverture des disparitions d’enfants, ou des corps retrouvés à des kilomètres de là où ils étaient censés être ? David Paulides a visé dans le mille, les services forestiers font tout ce qu’ils peuvent pour que les gens continuent à venir, même si c’est dangereux. Je veux dire, pour être tout à fait honnête, ce n’est pas comme si ces trucs arrivaient tous les jours. Mais le nombre de cas ne cesse d’augmenter, et ça vaut le coup de s’y intéresser. En particulier les escaliers. J’ai été plutôt surpris que tu ne mentionnes pas ceux qui sont retournés. » 
    Je ne savais pas de quoi il parlait, je ne me rappelais pas qu’il en ait jamais fait mention. Il a eu l’air complètement interloqué. « Bon sang, je n’arrive pas à croire que tu aies travaillé là-dedans aussi longtemps sans les voir. Personne ne t’a rien dit à ce sujet ? » J’ai haussé les épaules et lui ai demandé de me donner des détails. 
    « Eh bien, il y a les escaliers normaux, ceux qui apparaissent quand on s’écarte des chemins. Je sais que tu es au courant pour ceux-là. Mais il m’est arrivé d’en croiser qui sont à l’envers. Je pense qu’on pourrait comparer ça à si tu avais une maison de poupée et que les escaliers étaient une pièce séparée. Maintenant tu prends ça, tu le retourne de manière à ce que la marche du haut soit enfoncée dans le sol, et tu le mets dans la forêt. C’est à ça qu’ils ressemblent. Je ne les rencontre pas aussi souvent, mais ils sont bizarres, c’est le moins qu’on puisse dire. Ça me fait penser à un enregistrement qui a été pris après une tornade, quand les maisons sont détruites et qu’il ne reste que quelques trucs aléatoires qui tiennent, comme des cheminées et des murs de jardin. Ceux-là me font encore plus flipper que les normaux, parce que je ne peux pas les ignorer aussi facilement. » 
    Je n’ai pas peur facilement, comme la plupart de ceux qui bossent ici, mais cette idée m’est restée en tête, et ça me travaille. Je vais essayer d’en savoir plus à leur propos. Il a aussi mentionné à quel point les gens étaient préoccupés par l’homme sans visage. Il est devenu tout excité et m’a dit qu’il avait vu quelque chose de semblable. 
    « Il y a quelques années, j’ai pris part à un exercice dans les bois. J’étais installé dans ma tente et j’ai entendu quelqu’un vagabonder à l’extérieur du camp. On nous dit de ne pas nous aventurer trop loin, ça tu le sais, alors je me suis demandé si un nouveau n’était pas allé se soulager et n’arrivait pas à retrouver son chemin. Tu te rappelles le gars dans notre groupe, il y a quelques années, qui a failli tomber de cette fichue montagne ? Depuis, je suis un peu paranoïaque à l’idée que ça se reproduise, alors je me suis levé pour aller voir. 
    Je suis allé à l’extrémité du camp et j’ai crié à la personne, peu importe qui c’était, que le camp était dans cette direction. Mais les pas continuaient à faire des allées et venues dans les bois, alors je les ai suivis. Je sais que c’était stupide, mais j’étais à moitié endormi, et je n’avais aucune envie de devoir gérer un idiot qui se blesserait lui-même. J’ai suivi cette chose sur un chemin complètement droit pendant presque un kilomètre et demi, et ça s’est arrêté sur le bord d’une rivière. Je pouvais en voir la silhouette parce que l’eau reflétait la lune, et il avait l’air d’un gars normal. Il avait un sac sur le dos, et on aurait dit qu’il me faisait face. Je lui ai demandé si ça allait, s’il avait besoin d’aide, et il a incliné sa tête comme s’il ne me comprenait pas. J’ai toujours mon couteau de poche sur moi, et il y a une petite lampe qui y est accrochée, alors je l’ai allumée en éclairant son torse pour ne pas l’aveugler. Il respirait doucement et profondément, alors je me suis demandé s’il n’était pas en train de faire une crise de somnambulisme. Je me suis approché et lui ai demandé de nouveau s’il allait bien. J’ai éclairé un peu plus haut, et quelque chose avait l’air bizarre, donc je me suis arrêté. 
    Il continuait de prendre des inspirations extrêmement longues et profondes, et j’ai compris au fur et à mesure que c’était ça qui me perturbait. C’était comme s’il faisait semblant de respirer, mais qu’il ne le faisait pas en réalité. Sa respiration était beaucoup trop régulière et profonde, et tous ses mouvements étaient exagérés, comme ses épaules qui remontaient et sa poitrine qui se gonflait. Je lui ai dit de s’identifier, et il a fait ce bruit sourd. J’ai encore levé ma lampe, et je ne te raconte pas d’histoires, le gars n’avait pas de visage. Juste de la peau lisse. J’ai flippé et laissé échapper ma lampe, mais je l’ai vu se déplacer vers moi, mais sans bouger. Je ne sais pas trop comment l’expliquer, une seconde il était sur le bord de la rivière, et la suivante il était à quelques mètres de moi. Je n’ai ni regardé ailleurs, ni cligné des yeux, à aucun moment, c’était comme s’il bougeait si vite que mon cerveau n’arrivait pas à suivre. J’ai trébuché et suis tombé sur mes fesses quand j’ai vu la ligne ouverte sur son cou. Ça s’étirait jusqu’à ses oreilles. Il n’y avait pas de sang, juste ce trou noir, et je pourrais jurer qu’il m’a souri avec cette entaille dans sa gorge. 
    Je me suis relevé et j’ai couru aussi vite que possible jusqu’au camp. Je ne pouvais pas l’entendre me suivre, mais j’avais la sensation qu’il était juste derrière moi, même si je ne le voyais pas quand je me retournais. Je me suis calmé quand j’ai regagné le camp. Le feu était toujours allumé et je suppose que l’esprit de groupe qu’on a quand on est avec d’autres personnes m’a permis de m’arrêter et de respirer un coup. J’ai attendu près du feu pour voir s’il me suivrait jusqu’ici, mais je n’ai rien entendu d’autre pendant quelques heures, alors je suis retourné me coucher. Je sais que ça paraît bizarre, mais c’était si irréel que c’était comme si je l’avais automatiquement attribué à mon imagination. »



    On se racontait des histoires de fantômes un soir avant d’aller au lit pour se faire peur les uns les autres et se moquer de ceux qui marchaient. La plupart du temps, ce sont les nouveaux, mais une femme a raconté une histoire qui a réussi à me donner quelques frissons, et je sais que ça a été pareil pour les autres. Elle a dit que c’était vrai, mais encore une fois, toutes les histoires de fantômes racontées autour d’un feu de camp sont vraies. Pourtant, d’une certaine manière, je ne crois pas qu’elle inventait. Ça avait ce petit parfum de vérité que seuls les évènements réellement traumatisants ont. 
    Elle a dit que quand elle était enfant, elle et son amie avaient l’habitude d’aller régulièrement dans les bois derrière sa maison. Elle vivait dans le nord du Maine, où on trouve beaucoup de forêts nationales inhabitées et très denses. Elle a dit que les bois de là-bas n’ont rien à voir avec ceux d’ici. Ils sont si denses à certains endroits que les arbres bloquent presque complètement les rayons du soleil. Son amie et elle ont grandi là-bas, donc elles n’avaient pas peur de s’y balader seules, mais elles restaient toujours sur leurs gardes dans certaines zones. Elle a dit qu’on n’en parlait presque jamais, mais qu’elles savaient qu’elles ne devaient jamais s’aventurer à plus de deux ou trois kilomètres au-delà de leur maison. Les adultes ne disaient jamais pourquoi, mais c’était une règle tacite et personne n’essayait d’aller aussi loin. Son amie et elles s’inventaient des histoires à propos d’ours aussi grand que des maisons vivant là-bas, et elles se faisaient souvent peur en se cachant et en faisant des bruits de grognement pendant que l’autre cherchait. 
    Elle a dit qu’un été, il y a eu une série de terribles tempêtes qui ont arraché beaucoup d’arbres, et mis le feu à une partie de la forêt quelques kilomètres derrière sa maison. Les équipes de pompier ont réussi à garder l’incendie sous contrôle, mais elle a dit que certains sont revenus « pas exactement pareils. » 
    « C’était comme s’ils avaient fait la guerre. On pouvait facilement dire qui avait réellement été effrayé car ils avaient le même regard, je crois que ça s’appelle le syndrome de l’obusite. Mon amie et moi disions qu’ils étaient comme des morts qui marchaient. Ils ne souriaient ou ne parlaient pas si on allait les voir, et la plupart ont quitté la ville dès que tout a été terminé. J’ai questionné mes parents à ce propos, mais ils ont dit qu’ils ne savaient pas de quoi je parlais.
    Quand les bois ont été déclarés sûrs de nouveau, mon amie et moi avons décidé d’essayer de faire une randonnée jusqu’à l’endroit où le feu s’était déclaré. Nous n’avons pas dit à nos parents où nous allions, et c’était plutôt excitant de se dire qu’on leur désobéissait comme ça. On s’est frayé un chemin sur environ trois kilomètres, et on a commencé à voir des arbres brûlés et d’autres trucs. Je me rappelle que mon amie a été vraiment chamboulée parce qu’on a trouvé le squelette d’un cerf roulé en boule sous un arbre, et j’ai presque dû la tirer en arrière. Elle voulait l’enterrer, mais je ne voulais pas qu’elle y touche parce que ses bois étaient bizarres. Je ne me rappelle pas pourquoi, je me rappelle juste avoir pensé qu’il y avait quelque chose qui clochait avec eux et que je ne voulais pas qu’elle ou moi nous approchions. 
    Plus nous allions loin, plus ce qui nous entourait était brûlé. Au bout d’un moment, il n’y avait plus d’arbre debout, et ça donnait l’impression d’être sur une autre planète. Presque rien de vert, juste du marron et du noir partout. On était plantées là, en train de regarder tout ça, quand on a entendu quelqu’un crier au loin. J’ai paniqué car j’ai cru que c’était mon père, et qu’il allait me dire que j’étais punie. Mon amie m’a lâchée et est partie se cacher derrière un gros rocher, parce qu’elle a dit qu’elle ne voulait pas qu’on la trouve ici. Ses parents lui avaient interdit d’aller dans les bois tout court, et elle avait menti en disant qu’on allait regarder un film. Je l’ai suivie, et on a continué à écouter. Je pouvais entendre que la voix s’approchait, et j’ai réalisé que c’était des appels à l’aide. J’ai pensé que c’était peut-être un randonneur qui s’était perdu et qui avait besoin qu’on le raccompagne en ville. Ça arrivait tout le temps, alors j’avais l’habitude d’aider les gens à repartir. 
    J’ai entendu qu’il suivait ma voix, donc j’ai continué à l’appeler jusqu’à ce que je le voie courir au loin. Il s’est approché et j’ai pu voir que son visage était tout rouge. J’ai dit à mon amie de me donner son sac, parce qu’elle avait un kit de premier secours. Elle a fait un bruit comme si elle était écœurée, et m’a demandé si j’avais vu son visage. Je lui ai dit de se taire, et ai trottiné à la rencontre de l’homme. Je me suis arrêtée presque à mi-chemin et quand il s’est arrêté, je pouvais voir que son nez, ses lèvres et une partie de son front avaient disparu. C’était comme si on les avait découpés nettement. Il saignait abondamment, et j’ai vu que les genoux de son pantalon étaient aussi rouges. J’ai fait un pas en arrière, mais j’avais trop peur pour pouvoir beaucoup bouger, et il a attrapé mes épaules. J’ai eu l’impression de recevoir un choc électrique, et il a brusquement reculé. Il a commencé à bredouiller, et je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il disait, à part qu’il demandait depuis combien de temps il était parti. Il m’a demandé où était « son unité », mais j’ai simplement secoué la tête. 
    Il m’a regardée de haut en bas, puis il a vu mon Walkman et s’est mis à crier. Il continuait de bredouiller et de toucher son visage, et j’ai réalisé qu’il ne portait pas les bons vêtements. Il avait une sorte de veste grise en tissu et presque un pantalon de cérémonie, et la veste avait des boutons bizarres et des bordures rouges. J’ai continué à secouer la tête et lui ai dit que je ne comprenais pas ce qu’il racontait. Je suis allée ouvrir le kit de premier secours mais il a encore crié et a dit la seule chose que j’ai vraiment compris : « Ne me touchez pas ! Vous allez m’y faire retourner ! » Après ça, il s’est enfui, et je pouvais entendre ses cris pendant sa course. Quand je ne l’ai plus entendu, je me suis retournée, et mon amie pleurait. Je me suis juste encore retournée et ai commencé à prendre le chemin de la ville. Elle n’a pas arrêté de me demander ce qui s’était passé et qui c’était, mais je n’ai rien répondu. Quand on est arrivées, je lui ai dit que je ne voulais plus jamais jouer dans les bois avec elle. Nous sommes toujours amies, mais on ne parle jamais de cet homme. Jamais. »


Je ferai une autre mise à jour dès que je pourrai. Je suis très contente que vous continuiez à me soutenir !

Traduction : Magnosa

Source
Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4
Partie 6 (à venir)
Partie 7 (à venir)
Partie 8 (à venir)

vendredi 29 septembre 2017

En attendant la consultation

De : Damien Morrad
Envoyé : Jeudi 6 Juillet 2017 16:32
Objet : La santé ! 


Salut Laurent ! Ça fait quelques jours qu’on n’a pas de nouvelle de toi, et vu que tu ne réponds pas sur ton portable j’ai décidé de t’envoyer un mail. Ça me rassurerait que tu répondes et que tu me dises comment tu vas et quand tu reviens.
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Laurent Frucher
Sam. 08/07, 13:21
Damien Morrad (DMorrad@laposte.net) 


Bonjour Damien, tu as eu raison de m’envoyer un mail car j’ai pété l’écran de mon téléphone. Je vais devoir en racheter un bientôt, je te préviendrais si je change de numéro. 


Disons que personnellement ça va pas fort depuis quelques jours. J’ai chopé une sorte de grippe-gastro assez sévère et j’ai eu le jackpot question symptômes : fièvre à 40°C, nez qui coule, toux à m’en fêler une côte, nausées, vomissements, diarrhée, évanouissements, brèves hallucinations … J’ai jamais autant douillé pour aller chez le Dr Naulet à vrai dire. Là, ça va mieux, mais il m’est arrivé un truc assez bizarre qui m’a fait un peu flipper quand je me suis rendu là-bas. Je vais t’en parler un peu plus bas, mais j’aimerais que ça reste entre nous parce que je n’étais pas franchement dans mon assiette après ça. 


Comme je te disais, je n’étais pas franchement bien. J’avais réussi à prendre un rendez-vous mardi à 14h grâce à l’agenda vocal du Dr Naulet, et je m’étais bourré de médicaments afin d’essayer de limiter mon état. Je sais ce que tu penses de l’automédication, mais crois-moi que quand tu te vides de 3 façons différentes et que tu dois passer presque une heure hors de chez toi, tu prends de quoi tenir. Bon je te passe la marche pour y aller, mais imagine moi avec un pull, blanc comme un linge, le nez totalement rouge, à galérer à marcher droit et en train de grelotter alors qu’il fait 30 degrés à l’ombre, et t’as à peu près l’état dans lequel j’étais quand je suis entré dans la salle d’attente. 


Bon, arrivé dans cette salle, je m’installe sur une chaise et j’attends mon tour. Je n’avais pas mon téléphone car il était déjà mort, donc je passais le temps en observant les autres et en essayant de deviner pourquoi ils étaient là – on passe le temps comme on peut. Malgré le fait que j’étais arrivé vers 13h30, y avais bien 3 personnes qui attendaient et qui passeraient sans doute avant moi. Tu connais le Doc’, il adore parler. 


Je jette donc un coup d’œil sur les malades devant moi et je remarque vite une femme d’un âge indéfinissable avec un teint encore plus pâle que le mien et une tête à faire peur. Même à plusieurs mètres, je pouvais voir qu’elle avait des cernes bien creusées, un regard quasiment vide et des lèvres plus bleues que roses. J’ai même pensé qu’elle était morte pendant son attente avant de remarquer qu’elle respirait. Alors que je la regardais, Naulet a appelé l’un des malades en salle, et la femme s’est mise à tousser extrêmement violemment, en mettant son bras droit en protection. Elle portait un genre de manteau long noir, mais après qu’elle ait toussé, j’ai nettement vu des tâches rouges dessus. Elle était pâle comme un mort, crachait du sang et attendait chez le médecin. Moi, je m’entaille le pouce je fonce aux urgences. Bref. 


Je me suis forcé à décoller mon regard d’elle afin de trouver un autre passe-temps un peu moins glauque. J’ai vu qu’il était 14h sur l’horloge murale, et j’ai décidé d’ouvrir l’un des magazines mis à disposition. De temps à autres, j’entendais la femme tousser alors que l’autre malade était plus silencieux qu’une ombre. Il s’est bien passé 10 minutes avant que le Docteur appelle le type silencieux. C’était bientôt à moi, et j’espérais que mes médicaments allaient faire effet encore longtemps car mes vertiges revenaient. J’ai décidé d’adresser la parole à la dernière personne avec moi, pour lui demander si elle arriverait à tenir l’attente. Ça ne s’arrangeait pas, elle avait des difficultés à respirer et il n’y avait plus que le bruit de sa respiration difficile qui affirmait qu’elle était vivante – Avec sa toux. Au lieu de me répondre, elle fût prise d’une autre quinte de toux, encore plus forte que les précédentes. Un peu gêné, j’ai commencé à sérieusement m’inquiéter pour cette femme quand cette dernière s’est mise à avoir du sang coulant de ses yeux. J’étais assez perturbé à vrai dire, il y avait quelque chose qui clochait : ses symptômes étaient trop important pour qu’elle se permette d’attendre là, le médecin aurait dû la remarquer bien avant. 


Après plusieurs minutes, Naulet est venu chercher un nouveau patient dans la salle d’attente. Et à ma grande surprise, c’est moi qu’il a appelé. Je me suis levé pour lui dire que la femme avec moi avait un état plus grave que le mien, et qu’elle devait passer avant moi, mais j’ai fait un malaise et j’ai perdu connaissance. Bon, selon le Doc’, je me suis levé et je me suis couché directement au sol devant lui, ce qui était assez inquiétant. Après avoir repris mes esprits, je lui ai demandé de s’occuper de la femme qui était dans la salle avec moi, en lui expliquant qu’elle avait sans doute besoin de plus de soins que moi. Le Docteur m’a regardé un peu perplexe, et m’a répondu qu’il n’y avait personne dans la salle avec moi, et encore moins quand je me suis écroulé.


Même s'il m'a dit que c'était normal d'halluciner avec la fièvre que j'avais, je peux pas m'empêcher de me dire que c'était trop détaillé pour être ça.
Enfin, t'en penses quoi toi ?

Nous avons décidé d'annuler la publication de 3e étage à droite, car nous n'étions pas au courant qu'il s'agissait d'une fiction de François Descraques. Autant pour respecter la ligne éditoriale que pour des questions de droit, nous préférons vous inviter à aller consulter la suite directement sur Twitter. Nous nous excusons pour le désagrément, ainsi que pour la pénurie à laquelle nous faisons face actuellement. Nous vous rappelons toutefois que le Nécronomorial est actif, vous pourrez y trouver la traduction de NoEnd House dès dimanche !

dimanche 3 septembre 2017

Hôpital

Ce message à été posté sur le forum Darkestrick (un forum traitant de paranormale aujourd’hui fermé pour des raisons inconnues).
Il a été posté par l'utilisateur Holydark:


À la lisière de ma ville se trouve un hôpital abandonné.
Personne ne sait vraiment pourquoi il a été déserté. Certain disent que cest parce qu’il est trop loin du centre-ville et que quand le nouveau a été construit, c'était trop coûteux d'entretenir deux hôpitaux simultanément.

Une autre raison avance qu'on ne parvenait pas à le moderniser.

Des rumeurs plus délirantes parlent de scandale lié au personnel. Si vous voulez mon avis, même si ces dernières étaient vraies, elles n'expliqueraient pas pourquoi on aurait carrément abandonné l'hôpital au lieu de simplement renvoyer le personnel problématique.
Bref, dans tous les cas, à cause de sa position éloignée de tout, cet imposant carré gris est encore là.

Si je vous explique cela c'est parce que, suite à un pari idiot, j'ai visité cet hôpital, seul, et ramené des photos. L'hôpital compte 4 étages et on peut accéder au toit soit via le 4ᵉ étage, soit via la cage d'escalier extérieur.

Je devais rapporter 5 photos, une par étage plus une sur le toit. Prouvant que j'ai eu les boules de visiter l'hôpital dans son intégralité.

Je suis un amateur de frissons. J'étais donc plutôt enthousiaste, si l'on peut dire, de me foutre une bonne dose d'adrénaline.

Évidemment, vous avez compris que cette visite a largement dépassé le cadre de mes espérances. Hélas. Je sais pas comment décrire ce que j'ai vécu. C'était horrible. Mais vraiment horrible.

Donc, je suis arrivé devant l'hôpital.
Première chose qui saute aux yeux : les fenêtres sont solidement condamnées, mais c'est pas le cas de la porte. J'ai entendu dire que l'hôpital, après son abandon, avait été occupé un temps par des dealers, ceci explique peut-être cela.

Les portes automatiques, en verre, avaient été brisées. Ça a été un jeu d'enfant de les franchir.
Ainsi, je suis arrivé à l'accueil. On manquait pas de lumière, vu que celle du soleil passait à travers les portes brisées. J'ai tout de suite pris une photo.

Puis j'ai exploré l'endroit.
Malgré les dégradations variées que j'ai rencontrées ici et là, l'endroit donnait cette impression d'avoir été abandonné du jour au lendemain. Dans la salle d'attente, j'ai trouvé de vieux magazines datant de la fin des années 80. Pas un seul bruit, j'étais le seul être vivant à l'intérieur de cette ruine.

J'ai ensuite découvert l'escalier menant au premier étage. J'ai allumé la lampe de mon portable pour pouvoir voir quelque chose. Au fur et à mesure que je m'écartais de l'accueil, la lumière faiblissait jusqu’à disparaître entièrement.

C'est donc dans le noir le plus complet que je suis arrivé au premier étage.

 Aucune lumière ne passait à travers le bois et l'acier qui bloquaient les fenêtres. Ma lampe était donc ma seule source de lumière. Au début je n'avais pas pas peur.

Faut dire que l'endroit était assez calme. Mais avec le temps, je me suis rendu compte que je n'étais pas seul. Je sentais la présence de quelque chose. De discrets bruits de pas et finalement, alors que j’examinais une salle avec ma lampe, j’ai aperçus une petite tache noire sur le sol. Elle a détalé sitôt la lumière sur elle. Surpris, curieux et un peu inquiet, j'ai suivi la chose noire. Après une petite course-poursuite, elle a fini sa course dans une salle sans issue.

C'était un chat, un vieux chat noir famélique aux yeux jaunes. Sur le coup, j'ai ri de ma stupidité. Et j'ai pris une photo de lui. Ma deuxième photo donc. Le chat était craintif, j'ai essayé de l'approcher, doucement. Mais j'ai à peine  fait un pas un avant, qu'il a foncé sur moi, puis est passé entre mes jambes, avant de quitté la salle sans issu. J'ai ensuite perdu sa trace.

Trouver le second escalier n'a pas été long, il était plus petit que celui reliant le rez-de-chaussée au premier étage. Une fois arrivé en haut. J'ai remarqué deux choses.

D'abord qu'il faisait beaucoup plus froid ici qu’en bas. C'était le printemps, j'étais en t-shirt et j'ai senti le froid, pas non plus glacial, mais présent, m’enveloppé. C'était surprenant; surtout si on rajoute l'autre élément, à savoir: l'odeur.

Il y avait donc une légère odeur dans l'air. Je pourrais pas vous la décrire, ça ressemble un peu à l'odeur de certains produits chimiques qu'on manipule durant nos années de lycée et de collège.

Et cette bizarrerie m'a poussé à la prudence. Si l'on oublie l'odeur et la température, j'ai rien aperçus d'étrange. La visite de cet étage s'est passée tranquillement. Jusqu’à ce que j'entende un bruit de pas provenant de l'étage supérieur. J'ai sursauté et aussitôt tendu l'oreille.

Rien.

Je n'entendais rien. J'ai pris quelques minutes à me convaincre que mon imagination était derrière tout ça.

Et j'ai continué tranquillement mon exploration. La seule chose marquante que j'ai trouvée est le lit d'un patient dont les draps étaient imprégnés d'une grosse tache de sang, vieilli par les années. J'ai photographié cette découverte. Puis j'ai continué ma route.

L'escalier menant au troisième était encore plus petit. L'odeur était de plus en plus forte et il faisait de plus en plus froid. La batterie de mon portable se vidait, lentement, mais sûrement.
En haut j'ai trouvé une porte noire, sans serrure, barrant l'accès au troisième étage , avec la mention « Réservé au personnel ».

La porte a été difficile à ouvrir, j'ai dû mettre toutes mes forces pour l'entrouvrir. Un exercice d'acrobatie rudimentaire plus tard et j'y étais.

La porte s'est refermée brusquement. Aussi d'étrange que cela puisse paraître, je n'étais pas inquiet, je me disais que je pourrais prendre, une fois arrivé au toit, l'escalier extérieur.

À l'intérieur, l'odeur était forte, très forte, à la limite du supportable. Rajoutez à cela qu'on avait l'impression d'être dans un congélateur.

J'ai remarqué très vite quelque chose de troublant: le sol était recouvert d'une chose. Une sorte de liquide, ou de boue, qui semblait absorber le bruit de mes pas.

Ça arrivait à mes semelles, c'était donc pas profond. La couleur de ce truc était vraiment sombre, une sorte de rouge très sombre, où le noir l’emporte sur le rouge, ce qui pourtant met étrangement ce dernier en valeur.

J'ai pris un peu de la chose sur mon index, c'était froid et gluant, je l'ai rapproché de mon nez, et ça puait cette putain d'odeur.

J'ai photographié mon index, le sol recouvert de la chose en arrière-plan. J'ai un pote doué en chimie, peu être connaît-il ce truc. À cause de l'odeur, à cause de la température et à cause, évidemment, de ce putain de truc. J'ai doucement commencé à flipper. Mais je ne courrais pas, d'abord parce j'avais peur de glisser, et que j'avais aucune envie d'être recouvert de ce truc.

Ensuite, parce je me suis remémoré le bruit que j'avais entendu tout à l'heure. Bruit qui m'a semblé alors encore plus bizarre, vu que, comme je l'ai précisé, la chose semblait absorber les bruits de mes pas.

 J'ai finalement découvert une porte, avec une pancarte à côté , montrant un escalier. Plus explicite, tu meurs. J'ai donc pressé la poignée de porte… et rien. La porte était fermée.

J'ai insisté à mort, pressé la poignée de toutes mes forces, martelé plusieurs fois dans l’espoir de la faire céder. J'avais même commencé à charger sur la porte. Mais en vain, j’étais fatigué, mon épaule me faisait mal, l'odeur me piquait le nez, le froid resserrait son étreinte sur ma peau et la peur remplissais chaque portion de mon cerveau. Un fait s'est imposé à moi: j’étais emprisonné dans ce putain d'hôpital !

J'ai couru vers la porte noire qui menait au deuxième étage, et sans le rebord d'une fenêtre salvatrice, j'aurais glissé dans la chose. Mon imagination carburait à cent à l'heure. Évidemment, la porte refusait de s'ouvrir. Vu qu'elle n'avait pas de poignée, j'ai tenté de l'enfoncer, en vain. J'ai insisté. Je suis presque sûr, étant donné la douleur, que j'ai failli me casser un os.

Mais rien.

Devant mes échecs répétés, je suis passé aux fenêtres, j'ai essayé d'en briser quelques-unes. Malgré mes nombreuses tentatives, et la présence d'un tabouret comme arme contondante : Aucun résultat. Même quand il m'arrivait de briser le verre, les barres de métal et de bois qui condamnaient la fenêtre formaient des obstacles indestructibles.

Soudain, l’espoir! J'allais appeler les pompiers, ils allaient venir avec tout le matos et je serais chez moi dans moins d'une heure!

La solution se trouvait entre mes mains depuis le début. Pourquoi j'y avais pas pensé plutôt?

Pas de réseau. Évidemment, ça aurait été trop beau.

J'ai du mal à décrire les minutes suivantes, la panique m'avait fait un peu perdre la tête, je n'étais plus qu'un.... animal... qui cherchait désespérément une issue. La seule lueur de raison qui m'habitait encore me disait de chercher la clé, il devait bien y avoir une clé qui ouvrait la porte du quatrième étage. C'était obligatoire!

Je ne sais pas combien de temps je suis resté à errer ainsi. L'heure, je ne l'a regardais plus. En revanche, j'ai fait très attention à la batterie de mon téléphone, mon unique source de lumière, qui diminuait progressivement. Et à une vitesse que j'ai trouvée alarmante.

Un temps incalculable plus tard, quelque chose m' redonné la raison.

Un bruit. Quand je l'ai entendu, j'ai sursauté, persuadé de voir mes peurs prendre vie. J'ai cherché la provenance du bruit. Avant de me rendre compte que cela venait de mon portable. J'avais reçu un message. Comment? Alors qu'il n'y avait pas de réseau?
Le message avait tout l'air d'un spam. Il disait, si mes souvenirs sont bons « Tu veux baiser des filles super sexy près de chez toi? Clique sur le lien! ». Je suis finalement revenu à moi-même. Ce message, tout aussi étrange et incongru qu'il est, m'avait fait sortir temporairement de mon état de panique. J'ai par la suite continué à rechercher cette hypothétique clé. Mais après ce qui devait être, maintenant que j'y réfléchis, quelques heures de vaines recherches, je me suis assis, abattu, sur un tabouret qui traînait. Les heures ont passé, la peur étant passée au second plan, remplacée par le tout puissant désespoir. J'étais en train d’abandonner.

Finalement, j'ai regardé mon portable, et  en voyant que je n'avais plus que 19 % de batterie, j'ai cliqué sur le lien.

Je sais, même moi je me suis rendu compte que j'avais agi comme con.
Mais comprenez-moi. J’étais mort à l'intérieur. Je ne savais plus quoi faire. J'avais perdu espoir.
Le lien m'a conduit vers une page web, normalement, rien n'aurait dû s'afficher à cause du manque de réseau. Mais vous l'avez compris, cet endroit ne respecte définitivement pas les lois de l'électromagnétisme les plus standards.

Une image s’est affichée sur mon portable. L'image montrait une infirmière, allongée sur un lit d'hôpital. Enfin, infirmière, je n'en suis pas sûr. La tenue d’infirmière qu'elle portait ressemblait plus à celle que vous verriez dans un film porno qu’à celle que portent réellement les infirmières. Avec des talons, des portes-jarretelles, et une micro-jupe. Du bassin jusqu’aux seins, la femme était coupée en deux. Comme si une immense paire ciseau était passée par là.

Son intérieur était répandu sur le lit.

Mais le pire, si vous voulez mon avis, était peut-être l'expression sur son visage. Un magnifique sourire, les yeux fermés, la pure extase. Pure extase tachée par le sang qui dégouline de sa bouche.

À peine l'image est parvenue à mon cerveau que j'ai crié. Bien sûr, ce n'était pas le cri fort et sauvage que vous entendrez dans un film d'horreur. Non, c'était plutôt le cri à moitié étouffé par la stupeur et montant dans les graves.

Un cri pathétique.

Mais le pire restait à venir. Une dizaine de secondes après l’apparition de la photo, mon téléphone s'est éteint.

Alors là, j'ai vraiment crié. Je n'ai pas fait que crier d'ailleurs, j'ai avancé dans le noir de manière parfaitement aléatoire tout en essayant vainement de rallumer mon portable. Mon cri, d'abord primitif, s'est transformé bientôt en appel à l'aide. J’ai appelé tout le monde, mes parents, mes amis, mon ex.

Et alors que mes poumons se remplissaient de l'air empoisonné, j'ai entendu un bruit de pas, mais qui n'avait rien d'humain. Il était lent, très lent, ferme, mais sonore. Même la chose n'arrivait pas à absorber le bruit. Il semblait venir de loin, mais il devenait de plus en plus audible. Il s’approchait !

J'ai couru pour fuir le bruit, pour ne plus entendre ce pas ferme. Presque tranquille. Mais rien n'y faisait. Le bruit se rapprochait petit à petit. Ça m'apprendra à fermer ma gueule!

La peur, le désespoir, la fatigue, la sueur, le froid, l'odeur, le bruit. Comment vous expliquez ce que j'ai ressenti.

Mais bon, je suis ressorti vivant.  Donc, après avoir fui plusieurs fois les bruits de pas, quand j'ai remarqué qu'il finissait toujours par se rapprocher inévitablement. Une idée m'a traversé l'esprit. Vous savez, dès fois votre portable « s'éteint » sans avoir la possibilité de se rallumer. Souvent à la suite d'un bug. Une des techniques que je connais pour régler le problème est d’enlever la batterie puis de la remettre. Après ça, le téléphone s'allume normalement. C'est ce que j'ai fait.
J'ai retiré la coque, que j'ai d'ailleurs perdu. J'ai pressé de toutes mes forces le bouton de mon téléphone. Et miracle: il s'est rallumé!

Dès que j'ai pu accéder au menu, j'ai allumé la lampe de mon téléphone. Je n'avais plus que 15% de batterie. Mais tant pis, l'adrénaline était montée, mes muscles s'étaient contractés, la lumière m'avait redonné espoir J'allais combattre l'auteur de ce bruit ! Je me disais que je n’allais peut-être pas ressortir vivant. Je ne savais pas comment me battre. Mais peu importe ! Je ne pouvais pas fuir éternellement.

Et alors que je chargeais en direction du bruit. Il s'est arrêté.

J'arrivais dans le couloir où j'avais entendu pour la dernière fois le bruit. Rien, pas le moindre bruit, pas la moindre trace de pas. Rien du tout. Maintenant que j'y pense, j'aurais dû m'inquiéter. Comment quelque chose pouvait apparaître, puis disparaître aussi mystérieusement?Sur le moment, je me suis dit, plein de fierté et d'espoir, que l'auteur du bruit devait avoir eu peur de la lumière !

Après m'être aperçu que je restais debout à ne rien faire, je suis reparti, déterminé, à la recherche de la fameuse clé. Et devinez quoi, Je l'ai trouvée. Un trousseau pendait juste à côté de la porte noire. Comment j'ai pu ne pas le voir ? Aucune idée. Mais si je l'avais aperçu plus tôt, beaucoup de frayeurs auraient été épargnées. J'ai donc pris la clé et je suis allé à la porte du quatrième étage.

Après plusieurs tentatives, j'ai finalement trouvé la bonne clé. Et c'est avec un soupir de triomphe que j'ai ouvert la porte du quatrième étage. J'ai refermé la porte derrière moi à double tour. L'escalier était encore plus petit. Mais qu'importe ! À mesure que je montais, la température redevenait normale et l'odeur disparaissait. De même pour la peur. Une fois arrivé en haut, j'ai découvert une seconde porte.

Elle était rouge, une pancarte indiquait « Interdit au membre du personnel ». Bizarre.

Mais je commençais à m'habituer aux choses étrange. J'ai vite découvert la clé permettant de l'ouvrir. Après avoir fermé cette nouvelle porte à double tour, j'ai commencé à explorer le dernier étage.

Si le rez-de-chaussée était l'accueil, le premier et le deuxième étage, des chambres et des salles d'opération diverses, le troisième, les locaux du personnel.Le dernier devait être une sorte de salle d'archives. Avec des ordinateurs, des bureaux et de nombreux casiers. Tous fermés à clé, bien sûr. J'ai tenté d'en ouvrir un. En vain, aucune clé ne correspondait. Le lieu semblait aussi incongru dans un hôpital que figer dans le temps. Comme si on avait quitté les lieux précipitamment : je me souviens que des cigarettes à moitiés consumées étaient posées dans un cendrier. Une corbeille était renversée, son contenu poussiéreux à côté. Qu’a-t-il bien pu se passer dans cet endroit?

L'idée de prendre une photo a effleuré mon esprit. Mais, sitôt que j'ai eu cette idée. Mon téléphone a sonné !

Ça devait être mes amis qui commençaient à s’inquiéter ! Mais la voix à l'autre bout du fil ne m'était pas familière. C'était une voix féminine, sensuelle, et pourtant, étrangement inhumaine: « Ta bite me semble être magnifique, délicieuse. Ah ! J'aimerais tellement avoir ta bite dans ma bouche ! Elle me semble si juteuse. Elle doit être tellement agréable à la langue. Et gorgée de sang. Je me vois déjà la mordre, le sang dégoulinant, léchant les plaies causées par ma morsure. Un adorable geyser de… »

J'ai raccroché. Numéro inconnu, évidemment. J'ai eu à peine le temps de reprendre mes esprits de cet appel mi-érotique, mi-horrifique que j’ai entendu un cliquetis dans le lointain. On avait ouvert la porte !

J'ai couru. C'est presque par hasard que j'ai découvert le dernier escalier.

Il était en colimaçon. Et menait vers le toit. J'ai ouvert la trappe, et alors enfin, la lumière du soleil ! J’étais enfin sorti de cette merde !

Cet instant était magnifique, tout simplement. Carrément. C'était merveilleux, j'avais l'impression que tout le poids que j'avais accumulé tombait en poussière au contact des rayons du soleil couchant. J'étais en harmonie avec moi-même, tout allait bien.
Malheureusement, tout cela n'a pas duré plus de 4 secondes, le temps que je remarque qu'il y avait quelque chose d'étrange dans l'air.

Je ne saurais dire, une senteur discrète et diluée, mais perceptible. Mon regard s'est posé sur ma ville. Le fait que le soleil se couchait de son côté ne m'aidait pas. Malgré tout, j'avais l'étrange impression que quelque chose avait changé, sans arriver à mettre la main dessus. Une brusque, mais brève hésitation m'a saisi. Devais-je descendre? J'ai regardé mon portable, il était 18:30, toujours pas de réseau et de wifi. C'était probablement une illusion, mais j'ai cru entendre un bruit de pas provenant d'en bas. L'hésitation a alors disparu aussi soudainement qu'elle était apparue.

Une fois que j'ai eu fini de descendre l'escalier de secours, j'ai compris ce qui clochait : la ville était vide. Seul le vent venait rompre le silence des avenues.

Maintenant que le soleil ne me gênait plus, j'ai pu observer de plus près toutes les différences.

Premièrement, même si la ville était structurellement identique, je ne retrouvais aucun des magasins, échoppes ou restaurant qui m'étaient familiers. On aurait dit que tous les marchands avaient fait un consensus, étaient partis avec leurs marchandises, leurs services, ainsi que tous les signes distinctifs de leurs commerces. Pour vous donner une idée, j'ai reconnu un supermarché que je fréquente. Mais le nom et le logos de la marque avaient disparu, et quand je me suis approché des vitres, je voyais que les rayons étaient complètement vides.

La présence désagréable et désormais familière de la peur a de nouveau commencé à peser sur mes épaules. J'avais l'impression d'être tombé dans un piège. Que faire? Retourner à l'hôpital? Certainement pas.

Alors que j'étais perdu dans mes réflexions de plus en plus embuées par l'angoisse naissant;
j’ai entendu une musique, pas inquiétante, je dirais du jazz, ça provenait de pas loin.

Je me suis approché discrètement de la source de cette musique, j'avais encore peur de tomber sur quelque chose d'étrange.

Ça provenait de ce qui semblait être un bar. Un bar ! J'ai pris un choc en me rendant compte que je venais de découvrir enfin un lieu qui respirait la vie. Les lumières étaient allumées; l'enseigne montrait un gros chat blanc fumant une pipe,  juste à côté était écrit en lettre d'or « Le chat fumant ». Je n'avais jamais vu cet endroit auparavant. Existait-il seulement dans ma ville ?

C'est en m'approchant de la vitre que je vous ai aperçus, vous étiez là, seul, en train de boire tranquillement votre café. Vu que vous ne me sembliez pas bizarre malgré le manque de surprise que j'ai lu dans votre regard, je suis entré, intrigué, et je dois bien l'avouer, heureux d'enfin rencontrer une présence non hostile.

Et on arrive donc à là, moi qui viens te voir, puis te déballe mon histoire en échange de ton aide.

Le récit du jeune être était intéressant. Je l'ai un peu corrigé. J'ai enlevé toutes les hésitations, pauses, et erreurs de langage de son véritable discours. Ça serait bête de gâcher une telle histoire.

Dans tous les cas, j'espère qu'elle t'aura diverti, et que tu pourras me renseigner, tu auras remarqué qu'il y avait plein de choses louches dans cette histoire. À commencer par ces fameuses photos, j'ai demandé au jeune être de les montrer. La fameuse photo du liquide? Pas de liquide, juste la photo d'un plancher sale. La photo du chat? Pas de chat.

Si tu veux mon avis, il se cache quelque chose, quelque chose de très louche dans cet hôpital.

Les descriptions du jeune homme de son périple me rappellent certains passages du Taxídia krymméno de Homère. Notamment cette histoire de chat et de liquide. Il me semble que tu as un exemplaire de ce parchemin chez toi. Ça pourrait t'être utile. Dans le doute, j'ai rapporté l'intégrabilité de son récit. Si quelque chose m'a échappé, tu le verras, je te connais bien.

Pour la question du jeune être, je l'ai aidé. À trouver l'endroit où il pourra mourir de la manière la moins lente possible. Je ne vais pas te le cacher, je lui ai carrément menti en lui disant que le vieux château lui permettrait de retourner à son foyer.

Il semblait un peu méfiant, mais au fond de lui, je sentais qu'il bouillonnait intérieurement d'espoir. À l'heure actuelle, il doit être un peu refroidi, dans tous les sens du terme. Mais je pense avoir pris la bonne décision. Je sais que tu n'aimes pas cela, mais rends-toi à l'évidence, il n'aurait pas pu continuer à vivre comme avant. Tu sais bien que des choses qui lui échappaient jusqu'à aujourd'hui deviendraient soudainement évidentes, la folie le guetterait à chaque lieu familier. Et puis, soyons francs, on ne peut pas prendre le risque de briser le voile. Dans tous les cas, j'espère que tu tireras les choses aux clairs. J’étais occupé ces derniers temps, on a pas pu beaucoup communiquer. J'espère que toi et ta fille vous vous portez bien.

Gloire à Hastouras.

Amicalement, ton ami aux mains pâles.



Le texte que vous venez de lire est une lettre que j'ai reçue récemment. Ce n'était pas une erreur, l'adresse était bien la mienne. Par contre, le destinataire, de toute évidence, n'était pas moi.

J'ai un peu fouillé, il semble qu'un vieil homme habitait ma maison il y a 10 ans de cela. J'ai interrogé le voisinage, il me parle d'un vieillard discret et bien intentionné du nom de Frédérique. Il vivait avec sa fille âgée d'une trentaine d'années qui souffrait de retard mental.

Je n'ai pas encore retrouvé sa trace. J'ignore s'il s'agit d'un canular particulièrement bien fait ou d'une authentique lettre. Ça sent l'occulte à plein nez. J'ai fait quelques recherches sur la toile, au sujet du liquide, du chat, de cet hôpital dont la ville n'est (volontairement ?) pas précisée, ainsi que du fameux parchemin que mentionne « l'homme aux mains pâles » (c'est comme ça que j’appelle celui qui a écrit la lettre) :Le Taxídia krymméno. Pour l'instant, je n’ai rien trouvé, mais vraiment rien. Je commence à croire qu'il s'agit peut-être vraiment d'un canular. Mais malgré tout, il me semble invraisemblable d'avoir d'un côté des d'informations précises sur le destinataire, et de l'autre ne pas savoir que ça fait 10 ans qu'il a déménagé. Je suis donc dubitatif. Ça fait quelque temps que je lurk le forum. J'ai vu que vous connaissez bien le milieu de l'occulte. Peut-être certains d'entre vous ont des informations qui pourraient m'aider. Je suis pas mal perturbé par cette lettre.


jeudi 31 août 2017

Cache-Cache

Je n'ai jamais voulu d'enfants. Je ne les ai jamais vraiment appréciés. Je ne suis pas à l'aise en leur présence, je l'ai toujours dit. J'aimais vivre seul.
Même quand mon frère en a eu un, il ne m’intéressait pas trop. Bien sûr, j'allais à ses anniversaires, et je lui offrais des cadeaux. Il est peut-être vrai que j'ai pu ressentir un certain degré d'affection, mais honnêtement, ce n'allait pas au-delà de ça. Je n'aimais pas vraiment cet enfant, et le voir régulièrement n’altérait pas ma décision de ne jamais en avoir.

J'ai fait des choix de carrières et d'investissements très intelligents dans ma vingtaine, de sorte que j'étais déjà à la retraite à mes 35 ans. Je faisais quelques missions en tant que consultant dans mon ancienne entreprise de temps en temps, mais la plupart du temps, j'étais libre.

Peut-être que c'est pour cette raison que la vie, le destin, où l'homme barbu dans le ciel, a cru que j'étais prêt pour cela. Quand mon frère et sa femme sont morts dans un accident, je suis resté avec la garde de mon neveu. Sa mère était une orpheline, et il n'y avait aucun membre vivant de la famille du côté de son père, excepté moi. Et vu que j'étais un "citoyen modèle", avec une bonne éducation et une excellente situation financière, j'étais le choix évident du système juridique.

Bien que je n'aime pas l'idée d'avoir des enfants, je ne voulais vraiment pas envoyer mon neveu dans un foyer d'accueil. Donc, il y a trois mois, je l'ai adopté.
Étonnement, ce n'était pas si mal. Il y avait beaucoup de problèmes au début, mais je m'y suis habitué. Nous passions la majeure partie du temps à jouer ensemble. Son jeu préféré est le cache-cache. La plupart du temps, je me cache et c'est lui qui vient me chercher. Je le laisse compter et je cherche une place pour m'y cacher. Il peut compter jusqu'à dix en utilisant ses doigts. On s'amuse beaucoup.

Bien sûr, ce n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Parfois, il fait des choses qui me dérangent vraiment. Comme il y a trois jours, quand je l'ai attrapé avec ses doigts à l'intérieur du pot à biscuits, une nouvelle fois. Je lui ai répété plusieurs fois de ne pas le faire. Cette fois, je devais le punir. Je n'ai pas aimé le faire, mais on m'a dit qu'il fallait être strict avec les enfants. Il s'en est remis, au bout d'un temps. Il a compris qu'il avait mal agi, et c'est ça qui est important.

Aujourd'hui, nous jouons à nouveau à son jeu préféré. Je dois aller me cacher rapidement, car aujourd'hui, il ne comptera que jusqu'à huit.


Traduction : Kamus

Source

vendredi 25 août 2017

Accrobranche

Bonjour,

Le récit qui va suivre est entièrement véridique. Ni moi ni vous ni quiconque ne saurait expliquer ces phénomènes, mais ce sont bel et bien ceux que j'ai vécus. Je précise ça parce les précautions que je vais prendre pourraient vous faire douter sérieusement de mon histoire. Cependant, afin de ne porter préjudice ni à la commune, ni à l'établissement scolaire, ni à la société mentionnés, je ne citerai aucun lieu ou nom précis. Sachez juste que tout ceci se trame en Alsace.

Je suis prof dans un collège de cambrousse. Ni bon, ni mauvais, ni élitiste, ni malfamé. Il accueille principalement les élèves des deux communes voisines. Des gosses équilibrés, pas casse-couilles. Il y a bien quelques lascars un peu moins fréquentables, mais pour la plupart, ce sont vraiment des gosses attachants. Et doués, puisqu'il arrivait même que les élèves obtiennent des prix et des récompenses dans des concours locaux ou régionaux.

Justement, il y a quelques mois, une classe de 3ème est arrivée en deuxième position d'un concours de mathématiques. Les cocos étaient ravis, parce que la métropole offrait une après-midi à accrobranche, dans une commune voisine.

Moi-même, j'adore l'accrobranche. Ça peut vous sembler puéril de ma part, mais ça demande quand même une sacrée endurance et pas mal de sang-froid. Et puis, on ne va pas se mentir, sortir victorieux d'une coriace piste noire, ça a la classe. Donc ouais, j'avoue, j'ai un peu forcé du côté de l'administration pour me joindre à la sortie. Et finalement, j'ai regretté. Que c'est cocasse.

Nous sommes arrivés sur le site à la date prévue, et on nous a barbés comme d'habitude avec les sempiternelles consignes. Qui peuvent cependant s'avérer bien utiles pour les grimpeurs, et également pour vous, lecteurs, à qui il faudra une certaine connaissance de l'équipement, du jargon et des parcours pour vous figurer mon cauchemar.

Tout d'abord, chaque grimpeur est équipé d'un baudrier, où sont attachés un mousqueton, une poulie, et une ligne de vie, le tout relié par un bordel de fils enchevêtrés. Le mousqueton n'est pas obligatoire, et il peut être un gros avantage comme un handicap non négligeable. À utiliser savamment, donc. La poulie est utilisée uniquement pour les tyroliennes. En théorie. Parce qu'il arrive souvent que les grimpeurs s'en servent pour survoler une structure un peu trop ardue. Et la ligne de vie porte bien son nom, puisque ce n'est rien de moins que l'unique morceau de métal au bout d'un fil auquel se rattache votre vie. La première pensée qu'on a lorsqu'on enfile cet équipement, c'est «Mais ça va jamais tenir». Et si, ça tient. Enfin, le site n'a jamais eu de problème de ce côté-là.

Car justement, lors des parcours, les grimpeurs montent «à leurs risques et périls» et «sont responsables de leur propre sécurité». En gros, si vous clamsez, c'est pas nous qui payons les pots cassés. Bon, ça donne aux gosses une impression d'aventure et de l'autonomie, donc quelque part, c'est plutôt pédagogique.

Concernant les pistes, le principe est semblable à celui des pistes de ski. De la plus facile, pour les chochottes, à la plus difficile, elles s'échelonnent sur six nuances : vert clair, vert foncé, bleu clair, bleu foncé, rouge, et noir.

C'est dans cette dernière piste que je me suis aventurée pour commencer la matinée. J'étais seule, car les élèves préféraient s'échauffer sur des parcours plus simples. En ce qui me concernait, je n'avais pas besoin d'échauffement, et j'aurais refusé de quitter les lieux sans avoir fait cette piste. Cette piste, bête noire des grimpeurs, qu'on se le dise. Elle demandait un cran et une endurance à toute épreuve, une concentration constante et une certaine expérience de l'accrobranche. Sur 10 grimpeurs qui en tentaient la conquête, seuls 3 ou 4 la réussissaient sans accroc et sans aide. J'avais une certaine fierté de faire partie de cette faible proportion, et je comptais bien l'étoffer encore un peu en triomphant cette année encore de ce parcours du combattant.

Seule, accompagnée de mon baudrier clinquant et encombrant, j'ai entamé l'escalade de l'échelle de cordes distendues qui marquait le début des réjouissances. Le début du parcours n'avait encore rien de bien terrible, et je progressais plutôt aisément. Mais très vite, le mousqueton m'a encombrée, alors je l'ai retiré, et je l'ai laissé pendre à mon côté.

Quand ça s'est produit pour la première fois, j'atteignais une plateforme salvatrice après un obstacle plutôt corsé qui m'avait valu quelques égratignures et sueurs froides. Je reprenais mon souffle, adossée au tronc, quand je me suis sentie tirée en arrière. Avec un sursaut, j'ai fait volte-face en me cramponnant à l'écorce. Il n'y avait rien. Baissant les yeux, j'ai constaté que mon mousqueton s'agitait d'une drôle de manière : trop vivement, alors que j'étais restée immobile depuis deux bonnes minutes. C'est alors que, coincé entre les deux parties métalliques, j'ai remarqué un tissu sombre. En soulevant le mousqueton à hauteur de mes yeux, j'ai réalisé que ça n'avait rien d'un tissu. C'était des poils. De longs poils noirs, lisses et épais.

J'ai avisé cet étrange phénomène avec une curiosité mêlée d'inquiétude. Finalement, j'ai repris ma route, en me persuadant que ça n'était qu'une espèce de lichen.

Le phénomène s'est produit deux autres fois, toujours de la même manière. Comme les plateformes étaient circulaires, ça venait toujours du côté auquel je tournais le dos. Et, chaque fois, je retrouvais les étranges poils accrochés au métal. J'ai fini par ranger mon mousqueton, le coinçant dans mon baudrier. Car, malgré mon côté cartésien, je commençais à penser que quelque chose s'agrippait à mon mousqueton et cherchait à me faire chuter.

Raconté de cette manière, ça peut paraître complètement exagéré, mais il faut bien vous figurer que j'étais seule et éreintée, dans un parcours à plus de vingt mètres du sol. N'importe qui aurait commencé à psychoter.

Alors que je progressais entre les arbres, j'essayais de me la jouer davantage Scully que Mulder. Rien ne m'indiquait qu'il s'agissait réellement de poils. Ça aurait tout aussi bien pu être une plante, comme du lichen, dans laquelle mon mousqueton se serait coincé à plusieurs reprises. Ça pouvait aussi être tout simplement des déchets que des grimpeurs avaient jetés là. Le seul risque que cette chose présentait pour moi était de me déséquilibrer alors que mon mousqueton se bloquait. Et de toutes façons, à partir du moment où j'ai raccroché mon mousqueton, plus rien ne s'est produit.

Jusqu'à un certain moment. Le moment où je me suis rendue compte que je ne reconnaissais pas les épreuves. Et qu'elles devenaient de plus en plus délicates. Et que certains câbles, planches et autres structures étaient disposés de manière carrément dangereuse. Le moment où je me suis rendue compte que je n'étais plus dans la piste noire.

À cet instant, mon premier réflexe a été de m'arrêter sur une plateforme et d'examiner le câble qui supportait la ligne de vie. Ce morceau de métal ne quittait jamais le câble prévu à cet effet. C'était fait comme ça, c'était pensé comme ça, et personne n'y pouvait rien. Ce câble allait du début à la fin du parcours. Or je devais bien me rendre à l'évidence que la ligne de vie était toujours là, bien accrochée, sans défaut. Les pistes étaient par ailleurs bien délimitées, ainsi, je n'arrivais pas à comprendre où je m'étais plantée.

Le fait était que je devais être sacrément loin du site, puisque je n'entendais plus les cris et les rires de mes élèves. Et, à l'accoutumée, toutes les pistes se croisaient à un moment donné. On était toujours capable de voir les autres parcours en contrebas. Mais là, rien. J'étais seule, accrochée à mon tronc par ma ligne de vie, sur une plateforme branlante.

Mon perchoir était effectivement instable, aussi j'ai pris la décision de continuer jusqu'à la plateforme suivante, que j'apercevais sans mal entre les arbres, pour lancer mes appels au secours. Il n'y avait pas d'autre moyen de traverser la dizaine de mètres qui m'en séparaient, alors j'ai décroché ma poulie, me suis mise en position de tyrolienne, ai raccroché mon mousqueton pour m'assurer une chimérique sécurité, et me suis élancée dans les airs.

Mon baudrier a enserré mon ventre. Mon corps s'est arrêté brutalement au milieu de la tyrolienne. Le souffle court, j'ai jeté un regard circulaire autour de moi. Et j'ai étouffé un juron. Le câble de mon mousqueton et de ma ligne de vie s'étaient emmêlés au dessus de ma tête. Tendant les bras pour défaire le nœud, je me suis calée au fond de mon baudrier. Sauf que. Pas moyen d'atteindre les câbles. Mon bras était trop court, ma ligne de vie trop longue, je n'en savais rien. Gigotant dans une position inconfortable, j'ai forcé sur mes muscles pour me grandir, mais ça n'était pas suffisant. À bout de forces, je me suis laissée retomber dans mon baudrier.

"Et maintenant ?" ai-je songé. Ce parcours était définitivement mal foutu. Il ne respectait pas les normes de sécurité, les dimensions étaient mal calculées, les épreuves semblaient trop inhumaines. L'idée m'a effleurée de m'être aventurée sans le vouloir dans un parcours en construction. Sauf qu'il y aurait eu un écriteau de mise en garde. Que je n'avais pas vu ? Ça ne tenait pas debout.

Enfin, s'il y en avait une qui ne tenait pas debout, à cet instant, c'était moi, avachie dans mon baudrier, coincée à vingt mètres au-dessus du plancher des vaches. J'ai compté mentalement dix secondes avant de me mettre à pousser des cris.

Je ne suis jamais arrivée à 10. Je me suis figée toute entière à 6 ou à 7. Là-bas, entre les arbres, immobile. Quelque chose me fixait. Des prunelles sombres et dilatées me sondaient au plus profond de mon âme. Tétanisée par la terreur, j'ai soutenu le regard de la chose. Quand elle a émergé du feuillage, j'ai réprimé un hurlement. Un singe. Un de ces grands singes-araignées, aux membres longs et difformes, surplombant les branches.

Je n'osais pas émettre un seul son. D'un curieux mouvement élastique, l'animal est monté en équilibre sur le câble qui me soutenait. Progressant avec agilité, il s'est glissé jusqu'au niveau du nœud. Et, de ses doigts prolongés en ongles trop longs, trop acérés, il a tranché ma ligne de vie. D'un pas souple et tranquille, sans m'accorder un seul autre regard, la bête a disparu entre les arbres.

Le nœud était défait, et je pouvais à présent accéder à la plateforme. Cependant, encore sous le choc du prodigieux comportement de cet animal, je ne parvenais pas à m'en réjouir, ou au moins à en éprouver du soulagement. Outre les ongles terrifiants de la bête, son geste avait une symbolique glaçante. Il avait tranché ma ligne de vie. Encore un effet certain de ma psychose, mais ce songe m'était effroyable. En atteignant la plateforme, j'ai décroché le mousqueton. Il était couvert de longs poils noirs, lisses et épais.

Perchée sur la plateforme, je poussais des cris déchirants, les mains en porte-voix, tournant sur moi-même pour que ma voix s'envole en toutes directions. J'appelais un à un le nom de tous mes élèves, des collègues qui accompagnaient la classe, des animateurs du site, sans obtenir aucune réponse. J'avais alors effectué un tour complet sur moi-même.

J'ai voulu hurler, mais ma voix s'est éteinte au fond de ma gorge nouée. Devant moi, sur le parcours, à deux mètres à peine, se trouvait un singe. Les yeux vitreux, la gueule entr'ouverte, les membres ballants. Pendu. Pendu comme un homme. Pendu comme un suicidé.

C'en était trop. Avec des gestes frénétiques, j'ai décroché mon mousqueton, desserré mon baudrier, et ai envoyé valdinguer mon équipement dans les arbres. Puisant dans mes dernières forces, j'ai entrepris de redescendre le long d'un tronc.

J'y suis parvenue, au prix de mille efforts, de mille blessures et de mille larmes. Je me suis traînée péniblement jusqu'au site, que j'ai retrouvé en suivant le câble de ce parcours maudit. Arrivée sur place, dans un état quasi-traumatique, j'ai ordonné au premier animateur de m'amener le directeur du site. J'ai refusé de répondre à toutes les questions que me posaient mes élèves et mes collègues. Je n'ai consenti à tout déballer qu'en présence du directeur.

Il m'a assuré que les singes-araignées ne vivaient qu'en Amérique du Sud. Et que le site ne comptait aucun parcours en construction.

La rentrée approche, tenez-vous prêt pour ce qu'on vous réserve !