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mercredi 29 juin 2016

Évadez-vous

J'adore les escape games. J'aime vraiment ça. Depuis tout petit, j'ai une fascination pour tout ce qui est énigmes et mystères.
Les films d'aventure, comme les Indiana Jones, les Benjamin Gates... Et même les jeux-vidéo : Professeur Layton, Tomb Raider, etc...
Quand j'ai su que de telles choses existaient et commençaient à se multiplier dans ma ville, j'ai tout de suite su que ça allait me plaire.
Ah, mais attendez, vous ne savez peut-être pas de quoi je parle...

Les escape games sont des dérivés d'un jeu-vidéo, "Escape the room". C'est, en gros, un jeu d'évasion grandeur nature. Vous êtes enfermé dans une pièce, et vous devez, à l'aide d’indices disséminés dans la pièce, sortir de cette dernière. Un régal !
Si vous n'avez jamais essayé, je vous y encourage vraiment.
Bref, j'ai fait à peu près tous les escape games du pays. Et je suis devenu redoutable quand il s'agit de sortir en un temps record. J'ai d'ailleurs plusieurs records dans la capitale.

J'en ai fait de toutes sortes, mais ceux que je préfère sont les plus effrayants.
Comme celui où vous êtes dans la fameuse scène de Saw, celle avec la baignoire (où le mec se coupe un pied pour sortir. Eh oui, spoiler, mais tout le monde a déjà vu ce film, non ?)

Ou encore celui où vous êtes dans un appartement hanté, et où vous devez deviner le nom du tueur de l'histoire pour pouvoir sortir.
Même si je n'ai pas encore été déçu par l'ambiance d'un escape game, ceux avec une atmosphère morbide sont vraiment au-dessus.
Mais pourquoi je vous embête avec ça ? Eh bien, disons que je suis devenu beaucoup trop fort à ce jeu. S’échapper est d'une facilité affligeante, et je ne ressens plus aucun plaisir.
Je regrette les premières fois, quand je découvrais ces pièces, avec mes enfants, et que j'échouais quelques fois. Cela faisait partie du jeu, c’était exaltant.

Mais il n'y a plus aucun challenge pour moi. Et si c'est le cas pour moi, je pense que beaucoup de gens doivent être dans la même situation.

C'est pourquoi j'ai décidé de faire mon propre escape game. Chez moi. Le plus difficile du pays ! Croyez-moi sur parole.
J'ai une cave qui ne servait pratiquement à rien, je l'ai vidée, et j'ai pu commencer à bricoler.
Comme je vous ai dit, je préfère les ambiances glauques. Alors le thème était tout de suite choisi, ce serait le repaire d'un tueur sanguinaire. Du sang un peu partout, des cadavres à moitié découpés, des cris de douleur mêlés à une musique angoissante.
Cerise sur le gâteau, le corps d'une femme crucifiée. Plus vrai que nature ! Il paraîtrait même qu'elle vous donne des indices, si vous lui demandez gentiment... Mais je n'en dis pas plus pour ne pas vous gâcher la surprise !

Pas convaincu ? Vous pensez encore qu'il n'y a aucun challenge, comme tous les autres ?
Je vous assure que vous y trouverez la difficulté que vous attendez...
Après tout, mes enfants y sont depuis 4 semaines et n'ont toujours pas réussi à sortir.
Alors, vous êtes partant ?




lundi 27 juin 2016

Louisiane 97

Je suis très friand de récits un peu macabres et de faits divers exceptionnels. En l’occurrence, l'histoire que je voudrais vous rapporter, qui m'a particulièrement marqué à l'époque malgré mes lectures habituelles, se déroule en Louisiane, dans une petite ville à quelques kilomètres au sud de la Nouvelle-Orléans, au bord des mangroves, entre le 27 décembre 1996 et le 31 janvier 1997.
Un ami, avec qui je suis d'ailleurs toujours en contact, était parti là-bas dès la fin de ses études, en juin 1996, afin d'étudier la faune si particulière du delta du Mississippi. Il avait déjà fait un petit tour de quelques semaines au Pérou et en Colombie deux ans auparavant, donc autant dire que la chaleur, l'humidité et les moustiques ne le dérangeaient pas plus que ça. Étant au courant de ma fascination pour l'actualité morbide, il m'envoyait régulièrement, entre deux cartes postales, des articles découpés directement depuis les pages faits divers du Times-Picayune. J'ai reçu l'article suivant en janvier 1997, daté du samedi 28 décembre 1996. J'ai essayé de le traduire pour vous :

« Vendredi matin, à [j'ai supprimé le nom de la ville, mais ceux qui cherchent n'auront aucun mal à le retrouver], le réveil d'un homme de cinquante ans s'est transformé en cauchemar quand celui-ci a constaté qu'il avait été amputé d'une jambe pendant la nuit. La victime témoigne : Je sortais d'un sommeil profond, je n'avais absolument pas mal. Je dormais sur le côté, et quand j'ai ouvert les yeux, j'ai vu la jambe coupée sur le tapis, à quelques mètres du lit. Je n'ai pas tout de suite réalisé que c'était la mienne, je croyais que j'étais encore en train de rêver. Mais à mesure que je devenais plus lucide, j'ai commencé à paniquer. J'ai essayé de me relever, et c'est à ce moment que j'ai compris qu'il me manquait quelque chose. Le quinquagénaire a été découvert par son fils quarante minutes plus tard, et immédiatement pris en charge par le service d'urgence de l’hôpital [je supprime encore, désolé]. L'amputation semble avoir été réalisée par un chirurgien professionnel, ayant utilisé du désinfectant et de l'anticoagulant avant de bander le moignon. Les médecins du service d'urgence n'ont presque pas eu à prodiguer de soins supplémentaires, et se sont contentés d'administrer de fortes doses d'analgésiques à la victime. La police rapporte que le domicile de cette dernière ne présente aucune trace d'effraction. »

Cette nuit-là, j'ai eu un peu de mal à dormir, je dois l'avouer. Mes souvenirs de l'époque sont assez flous, mais je crois que j'essayais de m'imaginer ce que pouvait provoquer la vision d'une jambe arrachée au pied du lit, baignant dans une mare de sang. À plusieurs reprises au cours de la nuit, je tâtais mes cuisses pour vérifier qu'elles étaient encore là. Et j'ai fait tout une série de cauchemars dans lesquels je me faisais découper en morceaux dans mon lit par des créatures étranges et des silhouettes inquiétantes.
J'ai fait part de mon intérêt pour cette affaire à mon ami, et celui-ci m'a envoyé dès la semaine suivante deux nouveaux articles, datés respectivement du samedi 4 janvier 1997, et du vendredi 11 janvier de cette même année :

« L'affaire de l'amputation mystérieuse se poursuit. La semaine dernière, un homme de [Nom de la ville, encore] se réveillait amputé de la jambe gauche à son domicile. Hier matin, le même homme, pourtant toujours à l'hôpital, où il poursuit sa convalescence et où il s’apprêtait à commencer, d'ici quelques jours, ses premiers exercices de rééducation, s'est à nouveau réveillé avec une jambe en moins. Comme la première fois, l'opération a été menée de manière quasi-professionnelle, écartant tout risque d’hémorragie, et le pronostic vital n'est pas engagé. Les infirmières qui étaient de garde rapportent qu'elles n'ont vu personne, ni entendu quoi que ce soit au cours de la nuit. La victime n'a pas voulu s'exprimer. »

« Suite à sa seconde amputation nocturne, [le nom du mec, il commence à devenir célèbre], 50 ans, habitant de [la ville], avait été placé sous protection policière. Deux agents des forces locales, armés, se succédaient afin de garder la porte de sa chambre, à l'hôpital [Supprimé]. Pourtant, ce matin, [Nom du mec] a été une nouvelle fois retrouvé amputé d'un membre. Ses cris ont alerté son garde du corps et le personnel de l'établissement. Le bras droit a été sectionné et posé sur une table à quelques mètres du lit du patient. La blessure est comme à l'habitude parfaitement bandée, désinfectée et coagulée. Rappelons que [Nom du mec] subit depuis trois semaines, chaque vendredi matin, l'horreur d'une nouvelle amputation. La police ne privilégie aucune piste pour le moment, bien que le caractère criminel de ces actes ne fasse aucun doute. »

Nous avons longtemps conversé de l'expérience horrible de cet homme avec mon ami, cherchant à comprendre quel pouvait être le profil psychologique du « chirurgien fou » (c'est comme ça que nous l'avions surnommé), ou comment il avait pu faire ce qu'il avait fait au nez et à la barbe de la famille, des infirmières et de la police. Bien sûr, mon ami épluchait les pages faits divers du Times-Picayune, curieux de connaître le destin de la victime, mais aucun autre article n'a paru en cette période. Il s'est aussi penché sur une presse beaucoup plus locale, notamment sur le journal de l'agglomération dont faisait partie la ville, théâtre de ces événements.
Je n'ai connu la fin de l'affaire qu'en février 1997, quand mon ami m'a envoyé la dernière et unique mention de l'homme amputé. En effet, son nom apparaissait dans la rubrique nécrologique du journal local, daté du 31 janvier 1997. Un vendredi. Ni lui ni moi ne savions vraiment comment interpréter cette information. Était-il décédé des suites de ses blessures ? De ce que la presse avait rapporté, c'était peu probable. L'autre option était malheureusement limpide. J'avais du mal à imaginer le calvaire qu'avait pu subir cet homme, surtout après m'être repenché sur la chronologie de l'affaire : depuis le 10 janvier, trois semaines s'étaient écoulées.




samedi 25 juin 2016

[Annonce] Concours d'illustrations

Ça vous est déjà arrivé de vous dire en parcourant tel ou tel contenu : ce truc développe un univers riche, a des images évocatrices, des scènes marquantes et très visuelles ; pourquoi personne n'en a encore fait un dessin ? Eh bien, très prochainement ce sera le cas.

Tout juste, c'est un concours de fan arts !


Les règles sont simples : produisez une illustration originale évoquant l'une des creepypastas de la liste, que ce soit une scène marquante, un personnage qui y apparait... ou le texte dans son ensemble. Toutes techniques acceptées. 

Une seule participation par candidat. Avec deux dessins, vous avez statistiquement deux fois plus de chances de gagner. C'est un concours, ça se doit d'être équitable.

Les illustrations devront porter sur l'un des textes suivants :
Room Zero
La porte de l'esprit
Harcèlement, besoin de conseils
Les portraits / La cabane du chasseur
11 miles
Le ciné-mobile de Mescalune
Necrosleep

Pour envoyer vos productions :
- En message privé à Tripoda sur le forum : creepypastafromthecrypt.com
- En message privé sur la page facebook : facebook.com/CreepypastaFromTheCrypt
- Par mail à creepypastaftc@gmail.com

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DATE LIMITE D'ENVOI : 31/07/2016 23:59*
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*Heure de Paris

Un sondage anonyme sera proposé aux lecteurs à la fin de ce délai afin de désigner le vainqueur.

Le dessin gagnant sera ajouté à la page dédiée aux fan arts ainsi qu'à la pasta illustrée, et son auteur crédité (avec un renvoi vers son site le cas échéant).

IMPORTANT : les images seront présentées exactement telles qu'elles ont été reçues. Dans le cas d'un dessin sur papier par exemple, si vous n'avez pas la possibilité de faire un scan, recadrez et étalonnez vous-même la photo au risque de la voir soumise au vote en l'état. En bref, faites au mieux car je ne vous aiderai pas !



Emparez-vous de vos crayons, pinceaux, tablettes graphiques, épingles, chaînes et... peu importe avec quoi vous produisez votre art. En piste, surprenez-nous !


vendredi 24 juin 2016

La ville sans lumière

Y a-t-il quelqu'un que tu détestes ? Quelqu'un qui motive un tel désir de vengeance que tu serais prêt à payer n'importe quel prix pour le voir souffrir ? Si tel est le cas, tu devrais songer à visiter la Ville Sans Lumière.

Pour y aller, va dans n'importe quelle ville, relativement grande, et cherche-y une ruelle déserte, oubliée par la nuit. Entre-y et ferme tes yeux. Dis d'une voix basse : "Ville Sans Lumière" et concentre-toi sur l'obscurité. Tu auras probablement noté que quelques couleurs et formes abstraites te seront apparues ; si tu te concentres bien, tu pourras distinguer des images. Observe-les. Après quelques minutes, ces images vont se mettre à devenir plus nettes et à briller.

Quand ça arrivera, elles se transformeront en images concrètes : de violents assassinats, des animaux déformés, et d'autres choses similaires. Peu importe ce que tu verras, garde les yeux fermés. Tu commenceras à perdre la notion du temps, et finalement les images disparaîtront. Tu verras donc seulement une obscurité absolue. Rien de plus qu'un noir profond sans autres couleurs ni formes. Quand tu seras sûr que ce que tu verras n'est que du noir, ouvre les yeux.

Tu te trouveras donc dans une ville assez sombre, il n'y aura pas de soleil ou d'étoiles dans le ciel. Tu devrais pouvoir distinguer un halo d'un bleu sombre sur les immeubles qui t'entourent. Sors de la ruelle, et marche aussi silencieusement que possible sur le trottoir ; sans suivre une direction particulière.

Si tu entends quelque chose, éloigne-toi de ce bruit, et le plus vite possible. La Ville Sans Lumière abrite des animaux. Il fait trop noir pour que tu puisses les voir en détail, mais ils sont de la taille d'un félin, et n'hésiteront pas à t'attaquer. Sinon, continue à marcher jusqu'à arriver dans une zone avec de plus petits bâtiments : c'est la limite de la ville.

Tu rencontreras un enfant dont le visage émettra une faible lueur. Tu te rendras compte qu'il n'a pas d'yeux.

Il te demandera : "Partageras-tu ta lumière avec moi ?"

Si tu lui réponds oui, l'enfant rapprochera ses mains de ton visage et en arrachera l'œil droit. Ce sera douloureux, mais cela ne te laissera aucune cicatrice, et aucune goutte de sang ne coulera de ta plaie. Ensuite, il te remercia et s'en ira.
Continue de marcher et un homme de grande taille se présentera face à toi. Il te demandera : "De quelle personne souhaiterais-tu prendre la lumière ?"
Tu diras à l'homme le nom de la personne que tu détestes et cette personne deviendra complètement aveugle.

"Ta haine est-elle satisfaite ?" te demandera l'homme. Si c'est le cas, tu lui diras que oui, et tu te réveilleras dans la ruelle. Dans le cas contraire, tu lui répondras que non et l'homme disparaîtra. Tu devras continuer à marcher et tu rencontreras un autre enfant sans yeux. Il te demandera lui aussi : "Partageras-tu ta lumière avec moi ?

Tu lui répondras oui, et il te retirera l’œil gauche, te rendant complètement aveugle. Continue à marcher et l'homme de grande taille t'apparaîtra de nouveau, bien qu'uniquement perceptible par le son de sa voix.

Il te dira: "De qui voudrais-tu voir sombrer la vie dans l'obscurité ?"

Prononce le nom de la personne que tu détestes et cette personne va mourir. Cette fois, il ne te demandera pas si ta haine a été satisfaite, et tu ne seras pas capable de retrouver ton chemin vers la ruelle.

Je t'avertis tout de suite, tu devras être sûr et certain de vraiment détester cette personne avant de suivre ces instructions. Parce que tu risqueras, selon tes choix, de passer ta vie à errer dans la Ville Sans Lumière, aveugle. Avec comme seul réconfort : ta haine.

Pour certaines personnes, c'est suffisant.






Traduction : Meyl

Creepypasta originale ici.

mercredi 22 juin 2016

Vladimir Tchekevesco

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, des rapports militaires polonais ont été retrouvés par les Alliés dans une base militaire tenue secrète à l'occupant nazi. Ces documents faisaient le rapport d'expériences menées sur des enfants atteints de maladies mentales. Le cas du petit Vladimir Tchekevesco, 8 ans, est hors du commun si je puis dire, dans le sens où ce sont ses parents, eux-mêmes militaires, qui ont donné l'autorisation pour mener l'expérience. Tous les éléments de début d'expérience laissent penser que le petit Vladimir n'était atteint que d'autisme. L'enfant fut isolé dans une chambre stérile servant à l'origine à faire des tests sur des prototypes d'armes chimiques. La chambre se trouvait à 40 mètres de profondeur, complètement isolée.


Seul et attaché sur un lit, pieds et poings liés dans le noir absolu. L'expérience avait pour but de démontrer que les stimuli environnementaux provoquaient le mutisme du garçon à l'esprit trop faible, inadapté à notre société. L'enfant devait en quelque sorte se réinitialiser complètement en l'absence des contacts qui, supposément, polluaient son esprit. L'enfant fut pris de panique et entra dans un état hystérique au moment où on l'attachait sur le lit. Deux micros enregistraient les sons dans la pièce, pour suivre la progression de l'expérience. Elle devait durer 3 jours durant lesquels le sujet resterait allongé sur le lit, sans nourriture.

Les 12 premières heures furent un flot ininterrompu de larmes et de cris. Toutefois, durant la 13ème heure, à exactement 4h23 du matin, les cris cessèrent pour laisser place à une espèce de ronronnement. Les chercheurs ont d'abord pensé qu'il s'agissait du ronflement de l'enfant. Cependant, ce son se poursuivit sans interruption bien au-delà de la durée normale d'une nuit de sommeil. 48 heures après le début de l'expérience, le ronronnement cessa et la voix de l'enfant se fit à nouveau entendre dans le micro. La voix était devenue plus aiguë, mais les propos du sujet étaient incompréhensibles. Les chercheurs mirent ces sons sur le compte de sa présumée transformation mentale, l'enfant découvrant sa nouvelle voix.

Le lendemain, à 69 heures du début de l'expérience, un cri très grave éclata dans les micros, qui furent mis hors-service. Sans micro pour surveiller l'activité dans la chambre d'isolement, les chercheurs décidèrent d'attendre la fin des 72 heures, durée initialement prévue pour l'expérience, pour envoyer les infirmières chercher le petit Vladimir. Les infirmières descendirent jusqu'au niveau souterrain où il se trouvait et ouvrirent la porte blindée. L'enfant était allongé sur son lit, attaché. Tout semblait normal à première vue, mais quand elles approchèrent, elles furent prises de panique à la vue du garçonnet.

Le corps du bambin était devenu noir, comme en cours de décomposition. Les bras et les jambes étaient devenus squelettiques et le ventre avait gonflé, donnant au garçon un air cambré. Ses orbites étaient vides, ses yeux avaient disparu. Il n'avait plus de dents ni de langue. L'enfant avait même perdu son sexe en totalité, mais il n'y avait pas trace de plaie ou de cicatrice. Le corps était juste devenu noir et dégageait une puanteur macabre.

L'une des employées fut prise d'un malaise et vomit sur le sol. Les infirmières prirent alors la fuite et firent leur rapport à leurs supérieurs ; un rapport hystérique concluant à la mort de l'enfant. Toutefois, alors qu'une nouvelle expédition de médecins et de soldats était sur le point de descendre, les micros de la salle se remirent à fonctionner. Aucune voix ne se fit entendre, mais on entendait très clairement l'enfant se débattre dans son lit. Puis il y eut des pleurs de douleur. Et finalement, le son d'un liquide qui se déversait au sol. S'ensuivit un bruit qui leur glaça le sang : les pleurs d'un nouveau-né.

Les rapports de l’expérience prirent fin ici.

Toutefois, les rapports de fonctionnement de la base firent état, dans la semaine qui suivit l’expérience, de 49 exécutions de militaires ou personnels soignants, sans qu'aucun des corps ne soit retrouvé dans le cimetière militaire ou à la morgue de la base.
Le motif indiqué sur les ordres d’exécution étaient tous identique : - OFFRANDE AUX PROFONDEURS -
La base fut découverte le 21 Avril 1946, entièrement vide.
Après des fouilles minutieuses, aucune trace de chambre souterraine ne fut découverte.






dimanche 19 juin 2016

Le mariage

- Allô, SOS amitié, j'écoute.

- Ma vie est une sinistre blague dont le dernier acte va se jouer aujourd'hui, le jour qui devait me réconcilier avec mes anniversaires. Mais je devrais peut-être commencer par le début.
Je n'ai jamais connu mon père : ma mère et lui se sont quittés pour suivre leurs études et il n'a jamais appris sa grossesse.

- Ses études? Elle avait quel âge?

- 16 ans. C'est elle qui m'a élevée. En tout cas, jusqu'à ce qu'elle décède le jour de mes cinq ans. Je n'ai plus jamais fêté un seul de mes anniversaires après ça.

- Je compatis à votre chagrin.

- Merci. Suite au décès de ma mère, c'est ma grand-mère qui s'est occupée de moi et malgré ses efforts, je me suis isolée du reste du monde. C'est pour ça que, à 18 ans, j'ai été surprise lorsqu'un homme est venu me draguer sur le campus.

"Excusez-moi, madame, on ne se serait pas déjà rencontrés ? J'ai l'impression de vous connaître." Ça avait beau manquer d'originalité et être dit par un homme ayant la trentaine bien entamée, je suis tombée sous le charme.

- L'amour ne s'explique pas.

- Les mois ont passé et j'ai fini par tomber enceinte. Je ne voulais pas que mon enfant grandisse sans père, nous avons donc décidé de nous marier.

- Comment votre grand-mère a-t-elle pris la nouvelle?

- Très bien, et comme elle disait, elle pourrait ainsi rencontrer l'homme qui m'avait redonné le sourire.

- Parce qu'elle ne l'avait jamais rencontré avant?

- Non, je vis sur le campus, à 500 kilomètres de chez elle. Nous avions donc décidé de nous marier le jour de mes 20 ans. L'idée, c'était de lier le plus beau jour de ma vie à cette date afin de contrebalancer le souvenir qui y était lié.

- C'est une bonne idée...

- Ce qui nous amène à aujourd'hui, le jour de notre mariage. Ma grand-mère était arrivée en retard et la cérémonie avait déjà commencé.

Elle est devenu toute pâle en nous voyant, puis elle s'est écriée : "arrêtez tout, c'est son père !"

Ma vie est une sinistre blague.




samedi 18 juin 2016

Alice

Bonjour/ Bonsoir à vous,

J'hésitais jusqu'alors à raconter mon histoire ici sur CFTC, mais avec le récent post de l'affaire Elisa Lam qui est une histoire vraie certifiée, je saute le pas. J'ai choisi mis à part pour l'article de journal que vous verrez, d'accompagner mon récit de photos et d'illustrations.

Il y a maintenant un peu plus d'un an, en mars 2015, je suis allé rendre visite à ma grand-mère, Alice. C'était le dernier jour qu'elle passait dans sa maison car nous avions décidé à contrecœur de la placer dans un EHPAD, son état devenant préoccupant même pour nous ses proches. Vous savez, à 76 ans, l'autonomie commence à se limiter pour certains, ma grand-mère y compris.

Pendant que mon frère lui préparait une tasse de thé en bas, et que mon père bricolait sa voiture, ma mère et moi étions en train de trier les vieux cartons entassés dans le grenier.

Oui, dans le grenier. Si vous avez l'impression qu'une maison avec grenier est un luxe pour une vieille retraitée célibataire, vous êtes encore loin du compte.

Sa propriété était immense, parcourue de plantes, d'arbres et de fleurs multicolores.
Le gazon était haut mais un parcours de bois sur le sol vous menait à un petit lac artificiel près duquel nous pique-niquions parfois, là où l'herbe était très rase.

"Va avec ton frère et ta grand-mère en bas leur donner le paquet de langues de chat que j'ai oublié dans mon sac, je vais finir ça et je vous rejoins", m'a dit ma mère au dernier carton restant.

J'ai donc descendu l'échelle du grenier puis l'escalier en colimaçon de l'étage et je suis entré dans la cuisine. Le sac de ma mère était posé
sur la table près de sa tasse de café vide, et d'ici je pouvais entendre le duo parler à côté, ils discutaient justement de la façade.

"Mamie, la façade de ta maison a toujours été moche, c'est une façon de dire que c'est la beauté intérieure qui compte ?"

"Non mon garçon, c'est une façon de dire que la vérité est cachée."

Il ne s'attendait pas à une réponse sérieuse à sa blague.

"Cachée ? Donc il faut la chercher ?"

Ma grand-mère a marqué une pause.

"Non mon garçon, c'est toujours la vérité qui vient te trouver, t'attendais-tu à trouver cette richesse en entrant ici la première fois ? Ou ce jardin luxuriant derrière ?"

Finalement, j'ai mis fin à leur conversation en entrant dans la pièce, faisant sourire les deux à la vue des gâteaux.

Ma mère a fait irruption dans la pièce pendant la distribution des gâteaux, elle tenait à la main un vieil article de journal jauni et un petit carnet gris, ce qui a eu pour effet de gommer immédiatement le sourire de mamie quand elle a vu de quel article il s'agissait.

"Il fallait bien que je vous en parle avant de partir", a-t-elle dit en baissant les yeux.

Ma mère a froncé les sourcils et s'est agenouillée à sa hauteur sans rien dire.

Voici la photo de l'article en question :



Ma grand-mère a pris la parole en feuilletant son carnet - je suppose qu'elle y consignait ses souvenirs.





"J'avais 11 ans quand le dessin animé Alice au pays des merveilles est sorti. Je voulais absolument le voir, mes copines dont les parents avaient un revenu aisé étaient allées le voir à la première du film le 21 décembre.

Elles trouvaient drôle ma ressemblance physique avec l'héroïne, et le fait que je partage son prénom, ce qui me donnait encore plus envie de voir le film. Mais je devais attendre Noël pour ça.

Finalement est arrivé le 26 décembre, le lendemain de Noël. La salle n'était pas si bondée pour un Disney, ce qui a rendu le film encore meilleur.
Du moins, jusqu'à la scène où Alice rencontre la chenille qui fume le narguilé.

Sans qu'on s'en rende compte immédiatement, de la fumée a commencé à s'accumuler dans la salle, quand quelqu'un a finalement crié au feu. Le projecteur venait de prendre feu, brûlant rapidement avec ce qu'il y avait autour, dont une mère de famille qui n'avait pas pu s'échapper à temps.

Le cinéma a été détruit." 




Elle s'est arrêtée, refusant le gâteau que je lui proposais.
Elle a pris l'article et l'a posé sur la table basse du salon, c'est là qu'on a tous pu le voir.




"En 1957, la rumeur d'une attraction Alice au pays des merveilles aux États-Unis a traversé l'Atlantique mais sans passer par mes oreilles.

À Noël, j'ai été surprise de ne découvrir qu'une enveloppe sous le sapin, non pas que mes Noëls correspondaient à une profusion de cadeaux, mais là j'étais tout de même un peu déçue de n'avoir qu'une lettre.

En l'ouvrant, j'ai compris qu'en réalité, je venais d'avoir le plus beau cadeau de ma vie. L'enveloppe contenait un billet d'avion pour l'Amérique et une entrée pour le parc Disney où allait bientôt ouvrir l'attraction Alice in Wonderland. Toute la famille s'était cotisée pour me faire oublier l'accident tragique du cinéma.
Je pleurais de joie.

Arrivée à Anaheim en Californie dans le comté d'Orange, accueillie par la lune, j'ai passé la nuit à l'hôtel.

Cela me changeait incroyablement de ma petite vie de la France rurale à la fin des années 50.
Je ne pouvais pas dormir, à cause du décalage horaire, alors j'ai marché jusqu’à la toute fraîche attraction d'Alice. Un grand 7 lumineux trônait au sommet : sept jours avant la grande ouverture présidée par Walt Disney.

Mon cœur palpitait. En balayant l'attraction du regard, j'ai vu du coin de l’œil un mouvement, peut-être un employé, peu importe. J'ai continué de scruter l'attraction : l'esthétique reprenait merveilleusement bien celle du dessin animé. Des couleurs vives, des courbes, pas de lignes droites, sauf celles d'un château derrière, que l'on imaginait être celui de la reine de cœur.

Tournant autour de l'attraction, j'ai rapidement trouvé derrière une échelle de service, cachée dans la fausse entrée du château qui n'avait qu'un rôle esthétique. Par curiosité, je l'ai escaladaée. Si on me voyait, je n'aurais qu'à dire que j'avais été poussée par la curiosité. Heureusement qu'à cette époque il faisait particulièrement chaud car monter une échelle est plus facile en short qu'en jupe longue.

Arrivée sur le toit, j'ai contemplé le parc. Le garde préférant patrouiller autour du parc qu'en son centre, j'avais peu de risques d'être gênée, du moins c'est ce que je me disais quand en me retournant je suis tombée nez à nez avec un homme de la maintenance.

Il avait un t-shirt plus proche du jaune que du blanc, des chaussures noires très usées, un bleu de travail bizarrement immaculé et une casquette Disney vissée sur la tête.
Ça vous est déjà arrivé de croiser une personne étrange dans la rue, une personne qui n'avait rien de bizarre mais dont le visage disait à votre instinct de changer de trottoir ?

M'y voilà. Je le revois encore, les cheveux poivre et surtout sel, une peau charnue et ridée, le tout formant la bonne bouille d'un gentil grand-père malsain qui aurait forcé sur la bouteille pendant des années. J'ai reculé, et comme dans un cliché de film, mon pied a rencontré le vide.
Je me suis réveillée.
L'électricité fonctionnait. La pièce était très lumineuse, la sortie juste à côté de moi également.
Cette pièce représentait le réveil d'Alice à la fin du dessin animé. Il y avait l'arbre, le lac, la femme avec qui elle parle au début, et son chat.

J'étais tombée dans l'attraction !

Pour en revenir à la pièce, elle était très large, on se croyait vraiment au bord d'un petit lac artificiel. Un point lumineux indiquait la sortie et un point sombre la pièce qui la précédait.

J'étais émerveillée, en oubliant presque l'agent de maintenance. Je n'avais qu'une hâte, c'était de découvrir la deuxième pièce, ou l'avant-dernière dans le sens normal, car c'est dans celle-là que le personnage d'Alice doit apparaître furtivement selon les rumeurs que j'avais pu entendre.

J'ai donc franchi la première pièce, mais c'est là que la première chose anormale est arrivée. Tweedle Dee et Tweedle Dumm venaient d'apparaître de chaque côté de la porte.
Leurs visages n'avaient pas
encore été placés visiblement, on voyait les mécanismes qui devaient animer leurs têtes.

Ils me suivaient en silence, c'est ce que j'ai rapidement compris. Je ne sais pas comment c'était possible, à l'époque je veux dire. J'ai pris ça pour un système de sécurité destiné à effrayer les intrus, ça marchait bien en tout cas.

J'arrivais donc dans la deuxième pièce (l'avant-dernière comme vous l'aurez compris si vous suivez).

C'était la scène où Alice est jugée par la reine de cœur. La reine, elle, avait déjà son visage. Elle tendait son marteau vengeur vers... Le pauvre lapin, qui était sur l'estrade des accusés à la place d'Alice.

Bien qu'un peu plus petite que celle que je venais de visiter, cette pièce restait grande, les murs d'une couleur entre le marron et le noir de cette pièce avaient un point commun avec les murs bleu ciel du lac, ils étaient si bien faits qu'ils semblaient être un ciel artificiel.
Une haie aux feuilles très foncées, presque brunes, ponctuées de roses blanches, faisait le tour de la pièce carrée.

Alors que j'allais quitter cette pièce accompagnée par les jumeaux monstrueux, un cri de rage mécanique m'a fait sursauter. La reine de cœur s'était animée.

Elle convulsait d'avant en arrière, secouant son marteau.

"Qu'on lui coupe la tête ! Qu'on lui coupe la tête !"

C'est ce qu'elle a dit avant qu'une lame de faux ne sorte du mur, coupant la tête du pauvre lapin, me faisant frôler l’arrêt cardiaque par la même occasion.

À ma surprise (et c'est le moins qu'on puisse dire), une fontaine de sang est sortie du corps du rongeur, faisant rougir les roses blanches tout autour et mon visage. Le sang était chaud et avait vraiment le goût du sang. Je l'ai su quand il a coulé sur mes lèvres.

La bouche béante, j'ai entendu les jumeaux dire ces mots :

"Dans ce monde on a ce que l'on mérite."

"C'est une justice aiguisée qui régit notre monde."

La voix ne semblait pas provenir d'un quelconque émetteur. Oui, LA voix, elle était partagée pour les deux personnages.

"Dinah, continue ton chemin, vois ce qui arrive à ceux qui bafouent les lois."

Dinah... Ce nom m'était familier et me rappelait l'univers d'Alice.

Même si je me persuadais que le sang était faux et que ce n'était qu'un petit être en peluche qui avait été assassiné, la violence de la scène me laissait terriblement mal à l'aise, mais une fascination morbide et l'amour que je portais à ce dessin animé me poussaient à aller plus loin.

J'entrais dans la nouvelle salle.

C'était une longue forêt très sombre pleine de petits virages.
Au fur et à mesure que je m'y enfonçais, ce qui semblait être de petits pleurs étouffés s'est changé en longs râles de tristesse.

C'est alors que j'ai remarqué les animaux étranges dans les arbres, ce sont eux qui pleuraient.



Les larmes des animaux mécaniques formaient un petit ruisseau que j'ai remonté.
Au fur et à mesure que j’avançais, un liquide rouge se mélangeait avec les larmes. Au début ce n'était pas très visible mais ça s'est rapidement changé d'un rouge très clair, comme du sirop mal dosé, presque imperceptible, à un épais liquide rouge qui ne pouvait être autre chose que du sang.
Des larmes coulaient également de mes joues, tout ce que je pouvais me dire était "pourquoi ?"

J'ai fini par atteindre le bout du chemin, la source faite de larmes/sang.
C'était le morse. Il était étendu là, sur le ventre, face contre terre, sa canne plantée dans le dos.
Le plus effrayant était clairement le fait qu'il s'agissait non pas d'un automate mais d'un costume qui était à mes pieds. Visiblement il y avait quelque chose dedans.



"Voler la nourriture d'un ami ou

s'introduire sans permission,

il faut en payer le prix."

On y était, c'était bien la sécurité de l'attraction.
Mais quel genre de malade pouvait en être le responsable, l'homme qui avait provoqué ma chute ?

J'avais déjà pensé à m'enfuir, à rebrousser chemin, mais j'avais bien trop peur dorénavant.

Je voulais sortir d'ici le plus vite possible.

"Trois

salles."

C'est comme si les jumeaux m'avaient entendue.
Avais-je parlé toute seule ?
Restait-il donc trois salles avant la sortie ?

Ne voulant pas rester une seconde de plus ici, j'ai contourné très largement le cadavre du morse et j'ai continué ma route.
La forêt sanglante débouchait sur le lieu où Alice prenait le thé avec le lièvre de Mars et le chapelier fou.
D'ailleurs, ces deux derniers étaient présents - du moins, leurs automates.

"Asseyez-vous, belle enfant" a dit le chapelier, d'une voix grésillante, à peine compréhensible.

Je me suis exécutée à défaut d'autre choix, et ai pris la place qu'Alice occupe dans le dessin animé. Des pieux ont alors traversé les autres sièges. J'avais visiblement fait le bon choix.

La peur s’enfonçait en moi, je perdais pied.

Le comportement du lièvre et du chapelier était très différent du dessin animé, ils étaient très calmes et leur "voix" très posée, autant vous dire qu'ils n'inspiraient pas la joie de vivre.

Les jumeaux se sont penchés à mes oreilles.

"Trois péchés,
trois tasses."

Le chapelier nous a servis à tous les trois du thé marron-rougeâtre très épais dont émanait une odeur de viande crue.
Sur la théière était marqué "suicide tea".

"À la vôtre", a grésillé le lièvre.

Après un bref moment d'hésitation, je me suis contentée de porter la tasse à mes lèvres, sans la boire. En la reposant, j'ai senti une plaque de pression s'enfoncer. Que se serait-il passé si je n'y avais pas touché ?
De la fumée blanche s'échappait à présent du lièvre et du chapelier suite à l'ingestion de leur thé.

Deuxième tasse.

"Nous avons bu-bu pour notre gourmandise, buvons main-maintenant pour no-notre colère ! " a grincé le chapelier fumant.
La fumée était maintenant noire et des étincelles s'échappaient de mes compagnons.

"Bu-bu-buvons... Pour la, pour la vie que nous n'auri-n'aurions jamais jamais JAMAIS dû acquérir-quérir", a terminé le lièvre qui me faisait mal au cœur à se détruire ainsi.
Troisième tasse, mon thé avait débordé un peu partout.

Dans un feu d'artifice d'étincelles mortelles, les deux compères se sont enflammés en poussant de véritables hurlements mécaniques, qu'ils n'ont cessé qu'une fois éteints, c'était le cas de le dire ; j'avais déjà quitté la pièce en courant, en pleurant et en me bouchant les oreilles.

Les deux jumeaux m’ont accompagnée à l'opposé de par où j’étais venue, vers l'avant-dernière salle.

En me retournant vers la table, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir une profonde tristesse.



"Allez Dinah, en route", a dit un des jumeaux.
 

La salle suivante était le jardin des fleurs qui chantent. Elles étaient toutes fanées, marron et tombantes.


Des râles. Les râles que poussent les grands malades aux portes de la mort émanaient de certaines fleurs. C'était le spectacle le plus triste que j'avais pu voir de toute l'attraction, il n'y avait pas la volonté d'effrayer ici, plutôt celle de démoraliser.

La pièce était vraiment très longue, je n'en voyais pas la fin. Elle était interminable, les secondes paraissaient être des minutes.

Je suis finalement arrivée au seuil de la dernière salle après une interminable traversée. C'était un long couloir, la scène où Alice chutait au début du dessin animé.

Je m'y suis engagée rapidement, quand en me retournant, j'ai vu les jumeaux faire demi-tour, se dirigeant rapidement vers une petite fille vêtue comme Alice. Elle se cachait péniblement derrière une fleur fanée de la pièce précédente, les habits en lambeaux, décoiffée, des larmes coulant de ses yeux.

Ne me jugez pas, je n'ai pas pu... Je suis partie.
Partout autour de moi résonnait "au revoir Dinah", encore et encore. Et là je me suis souvenue, Dinah était le chat d'Alice. J'avais été considérée comme leur bête tout ce temps.

J'ai couru à travers le couloir qui donnait l'impression incroyablement réaliste d'être à la verticale, ce qui m'a causé quelques chutes. J'entendais les cris de cette petite fille anonyme me poursuivre, bien que de plus en plus faibles. Un craquement sourd a stoppé les battements de mon cœur et a fait s'interrompre les cris.

Le couloir qui n'avait cessé de rétrécir m'a obligé à sortir à quatre pattes de ce qui, vu de l’extérieur, semblait être une bouche d'aération.
À mon retour à l'hôtel, mes valises étaient posées devant. J'ai compris le message, et après avoir fini ma nuit à l'aéroport, je suis rentrée directement en France sans m'expliquer sur les raisons de mon retour précoce, prétextant la maladie. Je suis restée enfermée dans ma chambre plusieurs jours, ne sortant que pour manger. Vous êtes les premiers à qui j'ose en parler.

Mais ce qui me hante aujourd'hui en plus de tout cela, c'est le regard de l'homme en bleu de travail qui m'a regardée partir du parc. Je l’ai aperçu au dernier moment, à la fenêtre de ce qui avait été ma chambre, me regardant. C'était lui le chef de cette monstruosité.

J'ai vu ses lèvres desséchées bouger, je pouvais lire dessus. Il me lançait, sans se démunir de son sourire satisfait : "au revoir, Dinah."






C'est là que ma grand-mère a fini son histoire, essuyant ses lunettes embuées par les larmes.
Je vous passe l'atmosphère étouffante de malaise qui a suivi jusqu'au moment où on l'a accompagnée à la maison de retraite.

Était-ce inventé ? Une invention qu'elle pensait vraie ? Ou bien la dérangeante réalité ?
En tout cas, pour une personne diagnostiquée d'Alzheimer, c'était incroyable venant d'elle, tous ces détails, alors qu'elle avait à peine jeté quelques coups d’œil dans son carnet...

Cette histoire restera un mystère à jamais, je le crains.

Ce lien Wikipédia est la seule source réelle d'information que j'ai pu trouver en rapport avec son histoire :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alice_in_Wonderland_(attraction)




mercredi 15 juin 2016

Trafic

Enregistrement n°1

Affaire Biraud, premier enregistrement.

J'ai été contacté par une femme qui pense qu'il y a quelque chose de louche qui se passe avec une entreprise de pompes funèbres. Selon elle, ayant été à plusieurs enterrements de divers amis, à la suite, suite à un accident de voiture, beaucoup se plaignaient que les cadavres étaient devenus "plus légers", pendant qu'ils transportaient ceux-ci jusqu’à l'inhumation.
Je pense à des prélèvements d'organes illégaux, et, si j'ai du bol, je vais tomber sur un gros trafic.

Ça va être du gâteau.



 


Enregistrement n°2

Affaire Biraud, second enregistrement.

Je suis allé discuter avec la gérante de l’établissement de pompes funèbres. Je ne suis pas trop rentré dans les détails, histoire de ne pas trop éveiller les soupçons quant à ma qualité de détective privé. J'ai essayé de sortir le grand jeu : phrases d’accroche, regard langoureux, invitation au restaurant d'à côté... Mais j'ai eu droit à un refus catégorique. Je ne dois plus être aussi désirable que dans ma jeunesse, va savoir. 


 


Enregistrement n°3

Affaire Biraud, troisième enregistrement.

Cette fois, j'ai envoyé mon assistant à l'assaut. Il a réussi en quelques minutes à amadouer la gérante et à l’emmener boire un verre dans un bistro pas loin d'ici, ce qui m'a laissé le temps de fouiller un peu le bureau. Malheureusement, aucune trace écrite d'un éventuel trafic d'organes. J'ai déposé une caméra dans leur salle où les morts sont traités, je devrai aller la récupérer une fois qu'un défunt sera passé entre leurs mains.


 

Enregistrement n°4

Affaire Biraud, quatrième enregistrement.

C'est fait, il y a eu un cadavre de préparé aujourd'hui, il me suffit de récupérer la caméra et le tour est joué. J'ai envoyé de nouveau mon assistant en diversion pour faire sortir la gérante. En attendant, je vais aller attendre tout en me faisant un bon repas dans le restaurant d'à côté. C'est pratique, ces assistants à tout faire. *rires*


 

Enregistrement n°5

Affaire Biraud, cinquième enregistrement.

J'ai récupéré la caméra, et visionné son contenu. La commanditaire avait raison ! On peut y voir les employés retirer certains organes du défunt et les déposer dans des espèces de caisses. Ils font bien en sorte que cela ne soit pas visible une fois leur travail fait. C'est du grand art. Ça a tout l'air d’être un trafic, mais il me reste à savoir où vont ces caisses.


 

Enregistrement n°6

Affaire Bi-biraud, sixième... Sixième enregistrement.
 

J'ai... J'ai suivi les employés des pompes funèbres, qui acheminaient les caisses... Et je...

Je n'ai pas eu à les suivre très longtemps.

Les... Caisses... Sont livrées directement au restaurant d'à côté.



J'y ai mangé il y a deux jours.

Putain.

lundi 13 juin 2016

Le bébé est bleu (The baby is blue)

Opérateur du 999 : “999, quel service d'urgence ?"



Opérateur : “Allô ? Quel service avez-vous besoin de contacter ?"

Appelant : “Le bébé..."

“Le bébé ?”

“Le bébé est bleu.”

“Quel service souhaitez-vous contacter, monsieur ?”

“Tous ont été desservis.”

“Pouvez-vous répéter ça ?”

“Il n'est pas responsable.”

“Pouvez-vous me dire où vous vous trouvez ?”

“Il est dedans. Là où il m'attendait.”

“Monsieur, j'ai besoin que vous me donniez votre position actuelle.”

“À l'intérieur !”

“Où êtes-vous à l'intérieur ? Vous avez dit que le bébé était bleu, est-ce qu'il respire ?"

“Le pauvre petit... Si bleu, tellement de bleu.” -commence à fredonner doucement-

“J'ai besoin que vous vous concentriez, monsieur, êtes-vous avec le bébé en ce moment ?”

“Il me sourit, son regard est si profond. Il n'arrêtera pas de m'observer.” -recommence à fredonner-

“Monsieur, vous devez vérifier si ses voies respiratoires ne sont pas obstruées. Sur quelle partie du corps voyez-vous la coloration bleue ?"

“Le bleu l'a consumé…”

“Je peux vous envoyer une ambulance, mais j'ai besoin de connaître votre position et l'état du bébé."

"Je voulais seulement le dire à quelqu'un. Avant que je n'oublie ce que je m'apprête à faire. Ça ne m'aurait pas arrêté, je devais le faire. Je suis irrité et la plaie suinte, je peux rectifier ça, le bébé est mon sauveur. Ils savent ce que je fais, ils n'en parleront pas."

“J'ai besoin que vous vous décontractiez. Est-ce qu'il y a quelqu'un avec vous pour me dire ce qu'il se passe ?"

“Juste le bébé, le petit bébé tout bleu. Bébé bleu est en bas, et profondément. Ce sourire... Il me donne le vertige."

"Dites-moi où vous êtes, monsieur. J'ai besoin que vous vous concentriez."

“Je suis finalement à la maison, la maison au milieu les arbres, au pied de la colline de Ness Point. Je veux que vous voyiez le bébé. Il a un si large sourire. Il doit avoir faim, mais il est entièrement bleu maintenant. Avec quoi je peux le nourrir ? Ness point. Ness point."

"Ness Point ? Monsieur, il n'y a pas de réseau dans cette zone. Vous appelez d'un téléphone mobile. Où vous situez-vous exactement à Ness Point ?

“Tout s'est réchauffé à présent, le ciel nocturne projette une si jolie réflexion bleutée sur la surface de l'étang. Je peux voir mon reflet, aussi clair que du cristal... Du cristal étincelant et brillant."

“Le bébé est dans l'étang ? Est-ce que c'est pour ça qu'il est bleu ? Est-ce que le bébé bouge ? Pourquoi le bébé est dans l'eau ? Monsieur, j'ai besoin que vous m'expliquiez très précisément ce qu'il se passe. Les interférences ont l'air d'empirer.”

“Il n'y a rien de plus énervant que la famille..."

“Monsieur ? Monsieur... Quel était ce bruit ? Est-ce que le bébé pleure ? Les interférences rendent la communication difficile."

"Rien de plus énervant que la famille..."

-Appel interrompu-




 Traduction : Chói Tai et Nevermore 

Texte original ici.

vendredi 10 juin 2016

Oiseau moqueur

Dans mon village, il y a un parc nommé Parc de l'Oiseau Moqueur, mais plus personne n'y va. La raison est qu'il est réputé pour être maléfique...
L’origine de cette croyance est ce poème, qui est chanté de génération en génération, à tous les enfants téméraires qui auraient envie d'y aller faire un tour... :




"Voici pourquoi je n'irai pas à l'Oiseau Moqueur :
Pas pour son air sinistre, non plus pour sa noirceur.

Ses chemins sont en friche, ses arbres déformés,
Mais il y a pire, entendre le vent te singer.

Dès ton entrée au parc il y a ce faible écho
Des bruits de pas - les tiens ?- sinistre concerto.

Et le son se rapproche, et il colle à tes pas...
Dans ton dos le brouillard, personne n'est derrière toi  !

Et tu siffles - et il siffle - et tu tousses - et il tousse -
Alors une ombre grise se détache de la brousse.

Elle a ta taille, ta forme, semble vouloir te nuire,
Et elle fonce sur toi, il n'y a plus lieu de fuir !

Tu inspires l'air glacé, l'ombre t'a traversé.
Tu te sens affaibli, tu es rempli d'effroi.

Et puis tu te retournes et la vois s'en aller.
Cette personne - ton double ! La terreur te laisse coi.

Et il poursuit ta route, son dessein accompli.
Pendant que tu te fonds dans la brume, tel un brouillard, un voile gris.

C'est pourquoi je n'irai plus à l'Oiseau Moqueur.
J'aime être toi.
J'espère que tu aimes la noirceur."






Traduction et arrangements : Kamus & Tripoda

Texte original ici

mardi 7 juin 2016

Ubloo (pt.1)

Partie 2
Partie 3



Dans ma vie d'avant, j'étais psychiatre. Ou attendez, laissez-moi reformuler ça. Avant que ma vie s'effondre, j'étais psychiatre, et un bon en plus. C'est dur de déterminer ce qui fait un bon psychiatre, mais j'ai commencé à travailler dans ce domaine très tôt. J'ai acquis pas mal d'expérience dans mes premières années de métier, et il n'a pas fallu longtemps avant que je n'aie presque plus de clients que je ne pouvais en gérer. Je ne dis pas qu'une personne suicidaire pourrait venir dans mon cabinet et retrouver le goût à la vie en une journée, mais mes clients me faisaient confiance, et sentaient que je les aidais réellement ; je suis donc devenu très vivement recommandé, et mes tarifs étaient, je l'avoue, plutôt élevés. Ceci étant dit, j'étais habitué à des patients de classe sociale aisée.

Je ne suis pas sûr de comment la famille Jennings m'a trouvé, mais je suppose que c'est leur précédent psychiatre qui m'a recommandé, comme c'est parfois le cas. Quelqu'un que tu es incapable d'aider pour une raison quelconque rentre dans ton cabinet alors tu lui fais quelques recommandations. Un jour, j'ai eu un appel de Mme. Gloria Jennings, une vraie propriétaire de domaine, très riche, qui voulait que je travaille avec son fils, Andrew. Apparemment, Andrew venait d'épuiser à peu près tous les psychiatres de cet État, et j'étais de ce fait leur dernière option.

Andrew était un toxicomane typique avec comme poison de prédilection l'héroïne, et tout le monde dans mon domaine vous le dira ; ces personnes sont vraiment des plaies, quand il faut les aider. S'ils ne sont pas clean et étourdis, alors ils sont défoncés et déraisonnés. Au début, je ne voulais pas le prendre comme patient, mais Mme. Jennings m'offrait presque le double du prix à payer habituellement, alors je ne pouvais pas refuser. Ça a été la pire erreur de ma vie.

J'ai rencontré Andrew tôt un lundi matin. D'expérience, je peux dire qu'il est plus aisé de repérer les cas potentiels avant qu'ils aient l'occasion de se droguer. Dans le meilleur des cas, ils ne viennent même pas et vous gagnez une heure de libre. Mais Andrew était en avance de 15 minutes. Il avait vraiment l'air d'un héroïnomane. Des cernes sombres sous ses yeux verts, les cheveux ébouriffés, et une barbe négligée poussant sur son visage. Il avait l'air d'avoir la vingtaine. Il était grand et inexplicablement mince, et il portait des vêtements amples et simples qui ne faisaient que souligner sa maigre carrure. Je l'ai accueilli dans mon cabinet et lui ai proposé de s'asseoir. Il s'est assis et a commencé à frotter ses mains et à explorer mon bureau des yeux, en les bougeant avec une rapidité précipitée.

Afin de garder mon anonymat, je me désignerai par "Docteur A ".

« Alors, Andrew », commençais-je. « Je suis le Dr. A. Pourquoi tu ne me parlerais pas un peu de toi pour commencer ? »
Il m'a regardé
dans les yeux pour la première fois. Il a hésité un moment, puis a commencé à parler.

« Écoutez, ça fait genre la huitième ou neuvième fois que je fais ça, alors je vais aller droit au but. Ma mère a probablement dû vous dire que j'étais un drogué, et c'est vrai. Je prends de l'héroïne et de la cocaïne dès que j'en ai l'occasion. »
J'ouvrais ma bouche pour lui demander s'il avait déjà pris les deux en même temps, pour lui expliquer les dangers du mélange, mais il m'a devancé.

« Non, je les prends toujours séparément. Je ne suis pas un idiot », a-t-il dit.

« Je ne pense pas que tu sois un idiot », ai-je menti. « J'ai connu beaucoup de gens qui se droguaient à mon époque, fais-moi confiance. » Andrew n'avait pas arrêté de me regarder. Je me suis mis à l'aise dans mon siège et j'ai posé la question suivante selon ma procédure habituelle. « Pourquoi te drogues-tu ? »

« Eh bien, les nuits où je ne veux pas dormir, je prends de la cocaïne, et les nuits où je ne veux pas rêver, je prends de l'héroïne. » En même temps qu'il prononçait ces mots, il se frottait les mains, et son regard fixe se dirigeait vers le sol

« Les nuits où vous ne voulez pas dormir, vous prenez de la cocaïne ? » lui demandais-je, pour être certain de ce qu'il avait dit.

« C'est ça, Docteur. » a-t-il dit tout en gardant les yeux rivés au sol.

« Et pourquoi ne veux-tu pas dormir, Andrew ? »

« Parce que je ne veux pas voir Ubloo. » Il regardait de nouveau vers moi, analysant ma réaction à ces mots.

« Excuse moi, mais, qui est Ubloo ? » (ça se prononce 'Oo-blue') demandais-je avec curiosité.

Andrew a soupiré. « Ubloo est un monstre que je vois parfois dans mes rêves et qui les contrôle. »

« Et comment Ubloo contrôle-t-il tes rêves, Andrew ? »

« Eh bien, je ne sais pas si son nom est réellement Ubloo, ou si c'est comme ça qu'on l'appelle, mais c'est la seule chose qu'il sait dire. Et je sais qu'il les contrôle parce que jamais personne ne pourrait rêver de ces merdes qui arrivent dans mes rêves quand il est là, m'a-t-il dit. Il avait maintenant séparé ses deux mains et les gardait poings serrés, de chaque côté de sa chaise.

Ça commençait à être intéressant. J'ai décidé d'aller fouiller un peu plus loin dans cette voie-là, alors je lui ai posé cette question douloureuse ; « et de quelle sorte de choses as-tu rêvé ? »

« Écoutez, je ne suis pas fou. Ce n'est pas comme si j'allais juste me défoncer et commencer à rêver de ces trucs bizarres. Avant j'étais un athlète de haut niveau, et à l'allure où j'avançais, j'allais être diplômé comme major de ma promotion, avant que ce truc vienne m'emmerder. » Il s'énervait visiblement.

« Je ne pense pas que tu sois fou», ai-je encore menti. « Si je le pensais, j'aurais abandonné et t'aurais dit de partir. Je suis un psychiatre Andrew, je sais reconnaître un fou quand j'en vois un. » Cela semblait le calmer un peu. « Mais tu dois comprendre que je dois tout savoir avant de faire mon diagnostic. Alors je te le redemande ; de quoi as-tu rêvé ? »

J'ai vu qu'il se calmait, visiblement j'avais percé sa défense. « De choses terribles » , a-t-il dit. « Tout ce qui compte pour moi, tous les gens que j'aime, subissant des choses atroces. » Il regardait par terre à nouveau.

« Quel genre de choses, Andrew ? »

« Une fois ... » Il a dégluti péniblement. « Une fois, j'ai rêvé que j'étais bloqué à l’intérieur d'une cage, dans une cave que je n'avais jamais vue avant, et il y avait trois hommes masqués qui violaient et battaient ma mère. »

Cela m'a surpris, je tressaillais un peu et il l'a remarqué. J'étais en train de le perdre. « Continue, Andrew », disais-je d'une manière réconfortante, tout en masquant à la fois mon étonnement et mon intérêt.

« Elle m'appelait, et je pleurais, et à chaque fois qu'elle m'appelait ou criait à l'aide, un homme la frappait, et peu importe à quel point elle saignait, elle continuait de crier, et eux continuaient de la frapper et de la violer. »

À ce moment-là, je voulais l'interrompre et lui dire que les gens normaux ne rêvent pas de ça. Ce genre de rêves sont très rares, même parmi les plus gros psychopathes, et maintenant, je comprenais comment Andrew avait pu passer chez autant de psychiatres en seulement quelques années. Soit il était une bombe à retardement qui allait donner lieu au psychopathe le plus dangereux de l'histoire, soit il avait un nouveau trouble du sommeil encore jamais vu dans mon milieu. Les avantages de diagnostiquer un nouveau trouble étaient largement compensés par les inconvénients d'encourager un enfant qui pourrait potentiellement faire passer Ted Bundy pour un enfant de chœur.

J'étais chamboulé, mais j'essayais de rester calme. Dans ces situations, il est important de ne pas se perdre dans les détails, et de déterminer les faits. « Comment sais-tu que ce rêve a été causé par Ubloo ?» lui demandais-je.

« Parce qu'à la fin du rêve, je l'entendais toujours faire cet horrible bruit ; 'oo-blue !' » Il imitait le bruit aigu qu'un petit animal pourrait faire.

« Et tu entends ce bruit à chaque fois ? C'est comme ça que tu sais qu'il 'contrôle' ton rêve ? »

« Je l'entends à chaque fois, mais parfois, je le vois aussi, mais seulement une seconde, puis je me réveille. »

« Je vois. Andrew, tu pourrais me dessiner Ubloo ? » Je lui ai fait passer un bloc-notes et un stylo. Au début, il avait l'air confus, probablement parce que je croyais chacun de ses mots, mais il a pris le bloc-notes et a commencé à gribouiller. J'ai regardé ma montre, 20 minutes avaient passé. Pas mal. J'ai ensuite regardé le ciel par la fenêtre, c'était une teinte de bleu clair. J'entendais le stylo taper sur la table, et le bloc note glisser vers ma direction. J'ai regardé la feuille et j'ai senti mon cœur qui commençait à battre violemment.

La chose avait un long museau pendant, un peu comme la trompe d'un éléphant, avec une langue qui en sortait. Sa tête était dépourvue de traits, mis à part deux gros yeux totalement noirs, ovales et verticaux. Il avait six pattes et un torse long et fin. Il avait le dos voûté, les pattes arquées, l'articulation était située un peu au-dessus de son corps. Il pouvait visiblement se faire très grand s'il en avait besoin. Ses pieds étaient ronds avec six appendices sortants, disposés à égale distance les uns des autres comme les branches d'une étoile. Les deux pattes de devant étaient considérablement plus longues, et avaient seulement deux doigts extrêmement longs à chaque main, pointant vers l'avant. C'était inquiétant à regarder. Il n'avait visiblement pas d'attributs dangereux ; pas de griffes ni de dents, et pourtant, je ne pouvais me retenir d'avoir des sueurs froides en l'examinant.

Je me suis arraché à ma contemplation et ai levé les yeux vers Andrew, qui m'observait avec appréhension en attendant ma réaction. Je pensais avoir un diagnostic. « Andrew, je pense savoir ce qui ne va pas. »

Il n'avait pourtant pas du tout l'air soulagé. « Oh ? » a-t-il dit d'un ton monotone.

« Oui, je pense que tu as eu des r- »

« Des rêves lucides, ouais, je croyais aussi. » Je suis resté immobile, bouche bée. « Vous pensez que j'ai fait un cauchemar traumatisant impliquant ce truc, et maintenant à chaque fois que je fais un rêve lucide, mon subconscient l'introduit dans mon esprit, ce qui entraîne un scénario traumatisant indépendamment de ma volonté. »

Rarement au cours de mes 10 ans d'expérience, j'ai été sans voix, scotché, bouche bée. Andrew me fixait, et je le regardais sourire avec arrogance.

« Je vous l'ai dit Dr. A, je ne suis pas un idiot. J'ai fait des recherches sur ce genre de choses quand c'est arrivé pour la première fois. C'est pour ça que j'ai commencé à me droguer. J'ai appris que les opioïdes pouvaient supprimer les rêves lucides, et au début, ça faisait son boulot, mais malgré ça, il continuait de se faufiler dans mes rêves. Et plus j'en consommais, et plus fort il se battait pour pouvoir revenir. Alors j'ai essayé la cocaïne pour me garder éveillé, mais j'ai compris que ça faisait juste empirer les choses. Je restais éveillé trop longtemps, j'ai commencé à faire des micro-sommeils. Je ne savais pas si j'étais éveillé ou si j'étais en train de rêver, et il a dû s'en rendre compte. Vous voyez, quand il a commencé à m'apparaitre, j'étais plus ou moins conscient d'être dans un rêve. Cette impression de flou, vous savez. Mais quand je fais des micro-sommeils, les rêves sont incroyablement nets. Il l'a compris, docteur, il a compris que j'avais plus peur des rêves pendant les micro-sommeils, et il a d'une façon ou d'une autre, rendu tous les rêves aussi clairs depuis. »

Honnêtement, je ne savais pas quoi dire. Soit Andrew était complètement fou, soit il était tellement intelligent qu'il développait lui-même sa propre folie. Je lui ai posé la dernière question qu'il me restait.

« Quand as-tu rêvé
d'Ubloo pour la première fois ? »

« C'était juste après la mort de mon père », a-t-il dit, son regard se fixant encore une fois au sol. « Il s'est suicidé d'une balle dans la tête quand j'avais 17 ans. La nuit après ses funérailles, j'ai rêvé que je me tenais devant sa tombe, en regardant l'herbe. Tout était normal au début, puis j'ai entendu mon père. Je l'ai entendu crier au fond du trou, il appelait à l'aide, il me demandait de le déterrer, mais je ne pouvais pas bouger. J'étais paralysé. Je me tenais là et je l'écoutais frapper sur le couvercle de son cercueil, tellement fort que le sol tremblait, et je l'entendais crier de peur, mais je ne pouvais rien faire pour l'aider. Et puis, je l'ai entendu. 'Ubloo'. Puis je me suis réveillé. »

Je suis resté immobile à le regarder pendant un bon moment. Son rejet de la possibilité que ce soit un rêve lucide était impressionnant, mais ce n'est pas rare pour un enfant de lier un épisode traumatisant de sa vie à quelque chose d'imaginaire, pour mieux comprendre ce qu'il se passe. Je commençais à mieux le cerner

« Quand as-tu vu Ubloo pour la première fois ? » Il a hésité pendant une demi-seconde, mais a fini par parler.

« Une fois, j'ai rêvé de mon chien, Buster. J'étais derrière une grande haie, et je n'étais qu'un enfant donc je ne pouvais pas l'escalader. Buster était de l'autre côté d'une autoroute. Il était simplement assis là, à me regarder, et je savais, d'une manière ou d'une autre, qu'il allait essayer de traverser pour venir me voir, et je savais qu'il n'y arriverait pas. Il a couru sur l'autoroute et s'est
immédiatement fait écraser par une voiture. Je criais et pleurais, mais la voiture ne s'est pas arrêtée, elle continuait d'avancer. Buster était couché là, brisé et saignant. Il essayait de se relever, et de ramper droit devant, mais une autre voiture qui allait à toute vitesse l'écrasait encore. Et ça se répétait encore et encore. Je continuais de le regarder se faire écraser et déchiqueter en morceaux par ces voitures, ça ne s'arrêtait jamais. 
C'était la première fois que je le voyais. Je l'ai entendu dans mon oreille, 'Ubloo !', je me suis retourné, et sa tête était à un centimètre de moi, avec ces gros yeux noirs qui me fixaient. Puis je me suis réveillé. »

Il tremblait maintenant, et on pouvait voir qu'il était prêt à craquer. Je devais arrêter de le travailler.

« Ok Andrew, je pense que c'est le bon moment pour s'arrêter aujourd'hui. » Je me suis levé et ai pris mon bloc d'ordonnance sur mon bureau.


Andrew ne bougeait pas, et clignait des yeux. « Vous allez… Vous allez me donner quelque chose pour que ça s'arrête ? »

« Pour l'instant, je vais te donner quelque chose pour arrêter tes rêves, le temps que je puisse déterminer d'où ils viennent. C'est important que tu aies une bonne nuit de sommeil, pour t'aider à reprendre tes esprits. Je t'aide à t'aider à m'aider, compris ? »
Il a encore cligné des yeux. « Oui, j'ai compris, merci. Ils ont un nouveau médicament pour supprimer les rêves ? »

« Eh bien, techniquement non. Mais il y a un nouveau médicament appelé cyproheptadine qui est utilisé pour le traitement des rhumes des foins, mais qui a pour effet secondaire de supprimer les rêves, plus précisément les cauchemars, surtout ceux provoqués par un trouble de stress post-traumatique.

Je continuais d'écrire la prescription en silence, mais je pouvais sentir le regard d'Andrew qui me visait. 


« Mais je suis pas traumatisé, c'est à cause d'Ubloo. »

« Je sais Andrew », lui ai-je menti encore une fois. « Mais ça marchera tout aussi bien pour éloigner Ubloo de tes rêves. »

Ça lui allait droit au cœur. Il était fou de joie et a bondi du sofa. Il n'arrêtait plus de me remercier et de me dire que j'étais le meilleur docteur de tous les temps, et qu'il sentait enfin que la chance lui souriait. Je ne pouvais m'empêcher de sourire. Je suppose que c'est pour ce genre de satisfaction que je continue de tenir ce cabinet. Je l'ai accompagné à la porte et lui ai serré la main. Il m'a regardé droit dans les yeux, et il a souri pour la première fois depuis que je l'ai rencontré, puis il a quitté mon bureau.

C'était la dernière fois que j'ai vu Andrew Jennings vivant.

Une semaine a passé, et le lundi qui suivait, Andrew n'était pas venu à son rendez-vous. À ce moment-là, d'habitude, j'aurais lâché un soupir de soulagement, et j'aurai dit à ma secrétaire que je sortais pour prendre un café au bout de la rue, mais je ne pouvais m'empêcher de penser à Andrew. J'ai quitté mon bureau en disant à ma secrétaire qu'elle devait annuler mon prochain rendez-vous. J'avais dans ma main la facture d'Andrew Jennings de notre dernier rendez-vous, sur laquelle figurait son adresse.
Il était dans un appartement que sa mère avait acheté, en dehors de la ville. C'était à environ 15 minutes de route depuis mon bureau.

J'ai réussi à entrer par la porte d'entrée du bâtiment pendant que quelqu'un en sortait, puis j'ai trouvé le nom d'Andrew dans le répertoire. Son nom venait à peine d'être écrit, j'en ai déduit que ça ne faisait pas longtemps qu'il habitait ici. Sa mère l'avait probablement installé ici pour qu'il soit plus près de mon bureau, pour faciliter la communication.
C'était le dernier appartement au premier étage. Je me suis arrêté une seconde, réfléchissant à ce que j'étais en train de faire, mais ma curiosité l'a emporté sur ma raison, et j'ai tapé trois fois.

Pas de réponse. Pas un mouvement à l'intérieur. Après avoir écouté pendant un bon moment, j'ai tapé une fois de plus, plus fort.

« Andrew, c'est le Dr. A, tu peux ouvrir la porte s'il te plaît ? »

Toujours rien. J'ai alors essayé de tourner la poignée, et étonnement, elle n'opposait pas de résistance. Je pouvais sentir le poids de la porte glisser : elle était ouverte.

Je ne pourrais vous dire combien de temps je suis resté là, la main sur la poignée, à réfléchir. Je pensais à ce que les gens en diraient ; le docteur qui se permettait d'entrer dans l'appartement de son patient. Le docteur qui allait peut-être trouver son patient bourré d'héroïne ou ayant potentiellement fait une overdose. Une overdose d'héroïne, ou peut-être une overdose de ce nouveau médicament qu'il lui avait prescrit, à lui un drogué avoué, il y a une semaine de ça. Mais le pire, c'était de repenser à ces horribles rêves dont il m'avait parlé, alors que seul un morceau de bois nous séparait.

J'ai pris une grosse inspiration, et j'ai ouvert la porte.

La première chose que j'ai remarquée était que les ombres étaient estompées, et il n'y avait aucune lumière allumée, à part une lampe à faible consommation dans le coin. L'odeur de musc et de renfermé était prégnante. Il y avait aussi des aiguilles, des cuillères et des sacs en plastique vides posés sur la table.

J'ai traversé le salon, sans voir aucun signe de vie. Il y avait un couloir à côté du mur sur lequel le canapé était appuyé. J'ai pris mon téléphone et  ai allumé la lampe torche. J'ai progressé en silence dans le couloir. J'avais le souffle court, et mes mains tremblaient. Il y avait une porte grande ouverte directement à ma gauche. Prudemment, j'ai regardé dans le coin, pointant ma lampe torche à l'intérieur : c'était la salle de bains. Elle était assez sale, mais j'avais vu pire. Il n'y avait aucun signe de lutte, pas de vomi dans les toilettes, ni rien qui pourrait indiquer une potentielle overdose.

J'ai lâché un petit soupir de soulagement avant de retourner  dans le couloir. Il ne restait qu'une porte à ouvrir. Droit devant. Elle était complètement fermée, toute blanche, avec une poignée argentée. Je me tenais dans le noir, avec ma lampe torche, je cherchais un interrupteur pour allumer la lumière. C'était de vieux appartements. L'interrupteur devait être dans la chambre d'Andrew, derrière cette porte.

Me rendant compte que ça n'allait pas en s'améliorant, et ravalant mon stress, je commençais à avancer doucement, tout droit en direction de la porte. Chaque pas avait l'air d'un kilomètre. Mes pieds étaient maladroits et mes jambes étaient lourdes. Il semblait qu'une heure s'était écoulée le temps que j'atteigne la porte. Je me tenais devant la porte d'un blanc brut, que je fixais. J'ai levé ma main, et j'ai toqué légèrement sur le bois.

« Andrew ? » 


La porte a grincé et s'est entrouverte doucement vers l'intérieur. Je pouvais distinguer par la porte entrouverte la silhouette floue d'une personne, alors j'ai ouvert la porte complètement.

Andrew était à terre, son dos calé dans le coin de la pièce. Sa peau était pâle, ses yeux verts et brillants, ils fixaient la porte par laquelle je venais d'entrer.

J'étais immobile, et le regardais fixement, totalement choqué. C'était la première fois que je voyais un mort en dehors d'un cercueil. Il avait l'air tellement vide et sans vie. Je remarquais qu'il y avait du sang sur le tapis. Ses ongles étaient tout retournés, le bout de ses doigts ensanglantés, comme s'il avait gratté le sol à s'en briser les mains. J'ai tant bien que mal réussi à trouver l'interrupteur, et j'ai allumé la lumière. C'est à ce moment que je l'ai vu.

« LA FIN EST LE COMMENCEMENT »

C'était gravé profondément dans le bois, à côté de lui. Je l'ai fixé assez longtemps pour voir ce que ça disait, quand une odeur m'a percuté. L'odeur la plus nauséabonde que j'ai jamais sentie. Et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à être pris de nausées, des nausées plus violentes que toutes celles que j'avais subies jusqu'ici..

J'ai pu courir jusqu'au couloir avant de rendre mon dernier repas. J'étais penché sur le sol, essayant de reprendre mon souffle, quand une vieille dame à quelques appartements de moi a ouvert sa porte et s'est exclamée en me voyant.

« APPELEZ LA POLICE ! » lui ai-je crié. J'ai entendu sa porte se fermer bruyamment et j'ai essayé de progresser du couloir jusqu'au hall d'entrée, en m'arrêtant à peu près tous les 20 mètres pour respirer.

Quand les gens des urgences sont arrivés, ils ont déclaré Andrew mort sans une hésitation. Ils devaient être habitués à ce genre de choses, parce qu'ils n'avaient pas l'air trop chamboulés par la scène.

J'ai fait mon témoignage à la police et leur ai dit qu'il était un de mes patients, et que j'étais venu voir s'il allait bien. Ils n'avaient pas l'air de me soupçonner de quoi que ce soit et m'ont dit que s'ils avaient besoin de quoi que ce soit, ils m'appelleraient. Je leur ai laissé ma carte de visite avant de regagner ma voiture. 


Au moment où je commençais à partir, le crissement des pneus d'une voiture s'est fait entendre dans le parking, et j'ai vu une femme sortir de sa voiture. C'était Mme. Jennings. Elle braillait et criait, et quelques policiers ont été forcés de la maîtriser.

« C'EST MON BÉBÉ ! MON DIEU, S'IL VOUS PLAÎT, NON ! » criait-elle pendant qu'elle se débattait pour passer devant les policiers. J'ai regardé la scène autant que je pouvais le supporter, puis je suis sorti du parking. J'ai appelé ma secrétaire et lui ai dit d'annuler tous mes rendez-vous pour la journée. Je me suis arrêté à un magasin d'alcool et ai pris une bouteille de whisky, puis je suis rentré chez moi. 


Je suis resté assis en silence pendant pas mal de temps. J'ai finalement allumé la télé et j'ai commandé à manger, mais quand mon repas est arrivé, je n'ai pas pu me résoudre à manger.

Il était déjà tard quand j'ai fini la bouteille. Je me suis levé et j'ai titubé jusqu'à ma chambre. J'ai quitté mes chaussures d'un coup de talon et je suis tombé tête la première dans mon matelas. Je suis resté allongé en pensant à Andrew ; à son corps inerte, calé dans le coin, me fixant avec ses grands yeux verts ; à ses derniers mots : « la fin est le commencement » résonnant dans mon cerveau. Mes pensées devenaient plus lentes et mes paupières plus lourdes. « La fin est le commencement », cette phrase se répétait encore et encore dans ma tête. 


Je me sentais m'assoupir, quand je l'ai entendu. Venant de nulle part et de partout à la fois.

« Ubloo. »





Traduction : Mhyn

Texte original ici.
Plusieurs parties sont déjà publiées en VO. Suites à prévoir, mais pas tout de suite. Son traducteur passe le bac !

samedi 4 juin 2016

Confessions

- Bien. Si vous le voulez bien, commençons. Veuillez décliner votre identité ainsi que votre emploi.

- Je me nomme Sacha Alvarez, je suis le prêtre assigné à cette ville, depuis 10 ans.

- Très bien. Racontez-nous donc ce que vous avez à dire. Je vous rappelle que cette conversation est enregistrée.

- Fort bien. Sachez, mon enfant, que je suis tiraillé entre deux volontés : celle de garder secret ce que je sais, comme il est d'usage pour les confessions, et celle de tout vous raconter, car cela est très grave. Comme des vies sont en jeu, j'ai pris la décision de tout vous révéler. Le Seigneur saura me pardonner.

- C'est tout à votre honneur, mon Père.

- Bien. Commençons par le début. Il y a de ça une semaine, j'ai reçu en confession un certain Juan. Je n'avais alors pas idée de ce que j'allais entendre. Voyez-vous, ce Juan était un meurtrier. Il m'a fait part de tous ses méfaits, avec tous les détails. C'était atroce.

- Pouvez-vous nous donner ces détails ? C'est important pour l'enquête.

- Oui... J'imagine que oui. Comment pourrais-je oublier ces atrocités ? Cet homme... Ce Juan... Disait entendre des voix. Que son esprit était contrôlé par une entité maléfique. Cette entité lui donnait l'ordre de tuer certaines personnes, et d'une certaine manière. J'ai même cru voir pendant un instant ses yeux virer à un noir de jais... Mais je-

- Passons au vif du sujet, si vous le voulez bien.

- Oui, pardon. Le premier meurtre a été commis sur la personne de Franck D., le directeur de l'usine en centre-ville.

- Franck D... Le directeur qu'on a retrouvé étouffé chez lui il y a 6 semaines ?

- Oui, celui-là même. Juan m'a avoué l'avoir forcé à avaler des pièces de monnaie, jusqu’à ce qu'il n'en puisse plus. Une fin bien ironique pour un homme qui avait passé sa vie à entasser toujours plus d'argent, au détriment de ses employés.

- Nous savons maintenant pourquoi nous avons trouvé toutes ces pièces de monnaie dans son estomac... Max, peux-tu aller me chercher un crayon et du papier ? Mon Père, cela ne vous dérange pas que je prenne quelques notes ?

- Non, non, allez-y... Jack, si je me souviens bien ? Je peux vous appeler Jack ?

- Pas de problèmes, mon Père. Veuillez continuer.

- Bien. Son autre meurtre remonte à 5 semaines. Avez-vous eu vent de la mort du jeune Peter V. ?

- Le joueur de foot ? Oui, une bien triste nouvelle... Quelqu'un de si jeune. Nous avions dû intervenir chez son entraîneur deux jours avant sa mort, suite à une dispute entre les deux. Le jeune Peter n'avait pas apprécié d'être sur le banc cette saison et désirait la place de gardien. Il avait une belle carrière devant lui. Les détails de sa mort ne me reviennent pas, néanmoins...

- Je peux vous les rappeler. Une autre victime de Juan. Il lui a écrasé la tête avec ses propres chaussures de foot. Vous vouliez des détails, les voilà : il est venu à l’appartement de Peter, a attendu qu'il rentre, puis l'a assommé par derrière. Il l'a attaché, l'a rué de coups, avant de le finir à coups de crampons.

- Savez-vous comment il est entré chez la victime ?

- Malheureusement, non, mon Fils.

- Donc, nous avons Franck et Peter. Cela fait deux victimes... Laissez-moi noter cela et nous pouvons continuer.

- Faites donc.

- Voilà, je vous écoute.

- Sa troisième victime était une femme. Je ne sais pas son nom, c'était une prostituée qui avait l'habitude de "travailler" dans les bois de la ville. Il l'a droguée, puis amenée dans une usine désaffectée de la ville. Là, il l'a attachée, puis poignardée avec des crochets, avant de la suspendre par les seins. De là, il a assisté au spectacle, laissant la jeune femme agoniser et appeler au secours. Quand il en a eu assez, il l'a égorgée et l'a laissée là.

- Attendez, nous n'avons pas eu vent de ce meurtre. Savez-vous de quelle usine il s'agit ?

- Oui, de l'ancienne usine de conserves dans la partie nord de la ville.

- Max ! Envoie une patrouille fouiller toutes les usines du nord de la ville. Il y a sans doute un cadavre qui vous attend là-bas. Merci, mon Père... Votre aide est précieuse.

- Eh bien, je fais ce qui est juste. Mais ce n'est pas tout, écoutez-moi. Ce meurtre date d'il y a environ 3 semaines. Le victime est un ancien boxeur, "Mickaël au sang chaud", comme on le surnommait.

- Oui, je le connais, on avait l'habitude d'intervenir chez lui. Il battait sa femme, son fils, et ceux qui avaient le malheur d'intervenir. Une vraie brute qui démarrait au quart de tour, son surnom n’était pas usurpé. Je ne savais pas qu'il était mort.

- Oui, car il n'y pas eu d’enquête. La cause serait une crise cardiaque, alors qu'il revenait de sa salle de musculation. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'une nouvelle fois, Juan est passé par là. Savez-vous quel est l'effet de l'adrénaline ?

- Je ne m'y connais pas forcément, mais dans les séries que j'ai pu voir elle était utilisée pour réanimer quelqu'un dont le cœur s’était arrêté.

- Exactement, cela donne un "coup de boost" au cœur. Mais, en trop grande quantité, savez-vous ce qu'il se passe ?

- J'imagine que cela peut faire l'effet inverse... Ah, vous voulez dire que...

- Oui, ce n’était pas une simple crise cardiaque.

- Très bien, nous allons rouvrir l’enquête, je note ça dans un coin. Poursuivez, je vous prie.

- Je vais cette fois vous parler d'un total inconnu. Juan ne connaissait même pas son nom. Il s'agit d'un homme de 40 ans, sans emploi, célibataire, obèse, qui vivait encore chez ses parents. Une vraie loque, selon Juan. Il passait ses journées devant la télé ou son ordinateur. Juan l'a enlevé, le forçant à appeler ses parents pour les avertir qu'il allait passer une semaine chez des amis. Quand vous avez une arme sur la tempe, vous savez vous montrer convainquant. Comme il aimait si bien ne rien faire et se reposer, Juan l'a enfermé dans un container, sur les docks. Là où, je cite, "il ne pourra plus rien faire jusqu’à la fin de ses jours...".

- Attendez, sur les docks vous dites ? Cela fait combien de temps ?

- Environ 2 semaines, à ce qu'il m'a dit.

- Si personne ne l'a trouvé, il y a peu de chances qu'on le retrouve en vie. Max, envoyez une autre patrouille. Et, allez avec eux. Faites attention à ce que personne ne sache cela, éloignez les journalistes. Nous devons voir si aucune preuve n'a été laissée par ce tueur en série. Identifiez la victime, mais attendez un peu avant de prévenir les parents. Mon Père, avez-vous encore des choses à nous dire ?

- Oui, il reste un meurtre à raconter. Le dernier, la semaine dernière. Il s'agit cette fois d'un enfant. Le petit Kevin...

- N'en dites pas plus... J'ai moi même annoncé le décès à sa mère. Quel genre de monstre peut s'attaquer à un enfant de la sorte... Je le connaissais depuis sa naissance. Un grand amateur de sucreries ! Mais quel enfant ne l'est pas... Bon, dites le quand même pour l'enregistrement. C'est l'acte de Juan, n'est-ce pas ? .

- Oui. C'est peut-être dû au fait que ce soit un enfant, mais il a fait en sorte que ce soit rapide. Il l'a noyé, comme vous devez le savoir, dans un baril rempli de soda...

- Oui... Oui... Le pauvre...

- C'est tout ce que j'avais à dire.

- Mon Père, je ne sais comment vous remercier. Grâce à votre témoignage, nous avons assez de preuves pour que ce Juan passe sa vie derrière les barreaux.

- Comment l'avez-vous attrapé ?

- Il est venu se rendre... Il persiste à dire qu'il n'était pas lui même ces derniers mois. Mais cela ne change rien au fait que ces meurtres s’arrêtent enfin. Je vais pouvoir l'annoncer aux médias.

- Cela va sûrement vous faire valoir une promotion, toute la ville va vous encenser...

- Cela est normal, après tout je suis celui qui a arrêté ce tueur en série. Je vais sûrement avoir une promotion, pour mon état de service formidable. Quelle réussite !

- Eh bien, mon Fils, quelle fierté ! Le sentez-vous ? Ce sentiment... d'orgueil ? Exactement comme je l'avais prévu.

- Comme vous aviez prévu ? Je ne comp- Attendez, vous parlez d’orgueil... Mais oui... Tous ces meurtres... Ils sont liés ! Mais il en manque... Non... Ce n'est pas possible... Mon père... Vos yeux !


La suite de l'enregistrement n'est faite que de cris. L'agent Jack M. a été retrouvé seul dans la pièce, un stylo planté dans l’œil. Avec son sang, le tueur a dessiné au-dessus de sa tête une couronne.
 

Le prêtre, lui, n'a jamais été retrouvé.



jeudi 2 juin 2016

Piste audio n°001

Ci-dessous la retranscription par écrit de la piste audio n°001 en date du 23 mars 2016, heure : 22:21.
 

Voix de femme :

« Heu… oui, ok, allô, allô ? On se sent encore plus stupide quand on parle tout seul… Mais bon, ok. C’est moi… Pour un test de mon nouvel enregistreur, je veux vérifier que ce petit bijou fonctionne bien, vu qu’il est tout neuf, et vu comment celui d’avant a terminé sa vie, il a intérêt à tenir le coup celui-là. »
 

Bruit d’eau qui coule fortement et en continu.

Voix de femme :

« Donc, mon enregistreur va être le charmant témoin de mon heure du bain. Eh oui… Pas passionnant, mais au moins c’est un bon endroit pour parler toute seule ! Oui, oui… Je vous vois venir vous autres ! Les ultras pointilleux sur le sujet : pas d’appareil électrique à côté de l’eau. Ça va… J’ai laissé l’enregistreur sur le meuble à serviettes et je n’y touche pas, ça vous va ? Pas de remake de Cloclo pour ce soir. »

Bruits de mouvements dans la baignoire.

Voix de femme :

« Ah… Ça c’est le pied ! Ah oui ! N’allez pas croire que c’est la porte d’entrée que j’ai laissée ouverte, bande de pervers ! Je laisse toujours la porte de la salle de bain ouverte quand je prends une douche ou un bain, problème de claustrophobie… C’est un comble avec mon métier, mais je m'en sors… Contrairement à mes enregistreurs… Le vendeur m’a dit que celui-là peut capter des sons qui viennent de loin, qu’il est même utilisé pour les films… Vous y croyez, vous ? En tout cas, il peut pas capter à quel point le couloir est glauque jusqu’à la porte d’entrée. Ça fait une semaine que Tim laisse traîner, il faut pourtant juste remplacer l’ampoule grillée... »

Bruit de clef dans une serrure.

Voix de femme :

« Tiens, tiens, quand on parle du loup ! »

Bruit de porte qui s’ouvre et se referme.

Voix de femme :

« Salut chéri ! J’ai complètement oublié que tu rentrais un peu plus tôt ce soir. J’ai pas encore fait à manger. »

Voix d’homme difficilement audible à cause du bruit d'eau qui coule en continu :

« Mmmmh intéressant ! Je vais faire la cuisine. »

Voix de femme :

« Ooooh… Ok ! Et qu’est-ce que tu vas cuisiner ? »

Voix d’homme difficilement audible à cause du bruit d’eau qui coule en continu :

« Toi ! »

Bruit de porte qui claque.

Voix de femme :

« Eh ben… Je sais pas ce qu’il va faire dans la cuisine, mais je vous annonce que ce qui va suivre s’adresse uniquement à une audience mature. J’aurais payé pour voir sa tête quand il a dit qu’il allait me cuisiner… Bon en même temps, même si l’ampoule du couloir avait été réparée, vous vous doutez bien… Eh… J’ai pas pris mes lunettes dans le bain… »

Coupure du bruit d’eau qui coule. Mouvements d’eau peu réguliers et peu nombreux.

Voix de femme :

« Je n’ai aucune idée de ce que nous concocte Tim pour ce soir. »

Sonnerie de téléphone.

Voix de femme :

« Ah ! C’est pas moi qui vais répondre ! »

Enclenchement du répondeur :

« Laissez-nous un message et nous vous rappellerons… BIP… Lola, c’est moi… »

Voix de femme :

« TIM ??? »

Répondeur :

« … C’était pour te prévenir, je rentre pas tout de suite, je suis au commissariat, là. Un type m’a volé ma besace dans le train, j’avais tout à l’intérieur... Pfff... Purée... Bref, je fais la déclaration et j’arrive, mais ça risque de durer un certain temps… Ne m’attends pas pour manger, chérie ! À tout à l’heure et ne t'inquiète pas pour moi. Bip, bip. »

Son de téléphone raccroché.
Ricanement d’homme.
Son de métal se faisant aiguiser.
Hoquet de surprise venant de la femme.

Fin de la piste audio n°001. Heure : 22:34, durée de la piste: 13 minutes et 26 secondes.