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vendredi 30 octobre 2015

Paternel

J'ai toujours aimé mon père. Je sais que ça ne sort pas de l'ordinaire, mais aussi loin que je me souvienne, j'ai juste eu un des meilleurs pères qu'un gars puisse avoir. Je vois beaucoup d'autres personnes avec des relations tendues ou vides avec leurs pères, et je me vois moi, un des rares chanceux qui puisse dire que son père est incroyable. Tous mes meilleurs souvenirs viennent de nous deux ensemble. Même quand j'étais enfant, tous mes amis aimaient mon père, mais il est toujours resté mon meilleur ami. Il savait vraiment être strict comme un parent se devait de l'être, tout en étant la personne à laquelle je savais que je pouvais tout dire.

Peu importe où nous allions ou ce que nous faisions, mon père était toujours capable de parler aux gens et d'illuminer instantanément leur journée. Partout où nous allions, tout le monde aimait mon père, mais beaucoup moins que moi. Il pouvait résoudre n'importe quel problème, pratiquer n'importe quel sport, et mon dieu qu'il était intelligent ! Nous allions pêcher et chasser ensemble. Il m'apprenait toutes sortes de jeux auxquels nous jouions ensemble. Il me montrait aussi sa gigantesque collection d'outils, et m'apprenait à quoi servait chacun d'eux. Nous avions même une ferme et il m'enseignait comment obtenir le meilleur de chaque animal. Je savais que je voulais être comme lui, en grandissant.

Dans l'ensemble, ma famille avait une histoire intéressante. Mon père me racontait que notre famille avait un grand secret. Apparemment, son grand-père avait eu seulement un fils, tout comme son père, et lui à leur suite. Depuis des générations, notre famille n'avait eu que des fils, et uniquement un par génération. Mon père racontait toujours des histoires à propos de son père, et nous disait combien ils étaient proches. Aussi loin que la famille se souvienne, les hommes ont toujours été vraiment très proches, et savoir que je pouvais faire partie de quelque chose de si spécial me faisait me sentir bien. De toute façon, je n'ai jamais voulu avoir de frères ou de sœurs. Mon père et moi pouvions passer plus de temps ensemble, juste nous deux. Je n'aurais pas pu demander meilleure compagnie.

Ma mère et mes grands-parents paternels sont morts quand j'étais petit. J'ai beaucoup entendu parler de mon grand-père, mais tout ce qu'on m'a dit sur ma mère et ma grand-mère était qu'elles se ressemblaient beaucoup. Mon père disait qu'elles ne se préoccupaient pas vraiment de nous. Qu'elles ne voulaient pas que nous soyions heureux, et qu'elles détestaient avoir seulement des fils. Tout ce que mon père disait sur ma mère était qu'elle ne m'avait jamais aimé de la même façon que lui, qui était bon avec moi. Elle est morte alors que j'étais trop jeune pour pouvoir me souvenir d'elle, et j'ai vécu avec le meilleur parent qu'un enfant puisse avoir.

Je dois dire que les hommes de ma famille se sont transmis un camion de traiteur, en guise d'affaire familiale. Ça marche bien. Nous servons des sandwiches avec de la viande fraîchement coupée et du fromage, de la salade de chou faite maison, et des pâtes au fromage. Nous sommes reconnus dans plusieurs villes à travers le pays. Mon père récoltait beaucoup de ses produits lui-même, dans notre ferme. Nous avions des agneaux, des poulets, et plus particulièrement des cochons. Nous avions beaucoup de cochons. Aussi dangereux que c'était pour un enfant, mon père me prenait avec lui quand il préparait la viande.

Il était toujours très prudent par rapport à ça, et s'assurait que je ne me blesse jamais. Je n'ai pas souvenir que ça me soit arrivé, donc je dirais qu'il faisait un assez bon travail. Il me montrait comment on devait procéder pour préparer de la viande, pour ensuite la servir. C'était fascinant de voir tout ce qu'il savait et tous les trucs cool qu'il pouvait faire. De temps en temps, il me laissait l'aider à s'occuper des animaux. Je pouvais les nourrir, les laver. Quand il a pensé que j'étais prêt, j'ai même pu les marquer pour le plaisir.

Je me rappelle de ce qu'il a fait pour moi, à mon cinquième anniversaire. Ça a été l'un des meilleurs de mon enfance. Tous mes amis étaient venus, et nous avions passé en revue toutes les traditions : les jeux, le gâteau, et beaucoup de cadeaux. Mon père racontait des histoires drôles, et nous a même offert son propre spectacle de magie, constitué de tours de cartes faciles. Mais pour nous, les enfants, c'était vraiment magique. 


Cependant, ce n'est pas ça qui a rendu ce jour si spécial. Plus tard dans la soirée, après que tout le monde soit parti et que je sois allé me coucher, mon père m'a réveillé et m'a dit qu'il avait encore un cadeau pour moi. Bien que j'étais encore fatigué de la fête qui s'était déroulée plus tôt, j'étais très excité d'avoir un autre cadeau, de la part de la personne que je préfère, rien que ça.

Il m'a emmené dehors, à l'arrière de la maison, où se trouvent les enclos des animaux. Il m'a conduit à l'intérieur de la porcherie, où un cochon était attaché à un billot. Son corps était fermement lié au billot ainsi qu'au sol, de telle manière qu'il ne pouvait s'échapper. Il s'est tortillé et a poussé des cris aigus. Il essayait de s'enfuir, sans pouvoir rien faire. Mon père m'a regardé, dans la noirceur de la nuit, et il m'a dit que j'étais sur le point de franchir la première étape pour devenir un homme comme lui, en tuant son meilleur cochon. Mes paupières étaient encore lourdes, et ma vue encore floue, ceci dû au fait que je venais de me réveiller, mais j'ai su que c'était le meilleur cadeau qu'on m'avait jamais offert.

Il m'a passé une hachette, assez petite pour que je puisse la tenir moi-même, et m'a dit d'être prudent. Il m'a regardé dans les yeux, comme tout bon père, et il m'a enseigné l'importance de la sécurité. J'ai fait de mon mieux pour l'écouter, mais j'étais trop excité. J'étais sur le point de tuer mon premier cochon ! Il m'a lentement accompagné dans mes mouvements avant de me diriger vers une petite zone sur le cochon que je devais viser. Le porc était encore en train de se tortiller, et il poussait des cris plus forts et plus désagréables que jamais. J'ai dit à mon père que c'était vraiment bruyant, et il m'a dit d'y mettre fin. J'étais très heureux. J'ai tenu la hachette fermement dans mes mains, je l'ai levée, et je l'ai brutalement écrasée sur le cou du cochon. Il a poussé des cris aigus, encore plus forts, qui me donnaient juste envie de le trancher encore plus pour le faire taire.

À chaque fois que j'abattais la hachette, il laissait s'échapper un cri encore plus fort qu'auparavant, jusqu'à ce qu'il se taise tout d'un coup. Je me suis arrêté et j'ai levé les yeux, remarquant à quel point mon père était fier de moi. J'ai continué à trancher la bête dégoûtante. Comme j'avais seulement cinq ans à l'époque et que j'utilisais une hache légère, ça a pris beaucoup plus de temps que si mon père l'avait fait lui-même.

Ça a pris du temps pour arriver à arrêter les cris, et il y avait beaucoup de sang, même à ce moment-là. J'en avais partout sur moi, mais ça m'était égal. Je crois que ça a pris presque une heure pour que la tête soit entièrement détachée. Ça sentait tellement mauvais que je devais me boucher le nez. Mon père a pris la hachette, l'a rangée, et m'a pris dans ses bras, sans se soucier du sang qui se répandait partout sur lui. Mon dieu, j'aime mon père. Il m'a fait prendre un autre bain avant d'aller au lit, mais ça valait le coup. C'était un anniversaire tellement génial.
 

Après cette nuit, nous sommes devenus plus proches que jamais. Mon père n'est jamais parvenu à utiliser le cochon que j'avais tué dans son magasin, mais les autres cochons dans l'enclos ont eu un vrai festin le jour suivant. Mon père était tellement fier de moi après ça. Je n'ai jamais vraiment eu besoin d'amis, ou d'autres membres de la famille quand j'avais mon père à mes côtés. Ma mère était partie à ce moment, mais je m'en fichais. Je savais qu'elle ne m'aimait pas autant que mon père m'aimait, de toute façon. 

Avec lui à mes côtés, traverser les épreuves du collège et du lycée avait été du gâteau. Je lui parlais de tous mes problèmes, qu'ils soient à propos de l'école, des amis, ou des filles, et il était capable de tous les résoudre avec sagesse. J'ai commencé à travailler dans le camion de traiteur de mon père après les cours et pendant les weekends, où je me faisais de l'argent en passant du temps avec lui.

Finalement, je suis allé tout droit à l'université. Après trois ans dans une université publique, j'ai rencontré une fille qui s'appelait Darla. Elle était belle, intelligente, douce, le gros lot. Nous sommes sortis ensemble jusqu'à ce que nous ayons obtenu notre diplôme, et nous nous sommes fiancés ce même mois. Elle a ensuite commencé à travailler dans la publicité, pendant que je tenais le camion de traiteur de mon père. Je pouvais toujours voir mon père autant que je le voulais, mais avec ma fiancée dans les parages, mon temps était réduit. Je peux dire que mon père n'était pas très heureux que je sois moins disponible que je l'étais autrefois, mais il l'a accepté et était content de mon bonheur. Darla et moi avons finalement déménagé dans notre propre appartement, et nous avons pu économiser un peu d'argent pour avoir un bon mariage. Bien sûr, mon père était mon témoin.

De toutes les choses qu'aurait pu me donner ma nouvelle femme, rien ne m'aurait rendu plus heureux qu'un fils. Mon père nous a aussi encouragés à sauter le pas et à passer à l'action. J'ai essayé de convaincre Darla que nous devions commencer dès à présent, et après de nombreuses disputes à ce propos, elle a accepté et est tombée enceinte le mois suivant. 


Je n'avais jamais vraiment éprouvé d'angoisse avant de connaitre celle de savoir le sexe du bébé. Quand j'ai appris que c'était un garçon, j'ai presque sauté au plafond.

J'ai pensé que notre 'don' familial était peut-être une réalité, après tout. Et puis, est venue l'attente que le bébé naisse. C'était presque aussi désagréable que lorsque j'attendais pour savoir son sexe. Je voulais être un aussi bon père que mon père l'avait été. Quand il est finalement arrivé, le monde autour de moi s'est arrêté. 


J'ai éclaté en sanglots à l'instant même où j'ai tenu mon fils dans mes bras pour la première fois. Il était tellement beau. Il me ressemblait beaucoup, et jamais je n'aurais voulu le laisser partir. On a décidé de l'appeler John, ce qui faisait de lui le huitième John dans ma famille. J'allais le rendre aussi bon que mon père m'avait rendu.

Devenir parent était une épreuve difficile, mais j'ai néanmoins aimé ça. J'amenais mon fils chez mon père tout le temps. Nous l'avons regardé marcher à quatre pattes, faire ses premiers pas, parler, et manger de la nourriture solide pour la première fois, ensemble. Je pense que Darla n'appréciait pas que John et moi passions autant de temps avec mon père, mais ça ne me gênait pas. J'aimais chaque minute du temps que nous passions tous ensemble. 


Quand j'ai appris que mon père avait un cancer, mon monde s'est écroulé. Il m'a dit de m'asseoir, et m'a expliqué qu'il ne serait plus là pour longtemps. J'ai pleuré. Poser d'autres questions était au-dessus de mes forces, je ne pouvais que sangloter. Je me suis juste assis chez lui, et j'ai pleuré.

Il m'a serré dans ses bras comme il le faisait lorsque j'étais enfant, et j'ai pleuré sur son épaule, comme je l'aurais fait étant enfant. Le reste de cette journée, j'étais totalement brisé. Le reste de cette semaine, il ne se passait pas une heure sans que j'éclate en sanglots. Je voulais ne jamais me séparer de lui. J'ai encore plus amené John chez lui, pour qu'il puisse connaître le plus possible son grand-père. Mon père aimait John et était aussi gentil avec lui qu'il l'était avec moi quand j'avais son âge.

Je crois que j'ai pleuré continuellement pendant toute la durée de ses funérailles. Il y avait des moments où c'était plus dur qu'à d'autres, mais j'étais constamment dans un état d'abattement. Je me souviens que je tenais John, et qu'il m’étreignait en retour. C'est lui qui m'a réellement aidé à surmonter tout ça. Dès cet instant, j'ai donné à mon fils tout l'amour que j'avais en moi. 


Mon père m'avait laissé tout un tas de trucs, dont le camion de traiteur, sa maison pour Darla, John et moi, ainsi qu'un journal qu'il tenait lorsque nous vivions ensemble. Une nuit, j'ai commencé à lire ce qu'il avait écrit dans ce journal. Il était très clair qu'il m'aimait, puisqu'il écrivait à moi et personne d'autre.

Je ne pouvais le lire que par à-coups, car je devais retenir mes larmes à certains passages. À travers ce journal, il continuait de communiquer avec moi, de me partager son point de vue sur la famille, et il restait toujours lui-même, même après être parti. 


Un passage était plus sérieux que tout le reste. C'était une page intitulée "Le Secret du Don". Dedans, il y avait les histoires qu'il me racontait, à propos de notre don de famille qui nous permettait d'avoir de super relations avec seulement nos fils. Le secret était "d'éliminer tout ce qui s'opposait au cadeau de la masculinité, et le don continuerait de prospérer". C'est là que je me suis rendu compte que mon père m'avait tracé la voie pour que je perpétue notre don.

Il me parlait toujours du fait que ma terrible mère n'aimait pas qu'il passe autant de temps avec moi. Elle n'avait jamais apprécié les leçons qu'il m'enseignait. C'était même écrit dans le journal qu'il n'avait jamais aimé ma mère autant qu'il m'aimait. Elle n'a jamais voulu que mon père ou moi soyons heureux. Elle a voulu s'opposer au don, en essayant de nous tenir éloignés l'un de l'autre, mais ça n'a jamais fonctionné. Je suis tellement content qu'elle soit morte. Le monde n'avait pas besoin de quelqu'un qui était autant contre l'amour.

Sur les deux pages suivantes, je pouvais sentir la colère dans l'écriture de mon père, et il y avait des courtes phrases comme "salope", "il est à moi", et "va crever". 


Puis je suis tombé sur un dessin. Mon père n'a jamais été un très bon artiste, en dépit de ses nombreux autres talents, mais je pouvais distinguer clairement ce qu'il avait voulu représenter. C'était une femme, sans doute ma mère, morte, en dessous d'un cochon. La femme et la bête étaient toutes les deux décapitées et allongées dans une mare de sang. Près d'eux, il y avait mon père et moi, dessinés comme des bonshommes en bâtons, souriants. En dessous, il était soigneusement écrit : "C'est bien mon fils". Je n'ai pas pu m'empêcher d'éclater de rire.

Mon père était juste incroyable. Plutôt que de tuer ma mère lui-même, il m'avait donné la chance de le faire. Tous les souvenirs de cette nuit-là me sont revenus en mémoire. Le porc, la hachette, les cris aigus, et mon père me regardant, ne pouvant pas être plus fier. Je n'avais jamais vraiment compris ce qui avait rendu mon anniversaire si génial jusque là, et j'aimais mon père encore plus pour cela.

Peu après ça, j'avais repris mes "esprits", comme on dit, et tout allait très bien. Nous avions tous déménagé dans la maison de mon père, les affaires du camion de traiteur étaient bonnes, et mon fils et moi étions aussi heureux que nous pouvions l'être. Il me regardait travailler dehors avec les animaux, et je lui apprenais tout pour préparer la viande. Son cinquième anniversaire approchait, et je lui avais déjà acheté un nouveau vélo, brillant, reluisant.

Il allait l'adorer, et j'allais aimer lui apprendre à en faire. Quand le jour est arrivé, je me suis assuré que sa fête serait aussi incroyable que l'avait été la mienne. Il y avait des ballons, des jeux amusants pour les enfants, et un délicieux gâteau. Je lui ai donné son vélo, et son visage s'est illuminé. J'aimais le voir aussi heureux.

Je lui ai dit que le lendemain je lui apprendrais à en faire. Il était tellement excité, c'est peut-être ça qui l'a autant épuisé. Après que tout le monde soit parti, j'ai porté mon fils dans sa chambre, pendant que Darla nettoyait. J'ai pris ma quatrième boisson de la soirée. Quand j'ai eu fini de boire, j'ai rincé mon verre et je me suis lavé les mains. Je suis allé dehors pour chercher quelques provisions, et je les ai rapportées à l'intérieur.

Darla était dans le salon, en train de ramasser les papiers-cadeaux, quand j'ai pris le  tisonnier de la cheminée et l'ai frappée derrière la tête. Elle est tombée d'un coup, mais était encore consciente. La douleur et le choc se reflétaient sur son visage. Avant qu'elle ait pu se ressaisir pour pouvoir crier, je l'ai étranglée et ai fourré un torchon dans sa bouche. J'ai mis de l'adhésif sur sa bouche, que j'ai enroulé plusieurs fois autour de sa tête pour bien maintenir le bâillon en place. C'était une femme plutôt fluette, ses coups n'étaient pas assez forts pour m'inquiéter. Cependant, j'étais inquiet que toute cette agitation réveille John. Par chance, il tenait de moi et était un très gros dormeur. Après avoir eu fini de scotcher ses bras le long de son corps, ainsi que ses jambes et ses chevilles ensemble, je l'ai emmenée dans l'enclos à cochons.

Je l'ai laissée tomber sur le sol, et j'ai couru jusqu'à mon atelier pour prendre toutes les autres choses dont j'aurais besoin. Je me suis dit : c'est exactement ce dont John a besoin pour son futur, et ce dont j'ai besoin pour être un bon père. Personne ne peut comprendre l'amour que nous partageons, et surtout pas elle. Elle ne l'aime pas autant que moi, je le sais. Ma mère, Darla, toutes les deux sont pareilles. Elle aurait juste bloqué notre relation et terni tout ce que ma famille a défendu.

Quand je suis revenu, plusieurs porcs la reniflaient, et je pouvais voir qu'elle était allongée dans les excréments. J'ai adoré ça. Je l'ai ramassée et l'ai traînée jusqu'au billot. Je l'ai attachée de telle sorte à ce que son cou arrive au sommet. Elle faisait encore beaucoup de bruit à ce moment-là, et sanglotait énormément. Elle a essayé de se défaire de ses nouvelles attaches, mais c'était compter sans tout le savoir que je tenais de mon père en matière de nœuds.

Je suis parti et ai ramené mon meilleur porc devant elle. J'ai pris un couteau et je l'ai poignardé en-dessous du menton et dans la tête, de telle sorte qu'il ne fasse pas trop de bruit quand il mourrait. Ensuite, j'ai vidé le cochon, enlevant la plupart de ses organes, et ai déposé le contenu un peu plus loin. J'ai bien étendu la carcasse et en ai couvert Darla, qui ne devait pas apprécier l'odeur - mais je ne pouvais pas tellement lui en vouloir.

J'ai attaché la carcasse à Darla. L'incision s'adaptait parfaitement à sa tête. Je ne crois pas qu'elle ait pu voir grand chose après ça. Quand j'ai eu fini de tout mettre en place, j'étais très fier de moi. Mon chef-d’œuvre ressemblait vraiment à un cochon, attaché, en train de se débattre ; et ses cris étouffés par son bâillon étaient similaires aux couinements d'un porc. Mon père était un génie.

Je suis rapidement monté dans la chambre de mon fils. Il dormait encore, mais je l'ai réveillé, lui disant que j'avais encore un cadeau pour lui. Il s'est frotté les yeux, et a sauté de son lit. Quand je lui ai montré ce que j'avais fait, son sourire était plus grand que je ne l'avais jamais vu auparavant. Je lui ai donné une hachette, la même que j'avais utilisée, et lui ai dit de faire très attention parce que c'était un outil dangereux et que je ne voulais pas qu'il blesse qui que ce soit. Après lui avoir appris les mouvements et les protocoles de sécurité, j'ai mis ma main sur son épaule et je lui ai dit que c'était ses premiers pas pour devenir un homme.

Il m'a souri et m'a dit qu'il m'aimait. Une larme a coulé sur ma joue tandis que je lui répondais que je l'aimais aussi. Il m'a dit qu'il n'aimait pas les cris du porc, et je lui ai expliqué qu'il n'y avait qu'un seul moyen d'y mettre fin. Je lui ai montré où frapper, et je l'ai laissé faire. Après plusieurs coups, il a vraiment compris le truc. 


Tandis que le temps passait et qu'il répétait ses coups , tout ce que je pouvais faire était le regarder comme tout père l'aurait fait, et me dire : "C'est bien mon fils".



Traduction : RedRaven

Creepypasta originale ici.

vendredi 23 octobre 2015

La rage

Halloween a longtemps été ma fête préférée. Pourtant, chaque année à l’approche du 31 Octobre, je m’enferme chez moi et ne sors que le lendemain quand le soleil est déjà haut dans le ciel.

L’histoire que je veux raconter s’est déroulée en 1992 dans une ville du Sud de la France. J’avais 13 ans et je menais une vie des plus banales, sans rien de notable sinon mon adoration pour cette fête d’Halloween. Mes préparatifs pour l’événement se faisaient toujours au moins 15 jours à l’avance. Une année j’étais un vampire, la suivante je devenais un fantôme et celle d’après je me maquillais en zombie… J’avais pour idée qu’un déguisement d’Halloween devait être effrayant au possible et les filles déguisées en fée clochette ou les garçons portant un ensemble de gendarme avaient le don de m’énerver au plus haut point.

Cette année-là, j’avais reçu un coup de téléphone de la part de Samuel, un ami à moi, qui voulait me parler d’un endroit qu’il avait repéré derrière le petit bois qui séparait le village de la grande route nationale. Il m’avait dit qu’on pourrait y camper après la récolte de bonbons pour y passer la nuit. Je lui ai répondu que ça me paraissait être une bonne idée et qu’il fallait que je demande la permission à ma mère. Il a dit qu’il allait téléphoner aux autres garçons de la bande pour leur dire de faire pareil puis il a raccroché.
Ma mère n’a même pas hésité quand je lui ai annoncé que j’allais camper avec mes amis. C’était une époque et un village assez calme où la rubrique des faits divers du journal local n’était agrémentée que de petites histoires, comme celle d’un chat écrasé ou encore celle d’un arbre tombé sur la serre du vieux Roger.

C’est au retour de mon dernier jour d’école que j’ai été acheter mon déguisement. Ma mère m’a accompagné au centre commercial dans un magasin consacré aux fêtes et aux événements. Je trouvais amusant de voir que le rayon Halloween était adjacent à celui des événements religieux. Le déguisement de moine fou contrastait avec les habits immaculés de communiant.
Un masque a attiré mon regard et m’a fait comprendre dès le premier coup d’œil que cette année, je me déguiserai en clown. Il souriait d’une manière malsaine avec des lèvres gercées qui avaient l’air gorgées de sang. Je m’en suis emparé et l’ai montré à ma mère qui a fait une grimace de dégoût en voyant la chose que je lui tendais. Pendant qu’elle me disait à quel point elle trouvait le masque répugnant, je cherchais le reste du costume parmi tous les déguisements alignés sur le rayon. J’ai fini par trouver une chemise décorée de lambeaux de tissus multicolores et tachée d’hémoglobine. J’ai pensé que je pourrais emprunter les souliers de mon père pour imiter les chaussures démesurées que portent habituellement les clowns.

Une quinzaine de jours plus tard, le 31 était enfin arrivé. Je suis sorti de chez moi à vingt heures et j’ai rejoint mes amis devant la supérette du quartier. Nous n’étions que quatre alors qu’au moins 10 garçons avaient été conviés. On a décidé de commencer notre tournée à l’arrivée d’un cinquième garçon.
Baptiste, qui était déguisé en sorcier, a frappé à la première porte de la rue. En remarquant le temps qui s’était écoulé avant de voir ouvrir une jeune femme avec un sceau rempli de sucettes, on a décidé de se séparer pour aller plus vite. En une heure, on avait rempli nos sacs de friandises et avait sonné à toutes les portes de la rue. Toute sauf une. Nous n’avions pas osé franchir la grande grille de la dernière maison sur la droite. Elle était semi-mitoyenne et sa façade gauche donnait sur un champ. Elle avait l’air en piteux état et pourtant, émanait d’elle une certaine aura en concordance avec la période d’Halloween. On s’est rassemblés devant en comparant nos sacs respectifs, puis on a décidé d’aller sonner tous ensemble à la porte de cette étrange maison.

La porte a fini par s’ouvrir et, à notre plus grand étonnement, c’est un homme d’âge moyen qui en a émergé. Il avait des petites lunettes et un crane garni de cheveux gris comme un PDG ou un scientifique. Il nous a salués avec un sourire chaleureux et a commencé à étudier nos masques du regard. Il nous a finalement tendu un saladier rempli de friandises qu’on ne pouvait pas identifier. C’était des petits cubes avec un emballage en papier blanc. On en a pris une poignée chacun, on l’a salué et on est repartis en prenant soin de fermer le portail derrière nous.

Il devait être 21h30 quand Samuel nous a annoncé qu’il allait nous mener à l’endroit qu’il avait repéré pour qu’on y monte nos tentes. On a pris la rue dans l’autre sens et on l’a suivie jusqu’à atteindre le bois qui marquait la fin de la zone habitée du village. Le reste n’était que champs et prairies.

On s’est enfoncés dans le bois, éclairés par nos lampes torches et en suivant Samuel qui marchait d’un pas assuré. Il s’est finalement arrêté devant un énorme rocher sous lequel on pouvait facilement se tenir debout sans en toucher la paroi. Pendant qu’on montait les tentes, je regardais autour de nous mais la profondeur des environs ne me permettait pas de voir quoi que ce soit d’autre que des arbres. On a essayé d’allumer un feu mais personne ne savait comment s’y prendre. On était éclairés que par la lumière de la lune et celle de nos lampes. Assis en cercle, on se racontait des histoires de fantômes à tour de rôle en mangeant ce qu'on avait récolté. Un des garçons a enfin posé la question dont tout le monde voulait connaître la réponse. Quel genre de friandises étaient ces cubes qu'on avait reçus à la dernière maison ? On en a tous ouvert un, mais ce qu’on a vu ne nous a pas donné envie de le mettre dans notre bouche. Ils avaient une horrible couleur mauve translucide et paraissaient être verts en leur centre. On a désigné au pierre-feuille-ciseaux celui qui serait le cobaye. C’est tombé sur Samuel qui a râlé avant de mettre le bonbon dans sa bouche. Il l’a sucé 5 secondes et nous a dit que ça n’avait pas vraiment de goût, puis, il a croqué dedans et a exorbité les yeux avant de recracher ce qu’il avait dans la bouche. Il a dit que c’était absolument infect et tout le monde a ri. On s’est débarrassés des bonbons en les lançant derrière le rocher.

La lune était maintenant cachée derrière les arbres et il faisait très sombre. On a décidé de rejoindre nos tentes. Je partageais la mienne avec Samuel qui portait toujours son masque de citrouille démoniaque. On n’a pas beaucoup parlé avant d’éteindre nos lampes. Je lui ai simplement demandé pourquoi il avait voulu venir ici. Il m’a répondu qu’il ne savait pas vraiment, qu’il aimait bien l’endroit. J’ai acquiescé silencieusement et je me suis retourné dans mon sac de couchage. Je me suis rapidement endormi.

J’ai été réveillé par des bruits provenant de l’extérieur de la tente. Je me suis relevé pour mieux entendre ; ça ressemblait à des craquements et des déglutitions. J’ai tourné la tête et j’ai remarqué que Samuel n’était pas dans la tente, sa couchette était vide. À genoux, toujours dans mon sac de couchage, j’ai commencé à ouvrir la tirette de la tente et j’ai vu Samuel, au pied d’un arbre qui me fixait derrière son masque. La citrouille esquissait un affreux sourire qui me donnait la chair de poule. Je suis sorti de la tente et me suis approché de lui en chuchotant son nom. Mes yeux ont commencé à s’habituer à l’obscurité et j’ai remarqué que Samuel n’était pas tourné vers moi mais qu’il avait retourné son masque à l’arrière de sa tête. Il avait l’air penché sur quelque chose et portait toute son attention dessus. Je l’ai appelé, cette fois un peu plus fort. Il s’est retourné et j’ai compris ce qu’il se passait.

Il tenait dans sa main un lapin ou un lièvre complètement éventré. Son visage était presque intégralement rouge, coloré du sang du pauvre animal. Il m’a regardé dans les yeux et m’a adressé un petit sourire avant de porter le lièvre à sa bouche et de replonger ses dents dedans en aspirant ce qu’il pouvait avec d’horribles bruits.

Je me suis reculé précipitamment. Je ne comprenais pas son comportement. J’ai contourné le campement et me suis caché derrière des hautes herbes tout en observant Samuel qui ne faisait plus attention à moi.
Au bout d’un moment, il a jeté négligemment ce qui restait du lapin et a commencé à s’intéresser aux tentes où dormaient mes amis. Il s’est mis à avancer vers l’une d’entre elles, en marchant bizarrement, presque accroupi. Il a ouvert le voile de la tente et est rentré dedans. 10 secondes se sont écoulées avant que des hurlements ne me parviennent. Je voyais la tente faire de grands mouvements aux rythmes des cris de mes compagnons.

J’ai pris peur et me suis retourné sans même essayé de les aider. J’ai couru devant moi sans m’arrêter. J’ai trébuché plusieurs fois et je ne trouvais pas mon chemin. Je continuais d’entendre des cris au loin. J’ai alors décidé de garder une direction et d’avancer droit devant moi. La lune projetait les ombres des branchages sur mon passage. Chaque bruit m’effrayait et m’encourageait à avancer encore plus vite.

J’ai finalement aperçu une lumière qui semblait artificielle. C’était celle des lampadaires de la rue d’où j’étais venu. J’y ai débouché, essoufflé, puis j’ai encore couru jusqu’à ma maison et je suis rentré. Je commençais à me sentir plus rassuré mais j’ai directement réveillé mes parents pour les prévenir de ce qui était arrivé. Il fallait qu’ils appellent la police.
Mes vêtements étaient déchirés à causes des nombreuses chutes que j’avais faites. Ça a contribué à donner de la véracité à mes propos et mon père m’a demandé de situer l’endroit du campement tandis qu’il parlait à un agent. La police était sur les lieux dans la demi-heure qui a suivi.

Je n’ai jamais revu mes amis mais j’ai pu apprendre certaines choses de mes parents, et d’autres grâce aux rumeurs. Les garçons et les tentes avaient été retrouvés en lambeaux. Plusieurs d’entre eux étaient encore en vie quand on les a amenés en urgence à l’hôpital mais tous ont succombé suite à leurs blessures. Samuel avait les deux jambes broyées et gisait en bas du rocher. La police a pensé qu’il avait fait une chute depuis le haut de ce rocher.
Les bonbons mauves ont aussi été retrouvés et, après étude, les experts ont révélé que des cellules souches d’une pathologie inconnue étaient présentes dans le liquide vert. Ces souches avaient un comportement et une structure assez semblables à ceux du virus de la rage. Cette même pathologie a été trouvée dans le sang de Samuel suite à son autopsie.

J’ai été interrogé plusieurs fois au sujet de ces bonbons. J’ai parlé de la vieille maison et de l’homme qui l’habitait. La police a longuement investigué les lieux mais aucun laboratoire ni aucune trace du mystérieux homme n’ont été trouvés.

Comme je l’ai dit plus haut, Halloween a longtemps été ma fête préférée. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. J’abhorre les citrouilles et je les redoute encore plus quand elles sourient. L’idée que l’homme qui nous a donné ces bonbons puisse encore roder quelque-part me terrorise. Je ne supporte plus la fête et je n’ouvre jamais ma porte au soir du 31 Octobre. J’observe les enfants déguisés par ma fenêtre et je repense à cette nuit-là.


dimanche 18 octobre 2015

L'étranger du train


Mon nom est Andrew Erics. J'ai vécu, autrefois, dans une ville appelée New York. Ma mère s'appelle Terrie Erics. Elle est dans l'annuaire. Si vous connaissez la ville, et que vous lisez ceci, trouvez-la. Ne lui montrez pas ça, mais dites-lui que je l'aime, et que j'essaye de rentrer à la maison. S'il-vous-plaît.  


Tout a commencé quand j'ai décidé, vers l'époque où j'approchais de mes 25 ans, qu'il était temps pour moi d'arrêter de prendre mon sac à dos pour aller au travail. Je pensais que ça me ferait paraître plus mature, si je ne me trimbalais pas partout avec un sac de livres comme un lycéen. Bien sûr, cela signifiait que j'allais aussi devoir renoncer à lire dans le métro le matin et l'après-midi,  puisque je ne pouvais pas réellement glisser mes livres de poches dans une poche. Une mallette aurait été inappropriée, car je travaillais dans une usine, et les sacoches m'ont toujours paru un peu trop, je ne sais pas, stupides. Trop sacs à main à mon goût.


J'avais un lecteur mp3, qui m'a aidé à passer le temps pendant un moment, mais quand il s'est cassé –  il s'arrêtait à la fin de chaque chanson si je ne sautais pas manuellement à la piste suivante – j'ai laissé tomber ça aussi. Alors tous les matins, je m'asseyais dans le métro pour une longue demi-heure qui semblait sans fin, avec rien d'autre à faire que d'observer mes compagnons de voyage. J'étais un peu timide, je ne voulais pas être pris sur le fait, donc je les regardais très discrètement. Curieusement, j'ai vite découvert que je n'étais pas la seule personne au monde à être mal à l'aise en public. Les gens le cachaient de différentes manières, mais j'ai appris à voir à travers eux. Je les ai divisés en plusieurs catégories dans ma tête. Il y avait les gigoteurs, qui ne pouvaient pas rester tranquilles, constamment en train de bouger leurs mains, de faire basculer leur poids d'un côté ou de l'autre, de rapprocher leurs jambes de la banquette, puis de les éloigner. Ils sont le type de gens nerveux qu'on reconnaît le plus facilement. Après eux il y a les faux-dormeurs, qui prennent un siège et ferment les yeux pratiquement à la même seconde. La plupart des gens dans le métro ne dorment pas vraiment, comme vous l'avez compris. Les vrais dormeurs bougent plus, se réveillent soudainement quand le wagon s'arrête ou après des bruits forts. Les faux restent juste immobiles de la seconde où ils se sont assis jusqu'au moment où le train arrive à leur arrêt. Il y a aussi les toxicomanes du mp3, parfois les utilisateurs d'ordinateurs portables, ceux qui voyagent en groupe et parlent trop fort. Les addicts du téléphone étaient soit sollicités en permanence, soit incapables de se taire plus de deux minutes


Juste quand mon occupation d'observer des gens menaçait de devenir terriblement ennuyeuse, j'ai trouvé ma première bizarrerie. Un homme d'âge moyen en apparence, aux cheveux bruns, de taille et de poids normaux, et habillé de façon décontractée. Étrangement, il semblait presque trop normal. Il n'avait pas de traits ou de particularités notables, comme si il était fait pour se fondre dans la masse. C'est ce qui m'a amené à m'intéresser à lui– j'essayais délibérément de voir comment les gens agissaient dans le métro, mais lui n'agissait pas du tout. Aucunes réactions non plus. C'était comme voir quelqu'un assis devant une télévision, regardant un documentaire sur les poissons. Ils ne sont pas excités, pas intéressés, mais ils ne regardent pas dans le vide non plus. Présents, mais pas attentifs à ce qui se passe autour.


Il était dans le métro l'après-midi. Il a fallu plus d'un mois d'expérience d'observation avant qu'il n'attire mon attention, car je ne prenais pas le même métro tout les jours, et ne faisais pas attention à toujours m'asseoir dans le même wagon. Je l'ai vu pour la première fois un lundi, je crois, et la deuxième fois était le jeudi de la même semaine. Il a évidemment pris le même train, et s'est assis dans la même voiture - et sur le même siège. Un TOC sévère? C'est ce que je pensais à l'époque. Depuis cette première fois où il m'a tant intrigué, je l'ai regardé avec plus d'avidité encore les fois suivantes. Il était, pour tout vous avouer, carrément troublant. Il ne faisait rien du tout. Il s'installait là, impassible, la tête droite, peu importe ce qu'il se passait. Une femme avec un enfant qui braillait est entrée et s'est assise juste derrière lui, et toujours rien. C'est à peine s'il a tourné la tête ou froncer les sourcils d'agacement. Et ce gamin était foutrement bruyant, pourtant.


Au moment où le métro est arrivé à mon arrêt, je me suis senti mal, et quand je suis sorti mes mains tremblaient comme si j'étais en manque de nicotine.Il y avait quelque chose de mauvais chez lui. Je crois que c'était une sorte de monstre. Un sociopathe, peut-être, un de ces gars calmes qui a en fait une douzaine de têtes de femmes dans son congélateur, et dont la première victime est sa mère.


Je me suis retrouvé à flâner intentionnellement après le travail, l'après-midi, à m'arrêter pour feuilleter les magazines dans les kiosques dans le centre commercial près du métro, même quand je n'avais pas l'intention d'acheter quoi que ce soit. Pendant quelques semaines, j'ai évité de prendre ce métro, et quand  je m'y rendais avec réticence, je m'assurais toujours de choisir une place aussi éloignée que possible de celle où je l'avais vu.


Puis, un matin, j'ai vu une autre personne qui a déclenché la même sonnette d'alarme dans ma tête.


Une femme, tout aussi banale, qui se contentait de rester sur son siège, malgré les bousculades et l'agitation autour d'elle. Le moment où je l'ai reconnue, je l'ai réalisé plus tard, c'était quand mon obsession avait commencé. Mon observation des gens, qui avait commencé comme une sorte de passe-temps pour conjurer l'ennui, était devenue presque comme une religion pour moi. Je ne pouvais pas entrer dans un bus ou un métro sans me mettre à examiner tout le monde, dressant une liste des comportements dans ma tête. vêtements et couleurs simples, sans marques ? Noté. Aucune expression, pas de regards occasionnels vers les fenêtres ou d'autres passagers ? Noté. Pas de sacs, ou d'accessoires ? Noté. Noté, noté, noté, nous en avons un autre. J'ai commencé à les appeler les Étrangers.


Je ne les voyais pas tous les jours, même quand j'ai commencé à prendre le métro plus que je n'en avais besoin, même quand je me suis mis à monter dans des bus qui n'étaient pas sur mon chemin. Mais ils étaient là, assez souvent. En voir un me faisait grincer des dents, rendait mes paumes moites, et ma gorge me paraissait sèche. Si vous avez déjà fait un discours, vous reconnaissez peut-être cette sensation. Même s'ils ne m'accordaient pas la moindre attention, j'avais l'impression de m’exhiber devant eux. Je les croisais si souvent, comment pouvaient-ils ne pas me remarquer ?


Ils ne l'ont pas fait, cependant, en aucune façon. Et un jour, finalement, ma curiosité a pris le dessus sur ma peur. J'ai décidé d'en suivre un. J'ai choisi celui qui m'avait intéressé en premier, l'homme dans le métro de l'après-midi, qui gardait toujours le même siège. Je suis donc monté dans ce métro et j'ai pris un siège derrière le sien. On a roulé jusqu'au terminus, où il s'est levé et a commencé à marcher devant moi. Je l'ai suivi, mais il n'est pas allé loin. Il s'est assis sur un banc à proximité, sans aucune expression, comme toujours, pendant que moi je me suis mis dans un coin à proximité et j'ai attendu, en essayant de garder un air nonchalant. Au bout de quelques minutes, le métro suivant est arrivé, je l'ai regardé entrer, et j'ai vu qu'il avait encore pris le même siège. Je n'ai pas réussi à trouver le courage de le suivre à nouveau.


Il n'est allé nulle part ! Il a juste pris le métro jusqu'à la fin de la ligne, et après quoi ? Il la reprend dans l'autre sens ? Quelle raison aurait-il, lui ou n'importe qui, de faire ça ? Je n'ai pas arrêté d'y penser, même après avoir repris un métro me ramenant à la maison pour avoir un peu de repos. Je ne pouvais pas laisser tomber cette affaire,  pas jusqu'à ce que j'aie trouvé un sens à tout ceci. Maintenant j'étais encore plus perdu qu'avant - j'étais même carrément en colère. Pourquoi cet étrange connard, cette personne presque inhumaine, qui se fait les lignes de métro dans tous les sens, n'allait nulle part ? L'esprit, je l'ai lu une fois, éprouve de la répugnance face à certaines choses parce que la vue de celles-ci est un affront. Les araignées effraient beaucoup de personnes, particulièrement les plus grosses. Elles semblent être une menace pour nous, comme des aliens. C'est l'effet que les Étrangers ont commencé à faire sur moi. Ils alertaient mes sens.


Je l'ai à nouveau suivi le jour suivant, et encore le jour d'après. Chaque jour, pendant au moins une semaine, nous avons fait nos voyages silencieux tous les deux. Si seulement j'avais su. A la fin de la semaine, je le suivais pendant des heures, jusqu'à ce que le dernier métro de la soirée s'arrête près de là où j'habitais. Nous allions d'un bout de la ville à l'autre, encore et encore. Je n'étais plus un observateur de gens. J'étais un observateur d'une seule personne, un Observateur d’Étrangers. Je ne faisais plus attention à personne d'autre que lui, bien que j'aie remarqué plus d'un regard embarrassé m'étant adressé. De toute façon, nous aurions très bien pu être les deux seuls habitants de la planète, ça m'était égal.


J'ai perdu mon travail la semaine suivante. Mon directeur était gentil, et un peu effacé, mais ferme. Je n'étais pas efficace, je n'avais aucune concentration. J'étais tout sauf productif. Il m'a fait tout un discours, je crois, mais c'est à peine si je l'entendais. La seule chose qui occupait mes pensées était mon nouveau travail, ma surveillance de l’Étranger. Que ferait cet homme, non, cette chose, en sortant du métro si je n'étais pas là pour garder un œil sur lui ? J'ai quitté le boulot pour la dernière fois à 12h ce jour-là. Normalement, je commençais à suivre mon sujet vers cinq heures et demie, mais je suis sûr qu'il m'attendait. Je voudrais, maintenant, avoir fait plus attention à ce jour. Était-il ensoleillé ? C'était l'été, après tout. J'aurais pu faire le tour du centre-ville, peut-être accoster quelques jolies filles. J'aurais pu prendre un cappuccino glacé et fumer à une terrasse de café avant de rentrer à la maison, faire sortir mon obsession grandissante de ma tête. Trouver un nouveau travail et prendre de quoi lire dans les transports comme avant.


Et au lieu de ça, j'ai attendu. Plus d'un train font leur trajet sur cette ligne, alors je me suis assis dans la station pendant au moins une heure jusqu'à ce que je l’aperçoive à travers une fenêtre. Je suis monté dans le wagon du métro, et j'ai remarqué que pour la première fois ma peau n'était pas moite, mes mains ne tremblaient pas, et mon cœur ne battait pas à une vitesse folle. Je me suis assis, pour la première fois également, juste en face de lui, pile dans son champ de vision. Je regardais s'il y avait un changement dans son expression. M'avait-t-il reconnu ? S'il l'a fait, je n'en ai vu aucun signe, et pourtant j'ai bien cherché. Nous devions faire la paire, assis l'un en face de l'autre, cette après-midi, à nous fixer. C'était difficile de ne pas laisser toute la rage en moi se refléter sur mon visage, mais avec un certain effort, je parvenais à garder le même visage sans expression qu'il arborait toujours. Mais à l'intérieur, je lui hurlais pratiquement dessus. Réagis, putain de connard ! Regarde-moi, merde. Je sais ce que tu es !

À vrai dire, je n'ai rien dit, et mes demandes silencieuses n'ont obtenu aucune réponse. Ni pendant le premier voyage, ni pendant le deuxième, ni pendant le troisième ou le dixième. Nous parcourions la nuit ensemble, et à chaque terminus, nous sortions ensemble et attendions. Je me suis assis à côté de lui sur le banc, le regardant du coin de l’œil, et toujours rien de sa part. Mais nous étions tous les deux aussi doués l'un que l'autre à ce jeu.


Enfin, nous avons fait notre dernier trajet ensemble. Je le tenais et il le savait. C'était le dernier voyage de la nuit avant que les trains ne cessent de passer. Je le laissais toujours s'en aller à ce moment, car la fin de la ligne est loin de là où j'habite, et les bus finissent leur service en même temps que les métros. Mais cette fois, j'allais le suivre, et enfin voir ce qu'il faisait quand il ne pouvait plus prendre le métro. J'allais peut-être obtenir des réponses.


Le train roulait, et l'excitation montait en moi. La voiture allait lentement se vider, jusqu'à ce qu'il ne reste que nous, les deux observateurs silencieux sous la ville. J'ai eu du mal à retenir un sourire satisfait . Le métro a ralenti puis s'est arrêté. La fin de la ligne.


L’étranger n'a pas bougé, il ne faisait rien, comme à son habitude. Le métro était toujours là, les portes ouvertes. Je pouvais vaguement entendre les derniers traînards sortir de la station, quelque part derrière nous. Leurs pas résonnants dans le silence. Rien. Une sonnerie a retenti dans le microphone, pour signaler aux éventuels dormeurs que nous avions atteints le terminus.Toujours rien. Et enfin, j'ai recommencé à entendre des bruits de pas. Un conducteur ou quelque chose comme ça, qui passe sa tête dans chaque wagon pour vérifier que c'est vide, avant d'emmener le train dieu sait où pour la nuit. Je n'ai pas quitté des yeux ma proie silencieuse.


J'ai réussi à voir le conducteur du coin de l'oeil quand il a atteint notre voiture. Il a regardé à l'intérieur, ses yeux se sont posés sur nous, et un regard perplexe est apparu sur son visage. Il a cligné des yeux à quelques reprises, avant de se ressaisir. J'ai attendu qu'il se mette à parler, pendant un temps excessivement long, mais alors, avec un bref hochement de tête, il nous a laissés. Il y avait une autre voiture devant la nôtre,  je l'ai entendu la vérifier aussi, et quelques minutes plus tard, le métro s'est remis en marche. Nous avons roulé pendant longtemps, puis après un virage le métro s'est arrêté. Je pouvais voir à travers les fenêtres plusieurs trains de chaque côté, et encore d'autres derrière eux.


Et alors il m'a souri. C'était juste un petit mouvement des lèvres, qui serait passé inaperçu si je n'avais pas passé les dernières heures à le dévisager. « Alors », a-t-il dit d'une voix rauque de baryton. « Nous y sommes ».


J'ai essayé de répondre mais sur l'instant, je n'y arrivais pas.  Ma gorge était affreusement nouée. La terreur me submergeait. Je me sentais comme si une caverne souterraine toute entière s'était effondrée sur moi. J'ai toussé et j'ai finalement réussi à balbutier une réponse d'une voix cassée, pour poser la question qui me tenait éveillé la nuit, qui m'avait conduit à mi-chemin de la folie, et m'avait amené à cet endroit à ce moment précis. « Qu'est-ce que vous êtes ? »


Il m'a ignoré. Il s'est levé, et les portes du train se sont ouvertes. Puis, à ma grande surprise, il s'est tourné pour me faire face. « Vous venez ? » Il n'a pas attendu ma réponse pour sortir sur le quai. Je me suis rué à l’extérieur pour le suivre. « Allez, bon sang ! » ai-je crié.  «  Parlez-moi. Qui êtes-vous ? Ou plutôt quoi ? Pourquoi vous prenez ce foutu métro tous les jours ? » Il n'a pas regardé en arrière, ni n'a ralenti le pas. Je ne pouvais pas voir son visage, mais je peux affirmer sans aucun doute qu'il n'avait aucune expression, pas plus que devant n'importe quelle situation. J'ai continué de le suivre, sans cesser de crier, mais j'ai finalement abandonné. Six mots : j'ai supposé que c'était tout ce que j'obtiendrais de lui.
Nous avons marché le long du quai jusqu'à arriver devant un croisement, et nous avons tourné. À présent, nous marchions perpendiculairement aux trains. Le chemin était éclairé par des lumières au plafond, mais je ne pouvais pas voir où il prenait fin. Les trains de chaque côté semblaient se succéder à l'infini, de ce que je voyais. Je me rends compte maintenant qu'il y en avait beaucoup plus que ce dont une ville a besoin. Ça ne m'avait pas interpellé sur le moment, je suppose, mais j'aurais probablement dû y faire plus attention.    


Je ne sais pas exactement combien de temps nous avons marché. J'avais une montre, mais elle était cassée. Au bout d'un moment j'ai sorti mon téléphone, mais je ne captais rien là-bas. Tout ce que l'écran affichait était « Pas de signal. » L’étranger s'arrêtait de temps en temps et regardait un des trains pendant une minute ou deux, mais il se remettait toujours à marcher. Il m'a fallu du temps avant de comprendre pourquoi, mais j'ai finalement réalisé que les trains n'étaient pas tous les mêmes. De longues files d'entre eux étaient semblables,  puis nous passions à une file d'un modèle différent. Ils étaient un peu plus grands ou plus petits, ou avaient une forme légèrement différente. Le cockpit ou ce que vous appelez la partie avant où se trouve le conducteur, était différent aussi. Je ne savais et ne sais toujours pas ce qu'il cherchait, mais il a dû finir par le trouver, car nous avons tourné une fois de plus, et les portes d'un des métros se sont ouvertes quand mon guide improvisé s'est planté devant elles. Nous sommes entrés, et avons pris des sièges.


« Êtes-vous prêt à parler maintenant? » lui-ai-je demandé. Pas de réponse. J'ai laissé échapper un soupir de frustration et j'ai sérieusement commencé à peser le pour et le contre de ce qu'il arriverait si je lui donnais  un coup de poing en plein dans le visage, quand soudainement, les lumières se sont allumées et j'ai entendu le bruit du moteur qui démarrait. « C'est quoi ce bordel ? »


Il m'a lancé un regard qui semblait presque triste. « Vous n'allez pas pouvoir revenir. »              


« Qu'est-ce que vous racontez ? Revenir où ? » Comme on pourrait s'y attendre, il n'a pas répondu. L'enculé ! Le train a vacillé, et est parti dans la direction inverse de celle d'où nous venions. Je pense. Le défilé sans fin des métros m'a fait perdre le sens de l'orientation. Il a roulé pendant quelques minutes et a ralenti quand nous nous sommes approchés d'un arrêt. Le regard distrait de mon compagnon est devenu plus net, et pour la première fois j'ai eu l'impression qu'il me regardait vraiment, qu'il me regardait moi et pas juste la direction où je me trouvais.  


«  Reste immobile. Ne fais pas de bruit. N'attire pas leur attention. »



Le train s'est arrêté, les portes se sont ouvertes, et ils ont commencé à affluer et à inonder le wagon. Je ne sais pas ce que j'ai remarqué en premier – les vêtements bizarres, leurs bras trop longs avec leurs mains qui touchaient presque le sol, leurs yeux couleur jais et leurs visages anguleux, ou la teinte bleue-grise de leur peau. Mes yeux étaient rivés sur cette scène improbable, mais mon cerveau refusait de traiter tout ça, et quand il l'a finalement fait, je pouvais à peine étouffer le cri qui menaçait de s'échapper de ma gorge. J'avais l'impression que mon cœur allait exploser. Mon dieu, j'étais sur le point d'exploser, oui. J'étais tendu comme une corde de guitare , tout en moi vacillait et palpitait. Ma vue devenait instable, et je lui en étais reconnaissant. C'est là que j'ai vomi. Ma bouche était fermée, et je me suis forcé à ravaler, ce fut difficile. Mon instinct me criait ces mots -  Reste immobile !  Ne fais pas de bruit ! N'attire pas leur attention !


Ce jour est un peu flou dans mon esprit.  Nous avons parcouru la ligne de métro dans les deux sens, encore et encore, le visage neutre, pendant des heures, pendant des jours peut-être. Cette ligne me semblait beaucoup plus longue que celle que je connaissais, celle où j'avais suivi l’Étranger. Les choses hideuses dans le wagon ne faisaient pas attention à nous, pourtant nous devions sacrément ressortir à côté d'eux. J'étais tellement pétrifié par la peur que quand nous sommes retournés dans la caverne des trains sans fin, désespéré, j'ai fondu en larmes. Je me suis effondré sur le sol et je n'ai rien fait d'autre que pleurer pendant un long moment. L’Étranger me regardait, impassible.


Quand j'ai repris le contrôle de moi-même, je me suis tourné vers lui avec un regard suppliant. «  Ramenez-moi à la maison » ai-je coassé. « Je vous en prie. »    


« Je ne peux pas », m'a-t-il répondu. « Je ne sais pas lequel peut te ramener. Si l'un d'eux le peut. » Il s'est levé et a quitté la plate-forme. Je me suis levé avec lassitude pour le suivre. Il s'est retourné, brusquement. « Je pense que vous m'avez assez suivi. »            


La rage que je ressentais envers lui, que la panique avait temporairement étouffé, a resurgi en moi. « Quoi ? » ai-je hurlé, en me jetant sur lui. Je l'ai attrapé par les épaules et avec une force dingue que je ne savais pas que je possédais, je l'ai plaqué contre la porte d'un des métros. « T'es vraiment un fils de pute, qu'est-ce que tu m'as fait putain ? » Je l'ai frappé plusieurs fois de suite sans m'arrêter « Ramène-moi ! ». Il ne bronchait pas , gardant son calme  et bientôt la poussée de colère en moi est retombée, me laissant comme vidé de mon énergie « S'il-vous-plaît » l'implorais-je, « S'il-vous-plaît faites-moi rentrer à la maison».


« Ça ne fonctionne pas de cette manière. » A-t-il dit. «  Si nous restons ensemble, il y a plus de risques que nous soyons remarqués. Trouve ton propre chemin. Sois immobile et sois subtile, et alors, ils penseront que tu es un des leurs. »


« Comment pouvez-vous me faire ça ? Pourquoi ? »


Il m'a adressé un autre regard un peu triste « Je devais le faire. Tu le devras aussi. Tu peux rester...Coincé, parfois.» Il a retiré délicatement mes mains de ses épaules et s'est tourné pour s'en aller. Je suis tombé à genoux, soudainement à bout de forces, et je l'ai regardé partir. Au croisement, il s'est retourné vers moi. «  Je suis désolé . » Et puis il a disparu.


Je suis resté sur le carrelage froid, pendant vraiment très longtemps. J'étais là, dans un coin, roulé en boule et sanglotant. Quand je n'ai plus eu aucune larme à verser, j'ai même réussi à dormir un peu. Quand je me suis réveillé, le métro avec lequel j'étais venu était parti - emmenant les abominations bleues-grises là où vont les abominations bleues-grises. Je ne pouvais pas me résoudre à y retourner, de toute façon.


J'ai essayé de trouver un chemin pour revenir de là où j'étais parti, de trouver un train que je reconnaissais, mais je n'étais même plus sûr de la direction que j'avais prise en venant. J'ai marché pendant une heure, deux heures. Finalement, j'ai trouvé un train qui me semblait familier. Ou peut-être que j'étais tellement désespéré que j'ai imaginé qu'il l'était. Quand je me suis approché de la porte, elle s'est ouverte pour moi et j'ai pris un siège. Il a démarré, et bien que toute ma vie durant j'ai été un véritable agnostique, j'ai prié de tout mon coeur.  Le train a ralenti à un arrêt, les portes se sont ouvertes, et pendant un instant j'ai cru que j'étais sauvé. Des gens ! Des êtres humains! J'allais devenir l'homme le plus religieux du monde!


Mais j'ai remarqué leurs yeux. Ou plus précisément, le troisième grand œil au milieu de leur front. Eh bien, Dieu, va te faire foutre, si c'est ainsi.


Ils étaient plus faciles à regarder que le premier groupe, cependant, et j'en étais soulagé . Le troisième œil clignait indépendamment des deux autres, par contre, et ça me donnait sérieusement envie de vomir. Et quand l'un deux souriait, riait, parlait ou autre, je ne pouvais m'empêcher de remarquer que leurs dents étaient pointues, difformes, et jaunes-vertes à cause de la saleté. Mais si je me concentrais et que je fermais les yeux sur certains détails, je pouvais presque prétendre être dans mon monde. Jusqu'à que l'un d'eux rentre avec un sandwich à la main, et que je réalise d'un coup que je crevais de faim et que je n'avais ni mangé ni bu pendant ce qui devait être plusieurs jours.




Au prochain terminus que j'ai atteint, j'ai essayé de trouver quelque chose à manger ou à boire. Je ne sais pas pourquoi j'ai attendu, mais ça me paraissait important – de rester à bord jusqu'à la fin de la ligne. Quand je suis arrivé, j'ai eu du mal à quitter le wagon. Je n'avais jamais vu l’Étranger quitter les souterrains du métro – je ne l'ai jamais vu se nourrir ou boire non plus. Mais mon estomac ne considérait pas ça comme une réponse satisfaisante. Je luttais pour garder mon visage parfaitementt neutre et me frayer mon chemin dans la station. Et puis j'ai fait une erreur.


J'étais à la recherche d’escalators ou d'escaliers. Quelque chose comme ça, mais tout ce que je voyais étaient des trous dans le sol, dans les murs et le plafond. Béants, ces trous irréguliers me donnaient l'impression d'être dans une ruche. Qu'est-ce que j'étais supposé faire ? Sauter dedans ? Ça n'avait aucun sens pour moi, avant que quelqu'un passe à travers l'un d'eux. Il flottait à travers le plancher, avançant dans ma direction. Il a froncé les sourcils pendant une seconde, ou du moins je pense que c'était un froncement de sourcils, mais apparemment, quelque chose les empêchait de me reconnaître comme un alien d'aussi loin. Ça ne m'a pas, malheureusement, permis de léviter, ce qui semblait être la seule façon de sortir de cette espèce de station de métro en forme de ruche. En jurant, je suis retourné vers le tunnel.


J'étais en colère, perdu, affamé, et j'étais livré à un sort qui, s'il n'était pas pire que l'enfer, était au moins aussi stupide et trois fois plus absurde. Je n'étais pas dans le meilleur des états d'esprits, ce qui je pense peut excuser ma distraction. Normalement, je prends les coins avec un siège large, parce que tout le monde sait que si vous vous précipitez rapidement sur un coin dans un endroit public, il y a de fortes chances que vous rentriez dans quelqu'un. Comme je l'ai fait. J'ai percuté quelqu'un, une femme, et elle est tombée sur le sol. Sans y penser, j'ai réagi comme n'importe quel New-yorkais – mal. « Nom de Dieu, stupide salope ! Regarde où tu vas ! »


J'ai réalisé mon erreur avant qu'elle ne puisse réagir. Ses yeux ont pris un air étonné, et quand elle m'a réellement regardé, ils se sont agrandis avec horreur. Elle a bondit en l'air, s'est mise à flotter légèrement, avant de rediriger son attention vers moi et de laisser échapper quelque chose qui ressemblait à un cri, Un peu plus perçant que ce à quoi j'étais habitué, mais c'était bien un cri. Plus bas dans le tunnel, j'ai vu d'autres aliens, Des têtes à trois yeux se tournaient vers nous. Tout d'un coup, je me suis mis à penser à toutes ces dents acérées , et je me suis mis à courir. Le métro n'était pas là, mais il y avait un passage le long du tunnel – pour les réparateur, je suppose. C'est à ça que ça servait de là où je venais, en tout cas. Je l'ai emprunté en courant  à pleine vitesse, jusqu'à ce que je me sente comme poignardé à chaque souffle. Je me suis arrêté, haletant, et j'ai regardé en arrière. Le tunnel faisait une courbe, donc la lumière n'éclairait pas très loin, mais visiblement personne ne me suivait. Faire demi-tour, cependant, n'était pas une option envisageable.


J'ai continué d'avancer dans l'obscurité pendant un long moment. Finalement, je suis arrivé devant une petite ouverture dans le mur, et je me suis arrêté là pour me reposer. La faim, le désespoir, et une course terrifiante à pleine vitesse m'avaient laissé complètement vidé de mon énergie. J'aurais probablement dû pleurer, c'était  la seule chose que j'étais capable de faire ces derniers temps, mais même ça me demandait trop d'efforts. Je me suis assis contre le mur, les jambes étendues devant moi, et j'ai imaginé que je frappais ce bâtard d’Étranger à mort avec un marteau. C'était une image réconfortante.


Un rat traînait à proximité dans le noir. De temps en temps, je donnais un coup de pied dans le vide pour l'effrayer, mais au bout d'un moment, je ne me suis même plus embêté avec la bestiole. La rage ou toute autre maladie qu'il pourrait porter serait une bénédiction comparée au voyage sans fin à travers les métros de mondes étranges, perdu, démuni, et seul. Quand il est revenu près de moi, je ne l'ai même pas chassé. Même quand il s'est pressé contre ma jambe. Je n'arrivais pas à trouver la force de m'en occuper. Pas jusqu'à ce qu'un train passe et que ses lumières n'éclairent l'espèce de caniveau où j'étais et la chose que j'avais pris pour un rat.

Ça ressemblait à un rat, oui, mais surtout à une araignée. Si quelqu'un avait élevé ces deux espèces ensemble, l'abomination en résultant aurait été presque aussi horrible que la chose qui fouinait dans le sol près de ma jambe. J'ai crié, je me suis levé d'un coup et je lui ai donné un coup de pied digne d'un joueur de foot, et il a atteri droit dans le mur opposé. Son dos a fait un craquement écœurant, et je l'ai regardé  se convulser en rendant ses derniers souffles avant que la dernière voiture du métro ne soit passé et que l'obscurité revienne.


Et dans les ténèbres, une pensée terrible m'est venue. Je me suis demandé s'il était comestible. Je ne le voulais pas, et j'étais malade rien que d'y penser, mais j'étais affamé, et il n'y avait aucune garantie que j'allais trouver de la nourriture dans cet endroit, ou n'importe où, d'ailleurs. Le rat-araignée était ma seule option. Je me suis retenu autant que je le pouvais, mais en fin de compte, mon instinct de survie m'a aidé à mettre de côté mon dégoût. J'avais mon briquet, mais rien sur quoi allumer le feu. J'ai débarrassé la viande de sa peau et je l'ai un peu cuit en le tenant au dessus de la flamme, mais ça n'a pas beaucoup aidé. Rien ne l'aurait pu. Sa viande était infecte, plus infecte que tout ce que vous pouvez imaginer. Ce n'était pas la dernière fois que la faim devenait insoutenable,  et j'ai mangé bien d'autres choses douteuses,  mais rien n'était aussi mauvais que le rat-araignée.


Rétrospectivement, c'est à ce moment que je suis devenu un Étranger. Avant, je devais me forcer pour avoir cette attitude que l'autre maintenait en toutes circonstances. Ce que j'avais pris pour du calme était de la lassitude. Un rocher pointu jeté dans une rivière, avec le temps, a ses bords qui s'arrondissent à cause du battement de l'eau sur lui, et ce que j'avais traversé a fait la même chose sur moi. Dépecer et manger un monstre dans le noir, en dessous d'un monde d'aliens, avait lissé mes derniers bords. Au moment où j'ai quitté le tunnel sombre, j'étais encore plus impassible et sans émotions que ne l'avait jamais été celui qui m'a laissé là.


Ce n'est pas le pire de l'histoire, pourtant. Le pire, il est venu après. La première fois que je suis resté coincé. L’étranger en avait parlé, mais vu l'état dans lequel j'étais à ce moment, j'y avais à peine fait attention. Une nuit, à la fin de la ligne, on m'a demandé de quitter le train. Le monde était un de ceux les plus proches de la normalité. Les gens étaient presque humains, physiquement. Ils étaient oranges, c'est un fait, et bossus, mais à part ça, ils étaient pratiquement normaux. Après le monde précédent, où les gens étaient scandaleusement gros, hermaphrodites avec 6 seins et pas de nez, les gars oranges me semblaient vraiment beaux.


J'ai pensé, dans un premier temps, que le conducteur parlait à quelqu'un d'autre, mais j'étais le seul dans le wagon. Et par ailleurs, j'avais compris ce qu'il disait. Les Oranges ne parlaient pas anglais, mais néanmoins, je pouvais comprendre ce qu'il disait. Quand je me suis levé, j'ai commencé à comprendre pourquoi. Je ne pouvais pas me tenir debout. J'étais bossu, et comme me l'a montré mon reflet dans la vitre, j'étais orange. J'ai reconstitué le reste de l'histoire à partir de ça. Coincé signifiait que j'étais bloqué dans ce monde, pour une raison quelconque, et condamné à leur ressembler, aussi. J'avais tout ce qu'il fallait si je voulais saisir l'opportunité de quitter la station de métro – ce qui est possible la plupart du temps, mais qui requiert beaucoup de vigilance et c'est assez démoralisant. Les mondes aliens sont un petit peu révoltants je trouve. Vous essayez de les comparer au votre, mais les différences sont tellement nombreuses que ça vous rend juste malade.


J'ai quitté ce métro, de toute façon il était clair que je n'étais pas parti pour revenir vers le noyau central (j'avais pris l’habitude de nommer ainsi la ligne infinie de rames de métro) cette nuit. Ou n'importe quelle autre nuit, ai-je vite compris. La méthode qui m'avait permis de passer inaperçu ne fonctionnait plus. J'ai considéré, brièvement, l'idée de rester. Mais cet endroit n'était pas ma maison, et ne le serait jamais. Même s'ils ont la même apparence que moi, leur culture est différente. C'était une leçon que j'avais apprise auparavant. Même les mondes où les habitants ne sont absolument pas distinguables de moi ne sont pas sans dangers. J'ai été une fois dans un monde où les gens étaient exactement comme moi – bon, en fait ils ressemblaient à des Brésiliens, mais c'était plus que suffisamment ressemblant – et j'ai appris d'une manière assez douloureuse que pour eux le geste de la main qui sert à saluer signifiait quelque chose de gravement insultant. Assez insultant pour que je fasse battre avec haine pendant qu'une foule me regardait, approuvant.


D'ailleurs, même si cet endroit avait une culture que je pouvais imiter, je ne voulais pas rester. Je voulais une de ces deux choses: trouver le moyen de rentrer à la maison, ou retrouver l’Étranger qui m'avait mis dans cette galère et casser la gueule à l'ordure qu'il était. Rien d'autre ne m'intéressait.


Alors je voulais passer à autre chose. Je n'étais pas sûr, cependant, d'être capable de faire à un pauvre inconscient ce qu'on m'avait fait. Pouvais-je forcer quelqu'un d'autre à arpenter l'éternel métro comme moi? Il est apparu que je n'avais pas à le faire. Après quelques mois l'un d'eux m'a remarqué, oui, et a commencé à me suivre pendant plusieurs semaines. Je faisais extrêmement attention à faire comme si je ne l'avais pas remarqué, juste comme l'avait fait l’Étranger. Mais j'étais tiraillé entre le désir de l'avertir avant qu'il ne soit trop tard et le désir de l'emmener à la fin de cette ligne, ainsi je pourrais enfin quitter ce monde lugubre.




La dernière nuit, il m'a suivi jusqu'à la fin de la ligne, exactement comme je l'avais fait moi-même. Il n'a pas réussi à trouver le courage de s'asseoir en face de moi, par contre. Et dés que le train s'est arrêté au terminus il a couru. J'ai attendu, en espérant que le conducteur ne me verrait pas et que je pourrais continuer, mais en vain. Le métro est reparti sans moi, tandis que je maudissais cet homme intérieurement. Alors que je marchais du côté des guichets, le jeune homme qui m'avait suivi m'a attaqué. Il avait un couteau tranchant, pointu, et il aurait dû me prendre par surprise, mais je voyageais à travers des mondes d'aliens hostiles depuis plusieurs années. Mes réflexes étaient aiguisés.


Nous nous sommes battus, sauvagement, avant que je réussisse à retourner le couteau contre lui. Je ne sais pas comment il s'est retrouvé dans son cou. Je ne crois pas que je voulais le tuer. Je n'étais même pas vraiment en colère, en repensant à ma propre rage qui était apparue en moi il y a si longtemps. Ensuite, comme il gisait là, sanguinolent, je me suis réellement énervé. Je lui ai donné des coups de pied, lui criant "Sale con ! Tu étais supposé me suivre !" Je me suis enfui de la scène du crime, mais pas pour bien longtemps. J'y étais très tôt le lendemain, pour prendre le premier métro. Et cette nuit, quand je suis arrivé au bout de la ligne, j'étais à nouveau invisible aux yeux du conducteur. Je suppose que vous pouvez soit les tuer soit les emmener avec vous si vous voulez retourner à la plate-forme centrale.


J'étais redevenu invisible, mais j'étais toujours orange et bossu. Je suis resté ainsi jusqu'à la fois suivante où j'ai été coincé. Cette fois suivante j'ai tué. Ça a été beaucoup plus rapide. Je n'ai pas attendu qu'elle me suive. Dés que j'ai été reconnu comme un Étranger, je l'ai identifié comme étant la suivante, et j'ai fait mon choix. Je ne voulais impliquer personne d’autre là-dedans.


Du coup je me suis posé des questions sur l’Étranger qui m'avait fait venir là. Je me suis demandé à quoi il ressemblait à l'origine, et s'il savait qu'il aurait pu me tuer. Je me suis posé des questions, aussi, sur les autres que j'avais vu quand j'étais encore chez moi, et les rares que j'avais croisés depuis mon départ. Les tuaient-ils ou les emmenaient-ils ? Et celui ou celle qu'ils choisissaient, ressentaient-ils de la pitié pour eux ? Je ne pouvais pas me résoudre à leur parler, à leur demander. Nous étions damnés de toute façon,  et les damnés devaient souffrir dans la solitude.


J'en ai tué quinze d'entre eux aujourd'hui, et je suis devenu très bon dans ce domaine. Mais j'ai pris une décision. J'ai fini de tuer - les innocents, au moins. Avant de retourner à la plate-forme centrale, j'ai rempli un sac à dos avec autant de papiers que je pouvais faire rentrer dedans, et j'ai écrit cette histoire. Encore et encore, que j'ai laissé sur autant de rames de métros que possible.  Quelques milliers de messages en bouteilles, jetés dans une mer de rails d'aciers. C'est une demande, et un avertissement.


Ma requête, mentionnée ci-dessus, est que vous trouviez ma mère et que vous lui racontiez un mensonge. C'est un mensonge blanc, ne vous inquiétez pas. Dites à ma mère que je l'aime, et que j'essaye de rentrer à la maison. Ça pourrait lui donner de l'espoir, ou lui apporter un peu de paix. J'aurais voulu que ce soit vrai. Mais  ainsi sont les choses : Je me vois comme Ulysse, perdu et à la dérive, essayant de retourner vers des rivages familiers. Mais je ne suis pas perdu en mer. Je suis perdu dans un tunnel sans fin - un labyrinthe. La différence est importante, car les labyrinthes sont conçus, construits. Quelqu'un ou quelque chos a crée cet endroit insensé. Et il doit être tenu responsable pour ce qu'il m'a fait.  Ils me font jouer Thésée, pas Ulysse, mais je ne vais plus jouer ce rôle longtemps. Les règles étranges de cet endroit ont transformé l'humain que j'étais en quelque chose d'autre, puis en encore autre chose. Ils ont fait de moi un monstre, et je serai donc le Minotaure de ce labyrinthe. Et si je peux, je vais le détruire autour de moi, emportant  ceux qui l'ont construit.


Mon avertissement est que vous devez vous méfier, dans les lieux publics, des hommes et des femmes silencieux et aux visages dénudés d'expressions. Gardez vos distances. Ils pourraient vous tuer, ou même faire pire. Si vous les voyez, courez vite et loin. Et encore plus important. Je vous mets en garde. Je vous en supplie : ne prenez pas le train jusqu'à la fin de la ligne.




Traduction : Antinotice

Creepypasta originale ici

jeudi 15 octobre 2015

Transmission

17/12/2014 20h00
- Station Soma II à Vickers, vous me recevez ? État du bâtiment ?
- Oui papa, cinq sur cinq. Le Vickers est vieux, mais il fonctionne très bien.
- Ron, je t'ai déjà dit qu'en mission je suis ton supérieur, pas "papa". Donc pour la durée de la mission, c'est Alvez, ou commandant Alvez éventuellement.
- Commandant Alvez... Non, désolé, je peux pas t'appeler comme ça, c'est plus fort que moi. Et puis d'où ça vient ce "commandant" ? On est pas dans l'armée, papa.
- Bon... Vous en êtes où ?
- On est à... Environ 650 kilomètres de Soma II. On devrait être là d'ici deux jours.
- Bien reçu. Vous avez la cargaison ?
- Ouais, 10 tonnes de bouffe et de boissons. On va pouvoir se péter le bide.
- Ne vous réjouissez pas trop vite Alvez, on est peut-être en effectif réduit pendant la période de Noël, mais dans deux semaines Soma II sera de nouveau au complet. Vous pouvez déjà dire adieu à vos crackers.
- N'y compte pas, je m'en suis gardé toute une caisse au chaud. Bon, on va couper l'antenne principale pour la nuit, les batteries ont beaucoup fonctionné ces derniers temps. À demain. Ron terminé.

18/12/2014 14h54
- Alvez ? Ici Alvez, vous me recevez ?
- Cinq sur cinq. Franchement papa, ne me dis pas que tu trouves pas ça stupide ? "Alvez, ici Alvez"... Sérieusement ?
- Hors sujet. J'ai réactivé les radars ce matin, vous n'avez parcouru que 80 kilomètres depuis hier ? La cause du problème ?
- Ouais euh... On a eu une panne du moteur droit, on a momentanément perdu le contrôle du Vickers. Mais on est remonté à la surface avant que le roulis soit trop important.
- Et vous avez déterminé la cause de la panne ?
- D'après les techs, c'est le circuit de refroidissement qui a merdé. Ils sont en train de réparer tout ça. Actuellement on fait du surplace en surface. Dis à Azzaro qu'il va devoir attendre pour boire sa vodka.
- Azzaro est parti ce matin avec le reste du personnel. Je suis seul aux commandes de la station.
- Ah. Et ça va, t'as pas trop peur d'être tout seul sur Soma II ?
- Que voulez-vous qu'il m'arrive ? Je suis seul dans une station scientifique avec 350 mètres d'eau glaciale au-dessus de moi. Celui qui va venir me chercher là sera sacré meilleur nageur du monde.
- Ha ha, j'espère que t'as pas peur des grands méchants poissons. Ah... Reçu. Bon papa, on va repartir, les techs ont terminé le boulot. On va ralentir un peu l'allure. Terminé.
- Bien reçu, Alvez terminé.

18/12/2014 18h20
- Alvez, ici Alv... Vous avez dévié de votre trajectoire, corrigez de 12 degrés bâbord.
- Comment ça ? Attends voir... Non, mes instruments m'assurent qu'on est toujours sur le même cap. Ton radar déconne papa.
- Impossible, la dernière opération de maintenance date du 12. Rectifiez votre trajectoire.
- D'accord. On dévie de 12 bâbord, les gars !
- Terminé.

18/12/2014 18h46
- Alvez, c'est quoi ce bordel ? Vous avez dévié de 30 degrés tribord cette fois. Votre aiguilleur est bourré ou quoi ?
- Je comprends pas... Mes instruments ont pas changé depuis tout à l'heure. Et je détecte aucun champ magnétique qui pourrait les dérégler. Je corrige quand même ?
- Corrigez la trajectoire, et essayez de re-régler vos instruments. J'aime pas savoir que vous naviguez avec du matériel défectueux.
- Bon on corrige. 30 degrés bâbord les gars ! Et gardez moi ce putain de cap !
- Je garde un œil sur vous. Terminé.

18/12/2014 21h25
- Papa, on vient de détecter un champ magnétique particulièrement élevé dans la zone où on se trouve... Environ 460 kilomètres de ta position. Tu vois quelque chose sur ton radar ?
- Je regarde... Non, non y'a rien du tout. Est-ce que ça pose un problème important quant à votre navigation, Alvez ?
- Non, les gars ont repris le contrôle manuel, nos instruments font n'importe quoi.
- Bien, continuez la mission. Terminé.

18/12/2014 21h45
- Alvez, votre pouls accélère, qu'est-ce qu'il se passe ?
- Rien, t'en fais pas...
- Alvez, votre puce cardiaque m'indique que vous êtes en état de stress. Qu'est-ce qu'il se passe, putain ?
- On a... Ça fait environ dix minutes qu'on entend un bourdonnement. Je sais pas ce que c'est ni d'où ça vient, mais ça a un drôle d'effet sur les gars.
- Vérifiez si votre balise de communication n'envoie pas d'ultra basse fréquence. Si oui, coupez le module.
- Non, le Vickers est trop vieux, la balise a pas été conçue pour communiquer par ultra basse fréquence. Je crois que je vais gerb... Veeeuaaargl...
- Alvez, ça va ? Tu... Vous allez bien ?
- Ouais, ouais, pff.. Ça va... Le bruit s'est arrêté. On a une base pas loin ou une antenne relais ?
- Non, y'a rien dans ce coin là. Peut-être un tremblement de terre sous-marin. Ça va aller ?
- Ouais, faut juste que je me change... Putain.
- Ok, faites attention à vous. Terminé.

19/12/2014 03h09
- Alvez, ici Soma II, mais qu'est-ce que vous foutez à 400 mètres de profondeur ?
- Comment ça ? Merde, même l'altimètre nous a lâché alors ?
- Remontez immédiatement, vous faites subir une pression inutile au Vickers.
- On remonte immédiatement.
- Terminé.

19/12/2014 03h48
- Papa, nos moteurs nous ont lâché en même temps. Les techs savent pas d'où vient la panne. On s'enfonce doucement.
- Lâchez du ballast, putain de merde, trouvez un moyen de remonter !
- Qu'est-ce que... C'est quoi ce bruit les mecs ? L'aération ?
- Alvez, qu'est-ce qu'il se passe ?
- On entend comme... Des grincements dans la coque. Mais... J'ai l'impression que ça vient de l'extérieur. Mais je *BRAAAAAM*
- Alvez, putain c'était quoi ça ?! Vous venez de dévier de 90 degrés tribord !
- *TUUT* On a été percutés par *TUUT* quelque chose, on a perdu la gouverne tribord. *TUUT* Arrêtez-moi cette alarme, merde !
- J'ai rien sur mon radar, vous avez heurté un récif ? Répondez !
- Non, on *TUUT* a les relevés topographiques *TUU... Ah, ça fait du bien. Je disais : on a les relevés topographiques sur papier, et y'a pas de récif ici, en tout cas pas à 360 mètres. La bonne nouvelle, c'est qu'on a pas d'infiltration d'eau.
- Mais vous pouvez plus vous diriger convenablement. Putain de... Bon, réparez-moi ces moteurs au plus vite et refaites surface, je vais essayer de vous envoyer une équipe depuis la base en Arctique.
- T'as vu quelque chose sur les radars ? Un sous-marin ou une torpille ?
- Non, j'ai aucun écho. Vous êtes tous seuls dans la zone. Remontez immédiatement à la surface.

19/12/2014 04h10
- Alvez, ici Soma II, j'ai pas réussi à avoir la base. D'après mes relevés ils sont en pleine tempête là-haut. Remontez à la surface, je retenterai une communication quand la tempête se sera calmée.
- Euh, papa... On peut pas remonter en surface. On essaye de redresser depuis tout à l'heure mais rien à faire. C'est comme si les commandes répondaient plus. On s'enfonce de plus en plus.
- Qu... Putain, vous êtes à 460 mètres. Trouvez un moyen de remonter au plus vite, lâchez du ballast !
- On a déjà tout lâché papa. Et je... Quoi ? Aaron, calme-toi, qu'est-ce qu'il y a ? Hmm... D'accord. Papa, je coupe la com, on a un marin qui a pété un plomb et qui a agressé l'aumônier. Terminé.
- C'est quoi ce bordel... Bien reçu Alvez, terminé.

19/12/2014 04h57
- Alvez, ici Soma II, vous êtes à 515 mètres, la situation commence à devenir critique. Votre pouls est très élevé, que se passe-t-il ? Vous me recevez ? Alvez, répondez. Alvez, ici Soma II, rép...
- Papa, je... Je viens de buter un de mes gars.
- Quoi ? Attendez... Buté ? Pourquoi ?
- Il... J'ai essayé de le raisonner, il avait l'air calme. L'aumônier est passé dans le couloir pour aller à l'infirmerie et mon gars est devenu fou. Il a frappé deux de mes hommes avant de se jeter sur lui et... Il était en train de... De lui enfoncer les pouces dans les yeux. On a essayé de le maitriser, mais rien à faire. Alors j'ai sorti mon arme et j'ai tiré dans sa jambe.
- Putain...
- Mais rien à faire, il le lâchait pas. Alors je lui ai tiré dans le dos. Et il est tombé.
- Il est mort ? Alvez, il est mort ?
- Oui... Enfin, je pense.
- Comment ça tu p... Vous pensez ? Il est mort ou il l'est pas, y'a pas d'entre-deux Alvez.
- On l'a mis dans le compartiment numéro neuf, pour pas le laisser à la vue de tous, mais depuis vingt minutes... Il tape à la porte.
- Qu'est-ce que c'est ce bordel...
- Et on *KSHHHHHH* les basses fréquences *KSHHHHH* plus fortes.
- Alvez, je vous reçois mal. Vous accélérez en direction du fond, vous avez les moteurs en marche ou quoi ? Alvez, répondez.
- *KSHHHHHH*

19/12/2014 05h15
- *KSHHH*...pa ?
- Alvez, je vous reçois. Vous êtes à 575 mètres en accélération. Mais qu'est-ce que vous foutez ?
- D'autres de mes gars sont devenus fous on *KSHHHH* obligé de les enferm*KSHHHH*umonier est terrorisé. Les b*KSHHHH* fréquences me font mal à l*KSHHHH*.
- Putain de merde, Alv... Fiston ça va ? Ron, réponds-moi, ça va ?
- Les moteurs se sont remis tout seu*KSHHHH*célère vers le fond rapidement. Qu'est-ce qu*KSHHH*utain c'est*KSHHH*
- Ron ? Ron, le Vickers s'est stabilisé, vous êtes à... 620 mètres et vous ne bougez plus. Qu'est-ce qu'il se passe ?
- *KSHHHHHHHHHH*
- Ron, putain... Ton pouls est... Wow, wow, ton pouls est trop élevé tu... Oh, putain de merde. Putain, non, non, non, c'est pas possible.

19/12/2014 05h28
- Base 086, ici Soma II, situation d'urgence. Ai perdu le Vickers de mon radar et le... Le pouls de son commandant s'est arrêté. Je veux dire... J'ai enregistré une pointe à 250 battements par minute, et puis plus rien. Envoyez immédiatement une mission de secours.

19/12/2014 05h40
- Putain de merde, Base 086, répondez ! Envoyez une mission de secours aux coordonnées indiquées. Je répète, envoyez une mission de secours !

21/12/2014 12h23
- Base 086, je viens de percevoir un écho là où le Vickers a cessé d'émettre. Une fraction de seconde, mais je l'ai vu. Le radar ne l'a pas enregistré toutefois. J'ai... J'ai l'impression de parler au vide. Je veux dire, je sais même pas si les communications passent ?

24/12/2014 20h12
- Ron, fiston, je... Si tu m'entends, eh bien... Je pense à toi. Je fais mon petit réveillon tout seul, sur la station. J'ai essayé de communiquer avec la base, mais rien. Pourtant la tempête est terminée. Je comprends pas. Bon bah... Joyeux Noël, Ron... Putain...

26/12/2014 03h00
- Salut Ron, c'est papa. Je voulais juste te dire... Je suis désolé d'avoir été aussi con avec toi. Je... Je dis n'importe quoi et...
- *KSHHHH*ckers vous me recevez ?
- Ron, putain Ron, c'est toi ?
- Ah, enfin j'arrive à vous avoir, commandant.
- Oh Ron, mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Ça va ? Que...
- Oh, rien de grave, ne vous en faites pas. Nous avons repris le contrôle du Vickers. Nous nous dirigeons vers votre position.
- Attends, je te vois pas sur le radar...
- Oui, la machinerie est un peu défaillante, mais nous travaillons dessus commandant.
- Putain Ron, j'étais désespéré, j'ai cru que tu étais mort et... Attends... Qu'est-ce que c'est ce truc... Ron, ta puce déconne je crois. Elle m'indique que tu n'as pas de pouls.
- Ah bon. C'est bizarre.
- Bon, content d'entendre ta voix, en tout cas.
- Vous êtes toujours seul sur la station, commandant ?
- Oui, pourquoi ?
- *KSHHHHH*
- Ron ? Ron ?

26/12/2014 4h13
- Ron, c'est papa. Y'a vraiment un truc qui va pas avec ta cardio-puce. Je comprends pas, elles sont quasiment indestructibles, c'est pas normal que la tienne ne fonctionne pas...
- *KSHHH*achines sont parfois capricieuses, vous savez.
- Ouais, mais... Depuis quand tu me vouvoies ? *TUT* Qu... Ron, j'ai un écho du Vickers à... C'est pas possible. À 50 mètres de la station ? Comment vous avez fait pour couvrir une telle distance en aussi peu de temps ?
- Il me tarde de vous revoir, commandant.
- Ron, ta voix est... Bizarre. Ça doit venir de ton antenne. *TUUT* *TUUT* *TUUT* C'est quoi ça encore ? *TUUT* *TUUT* *ARRIMAGE NON AUTORISÉ* Ron, c'est le Vickers ? Mais qu'est-ce que tu fous ? *TUUT* *TUUT* *PRÉSENCE DE CORPS ÉTRANGERS DANS LE SAS NUMÉRO 5* Mais qu...
- Nous arrivons, commandant.




mardi 13 octobre 2015

Sénescence

Ce que je vais essayer de vous raconter, ce sont les circonstances qui ont fait que mon petit frère se soit retrouvé dans un lit d’hôpital, en tétraplégie et dans un état végétatif total à l’âge de seulement 15 ans.

Je m’appelle Suzanne. J’ai actuellement 42 ans, j’en avais 19 lors des faits que je vais vous rapporter.
Mon frère Victor, mes 2 parents et notre chien Pat’ formions une famille banale, du genre de celle qui part un été sur deux à la mer et qui est appréciée de son voisinage. Nous habitions dans un quartier résidentiel de Portland dans le Maine.
C’était fin janvier 1992. Deux événements spéciaux allaient se dérouler. Premièrement, l’arrivée d’un nouveau voisin dans notre rue. J’appris de mes parents qu’il s’appelait M. Dekker. Deuxièmement, l’anniversaire de mon petit frère en début Février. C’est évidemment à ce second événement que je fis d’abord attention : j’avais touché ma première paye pour mon job à la laverie, et je comptais bien épater Victor avec un cadeau dont il ne manquerait pas de se souvenir.

Pourtant, c’est à ce M. Dekker que j’eus d’abord affaire. Ma mère m’avait annoncé qu’il nous avait invité à prendre le thé avec lui, mais qu’elle devait amener Victor chez le médecin et qu’il fallait donc que j’y aille seule car « papa n’est pas du genre à tremper des petits gâteaux au beurre, n’est-ce pas ma chérie ? ».

C’est donc pleine d’appréhension que je me rendais chez M. Dekker, tout en prenant tout le temps nécessaire pour répertorier mentalement les formules de politesse que je connaissais, c’est-à-dire 40 secondes.
Sa maison était grande, imposante même. Pourtant je ne me souvenais pas d’y avoir déjà fait attention. Bien qu’elle fît partie de mon quotidien depuis ma plus tendre enfance, c’était presque comme si je la découvrais.
Je sonnai à sa porte et attendis qu’il vienne m’ouvrir. Une minute était déjà passée quand j’entendis des bruits de pas provenant sans doute du hall d’entrée. Puis la porte s’ouvrit, très doucement et je pus constater que mon hôte avait connu la cinquantaine il y a fort longtemps. Il m’accueillit avec un
« Bonjour ! » doublé d’un large sourire.
« Bon…jour. » balbutiai-je, intimidée.
Il m’invita à entrer et m’installa dans son salon où trainaient des caisses témoignant de son récent déménagement.
« Assieds-toi donc, je vais nous faire du thé » dit-il.
Et il disparut dans ce que je supposais être la cuisine pendant que j’observais la pièce dans laquelle j’étais prisonnière.

Pendant un long moment, plus aucun son ne m'est parvenu de la cuisine et je commençais à me sentir mal à l’aise, jusqu’à ce qu’un grand bruit d’armoire qui claque vienne m’ôter de la tête l’idée d’une crise cardiaque. Car oui, M. Dekker était vraiment vieux, je lui aurais donné au moins 80 ans, un accident cardio-vasculaire était vite arrivé à cet âge-là. Le fait est qu’il n’était pas mort et qu’il revenait avec du thé vert et des Spéculoos.

Je préfère vous passer les détails, ainsi que la discussion que nous eûmes, mais laissez-moi vous dire que l’estimation que j’avais faite quant à son âge ne valait rien du tout. Après m’avoir raconté sa vie comme les personnes âgées savent si bien le faire, il me demanda si j’avais une télévision chez moi. J’eus envie de lui répondre qu’on était en 1992, et que tous les foyers du pays possédaient certainement une télévision. Je sus me contenir et je lui répondis par l'affirmative. Il me dit qu’il avait une télévision de type 16/9, qu’il ne savait pas quoi en faire et qu’il était prêt à me la donner si je l’aidais à monter quelques cartons à l’étage. Ce grand format était à l’époque ultra-moderne puisqu’il venait d’être commercialisé. Je pensai immédiatement au cadeau de Victor et à la tête qu’il ferait si je lui ramenais un téléviseur haute-définition. J’acceptai immédiatement son offre et m’empressai de porter les bricoles qui trainaient jusque dans le couloir de l’étage.

Il était tard quand il me ramena à la porte et me souhaita une bonne soirée en me tendant un gros carton arborant le logo de la marque Thomson. Le carton était très lourd et j’eus beaucoup de mal à le ramener chez moi. Mon frère et ma mère n’était toujours pas rentrés et mon père devait certainement se trouver à son travail ou avec ses collègues au bar du coin. Je décidai de cacher la télévision sous mon lit jusqu’au jour fatidique.

Mon frère n’était pas du genre à inviter des amis à une fête d’anniversaire. Non pas qu’il n’ait pas eu d’amis, mais c'était un garçon très calme et surtout très réservé. Quand vint le jour, je lui offris son cadeau qui ne m’avait finalement pas couté un seul dollar. Je vis dans ses yeux que ça lui faisait énormément plaisir. Il avait reçu de mes parents une paire de rollers et des livres, mais c’est avec le téléviseur qu’il passa le plus de temps. Et pour cause. Il s’enfermait dans sa chambre pendant des heures entières et ne sortait que pour assouvir ses besoins naturels. 


Au bout d’un certain temps de ce mode de vie aliéné, des cernes commencèrent à se creuser sous ses yeux, il avait l’air maladif et il ne parlait presque plus. Mes parents s’inquiétaient de plus en plus mais n’osaient pas le déranger. Il allait à l’école, se couchait et se levait à des heures normales et ramenait de bonnes notes, ils n’avaient absolument rien à lui reprocher.

C’est seulement un jour où il était cloîtré depuis 5 heures dans sa chambre, que mes parents se résolurent à aller lui parler de ses tendances asociales. J’étais moi-même dans ma propre chambre, en train de faire ce que faisaient les jeunes filles de mon âge, quand j’entendis des cris d’affolement venant de la chambre de Victor. C’était ma mère. Je sortis en trombe de ma chambre pour pénétrer dans celle de mon frère et la vision que j’eus continue de me hanter. 


Son visage était constellé de rides, il avait une allure squelettique et seuls quelques cheveux blancs ornaient son crâne. Il était assis par terre, dos contre son lit, il fixait le téléviseur que je lui avais offert. L’écran était blanc. Je ne parle pas de la neige que vous pouvez voir quand votre antenne ne capte pas une chaîne, l’écran était d’un blanc fixe et aveuglant. Victor était comme hypnotisé. Mon père avait déjà appelé une ambulance qui ne tarda pas à arriver. Il fut emmené vers l’hôpital le plus proche, mes parents le suivant dans leur voiture.

J’étais seule chez moi. Je me souviens avoir aperçu par la fenêtre de la cuisine, M. Dekker qui semblait porter une télévision semblable à celle que j’avais offerte à mon frère. Il la mit dans le coffre de sa voiture, chargea quelques autres bagages et démarra. Il passa devant ma maison et j’eus l’impression qu’il regardait vers moi en souriant. À cette distance, je vis quelque chose qui me frappa. Il avait l’air d’avoir rajeuni d’une dizaine d’années, voire plus.

J’ai évidemment parlé à mes parents de M. Dekker et du téléviseur. Ils ne pouvaient croire que le mystérieux mal qui frappait mon frère provenait de là.

À ce jour, Victor est encore dans une chambre d’hôpital. Il est en vie, mais les médecins disent que son système nerveux est mort, une sorte de coma dépassé. Il devrait avoir 38 ans mais en parait 70.
Si je témoigne aujourd’hui, c’est parce qu’un homme d’une quarantaine d’années vient d’emménager devant chez moi. Je ne connais pas son nom mais je vais essayer de le découvrir très vite. Parce que j’ai reçu un colis de la poste, et qu’il contient une télévision.




Auteur : Ruthveun

Et voici le gagnant du concours de septembre dernier avec une pasta d'un style un peu maniéré mais qui force le respect. Bravo à lui !

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