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lundi 28 septembre 2015

Mrfriend123

Début 2015, un blogueur publiant sous le pseudonyme "mrfriend123" a suscité l'attention des internautes anglophones à travers un Tumblr baptisé "Do you want to see ?". Jusqu'à sa fermeture brutale par son auteur début septembre, il recensait un grand nombre de vidéos dérangeantes assorties de textes et d'images énigmatiques. Si la plupart des vidéos ont pu être sauvées de la disparition (réuploadées peu avant sur Youtube, par prudence), les images et textes les plus anciens ne l'ont été que de manière partielle, et leur ordre de parution est incertain.

On en sait peu au sujet de la personne qui tient, ou tenait, le blog ; et on ignore même si elle est encore vivante. Mais de janvier à septembre, le blogueur a posté ces vidéos bizarres et dérangeantes, qu'on ne pourrait bien décrire que comme une manifestation des plus sombres recoins d'un esprit dépravé. Sur le blog se trouve un message d'introduction pour le moins obscur:
Ce que vous regardez n'existe pas. C'est une chose qui ne peut être trouvée, ni perdue. Elle a été créée pour vous montrer ce qui se passe en ce moment même. Elle a été créée afin que vous compreniez. Elle a été créée simplement afin qu'elle soit, mais les raisons pour qu'elle soit sont ici. Toutes cachées dans ces vidéos. Messages cachés. Indices cachés.
Ces quelques phrases se répètent encore et encore, jusqu'à la conclusion du message :
Vous cherchez la forêt, mais vous êtes assis sur l'arbre.



Les photos ci-dessous sont supposées représenter Mrfriend123, bien que son identité soit cachée par cette tenue BDSM.


Pendant un temps, certains utilisateurs qui suivaient le blog ont rapporté que Mrfriend123 leur envoyait des messages étranges. En voici quelques exemples :
"Où suis-je ?"
"Ce blog encourage à des expériences sensuelles."
"Laissez-vous gagner par la tentation."
"Je vous vénère."


On ignore tout autant où les vidéos ont pu être tournées. Certaines semblent prendre place dans un entrepôt, d'autres dans une ferme isolée.

Un élément récurrent à noter dans les vidéos est une paire de jambes de mannequin. On les voit étendues sur un matelas, ou, comme ici, appuyées contre un mur en béton.




D'autres vidéos consistent uniquement en des plans sur des routes de campagne au milieu de nulle part, vues depuis la fenêtre d'une voiture, et bien que le conducteur paraisse se diriger vers une ville morose et isolée, personne jusqu'ici n'a pu identifier de quelle région il s'agissait.

Sur ces vidéos, dont chacune dure une à deux minutes, apparaissent des individus qui, du fait de leurs masques, ne peuvent être identifiés. Après recherche sur le blog, le seul article qui donne une idée de qui ils sont est un croquis qui ressemble assez à ces deux personnes, où elles sont désignées sous les noms "Bird" et "Bag".



 Sous le dessin, on peut lire cette note :
"Ils me suivent. Ils ne s'arrêteront pas. Je m'y suis habitué. Je ne peux pas dormir. J'ai essayé. Eux non. Eux non. Mais ils lambinent. Ils me suivent. Ils ne s'arrêteront pas. Je veux mourir. Transmettez. J'ai besoin d'aide."

Bird apparait dans une vidéo dans laquelle figure une maison délabrée, perdue dans les bois. La personne qui tient la caméra se dirige vers le porche, et la porte d'entrée s'ouvre lentement d'elle-même (à moins que quelqu'un l'ouvre de l'intérieur). Après une courte exploration des lieux, l'homme ressort. Mais avant d'éteindre la caméra, il s'attarde sur une fenêtre derrière laquelle Bird se tient immobile, fixant l'objectif du regard. Le seul signe distinctif qu'on puisse retenir à son sujet est un tatouage sur sa poitrine.




Bag figure dans deux vidéos. Dans la première, on peut le voir assis dans ce qui semble être une chambre d'enfant, caressant une souris en peluche d'une manière aguicheuse. Dans la seconde, qui inclut une courte apparition de Bird, Bag exécute une sorte de rituel dans un champ à proximité d'une grange. Ici encore, on peut voir la porte de la grange s'ouvrir et se fermer apparemment toute seule.




Une des théories à ce sujet prétend que Mrfriend123 serait un tueur en série, souffrant d'une obsession pour les mannequins, et que l'entrepôt qui apparait dans les vidéos serait comme un "pays des merveilles", lieu de tous ses fantasmes, où il emmènerait ses victimes. En revanche, cela n'explique pas qui sont Bird et Bag, point sur lequel la théorie suivante est plus intéressante.

Selon certains, les personnages masqués sont un élément d'un culte, et Mrfriend123 est là pour filmer leurs rituels. Ce qu'ils vénèrent, ou cherchent à contacter, nous est inconnu. La théorie du fake, de son côté, pose un problème : il faut prendre en considération le temps et l'investissement qu'ont dû nécessiter la mise en place du blog, de ses énigmes, et plus particulièrement ses vidéos. Quand bien même ce n'était qu'un canular, le fait qu'un homme ait pris le temps de créer ça, de donner cette impression d'obsession malsaine, reste plutôt effrayant.



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Update 1

Nouveau message posté sur le blog, en même temps que deux nouvelles vidéos :
ils apparaissent, et ils sont des indices. des indices dans ces vidéos, qui servent de preuve. une preuve que les autres peuvent être contactés. les réponses sont là. vous devez regarder plus fort. [...] la fréquence est l'oeil du témoin. merci à vous.


  
 La première vidéo prend place dans ce qui semble être une vieille maison. La personne qui tient la caméra franchit la porte d'entrée, et on peut juger d'après l'état de l'intérieur que cette bâtisse est toujours habitée. La décoration est riche, de style ancien. Un élément à noter est une tête de mannequin visible vers la fin, car elle apparaît plusieurs fois par la suite.



Ainsi, on la retrouve également dans la vidéo suivante, justement nommée "Head". Elle prend place apparemment pendant la nuit, et fait apparaitre autre protagoniste, que certains utilisateurs sur Tumblr ont surnommé "No-Head". Se tenant immobile dans l'ombre, sa forme apparait et disparait dans l'arrière-plan. La vidéo se termine dans la salle à manger, tandis que la personne qui tient l'appareil filme la tête de mannequin, frappée d'un symbole étrange, sous le regard de No-Head.



D'après certains, le symbole serait une combinaison des symboles de la Terre et de Mercure (voir ci-contre). Je note tout de même qu'en fait d'un arc de cercle, c'est plutôt une paire de cornes qui surmonte le cercle central. La signification reste à trouver, mais la référence aux démons est à envisager.




 Par ailleurs, Mrfriend123 continuerait d'envoyer des messages étranges à ceux qui le suivent, parmi lesquels :
"Vous êtes dans la forêt."
"Où allez-vous ?"
"Touchez-vous pour moi."
"Pouvez-vous les voir ?"


La théorie de la secte semble être renforcée par la présence du symbole. Les discussions des partisans de cette théorie tournent maintenant autour de leur but : que cherchent-ils à montrer au monde ? Tandis que l'idée d'un projet artistique volontairement obscur se maintient chez diverses personnes, certains suggèrent que les vidéos sont une manifestation dans notre monde d'une sorte de "monde des esprits", parallèle au nôtre ; malgré l'aspect résolument 'matériel', si je puis dire, des figures qui y apparaissent.



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Update 2

Le blog de Mrfriend123 a gagné en visibilité et les internautes sont de plus en plus nombreux à tenter d'en découvrir le sens, jusqu'ici sans succès. Le dernier message posté est en apparence semblable à tous les autres, constitué d'une courte séquence de phrases répétées en boucle :
pouvez-vous le voir ? pouvez-vous voir ce qui se passe ? pouvez-vous les voir ? pouvez-vous voir ce qu'ils tentent de contacter ? posez-vous cette question : y a-t-il plus d'un côté [sens?] à chaque plancher [histoire?] ? et si c'est le cas, de quel côté êtes-vous? [...] ça se rapproche. tout ce que vous avez à faire est continuer à chercher.
En revanche, un examen attentif permet de découvrir le premier indice concret laissé dans le blog : entre les lignes, à peine visibles, on peut lire les mots : "La réponse est dans les téléviseurs".



 Il est vrai que des téléviseurs apparaissent dans plusieurs des vidéos du blog, mais l'explication proposée par un internaute européen - des portails vers des univers parallèles au nôtre, plus sombres, plus sinistres, les lieux de tournage étant situés dans une sorte d'entre-deux - me semble peu satisfaisante, au vu du cadre dans l'ensemble familier des vidéos.

Le texte était suivi de près par une nouvelle vidéo, plus sombre et dérangeante que les précédentes. Elle prenait place dans ce qui semble être une vieille demeure. Entre autres éléments déjà aperçus plusieurs fois (une fois de plus, on voit une porte se claquer toute seule), une nouvelle figure mystérieuse, que certains désignent sous le nom de "White Face", y apparaissait. On le voit rôder dans l'ombre pendant la majeure partie de la vidéo, dans le coin des pièces ou derrière les fenêtres. Après une apparition dans une salle de bains, on le retrouve allongé sur le lit d'une chambre à coucher, meublée à l'ancienne, avec une coiffeuse adossée contre l'un des murs - coiffeuse dont le miroir, étrangement, ne reflète pas la personne qui tient la caméra. Pendant ce plan, on peut entendre une vieille femme fredonner sur l'air de Jesus loves me.




Peu après la parution de cette vidéo, ce nouveau message a été envoyé à plusieurs blogueurs :
Love to virgin, virgin to touch, touch to taste, taste to sex, sex to slut, slut to hate. [De l'amour à la vierge, de la vierge à toucher, du toucher au goût, du goût au sexe, du sexe aux catins, des catins à la haine.] Lorsque Mercure s'alignera avec la Terre le sens sera dévoilé. Cinq d'entre eux, avec cinq points. L'un pris sans les autres ne peut achever l'événement. Cela vous aidera à comprendre.
Il est possible que les "cinq" se réfèrent aux personnages qui parsèment les vidéos ; puisque 4 d'entre eux sont déjà apparus, il en reste un à découvrir.



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Update 3

Depuis la dernière mise à jour de cet article, deux nouvelles vidéos ainsi qu'un autre texte ont été postés sur le blog. Ainsi, on peut y lire :
ils sont un ami dans l'ombre et c'est pourquoi ils sont l'ombre. eux pas. eux pas. mais ils sont là et ils sont là. pouvez-vous voir ce qu'ils font ? pouvez-vous voir de quel côté ils sont ? [...] nous y sommes. la séquence est presque complète.



 La première de ces deux vidéos prend place dans une chambre, le mur du fond orné de vieilles photos d'enfants datant probablement des années 60 ainsi que du symbole aperçu plus tôt. Dans un second plan, filmé depuis l'étage d'une maison, on peut apercevoir Bird fixant l'objectif du regard, avant de se volatiliser. Après un second cut, la vidéo reprend dans une chambre en désordre, apparemment la même où Bag caressait la peluche, mais cette fois-ci dans un état désastreux. Un autre téléviseur s'y trouve, celui-ci accompagné d'une note, scotchée à l'écran : "Pouvez-vous voir ?". Dans un nouveau plan, cette fois-ci sur une descente d'escalier, Bird apparait à nouveau un bref instant. Apparemment pris de panique, l'homme qui tient la caméra ferme brutalement la porte - inutile car elle se rouvre aussitôt après. Bird apparait une dernière fois, juste devant l'objectif.



La dernière vidéo publiée, d'après certains la plus dérangeante de toutes, a fait son apparition deux jours plus tard. On y retrouve l'imprécation envoyée plus tôt aux followers - Love to virgin, virgin to touch, touch to taste, taste to sex, sex to slut, slut to hate, murmuré à toute vitesse par une voix faible. L'essentiel de la vidéo prend place dans une chambre, dont le lit est entouré de bougies allumées ; sur son matelas crasseux est étendue une femme à moitié dénudée, le symbole récurrent marqué sur la jambe. Dans la lumière clignotante, Bird apparait, armé d'un couteau, dans diverses poses aussi bien rituelles que sexuellement connotées. Dans les dernières secondes, la femme est relevée, une cagoule noire masquant son visage, ne tentant apparemment pas de se défendre. À la fin de la vidéo, elle et Bird ont disparu.



Pour beaucoup de blogueurs qui suivaient les publications de Mrfriend123, cette vidéo s'est vue accompagner d'un autre message obscur, envoyé directement à eux :
"Avez-vous compris ? Le plaisir est la clé. Rien ne peut l'arrêter."

De nouvelles théories ont fait leur apparition. Parmi elles, une personne suggérait que les différents personnages croisés au cours des vidéos étaient les victimes d'un tueur en série (l'homme dans le costume BDSM ?) qui, en revisitant les lieux de ses anciens crimes, était hanté par elles. La dernière vidéo l'invalide : Bird, supposée victime, n'aurait alors aucune raison d'emporter la femme (une autre victime, ou une future victime ?) hors de notre monde.

Dans l'ensemble, ces spéculations tournent en rond. Toutefois, le dernier texte qui se terminait par "la séquence est presque complète", semble suggérer qu'un élément de réponse sera bientôt publié.



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Update 4

Encore une fois, deux nouvelles vidéos et un nouveau texte ont été présentés au public. Le message est le suivant :
ils existent avec ça et ils ont vu ce que ça fait. ils vont ne faire plus qu'un avec ça et avec ça ils pourront voir. Pouvez-vous voir ? Comprenez-vous ? [...] ça se rapproche, la signification sera bientôt évidente.


  
La première vidéo met en scène deux nouvelles figures masquées, désignées plus tard par les anglophones comme "Master" et "Servant". Fait intéressant, l'une d'entre elles est une femme. En particulier, on l'aperçoit, vers la fin, agenouillée dans une posture de prosternation avant de disparaitre. Le second personnage est un grand homme dissimulé dans une robe noire, portant une cagoule de cuir. Il apparait plus longuement dans la deuxième vidéo, et on dit qu'en écoutant attentivement, on peut l'entendre murmurer des mots dans un langage inconnu.





D'après certains, Master serait le chef de la secte évoquée par certaines théories, tandis que parmi les cinq autres figures Servant serait son bras droit. L'idée a aussi fait son apparition que ces gens enlèveraient des enfants - qu'importe pourquoi - la théorie étant soutenue par la présence récurrente de peluches, et les photos dans la vidéo "Children". Quoiqu'il en soit, le dernier message l'a annoncé : s'il y a quelque chose à comprendre dans tout ça, la clé sera bientôt donnée.


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Update 5

Le 8 septembre 2015, Mrfriend123 a supprimé son blog.

La raison de la suppression est inconnue, et de nombreux internautes ont été pris de court. Cependant, deux dernières vidéos ont été postées, en même temps que le scan d'un papier administratif dont chacun des mots est raturé, sauf deux : "Contactez-nous", "Pitié". Le document comporte également quelques mots écrits en miroir : le dieu Dionysos, dont le nom est encadré ; "Séquence complète", au bas de la page. Le nom de Bunnlevel, une petite ville de Caroline du Nord, apparait également ; il n'a pas été confirmé que cette ville était bien le lieu de tournage des différentes vidéos.



Les deux dernières vidéos méritent une description détaillée.

Dans la première, intitulée "Gregory", la caméra est posée à l'avant d'une voiture qui progresse de nuit sur une route obscure. On peut entendre le son d'une autoradio en fond. En dehors de ça, pendant presque trois minutes, rien de spécial ne se passe. La vidéo se termine sur 20 secondes d'écran noir, le son de la radio toujours présent.



La dernière vidéo était intitulée "2012". Dans les premiers plans, le caméraman marche simplement dans ce qui semble être un jardin, à la tombée de la nuit d'après la lumière. On y aperçoit une statue d'ange, et le symbole Terre-Mercure réapparait trois fois. L'homme gravit alors les marches du perron d'une maison qui semble être la même que dans "The house of the deer". Il laisse la porte claquer et s'ouvrir d'elle-même avant de franchir le seuil.
La suite consiste en l'exploration de la maison à la lumière d'une lampe-torche. Un dernier personnage apparait, les yeux vides derrière son masque orné de dents pointues, portant un énorme lapin en peluche, surnommé "Teeth" par les internautes.


 Teeth rôde dans les ténèbres pendant la plus grosse partie de la vidéo. À la fin, il se met à émettre un grondement sourd, avant de se jeter sur la caméra. Il est impossible de dire ce qui se passe ensuite, car la caméra tombe au sol, continuant d'enregistrer pendant trois minutes d'un silence pesant.



Juste après avoir posté ces dernières vidéos et fermé son blog, Mrfriend123 a envoyé cet ultime message à ses followers.
"Vous savez maintenant ce qui s'est produit. Continuez de vous toucher."




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Les usagers de Tumblr continuent de se questionner sur la signification des énigmes de Mrfriend123, tandis que plusieurs personnes - sérieusement ou pour la blague - proclament avoir compris ce que cet homme tentait de dire, et suivre ses préceptes. Parmi tous ceux qui s'expriment ouvertement, toutefois, personne ne semble capable de donner une explication claire à ce phénomène étrange. Le blog a disparu, certains éléments ont été perdus, il semble que le mystère de Mrfriend123 doive rester entier.





Traduction : Tripoda

Texte original (un peu réarrangé à ma sauce)
Playlist complète
Divers contenus inutilisés ici.

samedi 26 septembre 2015

La poupée

Je lui ai donné la poupée le jour de son anniversaire.
Elle l'a tout de suite adorée, elle m'a dit qu'elle était magnifique, ses cheveux étaient tellement doux et sa robe super mignonne. Elle ne la quittait plus des yeux. Durant la journée, elle l’asseyait sur la table pour qu'elle puisse la regarder en faisant le ménage. La nuit, elle la posait près du lit, pour qu'elle nous regarde, pendant notre sommeil, ses grands yeux bleus immobiles dirigés vers le lit.



Mais l'amour de ma femme pour la poupée a brusquement changé. J'ai rapidement compris que quelque chose clochait. Je lui ai demandé, évidemment, mais elle ne voulait rien me dire, et répétait que c'était moi qui disait n'importe quoi. 


Mais jour après jour, elle se fermait de plus en plus. Jusqu'à ce que je n'en puisse plus. L'ultimatum : soit elle me disait ce qu'il se passait maintenant, soit je l'emmenais de force voir un docteur. 
Alors elle a cédé et lâché ce qu'elle avait sur le cœur. Elle m'a dit que c'était la poupée, qu'elle avait changé. Qu'elle avait l'impression de se faire constamment observer. Il semblait même que celle-ci bougeait. 


Ça m'a bien entendu inquiété et j'ai décidé de jeter un coup d’œil à cette poupée. 
Elle était assise, immobile, sur la table de chevet dans la chambre. Ses grands yeux bleus fixes toujours aussi beaux. Je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir un soupir de soulagement. Bien sûr qu'elle ne bougeait pas, c'était impossible ! J'allais faire demi-tour lorsque j'ai vu un tout petit mouvement du coin de l’œil. Je suis retourné vers la poupée pour coller mon visage au sien et fixer ses yeux. 
Quelque chose bougeait.
J'ai essayé de me concentrer, tenté de regarder plus près. Oui, incontestablement, il y avait un mouvement. Mais pas de l’œil lui-même ; c'était juste derrière. Avant que je puisse enregistrer quoi que ce soit, l’œil est sorti de son orbite pour laisser sortir dix petits asticots qui gigotaient.
Choqué, j'ai brusquement reculé, faisant tomber la poupée. 


Ma femme m'a appelé pour savoir ce qu'il se passait, mais je lui ai dit de pas s'en faire. 
J'ai donc pris la poupée, utilisé un mouchoir pour nettoyer les vers, et en pressant la peau et le plastique j'ai vu qu'il y en avait plein d'autres à l'intérieur.




Trop tôt, beaucoup trop tôt. J'avais espéré qu'elle tiendrait mieux. Je vais devoir lui en trouver une nouvelle, peut-être la garder en vie au début pour qu'elle dure plus longtemps. 
En jetant la vieille poupée, je me suis rappelé de ce que ma femme m'avait dit à propos des belles boucles blondes de la petite Kathy qui habitait quelques immeubles plus loin. N'avait-elle pas aussi de grands et beaux yeux bleus ?


mercredi 23 septembre 2015

Câblage défectueux

Il n’y a pas si longtemps, j’ai remarqué un bruit étrange provenant du climatiseur dans le mur du salon. Au début, c’était presque imperceptible comparé aux bruits typiques d’un appareil. Ça a commencé par un léger cliquetis qu’on ne pouvait entendre que quand la machine était allumée. Je l’ai d’abord attribué à l’âge de l’appartement et à celui de son électroménager. Dans l’ensemble, les appareils n’étaient pas si vieux, mais sans un entretien régulier, les choses s’usent et se cassent très rapidement. Tout dans cette habitation faisait du bruit. La machine à laver tremblait, le lave-vaisselle faisait penser à un jet en train de décoller, et le frigidaire claquait toutes les minutes et produisait un bourdonnement si puissant que je devais augmenter le volume de la télévision pour pouvoir écouter mes émissions. Vous vous doutez donc que ça ne me paraissait pas bien grave si l’air conditionné cliquetait un peu de temps en temps. J'avais fini par me convaincre que ce n'était dû qu'à l'âge de l'appareil.

C’était avant qu’il se mette à faire ce bruit de plus en plus souvent. Je l'ai remarqué pour la première fois le jour où je l'ai allumé et que le bruit ne s'est pas arrêté après quelques secondes comme il en avait l’habitude.

Je me suis dit qu’il valait mieux prévenir le propriétaire pour que la maintenance vienne résoudre le problème. Après environ une minute, le bruit ne s’est plus fait entendre et cette pensée a sombré dans mon esprit.

Une semaine était passée quand j’ai remarqué d’autre événements étranges. Des grattements dans les murs, l’électricité qui s’éteignait et se rallumait, parfois un claquement sourd pendant la nuit. Encore une fois, des choses qui pouvaient arriver à cause de l’âge des installations, peut-être une souris qui était rentrée dans le mur, ou bien un voisin bruyant qui venait d’emménager.
Je me disais qu’on pouvait trouver une explication à tout. À côté de ça, je travaillais beaucoup et n’avais pas énormément de temps libre à dépenser, donc ça ne me perturbait pas. Mais quand des objets se sont mis à disparaitre dans mon petit appartement d’une chambre, j’ai commencé à m’inquiéter sérieusement.

Je n’avais pas passé de temps chez moi pendant ce qui m'a semblé être quelques semaines. Entre le travail et les amis, je ne rentrais que pour me laver et dormir. Il m’est venu l’idée que je devrais essayer de faire une inspection approfondie des lieux et trouver où mes affaires avaient atterri. J’ai remarqué que plusieurs objets avaient été déplacés : la télécommande de la télévision, une calculatrice, plusieurs paires de chaussettes et une chaussure. Je me suis alors mis au travail, pièce par pièce (il n’y en avait que 4 à dire vrai). J’ai fouillé de fond en comble pour retrouver mes affaires et j’ai remarqué de plus en plus d’objets manquants.

Tout en me demandant où tous ces objets avaient pu atterrir, j’ai allumé la TV, je me suis assis dans ce qui avait autrefois été mon canapé, à présent un étranger dans ma propre demeure, et j’ai remarqué quelque chose. La télévision n’était pas allumée. J’ai essayé d'allumer ma lampe, mais rien ne s’est passé. En proie à l’irritation, j’ai lâché un juron.
Je me suis levé et ai tourné la molette de ma stéréo : rien. J’ai testé tous les appareils pour voir si l’un d’entre eux fonctionnait. En vain car aucun n’était en état de marche, à part, étrangement, l’air conditionné qui faisait de plus en plus de bruit. Un puissant cliquetis s’est fait entendre pendant quelques minutes avant de s’atténuer. J’ai entendu un claquement sec et l’appareil s’est arrêté de fonctionner à son tour.
J’ai pensé, sans être totalement convaincu, qu’il y avait eu une coupure de courant et que l’électricité reviendrait le lendemain. J’ai eu du mal à m’endormir cette nuit-là. Les voisins faisaient un boucan exceptionnel et la coupure de courant m’avait rendu nerveux. Je me suis réveillé pour me rendre compte que le courant n’était toujours pas revenu.

J’ai pris une douche, me suis habillé et me suis rendu à la porte de mes voisins pour leur demander si ils avaient eu des problèmes similaires. J’ai frappé plusieurs fois, sans obtenir de réponse. J’ai décidé que c’en été assez, j’ai été au bureau de maintenance pour me plaindre de tous ces problèmes et, avec un peu de chance, les résoudre. Quand j’ai ouvert la porte, l’odeur viciée de renfermé m’a sauté aux narines. L’endroit était en  désordre, le bureau était couvert de paperasse et de cendres de cigarette, la peinture des murs était écaillée, il y avait des taches dégoulinantes sur les vitres et la télévision fixée au mur ne diffusait que de la neige. Derrière le bureau était assis un homme, mince et grisonnant, qui avait l’air de ne pas s’être lavé depuis une semaine. Je lui ai expliqué que tous mes appareils avaient soudainement arrêté de fonctionner. Il m’a jeté un regard sarcastique avant d’attraper brusquement sa boite à outils et de me suivre jusqu’à mon appartement.

Je lui ai dit que je l’aurais appelé si le téléphone avait fonctionné. Je l’ai aussi prévenu que je ne pensais pas que ce soit dû à une panne de courant car la climatisation avait fonctionné un peu avant de s’éteindre.
Il m’a proposé d’aller y jeter un coup d’œil, avant de se rendre devant l’unité. Il a dévissé la coque et a regardé dedans. Il a allumé sa lampe torche et s’est mis à fouiller les entrailles et à dévisser différents composants avant de s’interrompre soudainement et de sortir de l’appareil un petit objet accroché à un fil qui ne semblait pas provenir de la machine. Il m’a regardé avec un sourcil froncé.


Il m’a demandé si ça m’appartenait, mais je ne pouvais pas identifier la chose. Il m’a expliqué que c’était une de ces caméras espionnes. Avec un regard sournois, il m’a demandé si j’avais amené des femmes chez moi pour les filmer en secret.
Je lui ai demandé ce que cette chose faisait chez moi, je commençais à être effrayé et un peu irrité.
Il a haussé les épaules et a dit qu’il allait voir où le fil mènerait. Il l’a suivi de ses mains puis a arrêté pour regarder à l’intérieur de la cavité.
Il avait trouvé un petit trou dans le mur. Il a sorti son marteau et s’est mis au travail en enlevant des morceaux du mur et en suivant le câble. J’étais terrifié.


’Qui a mis ça là ?’, ‘Ce vieux type crade me regardait ?’, ‘Est-ce qu'il y a d'autres machins comme ça chez moi ?’. Toutes ces questions me torturaient l’esprit tandis que je le regardais travailler.
Il a marmonné quelque chose entre ses dents. Impatient, je lui ai demandé ce qu’il avait trouvé.


Quelqu’un avait apparemment raccordé tous mes branchements. Il s’est reculé pour me laisser voir ce dont il parlait.
Je lui ai demandé pourquoi quelqu’un aurait voulu faire ça et il m’a répondu qu’il supposait que c’était pour voler mon électricité. Il m’a demandé si j’avais remarqué quelque chose. Son ton calme me poussait à bout. 


J’ai repensé aux bruits étranges que j’entendais dans mes murs, les grattements, les lumières qui s’éteignaient sans prévenir. Ce qui me semblait autrefois anodin me faisait maintenant battre le cœur à toute allure.
Je lui ai dit que j’avais remarqué quelques petites choses çà et là mais que je n’avais pas été très présent ces deniers temps.


Il m’a regardé comme si je débarquais de la planète Mars, puis s’est remis à suivre les fils dont le réseau ne cessait de s’étendre. Certains fils nous menaient à d’autres caméras miniatures, cachées derrière des conduits d’aération et dans les coins d’ombre. L'une d'entre elles avait même son objectif dissimulé dans l’œil d'un portrait.
Je me demandais comment il se faisait que je ne les avais pas remarquées avant. Mon cœur battait de plus en plus vite à mesure qu’il trouvait de nouvelles caméras. Il a continué à les débusquer, une par une. Il est apparu que tous mes appareils électroménagers avaient été reliés à un câble commun qui menait à ma chambre. Mon cœur s’est arrêté de battre.

Je lui ai demandé depuis quand c’était là, et il m’a répondu que ça ne devait pas faire très longtemps, car ils vérifiaient toute l’installation d’un appartement avant de le louer.
Il a continué à creuser le mur avec son marteau en suivant les câbles qui m’emplissaient d’appréhension, jusqu’à s’arrêter devant le dernier trou qu’il avait ouvert pour regarder dedans avec  sa lampe. D'après lui, les deux murs étaient séparés par un espace assez large, et il y avait quelque chose qui brillait à l’intérieur.Il a creusé une ouverture assez grosse pour pouvoir rentrer, et a disparu dans le mur de ma chambre. 


Il en est ressorti quelques secondes plus tard avec une expression sinistre sur le visage. Son teint était devenue pâle : il ne ressemblait plus à l’homme calme et sans peur qu’il était avant de pénétrer dans le mur.

Il m’a prévenu que ce qu’il allait m’annoncer n’allait pas me plaire. C'était une pièce cachée, pleine d’écrans et d’autres appareils. Il semblait que quelqu’un vivait dedans mais il n’avait vu aucune trace de lui. Il a dégluti et m’a conseillé de déménager.





Le jour même, j’ai fait mes bagages et je suis parti m’installer chez ma mère. Je n’avais pas envie de passer une seconde de plus dans cet appartement. Pendant les jours qui ont suivi, la police a inspecté les lieux. Ils ont trouvé vingt écrans, tous reliés à des magnétoscopes installés dans ce petit habitacle creusé entre les murs. Étrangement, aucune cassette n'avait été trouvée. Aucune trace non plus de cette chose qui m’avait regardé pendant toutes ces nuits.


Quelques semaines s’étaient écoulées quand une petite boite est arrivée sur le perron de la maison de ma mère. Rien n’était indiqué dessus, mais il contenait toutes les affaires qui avaient disparu de mon appartement. J'y ai aussi trouvé un morceau de papier déchiré et sale avec un message à peine lisible griffonné dessus :







CETTE NOUVELLE MAISON ME PLAIT BEAUCOUP PLUS




Traduction : Ruthveun

Creepypasta originale ici

lundi 21 septembre 2015

La créature du sentier

Il était une fois un village rural, très petit et silencieux. Il était tellement petit qu'il n'y avait qu'une seule route qui y menait, que les visiteurs empruntaient souvent pour s'y rendre et en sortir. Cependant, il y avait une règle importante que les citadins imposaient à propos de cette route : ne jamais y aller seul.

Elle était strictement appliquée par les villageois, mais un jeune garçon curieux du village décida de briser cette règle. Il partit un jour, quand personne n'était dans les alentours, pour explorer
seul la route.

Tandis qu'il s'approchait du chemin pour la première fois, il réalisa qu'il y avait quelque chose de vraiment étrange à son propos. Même s'il savait qu'il y avait toujours des gens qui venaient dans la ville, la route elle-même semblait être à peine empruntée.

Les mauvaises herbes avaient grandi sur tout le chemin, et il était si mal entretenu qu'elles arrivaient jusqu'à la taille du garçon. C'était difficile de marcher vite, mais ça ne le dissuada pas.

Déterminé à rendre son voyage utile, il s'enfonça dans le fourré, en regardant par dessus son épaule de temps à autre pour être sûr que personne ne regardait. Il se dépêcha, en espérant sortir du champ de vision de n'importe quel passant.

Cependant, l'allure du garçon fut soudainement coupée par le bruit de quelque chose qui bougeait dans l'herbe, près de lui. Son cœur fit un bond tandis qu'il stoppa, regardant et écoutant la source de la perturbation.

La prolifération était tellement épaisse qu'il ne pouvait rien voir, mais il pouvait entendre le bruit de quelque chose qui rampait, dans l'herbe près de son pied. Il pouvait deviner que ce n'était pas très grand, mais quelque chose lui donna une sensation horrible... La sensation d'être traqué.

Le garçon fut submergé par un sentiment de désespoir croissant tandis qu'il réalisait qu'il était allé trop loin sur la route pour pouvoir rebrousser chemin avant que la créature ne l'atteigne, et l'herbe l'empêchait de se déplacer à sa pleine vitesse.

Soudainement, le garçon sentit qu'il était observé. La créature l'avait repéré. Du coin de l’œil, il pouvait discerner une large paire d'yeux et des canines, longues et aiguisées, fixées sur lui. Le cœur du garçon battait à tout rompre alors qu'il se retournait pour faire face à la créature.

Soudainement, une main agrippa son bras. Le garçon sursauta et regarda, juste pour voir le visage d'un des plus anciens du village. "Idiot ! Tu n'as rien trouvé de mieux que de venir ici seul ?" L'homme saisit le garçon et courut avec lui jusqu'au village.

Le cœur du garçon s’emballa alors qu'il sentait que la créature les suivait, mais elle ne les rattrapa pas. Ils coururent, en suffocant, jusqu'à s'être échappés et rentrés dans la ville.

Après avoir repris leur souffle, le vieil homme gronda le garçon, pour avoir ignoré les avertissements des villageois. Quand il eut fini, il leva les yeux et soupira. "Je pense que tu es assez grand. Tu as le droit de savoir."

L'homme conduisit le garçon jusqu'à sa maison. Elle était vraiment très grande et, tandis qu'ils entraient, le garçon vit des étagères remplies de livres à propos de créatures dont il n'avait entendu parler que dans des histoires.

Des hommes mystérieux en blouse de laboratoire étaient assis, en train de les étudier. Le vieil homme emmena le garçon dans une salle, au fond. Il s'éloigna, et dit : "Je vais te dire la vérité à propos de ce que tu as vu aujourd'hui..."

Tout à coup, l'homme se tourna face au garçon, le regardant fixement. Son regard perçant le figea sur place.
"Mais d'abord, je dois te poser une question..."






 Traduction : RedRaven

Texte original

vendredi 18 septembre 2015

Sujet A24

Trouvé sur le blog  http://www.ma-vie-en-internat.blogspot.fr (supprimé depuis).

Bonsoir à tous, désolé de pas avoir écrit depuis un moment mais l’internat c’est vraiment terrible, j’ai plus aucun temps pour moi. Pour donner des nouvelles, je suis toujours au CHU de ***** en 5ème année de médecine.

Alors en rangeant les archives un soir (oui les internes sont de vrais esclaves), j’ai retrouvé un document audio bizarre et qui avait l’air de dater. C’était dans un vieux carton pourri, bien caché en haut d’une étagère. Il avait failli me tomber dessus !
Bref. C’est une expérience faite par un certain Docteur Malibot. Enfin, c’est le nom écrit sur une des cassettes.
Quand elle m’a vu avec le carton, la vieille bique de bibliothécaire a appelé mon chef de service et me l’a pris. Mais bon, vous me connaissez, j’ai réussi à garder une cassette dans la poche de ma blouse.
Au fond je pense que je ne devrais pas retranscrire ce qu’il y a. Encore moins le mettre en ligne sur mon blog. Mais, je ne sais pas... Si c’est ce que je crois, j’ai l’impression que je dois le publier.

Je dois cependant préciser deux choses qui sont assez perturbantes dans cet enregistrement.
La plus dérangeante (et je vous jure que c’est vraiment horrible à entendre) : la voix n’a - malgré le registre et les mots utilisés - aucune émotion. Mais vraiment aucune. Avoir eu à réécouter plusieurs fois cette voix morne... Ça m'a vraiment mis mal à l'aise. Pourtant, j'en ai vu de ces trucs à l'hôpital !
Ensuite, et ça je m’en suis rendu compte au bout de quelques écoutes : le seul son que l’on entend est la voix de la « patiente ». Aucun bruit de respiration, ni d’objet.


"17/12/1999
Début de l’enregistrement, compartiment A24 :

C’est quoi cet endroit ? Il fait noir. Je... Je ne peux pas bouger, aidez-moi... C'est quoi ces électrodes sur mon front ? Pourquoi y'a des fils partout ?
Il fait froid ici. J’ai froid, j’ai horriblement froid. Pourquoi je ne peux pas bouger ?!
Ok, tu peux t’en sortir. Concentre-toi sur une petite partie de ton corps. Le petit doigt. Allez, on le bouge ! Tu peux y arriver ! Rapidement, allez... Ça... Ça... Ça sert à rien !

Où je suis, putain ? Réfléchis, réfléchis... J’étais chez moi, puis... Puis je suis sortie, j’ai traversé la rue et... Et quoi, putain ? Je me souviens de cette lumière. Je... Me souviens du camion... Je... Où je suis... ?! Oh mon dieu, mon dieu, pourquoi moi ?


De la lumière... C’est horrible ; c’est beaucoup trop blanc ! J’ai cette putain d’ampoule dans la gueule.
Qui... Qui êtes-vous ?! Pourquoi vous portez ce masque ?
Répondez... Je sais que tu m’entends, connard, arrête de me regarder comme ça...
...
Je vous en supplie.
Enlevez ce masque ! Dites-moi où je suis. Pitié. Pourquoi je ne peux pas bouger... ? Je suis sûre que vous m’avez droguée !?
Qui êtes-vous ? Je ferai tout ce que vous voulez... Je vous promets que je ne dirai rien.


Aïe. Arrêtez de me piquer. Putain, arrête avec ton aiguille. Me touchez pas. Me touche pas. Où sont mes parents ? Ma sœur ? Je sens que je glisse... Où il m’emmène encore... ? J’ai peur. Il fait de nouveau noir. Je suis fatiguée. Je ne dois pas dormir. Je ne dois pas dormir. Je ne... dormirai... pas.

18/12/1999

J'ai l'impression de devenir folle. Je ne sais plus trop si je dors ou pas...
Il fait totalement noir. J’ai toujours froid. Il a dû éteindre la lumière, ce connard. Pourquoi il ne me fait rien ? Qu’est-ce que c'est que ce détraqué... Je l’entends respirer. Je t’entends, tu sais ! Je t’entends respirer à travers ton masque.


Tu n’es pas seul... Y'a qui avec... ? Ma...


Maman ? Maman, c’est toi ?


Pourquoi tu réponds pas ? Maman, je t’en supplie, écoute-moi. Arrête de parler à l’autre ! Maman ! Maman, je suis là ! Maman !! Dans le noir ! Pourquoi la lumière est éteinte ?
Maman... Maman, pourquoi tu pleures en répétant mon nom ? Je suis juste à côté ! Je suis là ! Non, ne pars pas !! Maman...


Je dois absolument sortir d’ici !
Oh mince, j’avais pas remarqué, mon dieu ça sent fort. Le formol, le propre. L’alcool. Je dois être dans un hôpital. À l’aide... À l’aide !!! Pitié, quelqu’un...

Putain. Je dois saigner... Je ne vois rien. J'ai l'impression de me vider de mon sang.
Je t’entends, du con.
Je t’entends...
Je... t’entends.

19/12/1999

Je ne sais pas ce qu’il m’a fait, ni ce qu’il me veut. Je suis dans le noir et le silence total, mais je sens encore ces mains me toucher. Est-ce que je vais mourir... ? Sauvez-moi. J’ai peur. C’est horrible.


Je ne dois pas me laisser aller. Je sens que je perds pied. Je dois chanter.
Promenons-nous dans les bois...


Je sens que je devrais avoir plus mal que ça. J’ai l’impression d'avoir le ventre ouvert, mais ça fait pas mal. Je n’ai pas mal. Pas. Mal... Est-ce que je rêve ?


Je ne veux pas partir. Je... Je m’endors. Je sens une pression sur ma main. Il me tient la main... Il sait...  J’ai peur... J’ai...

Fin de l’enregistrement."

Il y avait aussi une note que j'ai réussi à récupérer :

"Conclusion du médecin légiste, Dr. M.
Expérience CAP,
Consiste en pose d’électrodes sur la partie frontale du cerveau.
Traduction des ondes émises par le cerveau en ondes radios enregistrées sur cassette audio.

La patiente du tiroir A24.
Son état de conscience post-mortem a duré trois jours.
Par ordre de disparition des sens :
- La vue,
- L’ouïe,
- L’odorat,
- Le toucher et la nociception (sensation de douleur ndla).
Conclusion : théorie de conscience post-mortem validée.

Note : éviter les autopsies avant minimum quatre jours post-mortem."

Le reste est illisible.


mercredi 16 septembre 2015

Preuve #5 : L'enregistrement

Archives de la police
Affaire : Disparition de l'étudiante Nancy ******, le 3*/*1/***9
Preuve #5 : Enregistrement vocal trouvé dans le téléphone portable de l’intéressée
/!\ Le fichier audio comme sa retranscription écrite contiennent des éléments susceptibles d'instaurer un malaise profond. Les agents ayant des antécédents psychologiques, de quelque nature que ce soit, sont priés de ne pas prendre connaissance de ce contenu sans avoir au préalable obtenu l'approbation d'un supérieur. /!\

 

[Début de l'enregistrement. Gémissements et pleurs, reconnus comme émanant de la victime.]

Il... Il m'a emmené... Il m'a emmené vers sa camionnette et... et... Merde... Merde...

[Bruits de sanglots étouffés. Des sons de voiture et de cahots laissent à penser que la jeune femme se trouve dans un véhicule à moteur, sur une route à la surface irrégulière]

J'ai plus de réseaux... Il m'a ligoté... J'ai réussi à me libérer et à utiliser mon téléphone, mais c'est trop tard, j'ai plus de réseaux... Y a des tas d'objets tranchants ici... Mon Dieu... Par pitié... Aidez-moi....

[Halètements succincts, lentes et grandes inspirations. Nancy tente visiblement de se calmer.]

Je... Je laisse ce message sur mon téléphone... Si on le retrouve un jour... Comme ça on saura ce qui m'est arrivé si je... Si jamais je...

[Interruption. Des grands coups sont frappés contre une paroi métallique, visiblement par le conducteur du fourgon.]

(Chuchotement) Je... Je veux dire au revoir à ma famille... Papa, Maman, je vous aime et...

[Interruption. Longs sanglots. La victime perd le contrôle d'elle-même.]

C'était un homme... Grand, très grand... Je n'ai pas vu son visage, il était caché sous un foulard et un chapeau à large rebord... Vêtu d'un large manteau noir... J'avais vu qu'il me suivait... J'hésitais à appeler la police, quand il m'a attrapé par le bras et m'a...

[Bruit de klaxon d'environ 7 secondes qui masque le reste de ses paroles.]

... j'étais à l'arrière du véhicule, ligotée. J'ai utilisé l'un des... cou-couteaux qui traînaient et... Et j'ai attrapé mon téléphone, et... Et là, j'ignore où je suis et où on va, et j'espère juste ne pas mourir !
 

[La voix part dans les aigus, avant de se briser. Visiblement, Nancy ne pense pas à arrêter l'enregistrement. L'enregistrement, pendant 15 minutes, est simplement constitué des bruits de la route et du moteur. Le véhicule quitte le sentier au bout de 13 minutes. D'après la résonance des sons, les experts estiment qu'il s'enfonce dans un complexe souterrain.]

Ça... Ça-ça y est... Il vient me... me chercher...

[Les portières arrières s'ouvrent.]

Oh mon Dieu, non ! Non ! M'approche pas ! M'approche pas !

[Bruits de lutte. Visiblement, le ravisseur tente d'extirper la victime hors de la camionnette. Son d'un choc sur le béton, l'ambiance sonore environnante est ensuite moins bien perçue, mais toujours audible. L'hypothèse la plus probable est que le téléphone de l'étudiante est tombé à terre alors qu'elle bataillait.]

Pitié... (Inaudible) de mal... S'il vous plaît... S'il vous plaît... (Inaudible) tout ce que vous voudrez...

[Froissements de tissus. Nancy se met à hurler sans s'arrêter des paroles totalement inintelligibles. Une seule phrase, répétée plusieurs fois, est compréhensible.]

Il n'a pas de visage ! Il n'a pas de visage !

[Choc sourd, craquement sec. Les hurlements de la victime s'intensifient. Bruit de chair que l'on tranche, suivi d'un long grognement assourdissant, qui n'a pas pu être identifié. Il est admis que Nancy a utilisé l'un des couteaux dans la camionnette pour se défendre, après avoir été attaquée.
Après 5 minutes, silence brutal. Bruit de peau qui se déchire lentement. Silence. Les gargouillements qui suivent sont prononcés par une voix trop grave pour être humaine.]

Skrekruskroel... skreune... Skaikraimkraimrifante...

[Silence de 30 secondes. Bruit de tissu qu'on tire. La voix devient plus aiguë, plus féminine.]

Me... Je... kruis krelle, breune aim strè strè fifante....

[Silence de quinze (15) secondes. Bruit de tissu qu'on tire. Cette fois-ci, c'est Nancy qui reprend d'une voix monotone.]

Je suis belle, jeune et très très vivante.

[Silence. La voix est ensuite pleine de joie.]

Je suis belle, jeune et très très vivante !

[Rire. Le téléphone semble ensuite être ramassé.]

Maintenant, je dois retourner chez moi.

[Fin de l’enregistrement.]


Le téléphone contenant le fichier audio a été retrouvé posé au sol par l'équipe chargée de mener des recherches, devant l'entrée d'un ancien bunker abandonné situé en pleine campagne.

Nancy, une semaine exactement après sa disparition, est retournée d'elle-même à l'université. Elle a expliqué être partie à la demande d'un ami étudiant en cinéma, Tom *******, qui souhaitait produire un film
horrifique amateur et avait demandé sa participation en tant qu'actrice. Elle n'aurait pas prévenu ses parents ni ses proches, et aucun ne connaissait l'existence de cet ami, si bien qu'ils n'ont pas pensé à l'appeler. Ledit ami a confirmé ses dires. Tous deux se sont excusés de l'inquiétude occasionnée, et ont exprimé du regret car leur projet ne verrait pas le jour à cause d'un manque de budget.

Affaire classée.


samedi 12 septembre 2015

Un samedi soir tranquille

Je suis étendu là, blotti dans le lit, au chaud et heureux sous les douces couvertures de soie, à regarder un stupide documentaire à la télé dont je n'avais jamais entendu parler. Je voudrais changer de chaîne, mais ce pot de glace aux cookies ne me laisse pas utiliser mes mains pour autre chose qu'enfourner la friandise glacée dans ma bouche. Les nuits comme celle-ci sont rares, ce n'est pas tous les soirs que la maison est vide, alors je m'assure toujours de les savourer. En fait, je ne m'attendais pas à ce que quelqu'un rentre avant le matin. C'est ce qui a rendu le son de la porte qui s'ouvrait au rez-de-chaussée si alarmant.

La panique me heurte comme un train. Je bondis silencieusement hors des couvertures, renversant la crème glacée sur le tapis blanc immaculé au sol, et j'ouvre dans un craquement la penderie à côté du lit. J'entends des pas, lourds et indiscrets, comme s'ils voulaient m'indiquer leur présence. Je soupire et ramasse la cuillère que je viens juste d'utiliser et qui devait me servir pour profiter d'une nuit de détente. Les bruits de pas deviennent plus forts, et je me fais violence pour rentrer dans l'espace vide restant de la penderie. Je ferme la porte juste au moment où l'étranger ouvre la porte de la chambre, ne m'accordant pas la moindre seconde de répit. Je le dévisage à travers une petite ouverture, son visage semble familier, mais je n'arrive pas à mettre le doigt sur le lieu où je l'ai déjà vu. Il remarque la glace renversée, et tourne la tête dans tous les sens pour observer la vaste étendue de la chambre. « Est-ce qu'il y a quelqu'un ? » appelle-t-il, d'un ton qui ne semble pas mal intentionné, mais j'ai déjà fait cette erreur auparavant. Ne jamais, peu importe les circonstances, faire confiance à l'amicalité d'une voix.

Il regarde sous le lit. Oh merde, il cherche quelqu'un. Je retiens un gémissement et commence à plier le bout de la cuillère d'avant en arrière, dans l'espoir de le briser et d'avoir un moyen de me défendre. J'ai réussi, mais ça a provoqué un petit bruit métallique. L'homme tourne sa tête, et se dirige vers la penderie ; je tremble maintenant. S'il-vous-plaît, n'ouvrez pas. S'il-vous-plaît, n'ouvrez pas. S'il-vous-plaît, n'ouvrez pas !
  
La porte s'entre-ouvre et il me voit. Nous crions d'une même voix, à cause de la peur et de la surprise. Sans hésitation, je saute sur l'homme, et j'enfonce dans tous les coins de chair que je peux le manche tranchant de la cuillère, il crie de douleur, mais je ne vais pas m'arrêter. J'enfonce profondément le manche dans sa poitrine et dans son cou, encore et encore, jusqu'à ce qu'il ne bouge plus. Je l'ai tué.

Je pleure de dégoût et dévale les escaliers. Je continue ma course hors de la maison. Je cours à toute allure sur la route jusqu'à avoir le sentiment d'être parti assez loin. Je m’assois un moment, et respire péniblement avant de retrouver mon calme. Je sors mon téléphone, j'ouvre Twitter et cherche #party, en espérant que cette fois, je vais trouver une famille qui ne ment pas quand ils disent qu'ils seront dehors toute la nuit.



Traduction : Antinotice

Creepypasta originale ici.

mardi 8 septembre 2015

Le four

Durant l’été 1983, dans une ville calme près de Minneapolis, dans le Minnesota, le corps calciné d’une femme a été découvert dans le four de la cuisine d’une petite ferme. Une caméra a aussi été trouvée dans cette cuisine, sur un trépied, et dirigée vers le four. Aucune cassette vidéo n’était présente dans l’appareil à ce moment-là.

La police a d’abord conclu à un homicide, jusqu'à ce qu'une cassette VHS sans inscription soit retrouvée au fond du puits de la ferme (qui s’était apparemment asséché plus tôt dans l’année).

Malgré son état usé, et le fait qu’elle ne contenait pas de piste audio, la police a pu être en mesure de visionner le contenu de la cassette.

On y voyait une femme s’enregistrant elle-même devant une caméra vidéo (visiblement la même que celle retrouvée dans la cuisine). Après avoir positionné la caméra de manière à être, elle et le four, dans son champ de vision, on pouvait la voir allumer le four, ouvrir la porte, pénétrer dans l’entrebâillement, puis refermer la porte derrière elle.

Après 8 minutes de visionnage, le four commençait à être violemment secoué et de la fumée noire émanait de l’habitacle. Pendant les 45 minutes suivantes, jusqu’à ce que la batterie de l’appareil tombe à plat, le four restait dans sa position initiale.

Pour éviter de choquer la population locale, les autorités publiques n’ont jamais donné aucune information au sujet de l’enregistrement, négligeant même de mentionner son existence. Personne n’a non plus été capable de déterminer qui avait déplacé la cassette vidéo dans le puits, ni pourquoi la taille et la stature du corps de la femme visible sur le contenu de l'enregistrement ne correspondaient aucunement à celles du corps trouvé dans le four.




Traduction : Ruthveun

Texte original ici

samedi 5 septembre 2015

Rose Tatoo


COMPTE RENDU D'HOSPITALISATION DE M. FRANTZ, JEREMY


   
Motif d'hospitalisation: paralysie de la main droite suite à un tatouage il y a une semaine chez un patient de 32 ans.
Antécédents notables: aucun.

Mode de vie: Comptable, célibataire sans enfants.
Tabagisme 1 paquet/jour. Alcool occasionnel.

Histoire de la maladie:
Le patient a pris il y a une semaine la décision de se faire tatouer le dos de la main droite (tatouage en forme de rose).
Apparition progressive d'une paralysie depuis le tatouage. Consulte aux urgences ce jour: hospitalisation en neurologie pour exploration.

Examen clinique à l'entrée:
Tension artérielle 134/67. Température 36.8.
Examen cardio-pulmonaire et abdominal sans anomalie.
Examen neurologique: paralysie totale de la main et de l'avant-bras droit (force musculaire cotée à 0/5), hypotonie. Au testing sensitif, anesthésie totale de la main jusqu'au poignet.
Examen cutané: tatouage d'apparence récente, aspect non infecté.



Examens complémentaires à l'entrée:
Scanner cérébral sans anomalie. 

Électromyogramme : abolition totale des influx nerveux à partir du poignet.
Radiographie de la main: déminéralisation osseuse diffuse, pas d'arguments pour expliquer les troubles neurologiques.
Examens sanguins sans anomalie.

On décide de garder le patient en hospitalisation tant que le diagnostic n'est pas posé.

Évolution dans le service:
J1. Pas d'évolution de la paralysie. Élargissement inexpliqué des traits du tatouage. Pas de signe d'infection.




 Patient angoissé par la situation: passage du psychologue dans l'après-midi.
J2. Paralysie totale persistante. Net élargissement du tatouage: la rose n'est presque plus discernable, aspect de tache sombre sans forme précise. Avis dermatologique demandé.


J3. Avis dermatologique: pas de diagnostic sur la manifestation cutanée au niveau de la main droite. Indication à une biopsie cutanée et à un cerclage de la lésion au feutre pour suivre son évolution.

Tentative de contacter le tatoueur à l'adresse fournie par le patient: aucune boutique de tatouage référencée à cette adresse. Enquête policière ouverte.

J4. Doublement de taille de la lésion cutanée par rapport au marquage au feutre. La main est maintenant entièrement noire jusqu'au poignet.




 Le patient rapporte des mouvements involontaires nocturnes de la main, non vus par l'équipe médicale.
Résultats de la biopsie cutanée: aucune structure cutanée normale retrouvée. Substance amorphe noire, non identifiée, sans cellule ni structure biologique. Culture bactériologique et mycologique en attente.
Pas d'amélioration des symptômes neurologiques.

J5. Nouvelle radiographie de la main: disparition totale des os jusqu'au poignet. Avis rhumatologique demandé: aucune explication. Décision d'exploration chirurgicale de la main droite en urgence: non réalisée car impossible d'inciser (bistouri brisé contre la peau atteinte).
 

À l'examen: extension de la paralysie au coude. Extension de la coloration noire au milieu de l'avant-bras.
Le patient présente ce jour des symptômes psychiatriques à type d'hallucination complexe: persuadé que sa main bouge seule pendant la nuit et essaye de l'étrangler. Avis psychiatrique demandé.

J6. Avis psychiatrique: délire paranoïde hallucinatoire: le patient est persuadé que sa main droite a pris son indépendance vis-à-vis de son corps. Adhésion totale du patient au délire, persuadé de la réalité de ses propos. Décision de transfert en service de psychiatrie.
Devant la progression du phénomène cutané inexpliqué, programmation d'amputation demain matin. Consultation d'anesthésie réalisée ce jour.
Culture bactériologique négative. Culture mycologique négative.

J7. À l'examen physique, extension de la coloration cutanée et de la paralysie à l'épaule droite : amputation non réalisable.
Sur le plan psychiatrique : introduction de Zyprexa à visée antipsychotique, aucune efficacité clinique. Persistance du délire sur l'indépendance de sa main droite: réaction psychiatrique probablement réactionnelle à son affection cutanée et neurologique non identifiée.



J8. Mot retrouvé ce matin au pied du lit du patient:




 Aucun souvenir d'après le patient d'avoir écrit ce mot. Ne cesse de nous répéter que c'est sa main droite qui l'a écrit. Majoration des doses de Zyprexa.
Le patient présente dans la foulée une crise clastique violente, avec destruction de tout le mobilier de sa chambre en hurlant. Tentative de s'amputer le bras avec un bistouri volé à l'infirmière, sans résultat.

J9. Crise d'agressivité au cours de la nuit. L'infirmière de nuit blessée rapporte que, alors qu'elle effectuait son tour de surveillance à 4h, le patient lui a brutalement planté un stylo dans le bras avec sa main droite, avant d'être maîtrisé par ses collègues.
Décision de contention physique du patient, appel des autorités policières.
En dehors de son caractère violent, il s'agit du premier mouvement de la main droite objectivé par un membre de l'équipe soignante. Ce matin cependant, persistance d'une inertie totale du bras.

J10. Patient retrouvé en arrêt cardiaque ce matin: échec de la réanimation, décès prononcé à 9h38.
On note immédiatement la disparition du bras droit du patient: moignon sanglant au niveau de l'épaule.
Nettes marques de strangulation au niveau de la gorge du patient.
Par ailleurs, nouveau mot retrouvé au pied du lit:







jeudi 3 septembre 2015

Barbie.avi

Je vais vous raconter ce qui m'est arrivé il y a quelques mois. J'ai vraiment besoin d'en parler à quelqu'un, peu importe qui.

Tout a commencé pendant une soirée que donnait un de mes amis. Il est artiste, et loue un loft dans une ancienne zone industrielle. Si vous voyez à quoi ressemblait Detroit dans les années 20, c'est un peu l'aspect qu'a ce quartier. Dix pâtés de maisons style début de siècle, d'anciennes usines dont la plupart ont fermé depuis longtemps.

Alors voilà, je crois que je m'étais "un peu trop" amusé ce soir là et j'avais fini par m'affaler sur un canapé. Je me suis réveillé vers 4 heures du matin. Le soleil n'était pas levé, mais j'arrivais quand même à distinguer des choses dans la lumière nocturne. Je me suis dirigé vers la salle de bains sur la pointe des pieds, en faisant attention à ne pas marcher sur les personnes ivres mortes qui dormaient à même le sol. Après avoir pissé, j'ai marché jusqu'à la fenêtre de la salle de bains pour regarder dehors la rue déserte.

J'aimais tellement ce genre d'endroits. Tellement sombres et dénués de vie, et étrangement sereins.

Je suis retourné au canapé et j'ai essayé de me rendormir. Passé 3/4 d'heure à regarder le plafond, j'ai décidé que je préférais partir. J'ai ravalé ma fierté, et j'ai appelé ma copine pour qu'elle vienne me chercher, vu que j'étais réticent à l'idée de rentrer à pied à cette heure. C'est une personne fabuleuse, elle n'avait aucun problème avec ça. Elle s'est donné une demi-heure pour arriver, en se proposant de m'appeler dès qu'elle serait sur place. La batterie de mon portable est tombée à plat 10 minutes plus tard, aussi, je suis allé m'asseoir près de la fenêtre pour la voir arriver. Je suis resté là un bon moment, assez pour commencer à m'assoupir.

J'ai été réveillé par le bruit d'un objet qui s'écrase au sol. Ce n'était pas très fort, juste assez pour me ramener à la réalité. J'ai regardé dehors pour passer la zone en revue, sans rien voir de particulier jusqu'à regarder le trottoir d'en face. De l'autre côté de la rue, près d'une montagne de sacs poubelle et d'une de ces énormes bennes, il y avait un ordinateur et son écran, écrasés contre le sol. Ils n'étaient pas là avant.

Quand ma copine est arrivée, je suis descendu pour l'accueillir. Juste au moment où j'allais monter dans sa voiture, je me suis rappelé qu'un de mes amis avait cassé la prise d'alimentation de son ordi. J'ai donc demandé à ma copine de m'attendre deux secondes pendant que j'allais inspecter les poubelles. L'écran semblait totalement inutilisable ; mais la tour n'avait pas l'air très endommagée. Je l'ai donc déposée dans le coffre, et nous sommes partis.

Une semaine s'est écoulée avant que ma copine me rappelle que la tour d'ordi était toujours dans son coffre, et qu'elle voulait que je l'en sorte. Je l'ai donc ramenée chez moi. Avant de la démonter, j'ai choisi de la connecter à mon écran pour voir si elle fonctionnait toujours, et à ma grande surprise, c'était le cas. Elle tournait sous Windows XP, et semblait avoir été débarrassée de ses données. J'ai fait quelques recherches dans le disque dur avec des mots-clés comme "nichons" ou "chatte" en pensant tomber sur des dossiers secrets pleins de porno bizarre que l'ancien propriétaire aurait oublié d'effacer - simple curiosité morbide, je suppose. Sans résultat. J'ai cherché des images : rien. Et puis, j'ai cherché des fichiers vidéo et un fichier s'est révélé. C'était un .avi titré "barbie", caché dans le répertoire WINDOWS/system32.

J'ai donc commencé la lecture du fichier. C'est là que ça devient dérangeant.

La vidéo faisait environ une heure, constituée de ce qui semblait être importé depuis un autre support. On n'y voyait que cette femme, assise sur une chaise, qui parlait adossée à un décor blanc. J'ai passé la plus grosse partie du film, et je me suis aperçu qu'il n'était constitué que de ce seul plan fixe, sans aucune interruption. J'ai alors décidé de le regarder en entier, histoire de voir ce que cette femme racontait. Mais 15 secondes après le début de la vidéo, sa voix était noyée sous un bruit de neige désagréable. C'était impossible de comprendre quoi que ce soit.

J'ai donc importé les données sous Final Cut en essayant de faire varier les niveaux afin d'isoler sa voix. C'était un peu mieux, mais je ne pouvais toujours pas comprendre. J'étais fortement intrigué maintenant, et j'ai commencé à examiner en détail ses expressions et sa gestuelle. Apparemment, elle répondait à des questions : elle s'arrêtait périodiquement de parler, et répondait un peu plus tard.

Après une quinzaine de minutes, elle commençait à rougir et à contracter ses traits, comme si les questions la dérangeaient... Mais elle continuait d'y répondre. Peu après, elle commençait à pleurer. Elle se mettait à sangloter pour le reste du film. L'un des rares mots que j'ai réussi à lire sur ses lèvres était "peau". Elle répétait ce mot, il me semble, un grand nombre de fois tout au long de la vidéo, et à un moment, tirait même sur la peau de son bras tout en le murmurant. De toute évidence, elle avait un problème avec sa peau.

Il y a encore beaucoup de choses dont j'aimerais me décharger, mais il est tard et je ne tiens plus debout. Je raconterai le reste demain.

*****

Pendant une quarantaine de minutes, la femme pleurait de plus en plus fort, jusqu'à finir par ne même plus pouvoir regarder la caméra. Après ça, elle cessait de parler - jusqu'à la fin, elle ne faisait que pleurer, la tête baissée. Étrangement, elle ne bougeait pas et ne se levait pas, le film se terminant sur un lent fondu au noir.

J'étais abasourdi.

Cette nuit-là, je me suis repassé tout le film plusieurs fois, cherchant des variations, des changements dans ses mouvements pour m'aider à comprendre ce qui se passait. J'étais tellement frustré de ne pas en savoir plus. C'est à ce moment que j'ai remarqué qu'il restait 10 bonnes minutes de vidéo après ce fondu au noir, et parmi elles une séquence supplémentaire.

La caméra tremblait beaucoup, c'était presque impossible de distinguer quoi que ce soit. Je suis tout de même arrivé à voir des jambes, marchant sur une voie ferrée. Je suppose que l'enregistrement était accidentel, étant donné que l'image n'avait pas de cadre particulier - celui qui tenait l'appareil devait l'avoir en bandoulière et avait oublié de l'éteindre, ou quelque chose comme ça. La marche durait bien 6 minutes, jusqu'à arriver à une forêt où la personne marchait sur un chemin fait de planches de contreplaqué posées sur la litière. La vidéo se terminait alors que la personne marchait toujours sur cette route de fortune.

Je me suis mis à trembler d'excitation. En effet, il y avait une voie ferrée pas loin de chez moi qui était très similaire à celle dans la vidéo. Je devais aller vérifier ça.

J'ai appelé mon ami Ezra ; 2 mètres de haut et 110 kilos de muscles. Je l'ai convaincu de m'accompagner pour une petite aventure. Ça peut paraître un peu puéril, mais j'avais aucune idée de ce que j'allais trouver dans ces bois, un peu de force physique ne pouvait pas faire de mal. L'idée d'enquêter sur cette vidéo m'excitait tellement que je n'arrivais plus à dormir.

Le matin suivant, c'était un samedi ensoleillé, j'ai pris ma lampe torche, mon appareil photo et mon couteau, une belle lame de 17 centimètres à finition noire et à tranchant dentelé, avant de passer prendre Ezra. Au moment où je suis arrivé chez lui, il n'était même pas réveillé. Et quand je l'ai réveillé, il m'a envoyé chier. J'avais déjà rassemblé mon matériel et j'étais mentalement préparé, aussi, j'ai décidé d'y aller sans lui. J'ai garé ma voiture devant la gare, j'ai pris mes affaires, et j'ai sauté sur les voies.

Au bout de deux heures de marche, j'ai aperçu une vieille planche de contreplaqué et mes jambes se sont mises à trembler d'excitation. J'ai cherché le sentier à proximité, et il était là : une petite piste de planches contiguës qui s'enfonçait dans la forêt.

Je me suis lentement avancé sur le sentier, en faisant bien attention à tout ce que je voyais. Je m'arrêtais de temps en temps, mettant un genou à terre, dans l'espoir d'entendre quelque chose ou quelqu'un. Mais c'était le calme plat. C'est peut-être une des expériences les plus angoissantes que j'ai tentées. Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre au bout de cette piste.

Et puis, j'ai fini par apercevoir une clairière herbeuse au milieu de cette forêt dense. Et une maison s'y trouvait, envahie par la végétation. De par son aspect, je dirais qu'elle devait être inhabitée depuis 20, peut-être 30 ans. J'ai pris mon appareil et j'en ai pris quelques photos. À quelques mètres du bâtiment, il y avait une cabane à outils faite de tôles rouillées. Je me suis assis un moment entre les arbres, absorbé par ma contemplation.


La cabane (vue depuis l'intérieur de la maison).
 J'étais réticent à l'idée de m'aventurer en terrain découvert, par peur d'être vu.

Ça m'a pris un moment pour rassembler assez de courage pour aller dans la maison. La porte était entrebâillée. Je l'ai poussée tout en allumant ma lampe torche, et j'ai constaté avec soulagement que l'intérieur était en fait bien éclairé. J'ai rangé ma lampe et pris mon appareil pour prendre quelques photos de plus.
Il n'y avait aucun meuble. Des briques, des morceaux de bois et des gravats étaient éparpillés sur le sol, et certains murs étaient percés d'énormes trous. En entrant à l'intérieur pour explorer plus en détail, j'ai vu certaines choses auxquelles je n'ai pas beaucoup prêté attention sur le moment, mais quand j'y repense aujourd'hui, ces choses-là me dérangent profondément.

La première chose qui m'a parue un peu étrange, c'est cette porte que j'ai vue dans la première salle, et qui, je suppose, menait à la cave. Comparée au reste de la maison, elle paraissait beaucoup trop neuve. C'était la seule porte verrouillée dans tout le bâtiment.
Et puis, quand je suis allé visiter l'étage, j'ai aussi vu des chaises et une table pliante, elles aussi en un peu trop bon état. Mais, sans que je sache vraiment pourquoi, ce qui m'a le plus dérangé, c'est la salle de bains. La poussière sur le miroir avait été essuyée, et dans la baignoire reposait une bâche de plastique translucide qui était encore couverte de gouttes d'eau, provenant, je suppose, de son dernier lavage.
C'est à ce moment que j'ai entendu ce gémissement. J'ai paniqué. J'ai sauté par la fenêtre, manquant de me tordre la cheville, et j'ai couru jusqu'au sentier.

À mi-chemin, j'ai réalisé que ce gémissement ressemblait au bruit d'une conduite d'eau qui se dilate sous l'effet du courant, et ce court moment de soulagement s'est mué en angoisse quand je me suis demandé comment une ruine au milieu des bois pouvait avoir l'eau courante.



Ça fait un peu plus de 2 mois que ça s'est passé et je ne suis pas retourné là-bas - pas que j'aie prévu de le faire, en fait...




Les vidéos. Notez que la vidéo d'origine est en 6 parties, mais seules trois ont pu être mises en ligne (1, 2 et 4).



Traduction : Tripoda

Texte original ici.

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, une théorie plutôt solide a été élaborée par les lecteurs anglophones pour expliquer les vidéos. Je ne la trouve pas totalement satisfaisante si on prend en compte le contenu du texte (qui certes n'est probablement pas "officiel"), mais il faut admettre qu'elle est assez convaincante. Vous pouvez en voir un résumé en suivant ce lien (vidéo en anglais).

mardi 1 septembre 2015

Un temps de chien

Voilà, les flics viennent de partir de ma chambre d’hôpital, j’ai fini ma déposition. Même si j’ai toujours des nausées et que j’ai arrêté de dégueuler, j’ai assez de force pour écrire mon histoire. Ça s’est passé avant-hier, pas très loin de chez moi.

Après de bons et loyaux services, mon vieux scooter avait rendu l’âme, et mon pote, qui me ramenait souvent chez moi quand j’étais en panne, était absent depuis quelques jours (c’était le roi de la sèche et du rendez-vous galant pendant les heures de cours).

Le jour où ça s’est passé, je finissais tôt (15 heures) et le car scolaire avait du retard. Aucune info sur son heure d’arrivée, aucune envie de poireauter, j’avais des fourmis dans les jambes, j’avais envie de bouger après une heure de philo chiante à en mourir. De nature sportive, j’ai donc décidé de faire les cinq kilomètres jusqu’à chez moi à pied (ça m’arrivait souvent de le faire).

Le temps était lourd, orageux. J’ai bien vu des nuages noirs assombrir l’horizon, mais je me suis dit qu’en marchant vite je pouvais être à la maison avant eux. Je me trompais. Cinq minutes plus tard, les éclairs illuminaient le ciel obscur. Ensuite les coups de tonnerre, rapprochés, si puissants que je devais me boucher les oreilles. Avant les premières gouttes de pluie, j’ai commencé à courir, pensant encore être épargné. Puis un vrai déluge s'est abattu sur moi, un déluge comme je n’en avais jamais vu. Et ce vent... Un vent du diable. Tous les blés autour de moi étaient couchés. La pluie était glaciale, j’étais trempé jusqu’aux os, je maudissais mon initiative.

Mais ce n'était que le début. Des grêlons de la taille d’une balle de golf ont commencé à s’éclater sur le bitume. Le ciel, la terre, mon corps, tout craquait, un bruit d’enfer, comme des impacts de balle sur un mur ou une carrosserie. Franchement, j’ai vraiment cru que j’allais y passer, et au moment de retourner au bahut, une vieille estafette s’est arrêtée à ma hauteur. Je n’aurais jamais dû y grimper, j’aurais dû crever sous l’orage, ou me taper la permanence, plutôt que de faire ce que j’ai fait.

Le conducteur était un fermier, un gros gaillard bedonnant à l’air sympa, malgré ce sale rictus qui pointait constamment vers son oreille gauche. Les énormes grêlons continuaient à abîmer la carrosserie de son estafette et lui il souriait bêtement, sans rien dire, sans même m’inviter à monter dans sa caisse. C’est pourtant ce que j’ai fait, je suis monté et il a redémarré.

Je lui ai dit que j’habitais à l’entrée du village, et qu’il était vraiment sympa de me ramener chez moi. Il m’a répondu que lui habitait moins loin et qu’avec ces grêlons, sa caisse allait finir par ressembler à une passoire. Je n’avais pas d’autre choix que de le suivre.

Sa ferme n’était qu’à une centaine de mètres. À l’intérieur un salon, immense, tout en lambris et en poutres, avec une grande table en chêne foncé, des têtes d’animaux empaillées sur les murs ainsi que divers objets africains ou d’ailleurs. Une seule fenêtre, assez petite, était visible à côté de la porte d’entrée. Cela rendait l’endroit plutôt austère, un peu sombre, juste éclairé par un lustre et ses ampoules faiblardes qui grésillaient sur un cerceau en fer forgé. Je ne peux pas dire que je m’y sentais très bien mais bon, les fermiers n’ont pas la réputation d’être les rois de la déco.

Glacé jusqu’aux os, j’ai accepté la douche chaude qu’il me proposait (il a vraiment insisté). J’ai aussi accepté les vêtements de son fils. La douche était sur le palier, à l’étage, la première porte d’un long couloir assez sombre.

Pendant ma douche, j’ai entendu un cri. J’ai arrêté les robinets pour écouter plus attentivement. Mais dehors, l’orage grondait. J’ai pensé qu’il en était à l’origine, ou peut-être que je me faisais des idées à cause de cette salle de bain, aussi mal éclairée que le salon, que le couloir. Une lucarne laissait passer le flash des éclairs, et quand je suis sorti de la douche, sur le mur face à moi, j’ai vu comme l’ombre d’un tronc ou d’un corps démembré. La tête bougeait, allait de droite à gauche, comme si, peut-être, quelque chose était en train de la torturer. Puis elle a disparu dans le projecteur des éclairs suivants. À ce moment-là je me suis dit que j’étais victime d’hallucinations.

Je me suis rhabillé, je suis sorti de la salle de bain, et au moment de descendre les escaliers, un son étouffé a attiré mon attention sur la droite, vers le fond du couloir. À l’aller toutes les portes m’avaient parues fermées mais là, elles bougeaient doucement, sans faire le moindre bruit. Il y en avait trois de chaque côté, plus celle du fond. Le son étouffé venait de là, je l’entendais d’autant mieux que j’avais bloqué ma respiration.

J’avoue que, malgré la douche, je ne me sentais pas très bien. Je commençais à me dire que cette bâtisse était assez glauque pour se faire un tas d’idées dérangeantes, comme par exemple être la victime d’un film d’horreur et que derrière l’une de ces portes, un gars costaud, au rictus malsain, est prêt à vous éventrer et à étendre vos tripes sur une corde à linge. Mais je ne voulais pas me laisser impressionner, je suis costaud moi aussi et je me persuadais que dans ce bled paumé, jamais rien d’horrible n’était arrivé.

Je me revois encore m’avancer vers la porte du fond qui s’ouvrait un peu plus à chacun de mes pas, je revois encore cette moitié de lit coincée dans l'angle gauche de la pièce, et ce quelque chose bouger dessus. J’entends encore ses cris étouffés, comme si on lui avait enfoncé un bâillon dans la bouche. Purée, si j’avais su que c’était lui.

Je me suis arrêté là, tétanisé, frigorifié. J’avais l’impression que je portais toujours les mêmes vêtements mouillés. La porte aussi avait arrêté de s’ouvrir, elle semblait bloquée à moitié, ne m’en dévoilant pas plus sur le reste de cette pièce et sur la chose qui bougeait dans la pénombre, sur le lit.

Je devais faire l’effort d’avancer. Ce que je m’apprêtais à faire, lorsque j’ai senti une pression sur mon avant-bras. Je me suis retourné vivement, le poing en l’air, prêt à frapper.

Le visage surpris du fermier a retenu mon geste. Au même moment, j’ai senti quelque chose passer entre mes jambes avant de filer dans l’escalier. C’était un chat. J’ai ri comme un con, soulagé. Je me suis excusé auprès du propriétaire, il m’a alors invité à souper. J’ai accepté car j’avais sauté le repas du midi et toutes ces émotions m’avaient fait un creux dans l’estomac. Avant de le suivre et de redescendre les escaliers, j’ai jeté un coup d’œil derrière moi : toutes les portes étaient fermées. J’ai alors haussé les épaules et j’ai mis ça sur le compte d’une stupide paranoïa. Putain, j’aurais dû aller l’aider, je suis sûr que c’était lui sur le lit.

Une fois en bas, j’ai été surpris de constater que le fermier avait déjà mis la table ; une assiette, des couverts, un verre, étaient disposés à chaque extrémité. Je me suis installé près de la porte d’entrée, lui à l’autre bout.

En guise d’entrée, un plat de charcuterie. En enfilant les bouchées il s’est mis à jacter un peu plus. Il a commencé par la météo et m’a dit qu’ils prévoyaient un temps de chien jusqu’en début de soirée. Je l’ai cru.

Puis il a apporté un plat de viande, du bœuf maison, m’a-t-il dit. C’était bon. Je mangeais correctement, avec mes couverts ; lui, il arrachait la viande de sa côte de bœuf à grands coups de mâchoire. Dans le silence de la maison ça faisait le même bruit qu’un mec à qui on arracherait la peau avec les dents. Je n’entendais que ça. Et il me regardait en mastiquant, l’air satisfait. Je n’avais jamais vu un mec manger aussi salement. Par des petits signes de tête, il m’invitait à en faire autant. Son attitude commençait à me couper l’appétit, mais pas suffisamment pour continuer de bouffer à cette viande juteuse, accompagnée de légumes pimentés. Ma gorge a commencé à me piquer, mais le fermier avait tout prévu, en l’occurrence du pain et du Coca-Cola. Je l’ai remercié, mais intérieurement. En regardant ce souillon, je me disais qu’il avait toute la panoplie de l’ogre qui veut engraisser son invité. Mais mon esprit, rationnel et matheux, refusait cette connerie de conte pour enfants.

Avant de m’apporter le fameux dessert (comme il disait), il a commencé à me parler de sa vie. Ma vie à moi était plutôt plate, je n’avais rien d’intéressant à dire, alors je l’ai simplement écouté. Sa plus grande passion : faire des safaris avec ses fils. Il m’a dit avoir chassé dans les quatre coins du monde, avant d’élever un peu de bétail. Il me disait avoir un grand respect pour les coutumes locales de chacun des pays où il avait chassé, et revenait souvent avec des objets pittoresques. Inde, Pakistan, Guinée équatoriale, Iran, Groenland, Mexique, Nicaragua, Amazonie, Papouasie, Nouvelle Guinée, ce type était un vrai globe-trotter de la gâchette. En arrivant je n’avais pas remarqué les petits cadres-photos entre les têtes d’animaux et les objets africains. Le fermier, Charly de son prénom, posait avec toutes sortes d’indigènes et de bêtes crevées. De ce que je voyais, il n’y avait pas une seule trace de ses fils. Quand je lui ai posé la question, son visage s’est fermé. Il m’a répondu qu’il n’avait jamais eu d’enfants, que je disais n’importe quoi, que j’avais mal compris. Il s’est soudainement énervé, et m’a sorti qu’en Guinée Équatoriale, on m'aurait bouffé pour avoir manqué de respect à mes hôtes ! Là, il s’est arrêté de parler, m’a regardé fixement, a serré son couteau si fort que je pouvais voir la blancheur de ses doigts. Putain, je ne savais plus quoi faire, me barrer en courant comme une poule mouillée, ou rire de sa connerie.

C’est ce que j’ai fait, j’ai fait semblant de rire bêtement, grossièrement. Il a remis son sale rictus sur sa tronche porcine, en passant sa langue sur ses grosses lèvres recouvertes de barbe. Et c'est là que mon sourire a décliné. J’ai entendu à nouveau les cris étouffés, au-dessus, au premier étage. J’ai alors jeté un coup d’œil à la fenêtre : une pluie battante avait remplacé la grêle. La porte n’était qu’à quelques mètres. D’un bond, j'aurais été dehors, m’enfuyant et laissant ce gros lard finir seul le souper.

Au moment de me lever, le chat a sauté sur la table, j’ai hurlé comme une petite fillette. Lui aussi a poussé un cri, avant de dire « maman ! » et de faire semblant d’avoir peur. Puis il s’est mis à rire grassement, se tapant le bide en pointant tour à tour moi et le chat. La honte de ma vie. Je me suis trouvé complètement con, je me suis excusé. En continuant à rigoler (comme un goret), Charly s’est levé pour m’apporter « son excellent dessert ». J’ai protesté énergiquement, je lui ai dit que je n’avais plus faim, mais il ne m’a pas écouté et il a disparu sur sa droite, dans un renfoncement que je ne pouvais pas voir d’où j’étais placé. À ce moment-là, je me suis dit que ce mec était complètement barge, je ne voulais rien avaler de plus, je voulais rentrez chez moi ! C’est ce que j’ai été lui dire car je ne voulais pas me sauver en douce, je voulais être poli, le remercier pour le repas et les vêtements. Putain d'éducation.

Il se trouvait derrière une porte qu’il n’avait pas suffisamment refermée. Au moment d’y entrer, je me suis arrêté net. C’était la cuisine. Par l’entrebâillement, je le voyais de profil, devant un frigo ouvert, dégueulasse, plein de giclures de sang et de taches brunes. Au sol, sur le carrelage, y en avait tout autant. Ce mec était le plus gros porc du monde, il mangeait salement et sa cuisine était une vraie porcherie. Ça m’aurait presque fait rire si je n’avais pas mangé sa putain de bouffe. C’est là que j’ai commencé à avoir des nausées et à me sentir faible. Mes jambes ont vacillé ; j’ai posé une main sur le mur à ma gauche, l’autre sur mon ventre.
               
Statufié devant le frigo, Charly se grattait l’arrière de la tête avec la pointe d’un couteau dont le manche était garni de plumes. Avec l’autre main, il caressait sa barbe et marmonnait des choses incompréhensibles. C’en était trop, la politesse avait ses limites. J’ai voulu me barrer mais la tête me tournait de plus en plus. D’un coup il s’est exclamé un truc du genre « c’est pour ça ! » ou « j’comprends mieux ça ! ». Il a pris une boîte de gélules sur le dessus du frigo et, après avoir retiré le bouchon, il en a vidé le contenu dans sa bouche. Puis il s’est approché de l’évier, a ouvert le robinet, et a bu comme un gosse l’aurait fait à une fontaine, en s’en foutant partout.

C’est là que nos regards se sont croisés, c’est là qu’il s’est redressé d’un coup, avec les yeux exorbités, comme s’il voyait un revenant. J’aurais aimé courir à toutes jambes, mais la tête me tournait trop et je sentais que j’allais dégueuler. Je me suis retourné, j’ai pris appui sur le dossier d’une chaise, puis je me suis concentré sur la porte de sortie.

Je n’entendais pas ses pas derrière moi, je ne savais pas s’il me suivait ou non, je voulais atteindre cette maudite porte et rentrer chez moi.

J’ai quand même réussi à l’atteindre en me cognant partout. Elle était fermée. Je me suis retourné. Charly était là, face à moi, le visage trempé de grosses gouttes de sueur, ses paupières battant comme les ailes d’un papillon. J’avais l’impression que c’était une autre personne que celle qui m'avait accueilli, et j’avais aussi l’impression que j’étais incapable de me défendre et que j’allais crever ici, à quelques kilomètres seulement de chez moi.

Il tenait son couteau au niveau du ventre dans son poing fermé, la pointe de la lame tendue vers moi. Je n’avais même pas la force de réagir, cette enflure m’avait drogué. Il m’a alors sorti des phrases que je n’oublierai jamais : " Que faites-vous ici ? ». Avant de se reprendre : « Je suis désolé, je me suis trompé, il y a trop de dessert, mon congélateur est en panne, je ne peux plus rien stocker, je ne veux pas gâcher la marchandise. Une prochaine fois, peut-être ? "

Dos à la porte, je l’ai alors traité de tous les noms, c’est la seule chose que je pouvais faire sans tomber. Il a alors planté son couteau dans le panneau et m’a écarté violemment de la porte. Je suis tombé, il m’a relevé avant de me pousser dehors. L’air frais m’a fait du bien, une pluie drue s'y ajoutait. J’ai encore tenté de m’enfuir mais ce malade m’a poussé dans son estafette en hurlant « le gibier doit rester dans l’enclos ! ».

Il m’avait jeté côté passager, à côté de lui. Je gémissais, j’avais mal au bide, mais je ne le lâchais pas de l’œil. Il conduisait lentement, le dos plaqué contre le siège, la tête bien droite, les bras tendus sur le haut du volant, le regard fixé sur la route, hypnotisé. Le silence était uniquement entrecoupé par mes indications routières et mes rots que je ne pouvais plus empêcher. L’air frais, passant par la vitre-passager, me faisait toutefois du bien.

J’étais encore assez lucide pour lui donner une fausse adresse. Il ne s’est même pas rendu compte qu’on sortait de mon village, direction le suivant. 

D’un coup, il a engagé la conversation, il m’a dit qu’il avait besoin d’argent pour faire un nouveau safari, qu’il avait une voiture à vendre, que si je connaissais quelqu’un d’intéressé, il ne fallait pas hésiter à venir frapper à sa porte. J'ai acquiescé machinalement, mais je n’en avais rien à foutre de sa putain de caisse. 
Il m’a alors parlé du modèle de cette voiture à vendre. Je n’en ai pas cru mes oreilles. Une voiture de collection, très rare, qu’un seul propriétaire possédait dans toute la région - mon pote ! Mais sur le coup je ne savais pas que c’était la sienne, je lui ai dit que mon ami en avait une pareille. Il a alors réfléchi, a souri en passant sa langue sur ses grosses lèvres, puis a lâché froidement : "Il a très bon goût cet ami, tu ne trouves pas ?"