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dimanche 31 juillet 2016

J'ai toujours su qu'il y avait un truc bizarre avec mon sous-sol.

Mais je n'avais aucune idée d'à quel point la vérité pouvait être terrifiante.


Je me souviens quand j'ai vu la maison pour la première fois. J'avais sept ans et mes jeunes parents venaient d'acheter leur première maison. Je détestais vivre dans le petit appartement miteux où nous habitions auparavant, et nous avons fait de grands yeux en ouvrant la porte. J'étais émerveillé en découvrant à quel point c'était spacieux. Je suis monté pour voir ma future chambre. J'étais tellement excité d’avoir ma propre chambre et de ne pas avoir à la partager avec mon frère en bas âge.

Pendant mon exploration, je suis finalement descendu dans la cave. Le sous-sol n'était en rien comme le reste de la maison : en surface, l'intérieur était élégant et chic ; la cave, elle, était froide, vide et malodorante. Le plafond était parcouru de vieux tuyaux sinueux, et le sol, simplement couvert d'une dalle de ciment. Je me souviens avoir jeté un coup d’œil à l'escalier et j'ai été immédiatement surpris de voir à quel point il était étrange.

L'escalier était encadré par deux cloisons de plâtre qui tranchaient avec le reste du sous-sol. En particulier
, une section de la paroi avait une couleur différente du reste. Elle faisait tache dans le décor. Je me suis rapproché, et je l'ai tâtée. La texture du matériau était très étrange. J'ai alors toqué dessus, et un écho a brisé le silence. 
Quelque chose dans ce son inattendu m'a tout de suite mis mal à l'aise. J'ai monté l'escalier et je pouvais toujours entendre le même écho dans le sous-sol vide.

Alors que nous nous installions, j'ai commencé à me mettre à l'aise vis à vis de mon nouvel environnement. La maison devenait familière. Toute la maison, excepté le sous-sol. Il venait toujours me rebuter, et j'évitais cet endroit du mieux que je pouvais. 

Notre famille n'aurait pas pu être plus heureuse. Moi et mon frère recevions tout l'amour possible de nos parents. Ma vie était parfaite.

Puis ça a commencé.

J'ai commencé à entendre des bruits étranges. Quand je l'ai signalé à mes parents, ils m'ont fait le grand classique, comme quoi c'était le bois qui travaillait. Une nuit en  particulier a pourtant bien démontré que quelque chose n'allait pas. J'étais descendu à la cuisine pour prendre quelque chose à grignoter, et au moment de fermer la porte du réfrigérateur, j'ai entendu comme des tapotements dans le silence de la nuit. J'ai tendu l'oreille pour voir si je pouvais déterminer d'où le bruit venait. J'ai alors réalisé que ce son venait du sous-sol. Je me suis donc dirigé vers la porte de la cave et je l'ai ouverte, accueilli par l'obscurité.

Mes oreilles se sont dressées. Il était là à nouveau. Ce bruit creux de tapotement. Le même son que j'avais entendu à ma première visite au sous-sol quand j’avais frappé les cloisons de plâtre. J'ai allumé les lumières pour descendre les escaliers afin d'y jeter un oeil. Les coups ont continué tandis que je descendais la première marche, et la peur m'a envahi. N'y tenant plus, je suis retourné en courant dans ma chambre et je me suis caché sous mes couvertures jusqu'à ce que la lumière du matin laisse sa place à une nouvelle journée.

Je me souviens le lendemain quand j'ai descendu les escaliers. Premier debout, je me suis dirigé vers le salon pour jouer à la Nintendo. Sur mon chemin, je suis passé devant la porte du sous-sol. Elle était fermée. Même si j'étais en panique quand je suis retourné dans ma chambre la veille, je me souvenais très bien avoir laissé la porte ouverte et les lumières allumées. Sur le moment, je me suis dit que ma mère ou mon père avaient dû le faire, et je me suis plongé dans Super Mario Bros 3.

Plus tard, j'ai mentionné l'incident à mes parents, et ils m'ont assuré que ce que j’avais entendu était uniquement le son de la chaudière. J'étais sceptique, mais ouvert à toute explication logique.

Environ un mois après avoir emménagé, ma mère m'a demandé de remonter du linge propre du sous-sol, là où se trouvait notre machine à laver. J'ai accepté à contrecœur. On était au milieu de la journée et suffisamment de temps s'était écoulé pour atténuer la peur que j'avais ressentie une semaine plus tôt.

J'ai allumé les lumières. J'ai descendu les marches quatre à quatre. Je pouvais entendre l'écho de mes pas, et je sentais couler des sueurs froides sur mon front. Arrivé à la dernière marche, j'ai brusquement senti une odeur nauséabonde - mes parents m'avaient dit qu'il devait y avoir une souris morte quelque part dans la cave, et m'ont assuré qu'ils allaient la retrouver. Je me suis dirigé vers la machine à laver. J'ai saisi les chaussettes à la hâte et je les ai enfouies dans le panier à linge. 

Après avoir fermé la porte de la machine, j'ai examiné les alentours. Le silence de la cave était si étrange. Puis je l'ai entendu. Un murmure presque inaudible.

Au début, je pensais que c'était quelqu'un à l'étage, comme si sa voix se propageait dans le sous-sol. Cependant, ce n'était pas le cas. Ce bruit venait vraiment du sous-sol, de sous les escaliers. Alors que je restais figé par la peur, le murmure est devenu plus fort, bien que toujours à la limite de la perception humaine ; ce qu'il disait était incompréhensible pour mes jeunes oreilles.

Puis il s'est arrêté, aussi vite qu'il a commencé.

Je me suis déplacé vers les escaliers en gardant un œil sur la partie bizarrement colorée de la cloison de plâtre. Alors que j'entreprenais de m'éloigner pour échapper à ce qui s'annonçait comme un cauchemar, le moment le plus terrifiant de ma vie s’est produit : un gros bruit sourd a secoué les escaliers. Presque au point de me faire tomber à la renverse. J'ai monté les escaliers aussi vite que mes jambes me le permettaient .

Les larmes aux yeux, j'ai raconté à mes parents ce qui s'était passé. Ils ont fait de leur mieux pour me rassurer, mais rien de ce qu'ils disaient ne pouvait apaiser mon esprit. Je leur ai dit que je n'aurais jamais dû descendre au sous-sol. Ils ont pris ma terreur au sérieux, car ils ont honoré ma demande : ils ne m'ont plus jamais envoyé à la cave.

Après trois mois dans la maison, les choses étaient revenues à la normale pour moi, et honnêtement, il y a eu une période de deux semaines où j'ai été parfaitement serein. En fait, c'est probablement la dernière période de ma vie où j'ai connu une telle sérénité. 

Un moment en particulier me vient à l'esprit. Je me souviens avoir soulevé affectueusement Jonathon au-dessus de ma tête quand sa tétine était tombée de sa bouche. Je me souviens lui avoir fait un gros câlin, et je me souviens de son odeur. Cette merveilleuse odeur que les bébés émettent. C'est la dernière fois que j'ai senti ce parfum.

Tout s'est anéanti pour moi et mes parents la nuit du 2 juillet 1991.

C'est le jour où Jonathon a disparu.

Une demande de rançon avait été griffonnée dans un anglais à peine lisible et laissée dans son lit, exigeant 20 000 dollars en espèces. La note informait mes parents que s'ils contactaient la police, Jonathon serait exécuté. Mes parents se sont isolés dans leur chambre, et je pouvais les entendre se disputer sur la décision à prendre. Ma mère a finalement convaincu mon père, et a appelé la police. 


Le lieu et l'heure pour l'échange avaient été indiqués sur la note, aussi la police avait mis en place une écoute au cas où le ravisseur se décidait à appeler. J'ai demandé à mes parents et aux policiers s'ils avaient soigneusement fouillé la maison, au cas où le ravisseur était encore là. Ils m'ont assuré qu'ils avaient tout fouillé et que Jonathon serait vite récupéré, mais une idée avait déjà germé dans mon esprit, une idée qui allait grandir et s'enraciner en moi tout au long de ma vie.

Mes parents ont suivi les instructions. Ils ont déposé l'argent et ont attendu à l'emplacement indiqué pour retrouver Jonathon.
Le ravisseur n'est jamais venu.

Inutile de dire que ça a déchiré ma famille. Les semaines ont passé et il n'y avait pas de nouvelles de Jonathon. Mes jeunes parents dynamiques n'étaient plus que l'ombre d'eux-mêmes, ma mère en particulier. Elle s'en voulait pour avoir prévenu la police et pensait que c'était la raison pour laquelle Jonathon n'avait pas été retrouvé. 


Une nuit, alors qu'elle sanglotait seule en buvant une bouteille de vin, j'ai finalement décidé de lui parler de la théorie que j'avais en tête. Je lui ai dit que je pensais que c'était celui qui était sous l'escalier qui avait pris Jonathon, et qu'il était peut-être encore vivant. 
Elle a giflé mon visage si fort que j'ai vu des étoiles. Elle a crié sur moi. Sa culpabilité s'exprimait comme de la rage. Elle m'a dit d'arrêter mes conneries de gamin et de simplement accepter que Jonathon avait été emmené par un putain de malade, et qu'il était mort. 
Mon enfance a été détruite ce jour-là. Je me souviens de l'envie que j'avais de prendre un marteau et d'exploser tout ce qui se trouvait sous l'escalier, mais la peur était trop forte en moi pour le faire.

Ma famille a déménagé peu de temps après cet incident. Je me souviens avoir eu un peu l'espoir de jours meilleurs à ce moment, mais il s'est rapidement évaporé. Mes parents ont divorcé, ne supportant plus de partager leur douleur. Moins d'un an après, ma mère s'est suicidée. La culpabilité l'avait submergée sans doute. Mon père a fait de son mieux pour m’élever, mais l'ombre de Jonathon était toujours suspendue au-dessus de nos vies.

Vingt ans plus tard, j'ai commencé à repenser à la disparition de mon petit frère, et à la colère que j'avais ressentie. Ma famille avait eu une chance de jouir d'une vie normale et satisfaisante, mais elle avait été brisée par celui qui nous l'avait pris. On ne m'avait pas juste volé un petit frère : on m'avait volé une chance d'être heureux. 

En grandissant, j'avais fini par accepter la version officielle des événements. Mais ces derniers temps, la curiosité avait recommencé à m'occuper l'esprit. Je suis retourné devant la vieille maison, pour constater qu'elle était actuellement vacante. Des idées ont commencé à tourbillonner dans ma tête.
 

Un soir où j'avais bu, l’ébriété me donnant du courage, je me suis introduit dans la maison. J’avais décidé de le faire. Je me doutais que je n'allais rien trouver sous l'escalier du sous-sol, mais j’espérerais que ça allait achever un trop long chapitre de ma vie et me permettrait de tourner la page.
À mon grand désarroi, les escaliers sonnaient exactement comme dans mon souvenir, et un bruit creux a envahi le vide du sous-sol. 

Arrivé en bas, j'ai examiné la cloison. Toujours cette petite zone à la couleur étrange, aussi sinistre que quand j'étais enfant. Cependant, la peur n'allait pas m'arrêter. En fait, je ressentais l'inverse. Je sentais un courage que je n'avais pas ressenti depuis longtemps. 
Le moment de vérité était venu. Avec toute la force accumulée en moi par des années de colère refoulée, j'ai foncé épaule en avant vers la cloison, et les plaques de plâtre ont cédé au premier coup. 

J’ai ouvert les yeux, j'ai regardé autour de moi, et mon courage s'est envolé dans l'instant.




Seigneur.

Des os.

Des os partout.

Un sentiment d'horreur inimaginable m'a pris en voyant les nombreux squelettes éparpillés. La lumière rasante donnait un air menaçant à ​​leurs minuscules ossements. Des
lambeaux de papier portant des inscriptions incompréhensibles parsemaient l'étroit espace. Il devait y avoir les restes de 20 ou 30 enfants. Ma peur a continué de grandir tandis que je réalisais que les crânes étaient manquants.

Un squelette en particulier avait attiré mon attention. Je suis tombé à la renverse quand j'ai vu ce qui ressemblait fortement à des traces de morsures sur le petit avant-bras.

Je m'attendais à entendre un bruit sourd en tombant sur le béton. Au lieu de cela, j'ai entendu un son creux. J'ai regardé pour voir sur quoi j'avais atterri : c'était une trappe. J'ai essayé de trouver à nouveau du courage, et j'ai tenté de surmonter la peur. Je l'ai ouverte.

Elle menait à un tunnel sombre, un vide sanitaire qui pouvait à peine faire tenir une personne couchée sur le ventre. L'odeur d'humidité qui s'en échappait me répugnait, mais je savais ce que je devais faire. Avant même d'être conscient de ce que mes muscles faisaient, je m'étais retrouvé à ramper dans l'obscurité, me dirigeant vers Dieu sait ce qui se trouvait à l'autre bout.

J'ai levé les yeux, apercevant un rai de lumière dans les ténèbres.
J'étais arrivé au bout du tunnel. Avec appréhension, j'ai poussé la trappe vers le haut.

J'ai sorti ma tête prudemment. À ma grande surprise, le tunnel conduisait de l'autre côté de l'escalier. Je me suis extirpé hors du tunnel pour me trouver dans le coin du sous-sol, faisant face à un sèche-linge couvert par des années de poussière. Tout cela me plongeait dans la confusion, mais avant que je puisse former une pensée cohérente, les lumières s'étaient éteintes dans le sous-sol.

Mon cœur s'est serré quand j'ai commencé à entendre quelqu'un descendre les escaliers, marchant lentement mais sûrement, me signifiant que je n'étais plus seul. À chaque pas, mon cœur s’arrêtait de battre. 

C'est là que j'ai commencé à entendre ces chuchotements incompréhensibles qui m'étaient familiers. Les souvenirs d'une enfance perdue me sont soudainement revenus en masse. 
Craignant que la pénombre ne me cache pas convenablement à ce qui approchait, je me suis recroquevillé derrière le sèche-linge, ne voulant pas prendre le risque de voir quelque chose qui pourrait terroriser toutes les fibres de mon être.

La panique grandissait en moi. Qu'est-ce que j'allais faire s'il découvrait que son repaire avait été révélé? Alors que je réfléchissais à mes options, des cris ont éclaté.
 

Je parle de cris, mais rien ne pourrait réellement décrire ces sons gutturaux. Le bruit qui venait de briser le silence de la cave était si glaçant, si surréaliste, il défiait toute description. Il était clair qu'il savait que quelqu'un avait découvert son sanctuaire. En un rien de temps, j'étais déjà dans les escaliers, fuyant pour ma vie.

J'ai couru à ma voiture. Trop effrayé pour me retourner. Tous mes muscles travaillant de concert, j'ai ouvert la portière et j'ai tourné la clé dans un mouvement rapide. Alors que ma voiture démarrait sous la lumière des lampadaires, l'ombre est tombée sur ma voiture. Je n'ai pas regardé en arrière, j'ai roulé pied au plancher jusqu'au commissariat le plus proche. Hors d'haleine, j'ai tenté d'expliquer à l'officier à l'accueil ce qui venait de se passer.

Un mois a passé depuis. Le lendemain de ma découverte, la police a lancé une enquête et a rapidement fait la même découverte macabre. J'ai été remercié par la police et la communauté pour ce que j'avais trouvé ; ils allaient être en mesure de mettre fin aux avis de recherche pour plusieurs cas de disparitions. Cependant, ils n'ont pas été en mesure de trouver l'auteur de ces crimes odieux. 

Ils ont commencé à analyser l'ADN des ossements. Un profond sentiment de soulagement m'a envahi lorsque j'ai reçu l'appel m'informant que l'un des petits squelettes appartenait à Jonathon.

J'ai partagé les nouvelles avec mon père. Son regard s'est illuminé, le fardeau qu'il avait porté pendant tant d'années avait été levé. Nous nous sommes embrassés, des larmes plein les yeux.





Toutefois, le soulagement a été pour moi de courte durée.

La pensée qui me tient éveillé la nuit, c'est de savoir que cette chose est encore en liberté. La question qui empoisonne mon esprit est de savoir si ce monstre est propre ou figuré.

J'espère ne jamais le savoir.






Traduction : Ocene

Texte original ici

vendredi 29 juillet 2016

La tour du silence

19 Janvier 2003
 
Les autorités indiennes ont conduit une enquête sur plusieurs disparitions dans une ville à proximité d'une jungle épaisse. Les indices semblaient converger vers une "Tour du Silence", ou dakhma. Les Zoroastriens utilisent ces lieux pour disposer les corps des personnes décédées.
Même si les lieux de ce genre ne sont pas rares en Inde, plusieurs éléments étranges ont indiqué qu'il y avait là quelque chose qui sortait de l'ordinaire.

1. Aucun des corps représentés sur la photographie n'a pu être identifié. Des villageois résidant dans les environs, initialement surpris par le nombre élevé de corps dans le dakhma, ont été incapables de les reconnaitre. Par ailleurs, aucun d'entre eux ne correspondait aux descriptions des disparus.

2. Aucun animal n'a pu être observé à proximité, excepté des mouches et des asticots. Les Zoroastriens comptent sur les oiseaux (notamment les buses) pour se nourrir des corps, dans leurs croyances ils contribuent au retour des corps à la Terre. Les autorités, cependant, ont trouvés les corps relativement intacts.

3. Il n'y a pas de compte officiel des corps. En fait, l'investigation est restée assez superficielle sur les lieux même, sans doute la raison pour laquelle
une seule photo en est ressortie. Les autorités ont rapidement vidé les lieux - pas en raison de la vue des corps, mais plutôt pour ce qui suit.

4. Le profond puits visible sur l'image était rempli par plusieurs mètres de sang - beaucoup plus que tous les corps disposés autour auraient pu émettre. La puanteur était si insoutenable que la plupart des membres de l'autorité ont commencé à être pris de nausées en approchant des lieux.

5. L'investigation a dû s'arrêter lorsqu'un villageois a accidentellement fait tomber un petit os dans le puits, brisant la surface coagulée de la piscine de sang. Une grosse éruption de gaz venant du sang en décomposition a alors jailli du puits, éclaboussant ceux qui regardaient dedans, ainsi que le photographe.

Ceux qui ont été pris dans l'explosion ont immédiatement été transférés à l'hôpital le plus proche, où ils ont été mis en quarantaine suite à une possible infection. Ils n'ont pas tardé à être pris de fièvres et de délires, hurlant qu'ils étaient "souillés par le sang d'Ahriman", la personnification du mal dans le Zoroastrisme, bien  qu'aucun n'ait admis avoir une quelconque familiarité avec cette religion. Le fait est que nombre d'entre eux n'avaient même aucune idée de ce qu'était un dakhma au moment de la découverte.
Le délire s'est transformé en folie et certains patients se sont mis à agresser le personnel de l'hôpital jusqu'à ce qu'ils soient mis sous calmant. Au bout de quelques heures, la fièvre les avait tous emportés.
Quand les membres des autorités y sont retournés le jour suivant, protégés par des combinaisons Hazmat, le site était vide. Tous les corps avaient disparu, et le puits avait été vidé. Tout ce qui est resté de cet incident est cette photographie.





Traduction : Meowski

Texte original ici.

lundi 25 juillet 2016

Hitori Kakurenbo

Ok, voilà le truc. Je suis une Américaine qui a vécu au Japon dans une famille d’accueil dans le cadre de mes études à l’étranger.
Dimanche dernier, ma sœur d’accueil Akane m’a parlé d’un jeu auquel elle voulait jouer, appelé « Hitori Kakurenbo » ou Cache-Cache Seul, je pense.

Bref, Akane disait que c’était amusant et que quelques filles de son école avaient essayé : c'était en fait une façon de jouer à cache-cache avec des fantômes, mais elle ne voulait pas le faire seule. Pour quelqu’un de sceptique, ça semblait plutôt sans danger et j’étais curieuse. Bien sûr, je le regrette maintenant. Peu importe à quel point vous pourriez être sceptique ou curieux, NE jouez PAS à ce jeu. Bref, Akane s’était procuré une poupée dans un magasin "tout à 100 yens" et l’avait appelée Erina. J’ai pu ensuite la voir retirer son rembourrage et le remplacer par du riz.

« Maintenant, j’ai besoin de deux gouttes de sang, une de moi et une de toi. » m’a-t-elle murmuré, en essayant de se rappeler des règles que son amie lui avait dictées. Elle a piqué son doigt et j’ai fait de même avec le mien, puis on a frotté notre sang contre le riz. Elle a ensuite cousu la poupée avec un fil rouge, puis a enroulé le restant du fil autour de la poupée.
« Pourquoi tu fais ça ? » ai-je demandé, confuse.
« Le rouge est supposé représenter des vaisseaux sanguins. On va les couper ce soir à trois heures. »
« Trois heures de l’après-midi ou du matin ? »
« Du matin, idiote. » m'a-t-elle répondu, avec un sourire narquois.
Elle a aussi rempli des verres d’eau salée et tracé des lignes de sel autour de la chambre de ses parents.
« C’est pour quoi ? » ai-je demandé, curieuse.
« Apparemment, ça empêche l’esprit d’aller dans la pièce pour te trouver. »
« Donc, on se cachera là ? »
« Non, ce ne serait pas amusant… Si ? Je ne veux juste pas que leur chambre soit détruite. »

Détruite. Avec le recul, j’aurais aimé que l’on soit restées là-bas, même si ça n’aurait pas été « amusant ». Si j'avais su ce qui allait se passer, je n'aurais tout simplement pas fait le rituel.

Quoi qu’il en soit, on est allées dans la salle de bain à trois heures. Le reste de la famille n’était pas là, ils étaient allés rendre visite à la tante et l’oncle d’Akane qui avaient récemment eu un nouvel enfant. On a placé la poupée dans la baignoire remplie d’eau et on a crié ensemble : « C'est au tour d'Akane et Sarah !
C'est au tour d'Akane et Sarah ! C'est au tour d'Akane et Sarah ! »

Ensuite, on est sorties en courant de la salle de bain, on a éteint toutes les lumières et on a allumé la télévision qui se trouvait dans notre cachette sur de la neige. Akane a saisi un couteau et a laissé l'eau salée sur la table. On est retournées dans la salle de bain et évidemment, la poupée se trouvait là dans la baignoire, nous souriant sereinement au fond de celle-ci.


« Erina, Akane et Sarah t'ont trouvée ! » a-t-on crié. On l’a tirée d’un coup sec et Akane l’a poignardée au niveau du cœur en s’assurant de couper un maximum de fil rouge avant de la jeter de nouveau dans la baignoire.

On chantait « C'est au tour d'Erina !
C'est au tour d'Erina ! C'est au tour d'Erina ! », puis on est retournées en courant dans la chambre avec la télévision toujours allumée. On a toutes les deux pris une gorgée d’eau salée en s’assurant de ne pas l’avaler et on s’est assises à l’intérieur d’un placard tout en tenant fermement nos verres. Akane a laissé la porte légèrement entrouverte parce qu'elle voulait voir ce qui allait se passer à la télévision. C’était une horrible, horrible idée. Aujourd’hui, j’aurais aimé qu’on ait laissé cette porte fermée.

Pendant les cinq premières minutes, on a juste attendu. Rien ne se produisait et je me sentais soulagée. Puis, j’ai entendu que le bruit de la télévision commençait à changer. Sans qu'aucune de nous ne touche à la télécommande, la télévision a commencé à changer de chaînes, assez rapidement pour que des phrases commencent à se former avec les mots des différentes chaînes.

Je
Vais
Vous
Trouver

J’ai reculé dans le placard, terrifiée. L’air semblait devenir plus froid. L’œil d’Akane, silencieuse, restait appuyé contre l’ouverture du placard.

Je pouvais entendre des bruits de pas et d’autres bruits sourds.


Êtes
Vous

Les bruits de pas se sont arrêtés en face du placard.


Êtes
Vous

Dedans

Et puis j'ai entendu les mots les plus effrayants d'entre tous.

Je
Vous
Ai
Trouvées

Akane a crié et est tombée au sol. Le couteau de cuisine qu’on avait utilisé pour poignarder la poupée saillait de son œil, celui avec lequel elle regardait depuis l’ouverture de la porte du placard. Elle m’a dit qu’elle avait bu l’eau par accident. Heureusement, aussi terrifiée que je pouvais l'être, j’avais réussi à garder l’eau salée dans ma bouche, tout en empoignant ce stupide verre. J’ai attendu jusqu’à ce que le bruit de la télévision revienne à la normale. Akane pleurait silencieusement, le couteau toujours dans son œil, mais elle m’a gémi : « Tu dois mettre fin au rituel. »

J’ai fait ce qu’elle m’a dit. J’ai erré dans la maison à la recherche de cette stupide poupée. Elle n’était plus dans la salle de bain. Je l’ai retrouvée debout sur le lit d’Akane, souriante. J’ai craché l’eau salée sur elle, puis j’ai crié fortement « J’ai gagné ! J’ai gagné ! J’ai gagné ! ». Ensuite, j’ai saisi la poupée fermement, j’ai été jusqu'à la poubelle du voisin, je l’ai plongée dans un bain d’essence avant de cramer cette enculée. Il était cinq heures du matin.

Je suis retournée dans le placard et j’ai dit à Akane que c'était fini. Elle est sortie du placard, le couteau toujours enfoncé dans son œil. On a appelé une ambulance. Après une opération, il s’est avéré qu’elle resterait malheureusement aveugle de cet œil. Akane a menti et a dit qu’elle avait trébuché sur le couteau après s’être levée plus tôt pour préparer le petit-déjeuner.

Ce qui est effrayant est que, bien que j’aie terminé le rituel et que j’aie brûlé la poupée comme Akane me l’a dit, je ne pense pas que ce soit fini. Akane dit qu’elle peut toujours voir « Erina » se promener dans la maison quand seulement son œil aveugle est ouvert. Je vois également des choses du coin de l’œil. Je ne sais pas quoi faire, on pensait qu’on avait bien fait le rituel mais peut-être qu’il est toujours en cours.

Quelques trucs bizarres se sont produits par la suite, tels que des bruits de pas dehors à trois heures du matin, la télévision qui change de chaînes et le son qui se déforme. Je continue à faire brûler de l’encens et je garde du sel dans ma chambre pour rester en sécurité, tout comme Akane. Mais si quelqu’un vous aborde et demande si vous voulez jouer à Hitori Kakurenbo, épargnez-vous des problèmes et ne le faites pas. J’ai entendu d’après des rumeurs qu’on a mal fait plein de trucs par rapport aux vraies règles du jeu. Mettre du sang dans la poupée est une erreur, ça peut vous maudire. On était supposées mettre des coupures d’ongles à la place. Akane et moi avons l’intention de nous rendre dans un sanctuaire pour demander de l’aide ce dimanche. Et si quelqu’un a un conseil à donner pour savoir quoi faire dans le cas d’une hantise au Japon, faites-le-moi savoir.

EDIT : Certains d’entre vous souhaitent toujours essayer le jeu après avoir lu ceci. JE LE DÉCOURAGE FORTEMENT. Si ce n’est pas assez, voici les indications LES PLUS SÛRES. http://sayainunderworld.blogspot.com/2008/09/one-man-hide-and-seek.html Utilisez un porte-mine, pas un couteau. L’esprit va vous blesser avec la même arme que vous avez choisi d’utiliser s’il vous trouve.



Traduction : Kowai

Texte original ici.

samedi 23 juillet 2016

Immeuble 15

30 avril 2016

Fin des travaux dans l'école Félix Tisserand. Je prends un autre journal pour la rénovation de la cave de l'immeuble 15, qui servira de compte-rendu.



1 Mai 2016

Pour le 2 mai :  cave à rénover dans l'immeuble 15
Ramener de la chaux et des outils.



2 Mai 2016

Inondation de la cave, moi et mes collègues avons dû partir. On y retourne la semaine prochaine.



9 Mai 2016

Je retourne seul au travail cette fois. Mes collègues sont sur d'autres chantiers, et le proprio insiste pour que j'y aille seul : il ne supporte pas le monde et le bruit. Il me laisse carte blanche pour faire de cette cave un endroit propre pour y stocker ses bouteilles. Il m'a néanmoins demandé de ne pas aller dans les autres espaces du sous-sol (réservés aux autre habitants de l'immeuble).

J'ai commencé par dégager toutes les grosses pierres afin d'avoir un sol plat. La terre est encore imprégnée d'eau. Pourquoi n'ont-ils pas mis du béton ?



10 Mai 2016

J'ai réussi à retrouver ma vieille lampe-torche pour mieux m’éclairer : la seule lampe au plafond disponible ne marche pas très bien. Alors que je m’apprêtais à la changer, le proprio est rentré, furax. Il m'a ordonné de ne plus toucher au lustre, et si la luminosité ne me convenait pas, je devais prendre une lampe-torche.

Cet interlude m'a permis de voir que le sol n’était plus très droit. J'aurai dû m'en apercevoir plus tôt.

N'ayant pas amené ce qu'il fallait pour remédier à ce problème, j'ai commencé à piqueter la pierre afin de faire tomber ce qui s'effrite, et dépoussiérer les pierres.




11 Mai 2016

Les murs sont restés intacts, donc prêts à recevoir de la chaux pour les rendre présentable, et ne pas laisser de pierres sales. Mais le sol était encore plus... battu je dirais. Je m'y suis si mal pris ?

J'ai donc dû tout recommencer, et cette fois j'ai mis des planches de bois sur le sol. Au moins mes chaussures ne sont pas couvertes de boue. J'ai presque fini les murs.

Vers la fin de la journée, avant de ranger le matériel, je me suis dit que ce serait plus simple d'utiliser les box des autres habitants de l'immeuble pour y stocker toutes mes affaires. Le proprio m'a dit que les autres habitants n'utilisaient pas ces espaces.

J'ai donc pris mes clefs, qui me garantissaient l'accès aux autres compartiments, et j'ai ouvert la porte qui y menait.

Je me suis rendu compte que la cave du proprio était unique : les autres étaient toutes reliées entre elles, formant une sorte de réseau. Je comprends pourquoi le proprio m'a dit de ne pas y aller : je pourrais me perdre...

J'ai quand même laissé mon équipement dans le box le plus proche. Il était encore très humide, et le sol était plus boueux, mais comme ça je gagnerai du temps.

Note : J'ai cru entendre un grattement sur un mur, ou sur les planches de bois. Je demanderai au proprio si il n'y a pas de rats.



12 Mai 2016

Le proprio semblait être inquiet pour les grattements, mais m'a affirmé qu'il n'y avait pas de rats. Il m'a également demandé si je pouvais retirer les planches de bois, mais je lui ai laissé entendre qu'il m'avait laissé carte blanche, et que s'il voulait sa cave, il fallait me faire confiance. Il est reparti sans rien dire.

Le premier mur est fini. J'ai mis plus de temps que d'habitude : j'ai eu du mal à retrouver mes outils, je ne savais plus dans quelle salle ils étaient, et je n'emmène pas mon carnet avec moi. Je devrais dormir plus, je ne peux pas me permettre de perdre du temps comme ça.

J'ai remarqué que la terre est encore battue dans les dédales souterrains. Même une armée de rats ne peut pas faire bouger la terre, si ?



13 Mai 2016

J'ai commencé le deuxième mur. Une des planches a craqué sous mon poids. Je croyais qu'elles étaient plus résistantes que ça. Finalement, l'humidité aura eu raison de ces planches.

Note : J'ai rencontré une résidente de l'immeuble. Elle m'a dit que plus personne n'utilisait ces caves : l'air est trop humide, et les lampes ainsi que les lustres ne diffusent pas assez de lumière. Je n'avais même pas remarqué que toutes les salles avaient le même éclairage.



14 Mai 2016

J'ai passé mon samedi à mieux connaître les environs de la cave. Je suis exténué, et demain est mon jour de repos.

Comme l'a dit l'ancienne résidente, l'éclairage est le même partout. La terre a encore été retournée. Je demanderai aux autres habitants s'ils ne viennent pas ici. Je n'aimerais pas les voir être blessés par la chaux, qui est corrosive.

Plus on s'éloigne de la cave en rénovation, moins il fait clair, et plus
il y a d'humidité. Je dois aller voir si il n'y a pas un soupirail ou quoi que ce soit qui puisse faire des courants d'air, j'ai entendu une porte claquer.



16 Mai 2016

Les murs ont été griffés ! Il y a des rayures partout ! Je ne sais pas si je dois recommencer tout ça mais l'envie n'y est pas. Le proprio avait l'air étonné et inquiet. Il m'a dit de faire attention, et de bien fermer la porte en sortant de la cave. Sérieusement, je ne peux plus continuer, j'ai fait tout ça pour rien...

J'ai passé cette journée à rectifier les dégâts. Et plusieurs planches ont été volées, je me suis tordu la cheville en tombant à cause de ça.
Je n'ai malheureusement pas pu faire le tour de l'immeuble pour demander aux résidents de ne pas venir dans le sous-sol, au risque d'avoir une plainte sur le dos.



17 Mai 2016

C'est pas possible. Ou je deviens fou, ou on me fait une mauvaise blague. J'ai retrouvé les planches de bois à l'autre bout du complexe.

Elles étaient en morceaux.

Le proprio est même venu se plaindre : la porte d'un des box avait été fracassée et s'était retrouvée devant sa porte. Oui monsieur, bien sûr, j'en casse pour passer le temps !
Je lui ai quand même demandé si un résident aurait pu faire ça, si quelqu'un venait finalement au sous-sol, au cas où l'autre résidente se serait trompée. Il m'a répondu que non, ceux-là n'ont jamais été des voisins à problèmes.

J'ai finalement couvert les autres murs de chaux. Tant pis pour les griffures. Le dernier mur est celui où se trouve la porte, je vais devoir utiliser un grand escabeau pour y mettre la chaux.



18 Mai 2016

Je pense que je vais demander un arrêt, j'enchaîne les malchances.

J'ai commencé par mettre la chaux sur la portion de mur au dessus de la porte, j'ai donc pris mon escabeau. Je fais attention à ce que la planche soit solide et je monte dessus.

Arrivé en haut je commence à faire mon travail quand j’entends une espèce de frottement... Non, un grognement. Je n'y ai pas prêté attention. J'aurais dû. La planche a craqué, et quelque chose a fait bouger l’escabeau. Ce n'était pas une chute due à la fissure de la planche, non : quelque chose avait fait bouger l’escabeau.

Après ma chute, j'ai enlevé la planche et regardé la terre : elle avait été remuée. J'ai d'abord pensé à une taupe, mais sérieusement, ça peux faire ça une taupe ?

Je m'étais fait mal au dos, alors j'ai décidé de partir. Je suis parti ranger mes outils quand j'ai entendu quelque chose courir dans les couloirs. Quelque chose courait, j'en suis sûr. Et ce n'était pas deux pas par deux pas, mais plutôt trois par trois, comme les chevaux. Je me suis enfui en courant.



19 Mai 2016

Je n'y suis pas retourné. Je suis placé en arrêt maladie : la médecin a bien vu que j'étais inquiet à l'idée d'y retourner, et mon dos me fait mal.

Demain je vais néanmoins devoir reprendre mes outils : ceux dans la cave principale et les autres dans la cave d'à côté.



20 Mai 2016

Je vais avec un ami à la cave, après ce qui s'est passé je n'avais pas envie d'être seul encore une fois. Je vais mettre sur papier tout ce que j'ai fait pour que mes collègues prennent la relève.

Je prends une pause. Si je n'écris pas maintenant je ne pense pas que je le ferai plus tard.

Mon ami m'attend dehors dans sa voiture. Il me laisse finir le travail, il a trop mal au dos pour porter le reste de mes outils.

NOTE : Dire à mes collègues qui prendront le relais d'emmener leurs lampes-torches, avec la fatigue et l'éclairage on peut voir des ombres bouger sur les murs.









___________________________







Je suis le fameux ami.

Je me suis inquiété, après 30 minutes d'absence, alors j'ai décidé de le rejoindre en bas. Je n'ai trouvé que son carnet. Il s'était envolé, le proprio avec lui.
    
J'ai appelé la police, je leur ai montré le journal, mais ils n'ont rien trouvé d'autre. Aucun indice ne semble confirmer ce que dit le carnet, l'enquête est au point mort.
    
Vient alors la raison de ma présence ici. Je ne peux pas laisser cette affaire en suspens, et si la police ne peut pas réunir assez de preuves pour boucler cette affaire, je le ferai.

Relayez le plus possible.
   

Note : La terre a été retournée.




jeudi 21 juillet 2016

Prolifération

Je partage avec vous ce que vous pouvez considérer comme mon témoignage sur des choses troublantes que j’ai remarquées au cours des derniers mois. Je ne cherche à alarmer personne, je partage simplement mon vécu. D’ailleurs, vos avis sur ce que je m’apprête à partager avec vous sont les bienvenus.
Il y a six mois de ça, ma sœur a eu une petite angine. Elle s’est rendue à la pharmacie et a acheté plusieurs médicaments, notamment un sirop contre la toux, du Toplexil. C’est un sirop qu’elle prend souvent quand elle commence à tousser, elle le trouve très efficace.

Quelques jours plus tard elle n’avait plus de symptôme. Tout allait pour le mieux, donc. Sauf qu’une semaine après avoir terminé son traitement, ma sœur a fait une attaque cardiaque. Elle est jeune (26 ans), n’a jamais eu de problèmes de santé, elle n’est pas du genre stressée. Alors quand elle a fait son attaque, dans ma famille, nous sommes tous tombés des nues. Les médecins n’ont pas compris non plus. Ma sœur s’en est sortie mais son cœur est aujourd’hui fragilisé par cet événement.

Trois mois plus tard, ma sœur avait préféré oublier cette histoire, mais moi je n’y suis jamais arrivée. Ce n’était pas normal. Comment quelqu’un en aussi bonne santé pouvait avoir une attaque comme ça du jour au lendemain ?

Un jour j’ai eu mal à la tête. En prenant de l’aspirine dans mon armoire à pharmacie j’ai repensé tout à coup au sirop que ma sœur avait pris quelques jours avant son attaque.

J’ai eu une idée un peu folle. Je suis chercheuse dans un laboratoire, et un soir alors que tout le monde était parti j’ai testé le sirop. Je voulais tellement trouver une réponse à ce qui était arrivé à ma sœur que j’étais prête à faire n’importe quoi.

Je vais essayer de vous passer les détails trop scientifiques. J’ai effectué ce qu’on appelle une chromatographie sur couche mince. Cette expérience permet de séparer les différents composants d’un produit.

Et j’ai trouvé quelque chose. Pour faire simple, la chromatographie nous donne sous forme de graphique des taches colorées qui correspondent chacune à un élément. Chaque tache migre à une certaine hauteur. C’est ce qu’on appelle le rapport frontal ou la rétention frontale. Pour identifier la substance qui correspond à la tache, il suffit de comparer avec un témoin (la tache pour un composant se trouve toujours à la même hauteur sur les graphiques faits dans les mêmes conditions d’expérience, en l’occurrence ici lors d’une chromatographie sur couche mince). J’ai donc comparé les différents rapports frontaux obtenus. Et il y a une substance que je n’ai pas réussi à identifier. J’ai passé des heures à confronter ce rapport frontal avec d’autres témoins mais je n’ai rien trouvé. Impossible pour moi de trouver à quoi cela correspondait.
Pendant plusieurs semaines j’ai cherché à quoi cette substance pouvait correspondre mais mes recherches sont restées vaines.

J’ai essayé de joindre les laboratoires qui fabriquent le sirop Toplexil, mais personne n’a su répondre à mes questions. On m’a simplement répondu que la fabrication des médicaments était quelque chose de complexe.
J’ai aussi essayé d’en parler autour de moi, mais les personnes à qui j’en parlais étaient sceptiques, ils me demandaient si je n’avais pas fait d’erreur. Et puis, je me suis décidée à acheter 3 autres flacons de sirop Toplexil. J’ai refait une chromatographie, et la mystérieuse substance ne s’y trouvait pas. Peut-être qu’effectivement je m’étais trompée la première fois, peut-être que quelque chose s’était mal déroulé pendant l’expérience. J’avais toutefois du mal à me convaincre, une chromatographie ce n’est pas ce qu’il y a de plus compliqué à réaliser.

Bref j’ai préféré laisser tomber. Je ne travaille pas dans le milieu pharmaceutique après tout, quelque chose m’avait peut-être échappé.

Mais il y a deux semaines environ, aussi étrange que ça puisse paraître, un reportage sur la prolifération des écrevisses dans un marais m’a fait repenser à tout ça.

Si vous ne vivez pas dans une grotte et que vous prêtez attention à ce qui vous entoure, vous aurez sûrement déjà entendu parler de certaines espèces qui prolifèrent, qui se reproduisent à un tel rythme qu’elles deviennent un danger pour leur environnement. Dans ce genre de situation, nous, les êtres humains, intervenons pour réguler tout ça. Vous avez peut-être déjà entendu parler de lois qui imposent un certain comportement pour ne pas favoriser le développement trop important d’une espèce.
Et là, je me suis demandé, tout à fait ironiquement, et nous ? Pour nous, les humains, qui régule notre prolifération ?

Ce qui était totalement ironique au départ est devenu une vraie question au bout de quelques jours, je n’arrêtais pas d’y penser. C’est là que j’ai repensé à cette étrange substance présente dans le sirop.

Je me suis alors mise à tester d’autres produits. Je n’ai rien trouvé au début. Puis, repensant au sirop et à la bouteille de ma sœur qui semblait unique, j’ai commencé une expérience un peu particulière. Je me suis mise à acheter des produits au hasard mais toujours par vingtaine (ce n’était pas très économique mais à l’époque j’avais besoin de savoir). Et bien souvent sur un lot de 20 exemplaires d’un même produit j’en trouvais un ou deux qui avaient cette fameuse substance mystérieuse. Je la reconnaissais grâce à son rapport frontal.

J’ai trouvé cette substance dans un certain nombre de produits de grande consommation, du genre Danette, Coca-Cola, bonbons Haribo, légumes en conserve… J’en ai trouvé aussi dans d’autres médicaments pour des choses bénines, comme les Efferalgan ou les Doliprane.

Aujourd’hui je me pose donc la question : pourquoi cette substance que je n’arrive pas à identifier se retrouve dans autant de produits différents mais pas de manière systématique ? Environ un exemplaire sur 20 semble être touché.

Mon raisonnement va peut-être vous paraître un peu fou, mais si cette substance était là pour altérer notre santé ? Vous savez comme moi que les hommes vivent de plus en plus longtemps, mais paradoxalement le nombre de maladies qui s’avèrent mortelles augmentent.
Et si quelqu’un, ou un groupe de personnes, avait mis au point cette substance pour nous réguler ? Pour contrebalancer notre trop grande espérance de vie ?

Mes recherches aujourd’hui sont au point mort, mais je peux vous dire que depuis, je fais attention à ce que je mange et à ce que je bois. J’évite les produits de trop grande consommation, et si vous tenez à votre santé, vous devriez peut-être faire de même.



mardi 19 juillet 2016

Pourquoi ce rêve ?

Quelle heure est-il ?
Quel jour est-on ?

Pour être honnête, je ne saurais pas dire grande chose sur mon environnement depuis plusieurs jours, plusieurs semaines ?
Je suis fatiguée, physiquement, et moralement.

Je m'endors sans arrêt, partout, lorsque mes yeux s'ouvrent ils me sont douloureux, puis vient un mal de tête lancinant, c'est tellement difficile.

Puis ce que je vis lors de mes rêves semble si réel, cela participe à ma douleur.
J'ai 29 ans, je suis maman de deux petites filles. Mon mari s'occupe d'elles, heureusement qu'il est là.
J'ouvre mes yeux, m'y voilà. Je suis dans une pièce sombre, une sorte de box dans un parking souterrain.

Des murs recouverts de crasse, une forte odeur d'urine, et derrière moi, un lit rouillé et un matelas fatigué.
Et devant, une porte de garage qui laisse passer un filet de lumière par en dessous.
Je passe d'un "monde" à l'autre sans arrêt. C'est épuisant. Cela dure depuis trop longtemps. Comment cela m'est-il arrivé ?

Me voilà debout dans ma cuisine, je prépare le petit déjeuner de mes enfants, je suis en train de faire chauffer du pain dans le four. L'odeur du café embaume la cuisine. Mon mari est à table. J'ai peur de ses absences.
J'apporte le chocolat à mes filles, enfouies dans le canapé, recouvertes de leur couverture préférée. Il fait encore un peu frais le matin. La journée file, j’amène mes filles à l'école et je pars faire des courses.

Quelques heures plus tard, me revoilà dans "mon" box, j'entends des cris, comme à chaque fois.
Cette fois je reconnais la voix, c'est ma "voisine", ils l'ont ramenée, à chaque fois cela se passe comme ça.
Elle part quelques heures, et après c'est mon tour.

Je prépare le dîner, et j'allume la cheminée, mon mari va revenir avec les enfants.
Je finis ma journée par un bain très chaud, je m'endors dans mon peignoir. Je suis épuisée mais j'ai peur, je sais où mon esprit va m'emmener. Je suis fatiguée.

Il arrive. Il est gros, gras, sale... Il porte toujours un jean crasseux et un tee-shirt collant de transpiration.
Un monstre. il m'attrape par les cheveux, je me lève tant bien que mal, il aime quand je tombe et que je pleure.
Nous ne sommes pas seuls, il y a d'autres filles dans d'autres box. Ils nous échangent, cela dure des heures...
Nous sommes parfois seules, parfois en groupe, parfois ils nous regardent juste.
Je n'ai quasiment plus de cheveux, cela me rassure, peut-être que je ne leur ferai plus envie. Quand je vois les autres filles, je crois comprendre à quoi je ressemble moi-même.

Mais pourquoi je me retrouve là ? Pourquoi toujours ce même rêve, cette même journée qui recommence, c'est tellement réel.
Cela fait tellement mal de se réveiller.
Je les aime tellement.
J'aimerais tant les revoir.
Vous me manquez. Tellement, terriblement. 



samedi 16 juillet 2016

La note

Il était 22h30, j'étais seul chez moi. Je m'endormais à moitié devant l'énième rediffusion d'une série quelconque. Mais un bruit est venu troubler mon sommeil, à peine entamé : Il venait de la porte. Agacé, je me suis levé, tant bien que mal, pour aller jeter un coup d’œil.
Mais arrivé là-bas, rien. Personne devant la porte. J’étais pourtant sûr d'avoir entendu du bruit venant de là... Je m’apprêtais à revenir m'étendre sur le canapé quand j'ai remarqué quelque chose sur le sol : une note.
Quelqu'un avait glissé un mot sous ma porte. Je me demandais bien qui pouvait avoir glissé cette note sous ma porte, surtout à cette heure-ci. Et, curieux comme je suis, je l'ai évidemment lue. Il y était indiqué :


« Ce soir, c'est ton tour ! »


J'ai cru à un canular. J'étais plus amusé qu’effrayé. Sûrement une blague des gamins du quartier.
Je suis retourné sur mon canapé, tout aussi décontracté que je l'étais auparavant.
Mais, à nouveau, un bruit sourd venant de la porte m'a sorti de ma torpeur.
Je me suis levé rapidement, pour essayer de chopper le plaisantin en flagrant délit. Mais une nouvelle fois, personne. Et, encore une fois, une note glissée sous la porte :


« Ce soir, je dévore ton cœur ! »


J'ai pris la note et l'ai déchirée, avant de la jeter à la poubelle, tout en maudissant ces blagueurs nocturnes. Je suis même resté devant la porte pour l'ouvrir dès que je verrais un mot se glisser par dessous, mais sans succès.
Dépité, je m’apprêtais à retourner sur mon canapé quand j'ai eu la peur de ma vie. Cette peur qui m'a poussé à prendre les jambes a mon cou, à fuir aussi loin que je le pouvais.
Une nouvelle note était sur le sol de mon salon. Mais celle-ci, je ne l'ai pas lue.


Car elle avait été glissée sous la porte de mon placard.



jeudi 14 juillet 2016

Quelque chose s'est passé cette nuit-là

Il y a exactement six mois, il s'est passé quelque chose d'inexplicable. Je voulais savoir si quelque chose de similaire est déjà arrivé à vous ou à votre entourage. S'il vous plaît, j'aimerais avoir une explication ou n'importe quoi d'autre... J'ai beau avoir cherché partout je n'ai rien pu trouver alors j'ai pensé que peut-être vous pourriez m'aider... Tout a commencé par une conversation des plus banales avec mon amie, Léa. (Je m'excuse d'avance pour l'orthographe)


Elle était remontée dans sa chambre lorsqu'elle m’a appelée. Il est clair qu’elle était perturbée par cet animal. Elle ne savait clairement pas comment gérer ça. J’essayais tant bien que mal de la rassurer, mais rien à faire, elle n’arrêtait plus de me couper la parole pour me faire part de ce qui se passait de son côté. C’est alors qu’elle m'a chuchoté qu’il ne se trouvait plus derrière la porte. Ensuite, je comprenais à peine ce qu’elle essayait de me dire. Je lui criais dessus afin qu’elle parle de nouveau dans le téléphone, quand elle a soudainement hurlé que quelque chose venait de briser la baie vitrée menant à son jardin. Je l’entendais courir quand le claquement d’une porte a provoqué un court instant de calme.

Enfin, j'ai pu de nouveau entendre sa respiration. Je lui ai rapidement demandé ce qui se passait. Tout ce qu’elle a pu me dire c’est que ce « monstre » était dans la maison. C’est alors que des cris ont retenti à travers le téléphone. Je pouvais entendre les siens mais aussi ceux de cette chose qui n’avait rien d’un animal ni d’un être humain. Peut-être que tous les sons se mélangeaient, ce qui donnait quelque chose d’épouvantable mais je suis certaine que ce n’était pas un vulgaire chien. C’était impossible. C’était terrifiant. Plusieurs secondes plus tard, Léa a raccroché.

J’ai tenté à plusieurs reprises de la rappeler mais elle ne répondait pas. Au lieu de ça, je tombais directement sur sa messagerie. Environ une dizaine de minutes plus tard, j’ai reçu un dernier message sur Facebook.



Sans plus attendre, j'ai bombardé la conversation de questions en espérant avoir une explication. Mais rien. Elle ne m’a plus jamais répondu. Pourtant, je savais qu’elle voyait mes messages. Le lendemain après-midi, je suis allée chez elle. Ses parents étaient furieux à cause de la baie vitrée. Ils m'ont brièvement expliqué ce qui s'était passé. Léa leur avait fait comprendre qu'elle avait malencontreusement fait tomber l'étagère sur la baie vitrée, ce qui avait provoqué l'accident. Il n'y avait aucun doute sur le fait qu'ils croyaient à son histoire. Je me suis ensuite rendu dans la chambre de Léa qui n'était même pas venue m’accueillir comme elle en avait l'habitude. 
Elle était très étrange. Pour tout vous dire, j’étais même angoissée de la voir ainsi. Son attitude était carrément différente. Elle était restée assise au pied de son lit tout le temps que j'étais avec elle. Elle faisait comme si rien ne s’était passé, mais d'une manière... dérangeante, je dirais. Lorsque je la regardais, elle gardait toujours ce sourire timide qui n'avait rien de naturel. Et elle écoutait à peine ce que j'avais à lui raconter. Comme si je parlais à personne, finalement. Elle insistait fortement sur le fait que la chute de l'étagère était la source de ce que j'avais entendu. Mais elle me mentait, elle me mentait si mal que je ne pouvais plus le supporter une minute de plus.

Au fur et à mesure des mois, nous nous sommes perdues de vue. Je n’ai jamais su ce qui s’est réellement passé ce soir-là. J'ai tout de même pris des nouvelles d'elle en téléphonant à ses parents il y a quelques jours. J'ai appris qu'ils avaient vendu leur maison afin de subvenir aux soins médicaux de Léa.

Elle avait développé une sorte de cancer de l'estomac à une vitesse alarmante. Il n'est pas opérable, ce qui pose énormément de problèmes concernant une éventuelle guérison. Putain, ils ne savent même pas ce qu'ils essaient de guérir ! J'ai peur de me dire que je ne la reverrai plus jamais. Alors je vous en supplie, n'importe qui, dites-moi si cette chose que j'ai entendue au téléphone aurait pu être la cause de tout cela ? Dites-moi que Léa n'est pas la seule à avoir été victime de... Je ne sais plus quoi dire. Mais, j'ai besoin de vous.

Merci d'avance.


mardi 12 juillet 2016

Le mendiant et le levantin

Je viens ici vous raconter une histoire, une histoire transmise de bouche à oreille entre les Vénitiens depuis bien des siècles. Mais ne prenez pas ce récit à la légère, la ville de Venise en est encore marquée.

Cesco Pizzigani était l’un des tailleurs de pierres vénitiens les plus habiles de son temps. Il participa à la réalisation de la façade de la Scuola di San Marco, créant quelques uns des plus prestigieux jeux de perspective qui la rendirent, déjà à l’époque, célèbre dans toute l’Europe. Quelques années plus tard, en 1501, Fiorinda, sa jeune épouse, fut soudainement atteinte d’une grave maladie. Les soins infinis avec lesquels il essayait amoureusement de lui sauver la vie furent vains. Tentant le tout pour le tout, il vendit même son atelier.
Complètement ruiné, et touché par une détresse inconsolable suite à la disparition de sa bien aimée, Cesco mendia pendant quelques années devant la Scuola Grande qu’il avait contribué à édifier. De temps en temps, sans qu’on le voie, il s’amusait avec la pointe d’un clou à exercer son ancienne activité à côté du portail, gravant les profils des navires qui chaque jour chargeaient et déchargeaient des marchandises sur le grand escalier du campo.

À cette époque habitait dans le voisinage une femme qui avait eu un fils d’un Levantin, un Juif devenu sujet turc. Marchand international, il jouissait des droits accordés aux étrangers et résidait, comme beaucoup d’autres dans sa situation, sur l’île de la Giudecca. Le fils, qui vivait avec son père et était vêtu comme lui à la mode turque, venait fréquemment retrouver sa mère. Mais il la frappait souvent, en faisant la victime de son conflit intérieur ; moitié Vénitien et moitié Levantin, il était mal accepté par les deux communautés. La femme, ne s’étant jamais mariée, vivait seule et supportait bon gré mal gré les violences de son fils, qu’elle aimait plus qu’elle-même.

Mais un soir, la situation dégénéra. Dans un accès de colère comme il n’en avait jamais eu, le jeune homme la poignarda et lui arracha littéralement le cœur de la poitrine. Bouleversé par son geste, il prit la fuite et jeta le couteau, tenant encore le cœur meurtri dans sa main. Il courut vers le pont de la Scuola, mais en montant la première marche il trébucha, tomba, et lâcha prise. Le cœur roula à terre, s’arrêta, et une voix en sortit : ”Mon fils, t’es-tu blessé ?”
Ayant perdu l’esprit, le garçon courut jusqu’à la lagune, face au cimetière, se jeta dans les flots et se laissa couler. On peut encore entendre ses lamentations lugubres dans le silence du campo, car les nuits glacées d’hiver, il vient chercher le cœur de sa mère pour sentir la chaleur de son amour.

Et Cesco ? Il dormait sous le portail comme chaque nuit et, voyant la scène, il décida de l’immortaliser à sa façon en la gravant sur le marbre. Aujourd’hui encore on peut voir sur le portail, au milieu des profils de navires, une silhouette avec un turban qui tient dans sa main un cœur humain. Un cœur de mère.




samedi 9 juillet 2016

La craie

Bonjour à tous.
Alors voilà, je me présente, je m’appelle Aneko (ou Anne), je suis franco-japonaise, je suis en terminale et j’ai une histoire assez étrange que j’aimerais partager ici.


Tout a commencé par un exposé libre en cours d’Histoire. Fière de mes origines j’ai décidé de parler d’Hiroshima, ville d’où vient ma grand-mère.
Mamie, qu’on appelle Ba Chan (おばあちゃん) est une personne incroyable, d’une gentillesse inégalée, je l’adore. Vraiment, je ne connais personne d’aussi souriant et attentionné qu’elle. Et franchement pour ses 79 ans elle a encore bien toute sa tête. C’est une personne qui a vécu des choses qui en auraient traumatisé plus d’un.
Elle est née en 1937, était en primaire en 45, et elle était à l’école le jour où la bombe a explosé. 

À vrai dire elle en parle pas souvent, et c’était la première fois qu’on en a vraiment parlé elle et moi. Mais maintenant, après avoir entendu ce qu’elle a vécu, je comprends pourquoi.
On a parlé des heures et des heures ensemble. Elle m’a parlé de sa belle ville qui avait disparu en une fraction de seconde, du jardin dont sa mère s’occupait, de son futon dans lequel elle dormait depuis ses 2 ans qu’elle n'a jamais retrouvé, et de sa maison qui a brûlé.

Mais une histoire, vraiment bizarre, a retenu complètement mon attention.

Imaginez-vous.
Un matin d’école comme les autres. Un lundi. Enfin, comme les autres en temps de guerre. C’est à dire qu’on est en uniforme d’école, et on a un masque à gaz dans son cartable, à côté de son bento.
Les japonais savent qu’ils risquent d’être bombardés, mais aucun ne peut encore s’imaginer comment.

À Hiroshima, il y a un grand bâtiment : le dôme de Genbaku. C’est le plus grand et majestueux de la ville et on a peur que les américains le visent. Alors, tandis que les élèves les plus vieux et les adultes se rendent au Dôme pour le déconstruire, pierre par pierre et, par ce fait, tenter d’éviter de se faire bombarder, les plus jeunes comme Ba Chan vont à l’école.


7h30, on s’assied en classe et le cours commence. Précis comme une horloge, « pas comme vos cours à vous qui commencent quand vous avez fini de bavarder » comme dirait Ba Chan.
Ba Chan était toujours à côté de Yukiko, sa meilleure amie. Près de la porte.


8h15, elle me dit que cette heure est gravée dans sa mémoire. Elle ne se souvient plus bien de tout, mais voici ce qu’elle m’a raconté :

« D'abord j'ai senti comme un énorme souffle. Puis il y a eu des cris, et de la chaleur et de la poussière, beaucoup, beaucoup de poussière, je toussais et je voyais presque rien. Je suis restée sous ma table les mains au dessus de la tête, en position tremblement de terre parce qu’on ne nous avait jamais appris la position « bombardement ». Tout le monde criait, il y avait des morceaux de plafond qui nous tombaient dessus.
C’est Yukiko qui arrivait le plus à garder son calme, même Kyoju Miura [professeur Miura] ne savait pas quoi faire. J’ai beaucoup de peine pour elle qui a dû faire face à la seule situation qu’on ne lui avait jamais apprise à l’école des professeurs. Elle paniquait, ça se voyait, mais elle ne voulait pas le montrer. Elle essayait de nous donner des ordres. Elle a finit par dire qu’on devait rester dans la classe jusqu’à ce que des secours viennent nous chercher.
Yukiko m’a dit qu’elle ne pouvait pas rester. Sa mère était au dôme et elle avait peur qu’il lui soit arrivé quelque chose. Je lui avais bien dit que c’était de la folie mais Yukiko était têtue. Pire que toi. Vous vous seriez bien entendue d’ailleurs. Mais moi je ne voulais pas, je lui avais attrapé le bras et je l’avais empêchée de partir.
"Ecoute Sayoko [C’est le prénom de ma grand-mère] tu ne m’empêcheras pas de partir, mais quand je serai sortie, à côté de la porte de l’école, sur la brique, j’écrirai mon nom, comme ça tu sauras que je suis sortie et on se retrouvera plus tard"
"D'accord, alors avec un dessin de grue en dessous"
"Va pour le dessin de grue"
Je ne sais pas pourquoi mais ça m’avait rassurée. J’ai lâché son bras. Elle a pris une craie de son sac, elle a même pas eu besoin de coulisser la porte de classe qui était détruite et a sauté hors de la salle.
Quelques secondes après qu'elle soit sortie, un énorme éboulement a bouché la salle de classe. Nous étions pris au piège, j’en ai tellement voulu à Yukiko de m’avoir abandonnée.
Nous avons attendu, des heures, sans savoir quoi faire. Il y avait moins de poussière. Mais on était tous complètement desséchés et il n’y avait presque plus d’eau.
Puis enfin on est venu nous chercher.
Hagards et déshydratés, on est sortis de la salle, marchant sur des morceaux de pierre tombés du plafond. L’escalier était encore intact.
Avant de partir j’ai bien vérifié que le prénom de ma meilleure amie était inscrit dehors. Je ne doutais pas une seconde de son habilité à sortir de l’école, elle était très farouche, très casse-cou mais s’en sortait toujours, tout le contraire de ta Ba Chan. S'il n'y avait rien eu d'écrit je sais que je serais remontée dans l'école pour chercher mon amie, malgré ma trouille et ma maladresse, malgré le danger.
Mais je n'en ai pas eu besoin : dehors, sur la brique à côté de la grande porte de l’école, en petits caractères maladroits que je reconnaissais bien, il y avait écrit 由紀子 青木 (Yukiko Aoki) et le dessin de la grue. Elle avait la pire calligraphie de la classe, mais elle savait dessiner comme personne.
J’étais soulagée. Que mon amie soit sortie, mais aussi que je n'aie pas à rentrer dans ce bâtiment en ruines.




Le lendemain, on avait pas école. En fait, on a pas eu école de la semaine. C'est pour ça que j’ai appris la mort de Yukiko bien plus tard.

On avait retrouvé son petit corps sous des pierres juste devant la salle de classe. Elle tenait la craie dans sa main refermée. Elle était morte juste après être sortie de la salle. Elle n’a jamais réussi à sortir de l’école. »


 

jeudi 7 juillet 2016

Ubloo (pt.2)

Partie 1
Partie 3


"C'est mon bébé ! Non, pitié, non !"

"J'ai dit RESTE EN ARRIÈRE, pétasse !" L'agent venait d'asséner à Mrs. Jennings un violent coup de matraque dans la mâchoire.

J'ai entendu son cri quand elle a reçu le coup, et j'ai vu ses dents brisées tomber sur le pavé dans un cliquetis sinistre. Ils étaient tous sur elle à présent, à la rouer de coups. Ils l'ont mise à terre, puis ont commencé à se relayer, martelant son dos l'un après l'autre. Elle n'avait pas cessé de les supplier de ne pas emmener son fils, mais ils ne l'entendaient pas, ils étaient trop occupés à rire. D'un rire maniaque, dément, qui me rendait malade.

Les infirmiers des urgences sont sortis de l'immeuble, portant Andrew sur un brancard. Ils le dirigeaient maladroitement, et à la première marche du perron, son bras a émergé du drap blanc dont on l'avait recouvert. Le brancard a tangué, et le corps d'Andrew a fini par en tomber, le vent emportant le drap.

"Putain de junkie, essaie au moins de te tenir tranquille pendant qu'on fait notre boulot bordel !" Sur ces mots, le brancardier a donné au cadavre d'Andrew un coup de pied dans le ventre.

J'ai regardé son corps se crisper et se plier sous l'impact. Le deuxième brancardier n'a pas tardé à le rejoindre, et ils ont continué à battre et à piétiner le corps sans vie d'Andrew. J'ai tenté de crier, j'ai tenté de leur hurler d'arrêter ça, mais quand bien même j'avais senti mes cordes vocales vibrer, aucun son n'était sorti de ma bouche. J'ai continué de regarder le spectacle alors qu'un des infirmiers s'emparait d'une grosse pierre dans une plate-bande fleurie. L'autre a alors fait rouler le corps sur son dos, et j'ai hurlé comme jamais je n'avais hurlé quand j'ai vu le rocher s'abattre sur le visage d'Andrew. Le craquement m'a fait comprendre que son crâne s'était brisé. Sa tête s'est alors tournée sur le côté, droit vers moi, le visage détruit, à peine reconnaissable.

"La fin est le commencement, docteur." Il me répétait ces mots, la mâchoire à moitié décrochée. "La fin est le commencement."

Et là, je l'ai entendu. Doux mais fort, petit mais impérieux, aigu comme un couteau mais aussi fluide que l'eau.

"Ubloo !"



Je me suis réveillé, essoufflé et en sueur. J'ai cherché frénétiquement des mains la table de nuit où j'avais laissé ma lampe torche. Je l'ai allumée et l'ai pointée d'un coin à l'autre de la pièce, cherchant quelque chose, n'importe quoi. Mais il n'y avait rien, si ce n'est les piles de boîtes qui parsemaient ma chambre d'hôtel.

J'ai allumé ma lampe de chevet pour regarder mon réveil. 4 heures 12 du matin. Je devrais me contenter de trois heures de sommeil.

J'ai ouvert le tiroir de la table de nuit pour y trouver mon flacon de pilules. Il était déjà à moitié vide. Je devrais bientôt me refaire une ordonnance, ce qui n'aurait pas pu mieux tomber - de toute évidence, il était temps pour moi de me remettre à nouveau en route. J'ai ouvert le pilulier et j'ai jeté deux comprimés d'Adderall dans ma bouche. Puis j'ai avalé la moitié du verre d'eau que j'avais laissé de côté.

J'allais devoir commencer à préparer mes bagages dès maintenant si je voulais partir en temps et en heure pour trouver un nouvel hôtel. Je me suis mis debout et ai étiré mes jambes et mon dos. À présent que je tournais aux drogues et aux nuits courtes, je pouvais sentir mon corps se détruire peu à peu. Je suis allé prendre sur la commode la bouteille de gin entamée la veille et en ai avalé une longue lampée. J'ai grimacé quand la saveur a envahi ma bouche. Je n'ai jamais été un grand fan de gin, mais c'est un des moyens les plus simples pour rafraichir l'haleine. En me tournant pour commencer à me préparer, je me suis brièvement aperçu dans le miroir.

J'avais les yeux rouges de fatigue, surmontant des cernes noirs. Mes cheveux partaient dans tous les sens en de petites touffes ébouriffées. J'avais un poil dru jusque sur les pommettes et sur le cou, qui donnait à ma barbe autrefois bien entretenue un air négligé.

"Bon dieu... comment j'en suis arrivé là ?"



Il y a seulement six semaines, les obsèques d'Andrew avaient eu lieu et je n'y avais pas assisté. Une part de moi accuse le fait que je n'aurais pas pu supporter de faire face à sa mère, l'autre pense que le seul fait de revoir Andrew mort me terrifiait. La semaine précédent l'enterrement, je peinais à rester concentré sur mon travail. Je ne pouvais pas cesser de penser à ce que j'avais entendu cette nuit-là avant de m'endormir.

Après une semaine, j'avais fini par le mettre sur le compte de la fatigue et de la boisson. Cela dit, je n'étais pas endormi quand c'est arrivé, je ne l'avais donc pas rêvé.

J'avais décidé de rendre visite à Mrs. Jennings pour donner une conclusion aux événements. Son bureau n'était pas très loin du mien pour une personne qui possédait la moitié des immeubles du comté, et je me suis dit que je méritais un jour de repos après ce que j'avais traversé.

Nous nous sommes rencontrés lors d'une fraîche journée de printemps. J'étais horriblement nerveux. À l'université, avant un oral, j'avais l'habitude d'apaiser ma tension avec un verre ou deux, pour me détendre. J'avais réutilisé cette technique ce matin-là, mais j'aurais probablement dû prendre un petit déjeuner plus copieux avant ça : au moment de descendre de voiture, alors que j'entrais dans l'immeuble, j'étais légèrement pompette.

J'ai été accueilli dans le hall par une charmante réceptionniste. Elle m'a poliment redirigé vers le troisième étage. Je suis entré dans l'ascenseur avec un autre homme, et nous sommes montés ensemble. Pendant la montée, je l'ai entendu renifler deux fois, avant de me jeter un regard en coin. Il devait sentir mon haleine...

Arrivé sur le palier, j'ai trouvé une fontaine à laquelle j'ai bu quelques gorgées. J'ai également mâché un autre chewing-gum avant de me lancer et de toquer à la porte de Mrs. Jennings.

"Oh, docteur A." Elle ne semblait pas surprise de me voir. "Entrez, je vous en prie."

Elle s'est écartée de la porte et m'a laissé pénétrer dans son bureau. J'ai rapidement remarqué qu'elle était en train d'empaqueter ses affaires. Le bureau était pratiquement vide, à l'exception de son ordinateur et quelques papiers.

"Vous déménagez ?" J'ai fait la remarque avec un petit sourire, dans l'espoir de détendre l'atmosphère.

"Oui". Elle a détourné le regard de mes yeux, regardant autour d'elle pendant qu'elle m'expliquait la situation. "J'ai trouvé quelqu'un pour racheter toutes mes possessions. Il y en aurait eu pour une fortune, mais je lui ai fait un bon prix. Je vais partir en voyage, voir l'Europe. Robert et moi en rêvions quand il était encore de ce monde."

"Eh bien, beau programme !" Ayant dit ça, je me suis rapidement rendu compte que mon enthousiasme était assez inapproprié. Mrs. Jennings avait à présent du mal à cacher son chagrin. J'ai donc changé de sujet.
"Mrs. Jennings, je suis terriblement désolé pour ce qui est arrivé à votre fils. C'était un jeune homme remarquable."

Ses yeux étaient humides à présent.

"Il l'était." Elle sanglotait. "Et je tiens à vous remercier, docteur. Le jour où vous l'avez reçu dans votre cabinet, il m'a appelé pour me dire qu'il ne s'était pas senti aussi bien depuis des années. Merci de m'avoir rendu mon fils pour un soir... avant que je le perde à jamais."

Elle a commencé à pleurer. J'ai regardé nerveusement autour de moi, et j'ai aperçu une photo : Mrs. Jennings, plus jeune, aux côté d'un grand homme aux épaules larges, affichant un grand sourire, et un Andrew enfant, habillé avec élégance. À ses côtés était assis un golden retriever, qui devait être Buster. Je me suis souvenu des rêves qu'Andrew m'avait racontés et j'ai frémi à l'idée. Je me suis approché de la boîte et j'y ai pris la photo.

"Ce doit être Robert, sur votre droite ?" Elle a relevé la tête entre deux sanglots et a vu la photo dans mes mains.

"Oh, oui. Mon Robert, seigneur, qu'il était beau. Et bien sûr il y a Andrew et son chien Buster."

Un frisson m'a parcouru l'échine tandis qu'elle disait son nom. Quelque chose me disait que Mrs. Jennings en savait très peu, sinon rien, au sujet des rêves que son fils subissait chaque nuit. J'ai regardé dans la boîte où j'avais pris la photo et ai vu sur le dessus de la pile, une offre pour une propriété. J'allais me tourner vers mon hôte, quand quelque chose a retenu mon attention.

"Mrs. Jennings ?" Je l'ai appelée, sans lever les yeux du papier.

"Je vous en prie, appelez-moi Gloria. Je ne me sens plus d'être appelée "madame"."

"Gloria, je pensais que toutes vos possessions se trouvaient dans le Massachusetts ?" Elle a marqué un moment de surprise après une question si hors de propos.

"Oui, c'est le cas." Elle examinait mon visage avec circonspection.

"Je vous prie de m'excuser, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer cette offre, pour une propriété en Louisiane ?" Elle a semblé perdue pendant un court moment, puis le souvenir lui est revenu.

"Oh, oui, c'était une propriété sur laquelle Robert lorgnait. Il adorait cette maison de planteurs. Honnêtement, je ne suis plus sûre de comment il a trouvé cette bâtisse. En fait, quand il a commencé à se rendre là bas régulièrement les week-ends, j'étais tout sauf sûre qu'il y allait pour les affaires, mais quand je lui ai demandé de m'y rendre avec lui, il n'y a vu aucune objection." Elle a pris l'offre de vente et en a feuilleté les pages, jusqu'à y trouver une photo qu'elle m'a tendue.

C'était une immense demeure ancienne, encadrée par une colonnade, la propriété délimitée par une clôture noire. Les fenêtres étaient trop sombres pour voir à travers, mais il semblait y avoir un étage, et la maison était presque trop haute pour entrer dans le cadre. Elle paraissait un peu défraîchie, mais je pouvais comprendre qu'elle ait suscité l'intérêt de Robert, elle avait le potentiel pour être un fabuleux lieu de résidence.

Après avoir regardé la photo un moment, j'ai pris la parole.

"Et cette maison... vous la vendez aussi ?"

"Pourquoi ça, docteur... Elle n'est pas à nous." Elle paraissait blessée par mes mots. "Robert nous a quittés avant que nous ayons pu signer la paperasse. Quel dommage, l'endroit était merveilleux."

Sans savoir pourquoi, mon coeur a un peu ralenti en entendant ça.

"Mais Robert se rendait souvent là-bas, peu avant son décès ?"

"Oui. Oui, en effet. Ce qui est étrange à ce sujet, c'est qu'il avait la réputation de se décider rapidement lorsqu'il s'agissait d'acquérir une nouvelle propriété. Souvent trop rapidement." Elle a gloussé. "Avec celle-ci, c'était comme s'il avait eu peur de se lancer."

Elle a remarqué avec quelle insistance je regardais la photo. "Vous semblez intéressé, docteur. Vous souhaitez déménager vous aussi ? Ou vous lancer dans l'immobilier ?"

"Peut-être..."

"Vous savez, ce carton est plein d'informations que Robert a rassemblées au sujet de cette maison, entre autres choses. J'avais l'intention de détruire tous ces documents, donc si vous souhaitez en garder certains, n'hésitez pas à vous servir."

J'ai mis un moment avant de bien saisir sa proposition.

"Oui, certainement. C'est une très bonne idée Gloria, merci à vous."

J'ai soulevé la boîte et me suis dirigé lentement vers la porte.

"Dites-moi, juste par curiosité..." Je me suis tourné à nouveau vers elle. "À qui appartenait cette maison avant ?"

"Oh, elle n'avait pas de propriétaire à proprement parler. Elle était inoccupée quand nous l'avons repérée. Techniquement, elle appartient à la banque de Louisiane. Avant ça, elle servait de locaux à une école."

"Une école ?"

"Oui. Si ce qu'a dit la dame qui nous a fait visiter est vrai, il s'agissait de la première école dans tout l'État dont tout le personnel était noir."

Je suis resté immobile, intrigué. La situation était vraiment étrange. Pourquoi Robert voulait acheter une ancienne école en Louisiane ? Pourquoi celle-là en particulier ? Et pourquoi avoir tant hésité à sauter le pas ?

Alors que je m'apprêtais à prendre congé, j'ai entendu Mrs. Jennings m'interpeller de derrière.

"Oh, une dernière chose, docteur."

"Oui ?"

"Je ne vais pas vous demander vos raisons - bien que j'aie mon idée là dessus - mais si vous avez l'intention de boire avant de sortir, buvez du gin."

J'étais surpris.

"Je vous demande pardon ?"

"Du gin, docteur. L'odeur est moins repérable. C'est ce que faisait Robert."

Je suis sorti du bâtiment un peu dans le vague, comme si tout ce que je venais de vivre n'était qu'un rêve. Je suis retourné chez moi sans détour et me suis mis à consulter la paperasse de Robert. C'était assez compliqué de prime abord. Je n'étais pas familier avec les documents immobiliers, et je ne comprenais pas vraiment ce que je regardais, mais au bout d'une heure à patauger, j'ai fini par prendre le coup.

J'ai trié les papiers sur la table de la salle à manger. Les documents en rapport avec la maison formaient une grosse pile. Apparemment, la maison appartenait à l'origine - dans les années 1800 -à une famille extrêmement fortunée, une des premières à avoir pris possession des terres quand nous avons acheté la Louisiane aux français. Je n'ai pas pu trouver quand la demeure est devenue une école, mais il semblait que la banque de Louisiane n'ait pas mis la main dessus avant les années 60.

J'ai jeté un oeil aux deux autres piles que j'avais constituées. L'une d'entre elles contenait des notes de Robert sans rapport avec la maison, l'autre, tout le reste. J'ai entrepris de remettre les papiers de la troisième pile, un à un, dans la boîte. Arrivé à la moitié, je suis tombé sur une pochette de kraft d'aspect usé. Je l'ai ouverte, et j'ai sorti les documents qu'elle contenait.

J'ai parcouru les premières pages, c'était encore des contrats de location pour des propriétés dans le Massachusetts. J'allais tout remettre dans la boîte, quand j'ai remarqué une série de nombres inscrite sur le coin d'un contrat.

"12-4-21"

J'ai séparé le document des autres. C'était un bail pour un studio à Cambridge. En regardant le document avec plus d'attention, j'ai aperçu un talon de chèque agrafé au dos. La somme à régler s'élevait à 180 000 $, adressée au cartel immobilier de Cambridge. Il avait loué cet appartement en son propre nom pendant dix ans. J'ai trouvé ça étrange. Pourquoi un des plus gros propriétaires de l'État irait louer une possession à un concurrent ?

En lâchant l'enveloppe sur la table, j'ai entendu un tintement métallique. Je l'ai donc reprise, et l'ai inclinée pour faire descendre ce qu'elle contenait. C'est une clé qui est tombée dans ma main, "Appartement E335" gravé dessus. Je suis revenu au contrat de location, et bien évidemment, l'adresse de l'appartement correspondait. 375, Broadway Street, appartement E335, Cambridge, Massachusetts.

Je suis resté figé un moment, puis j'ai résolument empoigné mon manteau. Je ne pourrais pas dire pourquoi j'ai ressenti ce violent besoin de m'y rendre de suite, mais tout ça paraissait bien trop anormal pour que je l'ignore. Mon instinct m'a dit d'y aller de ce pas, et je lui ai fait confiance.

J'ai atteint l'immeuble assez rapidement et j'ai bondi sur les marches du perron. La porte d'entrée était fermée. J'ai tenté avec la clé : elle s'insérait parfaitement, je l'ai tournée sans difficulté. J'ai senti mes nerfs se tendre. J'ai pénétré dans le hall, et j'ai repéré l'étage sur la boîte aux lettres. J'ai monté les marches quatre à quatre, jusqu'à atteindre le troisième étage. Et comme prévu, la porte de l'appartement E335 était juste devant moi. C'était comme si le temps s'était arrêté, je suis resté immobile, fixant la porte du regard sans rien faire. Ce matin encore, je cherchais juste à conclure cette histoire, et à présent je fouillais dans les archives d'un mort et je partais sur ses traces. Pour qui je faisais ça ? Moi ? Robert ? Andrew ? J'ai chassé ces pensées de mon esprit. C'était mon jour de congé, je ne faisais que passer le temps en jouant au détective.

J'ai inséré la clé dans la serrure, et j'ai tourné la poignée.

La porte s'est ouverte et je me suis trouvé en face d'une pièce unique. C'était un studio typique : kitchenette et salle de bains rassemblées dans un grand espace. Mais il n'y avait aucun meuble. La chambre était complètement vide, les murs à nu. Seul se tenait sur le sol au centre de la pièce, un coffre-fort.

Je me suis lentement approché du coffre, et j'ai posé ma main dessus. Le métal était froid. J'ai essayé de le déplacer, mais il était incroyablement lourd - les parois devaient être épaisses. Je me suis arrêté un moment, considérant l'étrangeté de la situation. Puis je me suis mis à genoux, et sans grande conviction, j'ai entré la combinaison.

"12-4-21"

J'ai entendu le mécanisme s'enclencher. Mon coeur s'est emballé.

Lentement, j'ai ouvert la porte du coffre. Au fond se trouvaient deux volumes. J'ai pris le premier et ai lu la couverture :

"Journal personnel de Robert A. Jennings"

Mes mains tremblaient. J'ai pris le second volume et l'ai feuilleté. C'était écrit dans un langage étrange que je n'avais jamais rencontré auparavant. À la première page, juste derrière la couverture, avait été glissé un morceau de papier plié. Je l'ai ouvert, et ce qu'il contenait m'a noué l'estomac.

C'était presque une copie conforme du dessin qu'Andrew avait exécuté à mon cabinet. En noir et blanc, ses yeux sombres scrutant mon existence même, se tenait ce terrible monstre, Ubloo.

Je ne sais plus ce que j'ai fait en premier, refermer sèchement le livre, ou me relever pour m'empresser de partir. C'est le moment où, sans vraiment savoir pourquoi, je me suis subitement dit que je n'avais rien à faire ici. Je n'étais pas supposé trouver toutes ces choses. Les deux livres dans les bras, j'ai couru hors de la pièce sans même fermer la porte derrière moi. Je suis allé directement à ma voiture, j'ai jeté les volumes sur le siège arrière et je suis rentré chez moi sans détour. Sans jamais arrêter de jeter des coups d'oeil derrière mon épaule, j'ai sprinté de ma voiture à la porte d'entrée, je suis allé à la cuisine, et j'ai lâché les indices sur la table.

Je me suis immédiatement mis à feuilleter celui écrit dans cette langue inconnue. Il paraissait incroyablement ancien, et il était richement illustré. J'étais arrivé vers la moitié, quand je suis tombé sur une illustration pleine page, représentant ce qui semblait être un Ubloo grossièrement dessiné. J'ai consulté frénétiquement les pages restantes, mais les comprendre paraissait totalement inenvisageable. J'ai mis ce premier volume de côté, pour m'emparer du journal de Robert.

"Mon nom est Robert A. Jennings, et durant les 12 derniers mois, j'ai été affecté par des rencontres répétées dans mes rêves avec une entité que j'appellerai l'Ubloo. Je suis conscient des réactions que peut susciter une telle affirmation, mais tout ce qui est rapporté dans ces pages doit être considéré avec un sérieux absolu ; je crains en effet de ne plus être très longtemps de ce monde."

Je ne pouvais pas croire ce que j'avais sous les yeux. Ça devait être un rêve... un rêve vraiment tordu. Dans les pages qui suivaient, Robert décrivait par le menu les rêves que l'Ubloo lui faisait subir. Bloqué au sol, tandis que son fils sautait d'un immeuble pour finir par s'écraser sur le trottoir juste devant lui, encore et encore. Forcé à regarder sa femme le tromper avec ses voisins, son fils filmant leurs ébats avant de le battre à mort sous les rires de son épouse. Voir ses parents brûler vifs dans un incendie, les pompiers trop occupés à battre sa femme pour leur porter secours. Des choses horribles. Comment un homme avait pu survivre si longtemps en subissant chaque nuit cette torture, je l'ignore.

J'ai passé rapidement les pages suivantes, jusqu'à arriver dans la zone qu'il n'avait pas encore noircie de ses récits. J'ai marqué un arrêt au moment d'arriver aux premières pages blanches, considérant avec gravité que Robert n'avait pas survécu assez longtemps pour en remplir davantage. Lentement, j'ai reculé de quelques pages pour trouver l'ultime entrée de son journal. À l'instant où j'ai lu ces mots, j'ai lâché le livre comme s'il était en flammes et j'ai reculé de quelques pas, le fixant avec horreur.

"La fin est le commencement."

J'ai marché de long en large dans la pièce, réfléchissant intensément à tout ce qui s'était passé. C'est alors que j'ai entendu un bruit dans la cuisine. J'y suis entré pour voir ce que c'était, et juste à ce moment, j'ai senti une douleur violente à l'arrière de la tête. Je suis tombé face la première sur le sol, avec la sensation qu'on venait de me briser le crâne.

"Regarde chérie, IL EST RENTRÉ !" C'était une voix que je ne connaissais pas. Une paire de bottes noires est arrivée juste à côté de mon visage, et m'a tapé doucement sur le front. "Allez, on se réveille, doc !"

Du sol, j'avais du mal à bien évaluer la situation. Il y avait les pieds de cet homme chaussé de bottes noires, et à l'autre bout de la cuisine se tenait un autre homme, entièrement vêtu de noir, avec des lunettes de ski.

"Pitié docteur, aidez-moi !"

"La ferme salope, il peut rien pour toi !" C'est la réponse qu'il lui a donnée tout en lui donnant un coup de crosse sur la tempe. Elle s'est mise à pleurer.

Ma vision s'est éclaircie, et finalement j'ai reconnu la femme. C'était Andrea, ma réceptionniste. J'ai crié son nom, mais immédiatement, mon agresseur m'a calmé d'un coup de pied dans le ventre.

"T'as pas dû bien entendre mon pote. Tu peux rien faire pour elle." Il me regardait de haut pendant que j'étais plié de douleur.

Il a reculé d'un pas et a abattu son pied droit sur ma rotule. La douleur m'a inondé instantanément. J'ai crié, tentant d'empoigner ma jambe, mais il a fait suivre son coup immédiatement par un autre, encore plus violent.

"Pitié docteur ! Pitié, à l'aide ! Ils vont me tuer !" Andrea continuait de supplier à l'autre bout de la pièce.

"Je t'ai dit de la fermer, salope !" La crosse de l'arme a claqué encore et encore contre son crâne, je l'ai entendue sangloter.

"Exactement, poupée." Le premier agresseur avait pris la parole. "On va te tuer. Mais d'abord, on va te faire bien mal, et ensuite, on va s'amuser un peu."

"Non, pitié, arrêtez !" J'ai levé les yeux juste à temps pour entrevoir un coup de feu, j'ai entendu le hurlement d'Andrea, et à ce moment, comme naissant de tout ce vacarme, j'ai entendu le cri retentir juste derrière moi.

"Ubloo !"



Je me suis réveillé dans la pénombre, hurlant de terreur. Ma gorge me faisait mal et ma chemise était trempée de sueur. J'ai commencé à paniquer. Je me suis rendu compte que j'étais assis à la table de la salle à manger, et je me suis précipité sur l'interrupteur. La lumière a inondé la pièce : il n'y avait rien, personne. Pas de bruit, personne dans la cuisine. D'un coup, ça m'est revenu. Comment j'avais pu m'endormir sans m'en rendre compte ? Après avoir lu ces mots dans le journal de Robert, je m'étais rassis et je consultais de nouveau les contrats de location, qui étaient présentement tous étalés devant moi. J'avais dû m'endormir pendant la tâche, mais pourquoi je ne me rappelais pas m'être assis ?

Et puis je me suis rappelé de ma conversation avec Andrew. Comment l'Ubloo avait découvert qu'il pouvait le faire souffrir bien plus pendant un micro-sommeil. L'efficacité avec laquelle il s'emparait de ses rêves quand il baissait la garde. J'étais tellement pris dans mes pensées que je réalisais mal ce qui m'arrivait, mais quand l'évidence s'est imposée, j'en ai eu des nausées. Ça ne pouvait pas m'arriver, pas à moi. Ça ne pouvait pas être réel. J'ai tout fait pour chasser cette pensée de mon esprit, mais je me pouvais pas. Je ne pouvais tout simplement pas. Ubloo contrôlait mes rêves maintenant.

J'ai rendu mon déjeuner sur la table. Tout ça arrivait trop vite.

J'ai regardé frénétiquement autour de moi. Je devais faire mes valises. Je devais sortir d'ici. Peut-être que si je fuyais, il serait forcé de me poursuivre. Ça méritait d'être tenté.

Je suis entré dans ma chambre et ai commencé à rassembler mes affaires. J'ai récupéré mon bloc d'ordonnance dans ma mallette. J'allais certainement en avoir besoin. J'ai jeté en vrac tout ce que j'avais dans ma valise, avant de réaliser que je n'avais même pas idée d'où aller.

Puis ça m'a frappé. La Louisiane.

J'allais prendre un avion pour la Louisiane. C'est l'idée qui m'a guidé pendant que je rassemblais mes affaires, mais à mesure, j'ai fini par y mettre un bémol. Je n'arrivais pas à me persuader que j'allais me rendre à cette maison pour poursuivre les travaux de Robert. Je ne pouvais pas encore, j'en savais trop peu.

J'allais y aller en voiture.

J'allais faire mes étapes dans des hôtels, et avancer dans mes recherches pendant ces arrêts. Relire le journal de Robert, découvrir la clé pour comprendre le vieil ouvrage, trouver cette maison que Robert voulait acquérir. J'avais trop à faire pour me contenter d'un vol vers la Louisiane. Je devais apprendre, étudier tout ce que mon prédécesseur avait écrit et essayer d'y trouver l'espoir d'en finir avec Ubloo.



Et j'en suis là six semaines après, prêt à faire une nouvelle étape. Je traînais mon sac derrière moi alors que je m'approchais de la réception de l'hôtel que je m'apprêtais à quitter.

"Vous nous quittez déjà, monsieur Abian ?" m'a interrogé la fille derrière le comptoir.

J'ai souri. "Oui, je regrette mais il faut que je me remette en route maintenant."

"Eh bien, c'était un plaisir de vous avoir avec nous. Je me sens toujours plus en sécurité quand un médecin séjourne avec nous." Elle m'a rendu mon sourire.

J'ai fait mes adieux avant de franchir la porte. 7h01. Parfait. Je serais dans le Mississippi dans la soirée. Je trouverais un endroit où dormir, puis, avec un peu de chance, je pourrais parler un peu à Eli s'il accepte de rester debout aussi tard.



Tout semblait aller bien. J'ai relevé les yeux de ma montre... et je me suis figé.

Il a disparu dans l'instant, mais je sais que je l'ai vu. Je jure que je l'ai vu. Juste avant qu'il disparaisse au coin de la rue. Posté derrière le mur, sa tête grise à la peau luisante, et ses yeux noirs, vides. Son long groin s'est balancé légèrement alors qu'il reculait.

Je suis resté là, immobile, mon sac à la main, attendant de me réveiller.

Mais je n'étais pas endormi.






Traduction : Tripoda

Texte original

mardi 5 juillet 2016

Baby phone

Quand j'étais au lycée, mes amis et moi avions un passe-temps spécial. Comme n'importe quel voyou de notre âge, on aimait causer des ennuis. On était pas des vandales, on ne vendait pas de drogues, et jamais on ne brutalisait les enfants à l'école. Non, ce qu'on aimait, c'était foutre la trouille aux jeunes parents en « hackant » leur baby phone. Nous étions d'insupportables voyous qui croyaient qu'ils étaient trop doués pour se faire attraper, et dont les conneries resteraient impunies. Une nuit, cependant, j'ai reçu une bonne leçon, et j'ai réalisé que je n'étais pas aussi intouchable que me le laissait croire mon ego surdimensionné d'ado.

Dimitri, Kurt et moi étions dans la même école, on partageait une bonne partie de nos cours, et on traînait ensemble presque tous les soirs après le repas. On regardait la télé, on jouait aux jeux vidéo, on débattait sur qui avait le meilleur casier au bahut. Un soir, on se racontait des histoires flippantes au parc. Kurt nous a parlé de la fameuse histoire de la mère célibataire qui entend une voix démoniaque dans son baby phone. Comme beaucoup d'histoires d'horreur, ça puait le canular, mais Dimitri nous a dit que c'était arrivé à sa mère une fois. Dans son propre baby phone, elle a entendu un voisin chanter une chanson à son bébé. Apparemment, il était possible de se brancher accidentellement à la fréquence de quelqu'un d'autre. En un instant, une ampoule s'est allumée au-dessus de nos têtes. Quand vous êtes suffisamment proche de quelqu'un, vous n'avez pas besoin de mots pour savoir à quoi la personne est en train de penser, et nous pouvons tous témoigner qu'on a pensé  exactement la même chose : on allait acheter un baby phone et se foutre de la gueule des gens.

Pardonnez-moi le jeu de mots, mais hacker un baby phone est un vrai jeu d'enfant. Tout ce dont vous avez besoin, c'est un engin sur la même fréquence que le vôtre. N'ayant jamais été du genre à faire les choses à moitié, j'ai fait l'achat d'un baby phone de super qualité, avec un variateur de fréquence, ainsi on pouvait faire des farces à autant de cibles qu'on voulait. La nuit suivante, on a pris nos vélos, pour faire le tour du quartier, et on a fini par dénicher notre première victime. On pouvait voir la chambre de l'enfant par la fenêtre du deuxième étage de cette maison de banlieue. Dimitri a pris le baby phone et a commencé à l'accorder sur différentes fréquences, jusqu'à ce qu'on entende une respiration. Je me rappelle du sentiment d'excitation qui m'a parcouru alors que notre projet aboutissait enfin. Dimitri a appuyé sur le bouton, et s'est mis à respirer bruyamment dans le microphone.

«... Votre... petite fille... était... délicieuse... » a-t-il murmuré, en utilisant sa meilleure voix démoniaque.
La lumière de la chambre principale s'est allumée presque immédiatement, et on a entendu un cri strident. En riant comme des ânes, on s'est dépêchés de redescendre la rue, on ne voulait pas se faire attraper.

On a répété la blague plusieurs fois au cours des semaines qui ont suivi, on parlait à tour de rôle dans le baby phone. Ne voulant pas que quiconque découvre notre petit jeu, on choisissait des maisons différentes à chaque fois. Les réactions de nos victimes n'avaient pas de prix : des mères répondaient paniquées, d'autres avaient l'air de savoir que c'était un canular et nous disaient de la fermer, et une pauvre femme est même partie dans une crise de larmes incontrôlable, nous suppliant de ne pas faire de mal à son bébé. Je me sens mal en repensant à celle-là maintenant que j'ai grandi, mais à l'époque j'avais trouvé ça hilarant. Mes amis et moi avons imité ses braillements et cris implorants pendant des semaines après ça. Ouais, on était de sacrés enculés.

Le karma est une chienne, et une nuit, il m'est arrivé ce qu'il devait m'arriver. Kurt et Dimitri étaient occupés à réviser pour leurs examens, alors j'avais décidé d'y aller seul. Depuis le temps, on avait eu une bonne partie de la population des alentours, alors j'avais décidé de m'aventurer en dehors de la ville, en territoire inconnu. Trouver une victime n'était pas difficile : il fallait juste regarder s'il y avait des sièges pour bébés dans la voiture, des rideaux trop colorés à l’effigie de personnages de dessins animés, ou des jouets oubliés dans le jardin. Je suis tombé sur une maison qui possédait les trois critères, et j'ai posé mon vélo loin des regards. En jouant avec le cadran, j'ai finalement trouvé la bonne fréquence. Je pouvais entendre le bruit d'un bébé ronflant très légèrement. Un petit sourire sournois s'est glissé sur mes lèvres, et mon cœur martelait ma poitrine d'excitation. Mon heure de gloire était venue.

« Je... t'observe... », ai-je murmuré dans le baby phone, avec la voix la plus flippante que j'étais capable de prendre.
La maison est restée sans lumière ni signe de vie. J'ai supposé que les propriétaires de la maison ne m'avaient pas entendu.
« ... Je... suis... au-dessus... de votre lit... je... vous regarde... en attendant... de m'occuper de vous... », ai-je dit, un peu plus fort cette fois.

Rien. Juste le son des criquets, et occasionnellement, le grondement sourd d'une voiture qui passait dans la rue. C'était un peu bizarre, d'habitude les parents réagissaient plus rapidement que ça. Je commençais à me sentir nerveux, et un peu exposé. Vous savez, comme quand vous vous rendez soudainement compte qu'il va se passer quelque chose ? Il se faisait tard, et la route pour rentrer chez moi était longue. Juste au moment où j'étais sur le point de laisser tomber et de m'en aller, j'ai entendu un étrange bruit de gargouillis baveux venant du baby phone. Les ronflements légers et réguliers avaient cessé, et je me suis dit que le bébé s'était réveillé et était sur le point de pleurer. Au lieu de ça, un homme m'a parlé.

« Tu es le seul... à être observé... en ce moment... Juan » a-t-il dit doucement.

Mon estomac a fait un bond à ces mots. Comment connaissait-il mon nom !? Je me sentais trop mal. Quelque chose n'allait pas, et je le sentais jusque dans mes os. J'ai lancé un regard à la fenêtre de la chambre de l'enfant, et j'ai vu une silhouette prostrée là, qui me regardait. Était-il là depuis le début ? L'air était étouffant et j'avais du mal à respirer, mais peut-être était-ce dû à la peur. Mon corps tremblait de façon incontrôlable, comme si on avait injecté de la terreur dans chaque partie de moi. J'ai grimpé sur mon vélo, pédalant désespérément pour m'éloigner au plus vite de cet endroit. Une partie de moi trouvait que j’exagérais, mais le besoin irrésistible de fuir m'empêchait toute pensée rationnelle.

« Tu... ne peux pas fuir... je sais... où tu vis, Juan... » continuait l'homme, alors que je tournais au coin de la rue.
J'ai pédalé aussi vite que possible, ne m'arrêtant pas avant d'atteindre un boulevard animé.
Être entouré de voitures et de quelques coureurs nocturnes me rassurait.

«... Ton sweat virera au rouge de ton sang, mon garçon... », murmurait l'homme, qui parlait toujours dans le baby phone dans ma poche.

Un passant m'a regardé de travers quand j'ai poussé un glapissement de peur, arrachant pratiquement mon sweat dans une tentative effrénée de l'enlever. Pour l'étranger, je devais avoir l'air d'un morveux drogué ou quelque chose comme ça. Il ne pouvait pas savoir que j'étais dans une vraie détresse, alors je ne peux pas le blâmer pour s'être écarté avec un soupir exaspéré. Cela dit, j'aurais préféré qu'il m'offre son aide.

Après avoir fourré le sweat dans mon sac à dos, je me suis rappelé que mon nom était écrit derrière. C'était ma putain de veste d'école : pas étonnant que ce bâtard sache mon nom. Je me suis souvenu que les baby phones n'avaient pas une portée énorme, ce qui voulait dire que j'étais suivi. J'ai regardé nerveusement autour de moi pour essayer d'identifier mon poursuivant. Était-ce la camionnette qui semblait vide en bas de la rue ? Ce gars qui promenait son chien ? La voiture qui venait de passer ? De toute façon, la dernière chose que je voulais était entendre
de nouveau cette voix, alors j'ai éteint l'appareil, et j'ai roulé en direction de ma maison. La peur avait accru mes sens, et je faisais attention à chaque petit mouvement dans les arbres, chaque craquement de brindilles sous mes roues, et à chaque voiture qui me dépassait. Je sursautais à chaque fois que quelqu'un s'approchait,terrifié à l'idée que ce type me retrouve. Heureusement, je suis rentré à la maison sans incident.

J'ai rangé mon vélo dans le garage et me suis traîné dans les escaliers jusqu'à ma chambre. J'ai négligemment jeté mon sac à dos et le baby phone dans un coin de ma chambre, avant de plonger sous les draps tel un nageur olympique. Peu importe quel âge vous avez, il n'y a nulle part où vous vous sentirez plus en sécurité que sous votre couverture. J'ai fermé les yeux, en espérant que j'arriverais à me calmer suffisamment pour avoir quelques heures de repos avant les cours, mais c'est alors que j'ai entendu un bruit parasite venant du baby phone à l'autre bout de la pièce. Il était censé être éteint.

« Fais de beaux rêves, Juan » ,a dit la voix qui hante encore mes cauchemars.

Je n'ai pas fermé l’œil de la nuit. Jusqu'au lever du soleil, j'étais trop effrayé pour sortir du lit. Quand je me suis levé, mon premier réflexe a été de retirer la batterie du baby phone et de le jeter à la poubelle. Je ne voulais plus rien avoir à faire avec. J'avais prévu une excuse pour pas que mes potes me prennent pour une tapette. Avec de grosses cernes sous les yeux, je me suis habillé, ai pris mon petit-déjeuner et suis parti en cours.

Ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai vu la maison aux infos. Dans une interview, un policier expliquait que les membres de la petite famille qui avait vécu dans la maison avaient été retrouvés dans leurs lits, la gorge tranchée. J'étais devant la maison quand c'est arrivé : le tueur m'avait entendu dans le baby phone et avait décidé de jouer avec moi. Ça a été un déclic. J'ai remercié ma bonne étoile pour ne pas avoir été la victime de ce putain de meurtre. J'étais trop occupé à me réjouir d'être en vie pour me sentir mal pour la famille qui n'avait pas eu cette chance. L'empathie, ainsi que la sagesse, viennent avec l'âge.

Maintenant que je suis un adulte avec une épouse et une petite fille, j'ai pris pleinement conscience des conséquences de mes actes, et de la gravité de la situation dans laquelle s'était mise le sale gosse que j'étais à l'époque. Durant cette horrible nuit, je pensais avoir atteint le maximum de la peur, mais c'était seulement la partie émergée de l'iceberg. Depuis que je suis père, je sais que la peur est bien plus intense quand il s'agit de quelque chose d'encore plus précieux que votre propre vie. Je ne peux pas dire avec certitude si le tueur m'a retrouvé après toutes ces années, ou si une nouvelle génération d'idiots a eu la même idée que mes amis et moi, mais je peux vous dire que je comprends maintenant ce qu'est la vraie terreur. La nuit dernière, j'ai entendu quelque chose dans notre baby phone qui m'a glacé le sang, qui m'a paralysé d'une peur qui ne me quittera sans doute jamais.

« Je... t'observe... encore... »






Traduction : Antinotice

Creepypasta originale ici.