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samedi 30 mai 2015

C'est toujours compliqué.

Avoir un jumeau c'est toujours compliqué.
Les fringues, les jalousies, les petites amies... Tout est tellement compliqué quand on est deux. Pour Tom et moi, c'était la même chose je crois. On passait notre vie à nous disputer.
Maman me rappelle toujours la fois où on a cassé une vitre en se battant.




Pourtant on s'est aimé. Vraiment.


Petit, je n'avais que lui. Et je ne sais toujours pas si c'était un choix ou si les gens m'évitaient. Et même si en grandissant je m'étais sociabilisé, au final il était bien la seule personne qui importait pour moi.


Avant qu'on aille se coucher, il me disait toujours que les monstres n'étaient que dans ma tête et que si je n'y croyais pas, ils ne viendraient pas. Je le croyais vraiment.
Tant qu'on ne croit pas à quelque chose ça ne peut pas nous atteindre.


Mais moi, j'étais un gosse qui aimait bien se faire peur. Alors je continuais à y croire, même si Tom me disait que ça n'existait pas.
Puis on a grandi, et on a commencé les conneries. Des ados de base...
Tom avait toujours des idées cool et j'aimais bien traîner et faire des conneries avec lui. C'était mon frère. Qui plus est mon jumeau. Je le suivais donc sans réfléchir. J'avais une confiance aveugle en lui.


Un jour, on s'est retrouvé dans une vieille baraque délabrée. Et, comme d'habitude, je me faisais flipper tout seul sans aucune raison. Mon cœur battait à cent à l'heure et mon cerveau m'envoyait des images glauques par paquet de mille à la seconde. Tom était juste devant moi, lui aussi voulait se mettre un petit coup d'adrénaline je pense, mais il avait l'air un peu déçu. Il l'était jusqu'à ce que l'odeur arrive. Il a ouvert une porte au hasard et c'est là qu'on l'a sentie. Une odeur de charogne. Il avait ouvert en grand pour qu'on puisse entrer. Je n'avais jamais vu autant de bordel de ma vie. Même notre chambre était rangée à côté de cette piaule. Je me souviens que mon regard ne s'est pas fixé tout de suite sur des points précis mais que j'ai d'abord vu l'espace dans son ensemble. Je me souviens des mouches qui s'agitaient et qui tournoyaient près du lustre et un peu partout autour de nous. Je me souviens aussi d'un livre à la couverture poussiéreuse, c'était "Orgueil et préjugés" de Jane Austen. Je m'en rappelle bien parce que je venais de le terminer quand Tom avait insisté pour qu'on entre dans cette vieille bicoque.
Mais ce dont je me rappelle le mieux, c'est le sourire de Tom. Un sourire heureux et excité.


"C'est génial", a-t-il dit en s'avançant dans la pièce. Je n'étais pas sûr que ce soit si génial mais il a fini par m'en convaincre. C'est vrai que c'était excitant, et puis c'était toujours mieux que de glander à la maison. Je ne sais plus vraiment comment on les a trouvés mais le fait est que l'odeur de viande pourrie venait de plusieurs cadavres de chats. J'ai froncé les narines en voyant ça. Ils étaient là, à moitié bouffés par les vers. Et si certains avaient l'air d'être morts naturellement, je me demande toujours comment le petit gris s'est retrouvé éviscéré avec les yeux crevés.


Après ça, on est rentré à la maison et je suis allé voir Jessy. Je devais l'aider en français je crois. Peu importe, je sais seulement que Tom n'est pas venu avec moi ce soir là chez Jessy et quand je suis rentré quelques heures plus tard, il n'était toujours pas là. Je n'y avais pas fait attention sur le moment. Vers onze heures, quand je suis allé me coucher, il me l'a dit. Il m'a dit que les monstres étaient dans ma tête et que tant que je n'y croyais pas alors ils ne viendraient pas. Il m'a embrassé sur la joue et s'est couché à côté de moi. Je ne me souviens toujours pas à quel moment il était rentré.


Il s'est passé à peu près une semaine avant que maman ne débarque. On était dans le salon Tom et moi, on regardait un talk show stupide en comatant sur le canapé. C'est là qu'elle est arrivée, complètement affolée et pleurant à chaudes larmes. Elle a hurlé mon prénom. Alors je me suis levé précipitamment, Tom sur mes talons pour la rejoindre dans le garage, et je l'ai vu moi aussi. Un petit chat, roux cette fois, avec les tripes à l'air et les yeux perforés. Mon estomac s'est retourné brutalement mais je n'ai pas vomi. Ma mère me regardait de la même façon que quand elle attendait une explication concernant une mauvaise note ou une convocation chez le proviseur. Les larmes et le dégoût en plus. Est-ce qu'elle m'accusait vraiment de cette atrocité ? Moi le gamin qui ne ferait pas de mal à une mouche et qui libérait les araignées ? J'ai compris que oui et j'ai aussi compris que je la dégoûtais alors même que je n'avais rien fait. Elle n'avait aucune preuve de ma culpabilité mais rien que l'idée que je sois en mesure de faire ça la révulsait. Je pense que ça m'aurait fait la même chose de toutes façons. Ma mère est sortie en me demandant de nettoyer. Elle ne m'a pas adressé un seul regard.


Je me suis tourné vers Tom qui n'avait pas l'air si affecté que ça. Je trouvais ça horrible mais j'avais quand même envie de comprendre. Et puis j'ai vu cette petite lueur presque amusée dans son regard. Je l'ai regardé un moment sans rien pouvoir dire puis je lui ai demandé si c'était lui. Bien sûr, au fond de moi, j'avais déjà la réponse, mais il fallait que je l'entende, qu'il me confirme cette horreur. Il a haussé les épaules. "Ouais, c'est pas si grave. Faut qu'on nettoie tout ce bordel".
Je pensais que si, c'était quand même plutôt grave. Mais bon, peu importait finalement. Alors on a nettoyé, tout simplement.


Il y en a eu d'autres... Parfois décapités, parfois simplement étranglés, le plus souvent noyés. Je continuais de croire que c'était grave, mais Tom disait le contraire et en général c'est lui qui avait raison. Et puis de toutes façons, disait-il, ils auraient fini écrasés sur la route.


Et puis il y a eu cette soirée frisson chez Jessy. Pour la première fois, Tom venait avec moi chez elle. Elle organisait cette soirée depuis des semaines et était toute heureuse que ses parents aient accepté de lui laisser la maison. Elle avait invité tous ses amis dont moi. Elle ne connaissait pas Tom (Après tout, nous n'étions pas dans la même classe lui et moi.) mais m'avait dit de l'emmener, que plus on était, mieux c'était. Elle avait aussi dit de se déguiser et Tom avait été réticent mais à force de persuasion il avait fini par accepter.


J'aimais bien le personnage de Jeff, puis le maquillage était assez simple alors j'avais noirci le contour de mes yeux, ébouriffé mes cheveux et tracé le sourire de l'ange sur ma peau qui était naturellement assez pâle pour se passer d'un fond de teint blanc. J'avais même sacrifié un de mes pulls blancs, que j'avais sali au colorant rouge, et n'avait pas eu besoin de déchirer un jean noir puisque j'en avais déjà un, tout élimé depuis des années. Tom, lui, s'était transformé en zombie pour la soirée.


On était arrivé chez Jessy sur les coups de 21h30. C'était une petite fête tranquille où tout le monde se connaissait un peu puisqu'on faisait parti de la même classe. Cependant, personne ne connaissait Tom et c'était normal. Il n'avait parlé à personne à personne mis à part moi et n'était pas vraiment à l'aise ici. Je lui ai proposé de partir mais il a refusé plusieurs fois.


Je ne sais plus vraiment comment s'est déroulé la soirée. Je sais que j'ai un peu bu mais pas au point d'oublier quoi que ce soit.
Ça devait être banal je suppose, rien d'assez marquant pour que je m'en souvienne.


Vers minuit, j'ai retrouvé Jessy un peu à l'écart. Elle était un peu ivre et riait de tout. 
On discutait tranquillement et je n'avais pas noté la disparition de mon frère avant qu'il ne réapparaisse, attaquant délibérément la jeune femme. J'ai crié, je lui ai demandé ce qu'il faisait alors qu'il la frappait et que du sang commençait à couler de la bouche de Jessy. Je crois qu'elle était inconsciente parce qu'elle ne criait pas, ou alors je hurlais trop fort pour l'entendre, mais elle n'avait pas l'air de se débattre non plus. Tom me disait de la fermer, que j'allais rameuter tout le monde si je continuais à gueuler comme ça. Alors j'ai arrêté de crier et il m'a demandé de l'aider. J'ai porté le corps de Jessy jusque dans la salle de bain sans trop comprendre ce que je faisais. Tom a ouvert le robinet de la baignoire et a fermé le bouchon pour faire couler un bain. Je ne comprenais rien. Pourquoi est-ce qu'il voulait prendre un bain tout d'un coup ? Il a sorti un petit couteau de sa chaussure et moi je le regardais faire. Il était fasciné par ce qu'il faisait, par la lame qui entrait dans la chair de Jessy et le liquide rouge qui s'échappait de son corps. Moi j'étais fasciné par mon jumeau. Je n'avais plus peur de ce qu'il faisait, je ne trouvais plus ça grave, seulement fascinant.


Je me suis agenouillé à côté de lui pour mieux le voir faire. Quand il a eu terminé de mutiler Jessy, il m'a fait signe de l'aider à la soulever et on l'a plongé dans l'eau qui a rougi immédiatement à cause du sang qui coulait de ses plaies. Tom avait fait attention à ce que son nez et sa bouche se trouvent bien sous la surface de l'eau.
Et nous avons quitté la soirée.


Peu de temps après, les flics sont venus et nous ont emmenés, Tom et moi. Ils avaient des preuves apparemment mais ils ont dit que je devais voir un psy avant d'être inculpé. Inculpé pour meurtre apparemment. Mais bon, elle aurait fini par mourir de toute façon.


Le psy m'a longuement parlé de tout un tas de choses dont je ne me souviens absolument pas. Je m'en foutais complètement. La seule personne que j'écoutais c'était Tom qui se foutait de sa gueule. Je tentais de cacher mon rire mais c'était peine perdue et le psy m'a demandé ce qui était drôle. Je ne lui ai pas répondu.


"Bill, les monstres sont dans ta tête seulement parce que tu y crois, si tu n'y crois plus, ils partiront".


Je n'ai pas compris, et puis il m'a tendu un petit article de journal daté du 2 Mars 2004, j'avais cinq ans à l'époque.






 
"Drame familial. Le petit Tom (5) est mort ce matin dans un accident de voiture. Sa mère, Simone Kaulitz (26) est miraculeusement sauve".



mercredi 27 mai 2015

Le grand cerf

Vivait un cerf, dans la forêt, dansant tard le soir.
Dans la forêt, vivait un cerf, qui n’en était pas vraiment un.
         

Une tête de cerf, un corps d’humain, tel était son châtiment.
Un corps d’humain, une tête de cerf, tel était son calvaire.
     

Pour la punition, de ce grand cerf, jamais ses danses ne s’arrêteront.
Pour les péchés, de ce grand cerf, jamais ses danses ne s’arrêtèrent.

Devant telle sorcellerie, les villageois,
Craignaient au détour d'un sentier de voir s'agiter ses bois.

C’est alors que le chasseur décida :
« C’est de mon fusil, que ce monstre périra ! »
         

 Le valeureux partit trois jours et trois nuits.
Lors de sa danse, l’horrible cerf surpris,
Fut abattu de deux coups de fusil.
         

Le chasseur revint, la tête du monstre sous le bras.
À un mur il l’accrocha,
Et lors d’une fête fut acclamé, comme il se doit,
Par tous les villageois.
         

Mais l’on raconte que la bête serait toujours éveillée,
Et que le chasseur elle regarderait.



Cette comptine que me chantait, étant enfant, ma paysanne de grand-mère me reste gravée en tête. Elle me disait que c’était une comptine de son village natal. Elle s’en servait pour me dissuader d’aller seul dans la forêt, étant enfant. Elle me disait que le corps dansait toujours dans les bois. Cette chansonnette me terrifiait.
Mais ce n’est pas tout. Je me rappellerai toujours de cette décoration dans sa maison qui mettait mal à l’aise tous les visiteurs.


Ils disaient qu’il leur semblait qu’elle les suivait des yeux.

 


dimanche 24 mai 2015

"Bienvenue dans vos souvenirs"

(Ce message a été posté sur un tiers forum, il y a moins de trois jours)

Salut les gens !

Voilà, je suis tombé sur un petit site assez malsain, je trouve, mais qui me semble intéressant à étudier.
Vu qu'on a parfois des ARG sur le forum, je pense qu'on peut voir ça.

Je l'ai trouvé par pure curiosité en plus ! Vous savez que j'aime naviguer un peu partout sur le net et que je suis sur pas mal d'autres forums.
Bah c'est comme ça que je l'ai trouvé en fait. Il y avait un post nommé "Bienvenue" dans la section "Surnaturel/Autre".
Le type du message s'appelait juste thierran5. En gros, il disait que le post d'origine était sur nocturnia.com, et qu'il l'avait transféré à cause des soucis du site.

Pourquoi il l'a transféré, j'en sais strictement rien, mais c'est une affaire de plus à étudier pour nous !

Pour ceux qui auraient la frousse, c'est un site qui fait "ressortir nos souvenirs d'enfant". Je l'ai testé pour vous ;)
La musique qu'il nous fait écouter est assez bizarre, c'est le son d'une boite à musique mais... Déréglée.
J'ai suivi les instructions indiquées, et après tout ça j'ai pas fermé l’œil de la nuit XD

Je sais pas ce que le créateur voulait nous faire ressentir, mais on a une impression étrange à la fin.
Ah oui, la fin... Je pense qu'il y a un bon truc à déchiffrer (Et si vous allez sur le site, y'a deux symboles, je sais pas ce que ça veut dire).

Allez, j'en dis pas plus que ça, si vous voulez tenter le site c'est http://inforia.shost.ca/
À ++ !




Vous me direz comment ça s'est passé pour vous.

vendredi 22 mai 2015

Pete's Bear

Quand j'étais gosse, j'habitais à Arvada au centre du Colorado, dans la banlieue de Denver. Chaque été, il y avait au moins trois marchands de glaces différents qui parcouraient les rues à la recherche de clients. Il y avait "ICE Summer" et "Eric'snow". Je ne me souvenais pas du troisième.

Je traînais toujours avec une bande d'amis, on allait faire du vélo vers les gares abandonnées.

Il y a un jour dont je me souviendrai toute ma vie, c'était durant l'été 97. J'étais avec mon pote Cole, on traînassait autour de la gare. On a entendu une musique stridente, plutôt saccadée, près du chemin ferroviaire. Elle se rapprochait, et elle devenait de plus en plus forte. C'était plutôt insupportable.

Il y avait une odeur de putois qui se propageait au fur et à mesure que la musique progressait. Des frissons m'ont parcouru. Impossible de savoir d'où cela provenait. On a préféré quitter les lieux et rentrer chez nous, pour raconter tout ça à nos copains.

Mes parents ne m'ont pas cru sur le coup. Vous savez, les enfants peuvent inventer toutes sortes d'histoires.
Les jours passaient sans qu'un seul marchand n'ait parcouru les rues comme avant. C'est là que les choses ont pris une tournure démente.

En fait, l'étrange musique provenait d'un marchand de glaces qui s’appelait "Pete's Bear". Le type qui conduisait le char était une espèce de créature mi-homme, mi-cochon, d'après ce que les enfants racontaient à l'époque. Je n'avais jamais touché à une seule de ses glaces, ni même vu ce machin, parce qu'il n'était vraiment pas attirant.

Certains de mes copains faisaient les malins après en avoir goûté une. Rick m'a rapporté, un jour, qu'il avait trouvé une dent dans son "Eskimo" et qu'il avait goût de sang. Personne n'a pris cette histoire au sérieux, même pas nos parents. C'était plutôt une légende enfantine. Il y avait des rumeurs par-ci, des rumeurs par-là.

Mais voilà, quelques jours plus tard, on a recensé plusieurs disparitions de gosses dans la ville. Les policiers parlaient d'un pédophile qui rôdait dans les rues d'Arvada. Ils avaient même cloîtré tout le parc pendant trois jours, parce qu'un rigolo disait l'avoir vu dans les alentours.

Au bout d'un moment, Rick et Cole ont disparu eux aussi. Leurs familles ont alors déménagé vers Greeley et Westminster.

Un gros "blanc" s'est formé dans mon esprit. Ça partait d'une légende urbaine, jusqu'à des disparitions de masse...

Un soir, j'ai décidé de me rendre à la gare abandonnée. C'était à la fin de l'été, je crois.

Arrivé en face du chemin de fer, j'ai aperçu des lueurs dans la grande ferme juste en face. Je me suis approché, et j'ai entendu des cris d'enfants qui jouaient. Je crois que Rick et Cole étaient présents. L'odeur de putois était plus horrible que jamais. Je n'ai plus osé m’approcher après.

À la fin de l'été, nous avons déménagé à Golden. Sur le trajet, j'ai encore revu cette ferme...

C'était un épisode plutôt traumatisant de mon enfance.




mardi 19 mai 2015

Les morts aiment le disco




(Message trouvé sur un thread du forum jeuxvideos.com)

Aujourd'hui je me la joue écrivain, mais après ce qui s'est passé, il y a franchement de quoi.


C'était vendredi dernier : la bande que je côtoie au lycée avait décidé de s'offrir une soirée en boîte, histoire de se détacher un peu du stress des futurs examens. Je me rappelle même plus pourquoi j'avais décidé de venir avec eux : on m'avait dit que ça me ferait du bien de sortir un peu, que ça me changerait les idées des précédents événements. J'ai eu quelques problèmes familiaux, et mon moral n'était vraiment pas au top.
On était donc arrivé vers une heure et demie au *****, pas un très gros local, mais assez réputé dans la ville. Après avoir passé la garde des videurs grâce au jeu de drague de certaines de mes amies, on s'est rapidement submergé dans l'ambiance électrique des lieux. Les enceintes balançaient leur son agressif, on sentait les vibrations des basses à travers tout notre corps. Des lasers multicolores parcouraient la piste de danse de long en large, les danseurs ressemblaient à une bande de zombies déchaînés. Alors que certains se sont dirigés directement vers le bar, moi et le reste de la bande avons rejoint la foule sur la piste. Ouais. C'était puissant. J'ai commencé à me lâcher. Tant pis pour mes darons, pour les études, pour les emmerdes !
Je l'ai aperçue quelques secondes après.


Une véritable bombe, se démarquant au milieu de la masse grouillante. Je vous jure, vous l'auriez vue, vous auriez tué pour toucher ne serait-ce qu'un de ses cheveux. Des cheveux couleur de feu, une robe bleue-grise, une veste en jean sans manches déchirée : elle semblait sortir d'un vieux clip de Madonna. Sans vouloir être lubrique, je l'aurais voulue sur le moment-même. Le son EDM qui passait a brusquement changé, pour faire place à "There's No Limit " de 2 Unlimited, un hit des années 90.  La bombe s'est alors approchée de moi tout en dansant, un grand sourire aux lèvres. J'aurais dû me douter que quelque chose clochait, avec son regard fixe. Mais honnêtement, ce n'était plus ma tête qui commandait... On a donc commencé à danser comme des tarés, sans se toucher. Combo musique, ambiance épileptique, une merveille devant mes yeux : j'ai décidé de tenter une approche et ai effleuré doucement sa main... Des os. Il n'y avait pas de chair ni de peau, seulement des os.


J'ai cru que mon cœur allait tomber jusqu'au fond de mon estomac. C'était ignoble : je n'étais plus dans Dirty Dancing, mais dans Les Contes de la Crypte. Sa peau s'est desséchée devant moi, laissant deviner son squelette : son magnifique visage n'était désormais plus qu'une grimace à vomir, son sourire déformé en un rictus effrayant. Seuls ses yeux n'avaient pas changé, me fixant toujours avec insistance. J'ai voulu crier, mais aucun son ne sortait de ma gorge : sans que je puisse me contrôler, mes bras sont passés autour de sa taille et je me suis retrouvé à danser comme un fou avec cette horreur : je n'arrivais plus à contrôler mon corps. La salle autour de nous s'était volatilisée, les lasers étaient devenus tous rouges et clignotaient à un rythme dément. Et cette foutue musique, de plus en plus forte, vrillant ce qui restait de mes tympans...


Du sang a coulé dans mes baskets, mes articulations sont devenues extrêmement douloureuses, j'en pouvais plus. Cette chose allait me tuer de fatigue. Je ne sais pas comment, mais j'ai réussi à retrouver ma voix un court instant : juste assez pour gueuler "Mais qu'est ce que tu me veux ?". Et là je vous jure les gars, j'ai vraiment cru que j'allais pourrir de l'intérieur lorsqu'elle s'est penchée vers moi pour m'embrasser profondément. Puis elle m'a murmuré à l'oreille :
"Les morts aussi ont le droit de s'amuser un peu..."
Puis j'ai sombré.


Je me suis retrouvé à terre en plein milieu de la piste, suant comme un porc et pris d'une horrible envie de vomir. Les videurs ont eu juste le temps de me dégager de la boîte malgré les protestations de ma bande, avant que je rende dans des fourrés tout ce que j'avais dans l'estomac. Ah ouais, une putain de soirée...


Je sens que ça va crier au mytho dans les commentaires. En tout cas, si quelqu'un ici s'apprête à se faire une boîte dans le Sud Finistère, je lui conseille de me contacter. Parce que dans l'une d'elles,  il n'y a pas que les vivants qui aiment se lâcher... Apparemment, le disco a beaucoup de succès dans l'au-delà.




samedi 16 mai 2015

Joralemon Street

-21.15- Jen: Hé, t'es où putain ? Le rideau ne va pas tarder à se lever !
-21.15- Marie: Ahh merde, désolée ! Je ne pourrai pas venir ce soir, profite bien du spectacle !
-21.15- Jen: Très drôle. Dépêche.
-21.16- Marie: Je suis sérieuse. J'ai trouvé quelque chose que je dois vérifier avant que quelqu'un d'autre ne le fasse.
-21.16- Jen: Tu te fous de moi ? Tu sais combien ces tickets ont coûté ?
-21.17- Marie: C'est pas grave, ça me va !
-21.17- Jen: Comme si tu allais me payer... Qu'est-ce qu'il y a de si urgent ?
-21.17- Marie: Tu SAIS que je n'aime pas te poser des lapins.
-21.18- Marie: Mais j'ai lu des trucs sur cet endroit sur un site d'explorations urbaines, et je serai la première à y pénétrer.
-21.18- Marie: Tu veux venir me donner un coup de main ?
-21.18- Marie: :-)
-21.18- Jen: ... Bien sûr que non.
-21.19- Marie: JEN !! Comment tu peux préférer un concert à ça ? Cette ville a 400 ans, il y a toutes sortes d'endroits oubliés.
-21.19- Marie: Des secrets que PERSONNE ne connaît.
-21.19- Jen: Tu ne t'étais pas coincé les cheveux dans une grille la dernière fois ?
-21.20- Marie: Si
-21.20- Marie: Et c'était bien, j'ai une histoire cool à raconter maintenant.
-21.20- Marie: Tu n'as aucune histoire cool, toi.
-21.20- Jen: -_-
-21.20- Jen: Où est-ce que ça se passe ?
-21.21- Marie: 58 Joralemon Street, près de la rivière.
-21.21- Jen: C'est un bâtiment ? Vous ne préférez pas les ponts ou les tunnels, d'habitude, vous autres idiots d'explorateurs urbains ?
-21.21- Marie: C'est la meilleure partie. C'ÉTAIT un bâtiment mais la société du Métro de New York l'a transformé en une partie du réseau du métro.
-21.21- Marie: Att une sec.
-21.22- Marie: Mate ça  http://fr.wikipedia.org/wiki/58_Joralemon_Street
-21-23- Jen: Oooook. Et ça fait quoi un aérateur de métro ?
-21.23- Marie: Ça aère le métro ?
-21.23- Jen: Génie
-21.23- Jen: Ça m'a tout l'air d'être une très mauvaise idée.
-21.24- Marie: La plupart des bonnes idées en sont de mauvaises au début. Rejoins-moi !
-21.24- Jen: J'ai un billet de concert et un casier judiciaire vierge. Non merci.
-21.25- Marie: Bon ok, mais garde ton tel près de toi.
-21.25- Jen: Pourquoi ?
-21.26- Marie: Au cas où tu aies besoin de payer ma caution si je me fais choper.
-21.26- Marie: Pfff
                                                                              ...
-22.43- Marie: Putain, Jen. C'est incroyable, tu dois venir me rejoindre.
-22.44- Marie: JEN ARRÊTE DE DANSER ET SOIS ATTENTIVE
-22.46- Jen: Ah bon ? T'as trouvé un trésor enfoui ?
-22.46- Marie: Pour un explorateur urbain, oui. C'est bien plus grand que personne ne l'a imaginé. Les couloirs s'étendent sur des kilomètres.

-22.46- Marie:


 -22.47- Marie: Comme celui-là, et ça continue à l'infini.
-22.49- Jen: Donc t'es sous terre ?
-22.50- Marie: Ouais mais pas trop loin pour ne pas perdre le signal du tel. Cet endroit est étrange.
-22.50- Marie: Les lumières ne restent pas allumées plus de quelques secondes
-22.51- Marie: Et je peux te jurer que j'ai entendu quelqu'un plus tôt.
-22.51- Jen: Tu ne devrais pas être là-bas toute seule, Marie.
-22.51- Marie: Je ne suis pas sûre à 100% de l'être.
-22.51- Marie: C'est tellement silencieux ici.
-22.52- Jen: Tu me fais flipper.
-22.52- Marie: Mdr alors tu vas DÉTESTER ça
-22.52- Marie: 

 -22.52- Jen: NON
-22.52- Marie: Fais pas ta mauviette.
-22.52- Marie: C'est sûrement un lieu de stockage ou un truc du genre.
-22.52- Jen: Mais pourquoi tu y es toujours ???
-22.53- Jen: Tu as eu ta preuve déjà.
-22.53- Jen: En fait plus tu restes là-bas, plus tu gagnes de points de danger ???
-22.53- Marie: Bon
-22.53- Marie: Par rapport à l'histoire des couloirs...
-22.53- Marie: Je me suis peut-être un poil paumée...
-22.53- Jen: !!!!
-22.53- Jen: J'appelle un taxi tout de suite. Si tu ne trouves pas la sortie en attendant que j'arrive, j'appellerais quelqu'un.
-22.54- Marie: Oh ça va.
-22.54- Jen: Je suis putain de sérieuse Marie.
-22.54- Jen: Je t'ai dit que c'était une mauvaise idée et maintenant tu es perdue.
-22.54- Jen: Je t'aime, mais j'en ai marre de toujours devoir te tirer d'affaire.
-22.54- Marie: Okok, je vais trouver la sortie.
-22.54- Marie: J'ai presque tout ce qu'il me faut.
-22.55- Jen: Bien. Quand tu auras trouvé, je serai là et on prendra le taxi. On pourra peut-être assister à la deuxième partie.
-22.55- Marie: T'as raison
-22.55- Marie: Ça me va
-22.56- Marie: Je suis vraiment désolée de t'avoir posé un lapin.
-22.57- Marie: Je vais chercher la sortie.
-22-57- Jen: Bien
-22.58- Marie: J'ai juste besoin de prendre un souvenir d'abord.
-22.58- Marie: Il y a quelque chose derrière cette porte, je le sens.
                                                                              ...
-23.26- Marie: Marie : 2, Portes : 0.
-23.26- Marie: J'y suis.
-23.26- Jen: Prends ton souvenir et sors, je suis en route.
-23.27- Marie: Merde !
-23.27- Jen: Quoi???
-23.27- Marie: On dirait que quelqu'un vit ici. Il y a un lit de camp et des restes de bouffe.
-23.27- Marie: Ça veut dire que je ne suis pas la première ici. Quelqu'un d'autre a dû venir ici avant moi. Des squatteurs peut-être ?
                                                                              ...
-23.42- Jen: Je suis dans le taxi, on approche.
-23.42- Marie: Il y a une autre salle.
-23.42- Jen: Laisse tomber !
-23.43- Marie: Oh mon dieu
-23.43- Jen: Quoi ?
-23.43- Marie: Stp dépêche.
-23.43- Jen: Qu'est-ce qu'il y a ?
-23.43- Marie: Oh putain, Jen.
-23.43- Marie: Il y a quelqu'un avec moi ici.
-23.43- Marie: Je peux les entendre.
-23.44- Marie: Ils ne peuvent pas me trouver.
-23.44- Marie: Il y avait des lits de camp dans l'autre salle.
-23.44- Marie: Avec des menottes dessus.
-23.45- Marie: On dirait un putain de donjon.
-23.45- Marie: T'es presque arrivée ?
-23.45- Jen: J'arrive à Joralemon.
-23.46- Jen: Pourquoi tu décroches pas?
-23.46- Jen: J'y suis, réponds !!
-23.46- Jen: Oh je t'entends.
-23.46- Marie: Je suis désolée Jen.
-23.47- Jen: De quoi tu parles ?
-23.47- Marie: Je peux arranger ça.
-23.47- Jen: Qu'est-ce que c'est ?
-23.47- Jen: T'es où ? Qui sont ces gens ?
-23.47- Jen: MARIE QU'EST-CE QU'IL SE PASSE ?
-23.47- Marie: Ils ont passé un accord avec moi.
-23.47- Marie: Ils ont dit qu'ils me laisseraient partir.
-23.48- Marie: Si je te mène à eux.
-23.48- Marie: Promis je réglerai ça.
-23.48- Jen: C'est une blague, rassure-moi ?
-23.48- Jen: Dis-moi que c'est une putain de blague.
-23.49- Marie: Ça va aller, j'ai un plan.
-23.49- Marie: Ça va aller.
-23.49- Jen: Ils arrivent Marie.
-23.49- Jen: stp.
-23.50- Marie: Je suis tellement désolée.
                                                                              ...

Rapport d'incident préliminaire du NYPD #619-346-62-BK
Marie Novak (24 ans, femme, blanche) du quartier du Queens a parlé d'une "salle de torture" sous le bâtiment de la MTA au 58, Joralemon Street à Brooklyn (cf transcription du 9-1-1).

La plaignante a rapporté que son amie Jennifer Lao (22 ans, femme, asiatique) du quartier de Manhattan avait été capturée et a réussi à lui envoyer un sms. Des officiers et des ambulanciers ont été déployés sur place à 00h05.

Les premiers intervenants n'ont trouvé personne dans les tunnels de service sous le 58, Joralemon Street. Aucune trace des zones habitées décrites par Mlle Novak n'a été retrouvée.

Des signes d'effraction ont été retrouvés, et les premières investigations suggèrent que Mlle Novak était en possession de divers objets la suspectant de s'être introduite sans autorisation dans le bâtiment de la MTA (crochets, pince coupante, coupe-boulon, ...). Une enquête plus poussée est en cours.

Seule une enveloppe (INDI-ID #45564) adressée à "Marie" a été retrouvée dans une des salles dans lesquelles Mlle Novak s'est introduite.

À l'intérieur se trouvait une note manuscrite qui disait :

"Cette ville est pleine de personnes comme toi."

Mlle Lao reste introuvable. La section Homicide de la NYPD a ouvert une enquête.
Marie Novak est notre principal suspect.




Traduction : FantaJoy

Creepypasta originale ici

jeudi 14 mai 2015

11 kilomètres

Y a t-il quelque chose que tu désires plus que tout au monde ? Quelque chose pour lequel tu serais capable d'aller jusqu'au bout du monde, voire de risquer ta propre vie ? Eh bien c'est ton jour de chance : il existe un moyen d'obtenir ce que tu cherches, et tu n'auras pas besoin d'aller jusqu'au bout du monde pour l'avoir. Mais tu auras bel et bien besoin d'aller quelque part, et cet endroit peut se révéler hors d'atteinte pour certains. Ce n'est pas si loin, c'est même plus proche qu'on pourrait le croire, mais cela nécessite certaines exigences auxquels certains ne pourront répondre.

Premièrement, qu'importe ce que tu cherches, sache que tu dois réellement désirer ce que tu cherches à obtenir: comme si cette chose était vitale pour toi. Si tu commences le voyage sans être dans cet état d'esprit, tu échoueras, puisqu'il est quasiment impossible de retourner en arrière lorsque le voyage commence. La deuxième condition est de posséder un véhicule, n'importe lequel. La voiture est préférable, car c'est le choix le plus confortable. Certains ont déjà utilisé des petits véhicules non fermés, comme un vélo ou une moto, mais ce choix se révèle peu avantageux par la suite, car les conditions de voyage peuvent se révéler incommodantes.

N'utilise pas un véhicule trop large ou trop voyant, car la pénombre de la nuit te sera utile pour une sécurité maximale. Précisons que, si n'importe quelle voiture peut faire l'affaire, il ne serait pas très judicieux de choisir la voiture la plus chère, ou celle que tu préfères. Libre à toi de choisir ta nouvelle Mercedes noire rutilante si tu veux, mais ne t'attends pas à la voir revenir en parfait état. Pense à vérifier que le plein a bien été fait avant de te mettre en route.

La première tâche à accomplir est de localiser la route. Elle n'a pas de nom, elle n'est sur aucune carte, et techniquement, elle n'existe même pas. Elle n'apparaîtra que si tu la cherches au bon moment, et tu ne la repéreras que si tu sais quoi chercher. Bien entendu, tu devras être seul(e) durant ce voyage. Tu ne pensais quand même pas que tu pourrais partir en groupe ?

La nuit doit être tombée quand tu commences. Choisis l'heure où les routes sont le moins fréquentées. Conduis dans n'importe quelle direction, le principal étant que ta route soit en ligne droite, et entourée de bois. Lorsque tu chercheras la route, elle apparaîtra, à condition que tu sois attentif(ve) au moindre indice, afin de bien la choisir. Lorsque tu t'en approcheras, tu le verras ou le ressentiras : ajoutons que les signes dépendent de ce que tu cherches. Par exemple, si tu recherches la richesse, tu apercevras peut-être des reflets éclatants sur les branches des arbres, comme s'ils provenaient d'or ou de diamants ; si tu recherches l'amour, des pétales de rose sembleraient danser doucement devant tes yeux, sous une brise légère, se déplaçant dans la direction de la route. Si c'est la revanche que tu désires, il est probable que tu ressentes un puissant sentiment de colère, ou une forte sensation de chaleur, qui augmentera lorsque tu te rapprocheras de la route. Le tout est de savoir ce que tu veux vraiment, et tu n'auras pas de problèmes à la trouver.

Lorsque tu seras sûr(e) d'avoir trouvé la bonne voie, prends une grande inspiration et prends-la.
 

À partir de ce moment, tu viens officiellement d'aborder la route sans nom qui te mènera, durant 11 kilomètres, vers ce que tu cherches, qu'importe ce que c'est. Chaque kilomètre testera la force de ton désir, et révèlera si tu es vraiment près à tout pour le satisfaire. Avant que tu ailles plus loin, arrête ta voiture et écoute ces quelques consignes :

N'allume pas la radio pendant la conduite.

N'utilise pas non plus de téléphone (de toute manière, il n'y aurait pas de réseau).

N'ouvre pas la fenêtre pendant le voyage. Vérifie qu'elle soit bien fermée avant de continuer. Si tu conduis un véhicule sans fenêtre ou sans capot, prépare-toi au pire: toutes les chances seront contre toi.

Ne quitte ton véhicule SOUS AUCUN PRÉTEXTE.

Ne conduis pas au dessus de 30 km/h, à moins que tu ne souhaites finir dans le décor...

Et pour finir, le plus important, comme pour n'importe quel trajet : attache bien ta ceinture.

Prends le temps de te préparer si tu en ressens le besoin, et sois sûr(e) d'être prêt(e). Une fois que tu te seras engagé sur la route, le temps se sera arrêté, tu n'as donc pas à t'inquiéter de perdre une nuit de sommeil. Tu ne le remarqueras peut-être pas, mais tu ne seras plus dans le monde que tu connais. Rends-toi bien compte qu'une fois le premier kilomètre parcouru, il n'y a plus de retour en arrière possible. De toute manière, si ce fait t'inquiète, tu ne devrais même pas participer à une telle épreuve. Cela fait, tu peux reprendre ton trajet.

Lors du premier kilomètre, tu ne remarqueras pas de changements particuliers. La route continuera de défiler, coupant à travers bois. À l'approche du prochain kilomètre, l'air commencera pourtant à se refroidir : il est donc conseillé d'allumer le système de chauffage si ton véhicule en a un. Plus tard, il ne faudra pas que tu regardes autre chose que la route. C'est donc le moment pour se détendre un peu et admirer le ciel nocturne. Ce dernier sera magnifiquement étoilé, jamais tu n'aurais pensé en voir autant ! Tu constatera d'ailleurs que, si le temps était nuageux avant, le ciel sera désormais clair et dégagé.

Lors du second kilomètre, l'air deviendra encore plus froid. Ceci démontre pourquoi il est si difficile d'effectuer le voyage avec un véhicule ouvert. Plus tu avanceras sur la route, plus la température chutera, et ceci en toute saison. Si le froid te devient vraiment insupportable, la seule solution est d'accélérer. La route deviendra également de plus en plus complexe, contenant davantage de virages et de passages dangereux. Concentre-toi donc sur ton trajet si tu veux éviter l'accident. Heurter quelques pierres et nids de poule ne t'empêchera pas de progresser, mais tu préféreras garder les meilleures conditions de voyage le plus longtemps possible... Si ton véhicule est obligé de s'arrêter à cause d'un problème technique, tu seras certain(e) de mourir gelé.

Lors du troisième kilomètre, tu commenceras peut-être à apercevoir des silhouettes et des formes humaines entre les arbres. N'y prête pas attention, même s'ils semblent se rapprocher. Ce sera dur de résister à la tentation de regarder ces êtres à l'étrange présence, mais sache qu'ils se révèleront d'eux-mêmes bientôt. À ce point, la route se sera muée en un chemin de terre . Il est vivement conseillé de rouler le plus possible au centre, car le chemin deviendra tantôt large, tantôt serré, et ce, de manière aléatoire. Petite remarque : si tu retournes sur tes pas (malgré les précédents avertissements), tu seras coincé(e) sur une route sans fin. Il est fort probable que tu n'aies plus suffisamment de carburant, et tu serais condamné(e) à mourir de froid.

Arrivé au quatrième kilomètre, en plus de voir les silhouettes, tu commenceras à les entendre - en quelque sorte : dans ta tête, un faible murmure inintelligible résonnera. Ça ne sera pas en permanence, mais tu ne pourras rien faire pour empêcher ces voix de t'atteindre. Si elles finissent par te fatiguer ou te distraire, essaye de te concentrer sur l'objet de ton désir afin de les oublier. Prêter attention à ce murmure et vouloir en saisir les propos ne fera que les attirer davantage, et sois certain(e) que tu voudras être le plus loin possible d'elles. Elles seront plus proches de toi plus tard, pas la peine de vouloir les ramener aussi tôt...

Lors du cinquième kilomètre, tu atteindras une clairière. À ta gauche, le sillage des arbres disparaîtra pour laisser place à un lac sans fin, avec une  pleine lune éclatante au-dessus de l'eau. La lumière provenant de cette lune sera si spectaculaire que tes phares ne seront plus nécessaires. Mais ne t'attarde pas à l'admirer : si tu fixes sa lumière pendant plus de quelques secondes, la route s’arrêtera brutalement, précipitant le véhicule dans l'eau, où tu mourras d'hypothermie en quelques minutes. Pour ce kilomètre, les voix seront absentes, mais ne te réjouis pas trop vite. Elles reviendront.

Lors du sixième kilomètre, prends bien note que tu as déjà fait plus de la moitié du chemin. Malgré ça, tu perdras peut-être espoir à partir d'ici. Les étoiles disparaîtront, transformant le ciel en un abîme noir et vide. La clairière se finira, et tu te retrouveras à nouveau dans les bois. La seule lumière que tu auras sera celle des phares de ton véhicule, mais ils vacilleront de temps en temps, même s'ils sont en parfait état.
Si tu possèdes une radio, elle s'allumera automatiquement (si tu ne l'avais pas éteinte avant, un hurlement strident en sortira et te fera dévier du chemin). Une voix douce commencera alors à parler de tes plus grandes peurs, de ce qui te traumatise le plus. Elle parlera de telle manière que tu visualiseras chaque mot dans ton esprit, ne l'écoute donc surtout pas. Sinon, les horreurs décrites auront raison de toi et tu ne seras plus en sécurité sur la route. Essayer d'éteindre la radio ne fonctionnera pas. Accélère si tu le juges nécessaire, et surtout, fais en sorte autant que possible de ne pas y prêter attention. Lorsque ce kilomètre se finira, la voix finira par se taire. Tes oreilles seront enfin en paix (pour le moment).

Lors du septième kilomètre, les voix des silhouettes reviendront. Ce ne seront plus des murmures, mais des cris distants, gagnant en puissance à chaque seconde. Pendant ce kilomètre, l'un de ces cris résonnera à ton oreille, comme si l'un d'eux était juste derrière toi. C'est parce que l'une des silhouettes aura réussi à s’introduire dans ton véhicule. Ne te retourne pas. Voir son visage te laisserait dans un état catatonique, faisant sortir le véhicule de la route. Si tu sembles ne pas t'en occuper, il se désintéressera de toi et partira. Ces choses seraient les malheureux qui ont tenté le voyage par le passé, mais ont échoué. Ils sont condamnés à vivre dans les ténèbres et la souffrance pour l'éternité, leur seul but étant d'entraîner d'autres voyageurs avec eux. Il a été dit d'après d'autres expériences qu'ils ne peuvent pas t'atteindre physiquement. Donc, tant qu'ils ne te feront pas avoir un accident, tu n'auras rien à craindre d'eux.

Lors du huitième kilomètre, ralentis si tu conduis trop vite. La route prendra ici des virages très serrés, qui te feront basculer dans le fossé si tu les prends trop à l'extérieur. Le froid est ici presque mortel. Si tu avais à boire un verre ou une bouteille de n'importe quel liquide dans ton véhicule, il gèlerait en quelques secondes. Le système de chauffage deviendra complètement obsolète. Tes lumières de phare vacilleront de plus en plus, voire se stopperont durant quelques instants. Si cela arrive, ralentis, mais ne t'arrête pas complètement. Les silhouettes, qui continuent de te suivre, entoureront ton véhicule et le piégeront si tu t'arrêtes trop longtemps. Tu entendras leurs cris à travers tes portes, sonnant parfois comme des rires de fous. Leurs mains grifferont tes fenêtres, désespérées d'atteindre et de sentir quelque chose de vivant. Ne les regarde pas. Ils ne bloquent pas ton champ de vision ; et tu ne voudrais sûrement pas te retrouver piégé avec eux. Il serait largement préférable pour toi de mourir de froid.

Lors du neuvième kilomètre, ton véhicule calera. Les phares s'éteindront, ainsi que tout système allumé à l'intérieur. Tu ne pourras rien faire pour empêcher ça. Il faudra alors que tu fermes les yeux et que tu essayes de redémarrer immédiatement le véhicule. Les silhouettes t'entoureront de toutes parts, alors garde bien les yeux clos. Le bruit du moteur qui redémarre les effrayera, et les éloignera temporairement. Ceci te donnera une chance pour repartir. Si tu commences à entendre les fenêtres se briser sous leurs efforts, n'y prête pas attention. Si ces être peuvent endommager ton véhicule, ils ne peuvent pas te faire du mal physiquement. Leur voix sembleront résonner à tue-tête dans ton esprit, comme s'ils étaient une douzaine, ou une centaine après toi maintenant. Quand tu redémarreras le véhicule, vas-y plein pot. Maintiens la cadence aussi longtemps que possible pour rester sur le chemin. Une fois ce kilomètre passé, les êtres disparaîtront.

Lors du dixième kilomètre, leurs voix s'arrêteront également. Si tu regardais dans le rétroviseur (il est évidemment hors de question de le faire), tu les verrais derrière toi, toujours en train de te suivre, mais plus comme s'ils te poursuivaient. Plutôt comme s'ils te regardaient. Pendant ce kilomètre, la route te paraîtra plus agréable, comme si tu était revenu au premier kilomètre. Les silhouettes seront à nouveau situées au bord du chemin. Elles ne seront pas après toi cette fois-ci : elles te regarderont simplement passer. Certains ont cru que les êtres étaient impressionnés, admiratifs de voir quelqu'un réussir là où ils avaient échoué... C'est faux. En vérité, ils sont heureux. Ils le seront, car ils sauront que tu t'approches du dernier kilomètre. Il seront heureux de te voir avancer tout droit vers la mort.

Lors du onzième et dernier kilomètre, tout dans le véhicule s'arrêtera à nouveau, comme pour le neuvième kilomètre. Le véhicule serait normalement immobile, mais tu continueras à avancer : une force inconnue te tirera vers l'avant. Dans l'obscurité, tu apercevras une lumière rouge au loin, comme si c'était une lumière à la fin d'un tunnel.

Ferme tes yeux, et couvre-les. Sois sûr(e) de faire ce qu'il faut pour que tu ne voies rien de ce que tu  t'apprêtes à traverser. Couvrir tes oreilles serait également utile, mais bloquer ta vue sera ici une bien plus haute priorité.

La lumière rouge provient d'une autre clairière, mais cette-fois ci, il n'y a pas de lune ou de lac. Une fois entré(e), des bruits incessants et inconcevables pour l'homme retentiront de toutes les directions. Ni le courage, ni le conditionnement mental ne t'épargneront de ces sons atroces. Le froid se changera en une chaleur impitoyable, brûlant toutes les parties du véhicule. Tu ressentiras l'illusion que ta chair se consume, se détache de tes os. Tu sentiras chaque partie de ton corps se détruire alors que tu avanceras à travers les cris et une insoutenable douleur. Mais tant que tu auras les yeux fermés, et que tu résisteras à l'envie de regarder autour de toi, tu seras sauf(ve). Ce moment ne durera que 31 secondes, mais beaucoup ne parviennent pas à garder leurs yeux fermés jusqu'au bout, et subissent alors le pire sort imaginable sur cette route. Où se situe ce kilomètre ? Ceux qui ont survécu ne savent pas. Certains l'ont nommé " la transmission de l'enfer ", mais ce lien à l'enfer reste discutable.

Après le dernier kilomètre, le courant reviendra. Arrête le véhicule
un moment. Prends un peu de temps pour recouvrir tes esprits. Laisse mourir les cris dans tes oreilles, et pense que tu as presque fini ce voyage, le plus dur étant derrière toi.

Respire, et reprends ta route.

Après un petit moment, ton véhicule arrivera à un cul-de-sac. Arrête-toi là et ne bouge plus. Rien n'arrivera à ce moment-là, mais ne soit pas déçu. Relaxe-toi et ferme doucement les yeux. Visualise dans ton esprit ce que tu as désiré si fortement pendant tout ce voyage. Tu ressentiras presque la même chose que lorsque tu as commencé, mais la sensation devrait normalement s'être amplifiée. Prends pleinement conscience de ce pour quoi tu as affronté ces difficiles et terrifiantes épreuves, et imagine-le dans tes mains, ou bien dans une situation si l'objet de ton désir n'est pas matériel.

Après l'avoir complètement visualisé, ouvre lentement les yeux.

Tu te retrouveras à l'entrée de la route sans nom, là où tout a commencé. Ça te perturbera sûrement, mais sache que tu as fini. Tu as réussi le voyage.

Tu chercheras alors ta récompense. Si ce que tu désires est matériel, regarde sur le siège arrière de ton véhicule, ou bien dans le coffre. Si la chose est relativement petite, pense à vérifier dans ta poche : elle doit déjà y être. Si ce que tu désires n'est au contraire pas matériel, ne sois pas déçu si le changement n'est pas immédiat. Retourne chez toi, reprends ta vie, et tu verras que ce que tu recherchais est désormais là. Tu auras peut-être rencontré l'amour de ta vie. Tu auras peut-être obtenu des pouvoirs inimaginables et surnaturels. Tu seras peut-être également parvenu(e) à faire subir à ton ennemi une exquise revanche. Une chose est sûre : tu auras mérité ce que tu as obtenu.

Bien ! Maintenant que la tâche est accomplie, que se passe-t-il ? Le véhicule est-il maudit pour toujours ? Y a t-il quelque chose que tu vas perdre ? Ta mort est-elle imminente ? La réponse à tout ça est non, bien sûr. Tu as remporté le challenge. Tu as prouvé que tu méritais l'objet de ton désir. Il est vrai que les sons du onzième kilomètre continueront de résonner dans ton esprit, pouvant te causer de violents et perturbants cauchemars. Mais ceci représente peu de chose comparé à ce que tu auras gagné.

Maintenant, une dernière question: y a t-il autre chose que tu souhaiterais obtenir ? Est-tu insatisfait(e) ? Après tout, tu seras retourné(e) au début de là ou tu as commencé le voyage. La route sera devant toi. Seras-tu prêt(e) pour une nouvelle traversée ?



 

Si oui, libre à toi de reprendre la route : pense juste à bien attacher ta ceinture.



Illustration par Misha Samos, gagnant du concours de dessins organisé en juillet 2016.




Traduction : Flower Eyed

Creepypasta originale

mardi 12 mai 2015

Une belle famille

Je suis membre d’un forum parlant d’explorations urbaines, on m'y connaît sous le pseudonyme "Virann". J’ai rencontré une personne sur ledit forum et je pense qu'il est nécessaire de vous faire connaître son histoire. J’ai toujours cette crainte qu’il revienne et qu’il partage de nouvelles photos. Vous vous demandez sûrement de quoi je parle. Je vais donc recommencer.

J’adorais l'exploration urbaine, que ce soit seul ou entre amis. Je voulais partager ma passion avec d'autres personnes, et j’avais fini par trouver ce forum. Je traînais beaucoup sur la chatbox, et j’y avais remarqué cette personne. Il se nommait Kinford. Son pseudo était affiché en gris, ce qui voulait dire qu’il n’avait posté aucun message. Il n’avait pas d’avatar non plus. Il s’était inscrit le 12 novembre 2010, quelques jours après la création du forum. Il n’avait mis aucune information sur lui, ni sa localisation, ni ses loisirs, etc. Bref, il était invisible.

Je l’avais remarqué car il était presque tout le temps sur la chatbox, à toute heure du jour ou de la nuit, mais il ne parlait jamais, même quand on l’incitait à le faire. 


Un jour, les explorations urbaines ont cessé petit à petit. Soit des personnes quittaient le forum, soit ce n’était plus leur passion. Personnellement, l'exploration urbaine était moins importante dans ma vie.

Un mois plus tard, la routine continuait. Aucun nouveau topic d'explorations urbaines. J’étais quand même triste de voir ce forum mourir. Jusqu'au soir où un message est apparu en bas à droite de l’écran :

"Un nouveau message de Kinford a été posté dans Vos explorations urbaines"

J’ai été tellement surpris. ‘’Depuis quand il poste des messages lui ?’’, ai-je pensé. J'ai cliqué sur le message et j'ai été redirigé vers son topic. Voici ce qu’il disait :
"Bonsoir. Je suis ici depuis bien longtemps et je ne vous ai jamais fait partager ma passion pour les explorations urbaines. Je vais donc vous faire voir des photos d’une maison habitée par une belle famille. Je me dirige vers la maison demain matin. Je tiens à m’excuser à l’avance pour la qualité des photos. J’ai un vieux kodak. :p À bientôt. Kinford.''

Je ne comprenais pas. Une maison habitée par une belle famille ? Se foutait-il de nous ? J’espérais, en tout cas. Il n’y a eu aucune réponse.

Le lendemain, vers 9h00, je suis retourné sur le forum. Il y avait des nouveaux messages sur le post de Kinford. Certains demandaient de quoi il parlait. Ils ne comprenaient pas l'intérêt d’explorer une maison habitée - un non-sens pour tout explorateur urbain qui se respecte ! Kinford a posté des photos à 22h04. J’étais confus.


N-B : Les mots en italique sont les descriptions des photos, données par Kinford.


Belle maison


L'entrée du jardin

 Ils sont là


Ils regardent Star Wars


Ils aiment le film


Ils sont si heureux


Une bonne partie des réponses demandait à Kinford en quoi ça avait rapport aux explorations urbaines. D'autres s'amusaient de son comportement de voyeur. Il n’a pas répondu.

Le lendemain, à 20h00, il a remis d’autres photos. La dernière est celle qui a le plus attiré mon attention. Je ne savais pas quoi penser. Les voici :



 Sésame ouvre-toi

 J'entre

La tondeuse est là

Je l'ai allumée

Il faut tondre le gazon

Oups...


C'est cette dernière photo qui a attiré l'attention de nombreux membres sur le topic de Kinford. Les gens se sont mis à faire des conjectures sur ce que pouvait être la forme devant la tondeuse. Certaines plus sinistres que d'autres. Au bout du compte, tout le monde avait fini par y aller de son explication logique et rassurante : sac plastique, affiche... cela dit, ça n'a pas empêché nos deux admins d'aller y fourrer leur nez et d'interroger Kinford personnellement. Comme vous vous en doutez, il n’a jamais répondu à personne. 

Kinford ne s’est pas connecté pendant une semaine, puis il a reposté de nouvelles photos. J’aurais préféré ne pas les voir. Les voici :

Ils pêchent


Ils sont si heureux


C'est verrouillé


Pas ici


il m'a vu...


une belle famille...


Attention...


FeU



J'étais encore plus confus. Une voiture en feu ? Pourquoi ? Je savais très bien que les questions étaient inutiles, je me suis donc abstenu, contrairement à d'autres membres moins lucides qui étaient en quête désespérée de réponses. 

Kinford ne s'est pas connecté pendant encore deux semaines. Il a posté ses dernières photos. J'ai compris après les avoir vues. Kinford ne faisait pas de blagues ou de mise en scène pour rigoler. Les voici :


La cuisine


Une belle photo de bébé


je vais monter


C'est parti


On est en haut


Des photos dans des cadres


Les voici, avec le chien


toi le premier


tu étais heureux..


...tu ne le seras plus


Il aboie


à ton tour


La lame glisse doucement sur ta peau


le dernier...


...D'Une Belle Famille



C'était bien assez pour ne plus prendre ça à la rigolade. Peu après, les admins ont supprimé son compte ainsi que le topic avec toutes les photos. Heureusement que je les avais gardées pour pouvoir raconter cette histoire. 
J'ai demandé, plus tard, à l'admin principal du forum s'il avait pu localiser Kinford avec son adresse IP. Il m'a dit qu'il avait pris soin de la bloquer, et il a ajouté qu'il avait signalé l'affaire à la police.

Les admins ont pensé après coup qu'il aurait été utile pour les flics que Kinford ait la possibilité de continuer d'envoyer des photos sur notre forum, pour les aider dans leurs recherches.
Pour ma part, j'étais content de le voir disparaître. Je veux dire, ces longues soirées où il restait connecté sans rien dire, à regarder parler les autres... rétrospectivement, je me sens mal à l'aise à l'idée qu'il passait tout ce temps à nous observer, préparant un de ses coups.



dimanche 10 mai 2015

Quand les bêtes pleurent

(Long message trouvé sur un site dédié au paranormal)


Ceci est une légende que j'ai entendue pour la première fois dans la petite ville de *****, dans le Michigan, lors de mon voyage scolaire aux États-Unis. C'est Tania, la mère de ma famille d'accueil, qui me l'a narrée après avoir remarqué mon regard perplexe, posé sur une petite statue en porcelaine représentant Saint François d'Assise, placée sur une commode du salon. Voici comment elle me l'a racontée :


"Il y a environ 200 ans de cela, vivait une jeune fille de 14 ans, du nom de Frances Dax. Personne ne savait d'où elle venait : les uns affirmaient qu'elle s'était échappée d'un asile psychiatrique réservé aux plus dangereux malades mentaux, les autres disaient qu'elle était la fille illégitime d'un marchand ambulant hollandais l'ayant abandonnée pour des raisons inconnues. Des paysans l'avaient un jour trouvée blottie au fond d'une grotte creusée sous un talus, le corps secoué de tremblements incontrôlés : ils l'ont alors recueillie et lui ont offert le gîte et le couvert, en échange de sa participation aux travaux des champs."


"Dès son arrivée, des choses étranges arrivèrent dans le village. Le temps devint tourmenté et changeant : on passait en une fraction de secondes d'un ciel d'azur à une pluie diluvienne aux nuages sombres, mettant à mal les récoltes ; de nombreux enfants se plaignaient de violents maux de tête qui empiraient de jour en jour ; et les chevaux devenaient nerveux et difficiles à contrôler lorsqu'ils s'approchaient de la ferme où vivait Frances."


"Bien entendu, toutes les accusations se reportèrent sur la jeune fille : les ragots circulaient à une vitesse folle. Ne l'avait-on pas vue, une nuit, sortir par la fenêtre de sa chambre pour aller courir pieds nus dans les bois et jouer avec les bêtes sauvages ? Ou alors, n'a-t-elle pas, un jour, offert des fleurs à une petite fille de quatre ans, morte d'une pneumonie les jours d'après ? Au village, il n'y avait plus de doutes possibles : la présence de Frances était clairement nuisible. Rejetée de tous, la pauvre Frances n'eut d'autre choix que de s'exiler."


"Deux années passèrent. Puis, un jour, on annonça l'arrivée d'un cirque dans la région. Ce n'était pas souvent que l'on avait le droit à de tels évènements à *****, et la joie était à son comble pour tous les villageois. Les gens du cirque arrivèrent enfin à ***** et s'installèrent dans une clairière environnante. Des hommes forts proposèrent leurs services pour monter le spectacle, et on vit un jour se dresser un chapiteau écarlate."


"Il n'y avait plus grand monde aux champs ou dans les chaumières le soir de la représentation : les places se vendirent comme des petits pains, si bien que l'on dut rajouter des bancs pour ceux qui n'avaient pas de place. Toute la soirée, le spectacle fut grandiose : des animaux dressés exécutaient parfaitement des tours élaborés, les acrobates redoublaient de virtuosité, et les clowns faisaient hurler de rire les plus petits. On arriva au clou du spectacle : le Monsieur Loyal s'avança sur la piste et déclara avec fierté : "Mesdames, Messieurs ! Voici maintenant venu un numéro aussi incroyable que risqué ! Voici... Mary Wolf, la dresseuse de bêtes féroces !"


Le public retint son souffle alors qu'une belle jeune fille aux cheveux bruns ondulés, vêtue d'une simple robe grise, entra sur la piste, suivie de près par trois loups, un ours et deux lynx. Aucun de ces animaux n'était attaché, pourtant ils s'avançaient docilement derrière leur maîtresse. La dénommée Mary Wolf se plaça au milieu de la piste, ses animaux l'entourant en cercle, et leva les yeux vers le ciel : à ce geste, les loups hurlèrent en concert. Elle baissa le regard : ils s'arrêtèrent. Elle recommença, levant cette fois-ci sa main gauche : les lynx exécutèrent alors de curieux pas de côté, semblant danser sur le chant des loups. Elle leva la main droite, et l'ours en fit tout autant, se dressant sur ses pattes arrières. Le public avait le souffle coupé. C'était irréel. La dresseuse leva alors les deux bras au ciel, les mains ouvertes, alors les animaux se mirent à marcher en cercle autour d'elle. Le public applaudit à tout rompre, subjugué. C'est alors que l'irréparable fut commis, lorsque l'un des enfants cria :

"Frances Dax ! C'est Frances Dax, la porte-malheur !"

Un silence de mort se fit sous le chapiteau. Alors les villageois reconnurent celle qu'ils avaient chassée deux années plus tôt. Ils commencèrent à protester doucement, puis de plus en plus fort : aux murmures se succédèrent les cris, la surprise fit place à de la haine.

"Hors d'ici !"
"Jetez-la dehors !"
"Elle veut encore faire pourrir nos récoltes et tuer nos enfants !"
"À mort !"

La foule était en délire. La pauvre Frances, effrayée, s'enfuit dans les coulisses, ses animaux la suivant à la trace. Mais déjà des hommes sautèrent des tribunes et se jetèrent à sa poursuite. La jeune fille sortit du chapiteau et se dirigea vers les bois, une masse hurlante à ses trousses. Dans sa course folle, elle longea un ravin escarpé, mais elle trébucha sur une pierre et perdit l'équilibre... Les villageois arrivèrent au moment où elle se précipitait dans le vide, poussant un cri strident. On a ensuite raconté que les six animaux sauvages, comme fous de chagrin, se jetèrent dans le ravin à leur tour, pour suivre leur maîtresse dans la mort."


"Le corps de Frances ne fut jamais retrouvé, et ce dramatique évènement tomba dans l'oubli. Pourtant, quelque chose d'inhabituel commença à arriver : en effet, une vague de disparitions se propagea chez les animaux du village. Ces derniers s'enfuyaient de leur maison la nuit tombée et se dirigeaient vers les bois, pour ne plus jamais revenir. Dans les années 40, un petit garçon raconta avoir suivi une brebis se rendant à son tour dans la forêt sombre : cette dernière se serait alors approchée du ravin de la légende, et aurait bêlé tragiquement avant de se jeter dans l'abîme."



"Voilà pourquoi, dans le village, on peut trouver de nombreuses statues de Saint François d'Assise dans les foyers : ce dernier était entre autres le protecteur des animaux, et mettre une représentation de ce saint dans sa maison éviterait ce sort funeste à son animal. Bien entendu, ce n'est qu'une légende, mais la tradition a perduré depuis."


Je me souviens que juste à la fin de son récit, Cookie, son berger allemand, s'est approché de moi, une balle en plastique bleue dans sa gueule, la queue frétillante. J'ai souri et suis parti jouer avec lui dans le jardin. Les gens d'ici sont vraiment superstitieux...


Nous étions devant une fenêtre ouverte, lorsque je lui ai lancé la balle, un peu trop fort. Cette dernière a continué sa trajectoire en entrant par cette même fenêtre. Cookie, tout joyeux, a alors bondi pour la chercher. S'en est suivi un bruit de porcelaine brisée. Un mauvais pressentiment m'assaillant, je me suis engouffré dans le salon, pour constater les dégâts : en voulant rattraper la balle, Cookie avait fait tomber la statue. Il n'en restait plus que des morceaux éparpillés au sol.


Le lendemain, le berger allemand avait disparu.


Quelques mois après ce voyage, rentré en France, j'ai repris contact avec Tania pour lui demander des nouvelles. Mais Cookie n'a jamais été retrouvé.





Ne pouvant donner publiquement le nom de la ville, vous pouvez me contacter si vous vous apprêtez à partir au Michigan, et que vous avez des animaux : s'il s'agit effectivement de ce village, surveillez-les en permanence, sous peine de les perdre à tout jamais.


vendredi 8 mai 2015

Le protocole Ganzfeld

Le but premier de cette expérience était de tester les PES (perceptions extrasensorielles), en fait, d'étudier la télépathie et les "pouvoirs psychiques". C'était quelque chose de populaire dans les années 1960 et 1970. Aujourd'hui, certaines personnes le font seulement pour voir ce que ça fait.

Pour mener cette expérience, vous allez avoir besoin d'une balle de ping-pong coupée en deux, d'une paire d'écouteurs qui isole bien du bruit, d'un endroit confortable pour vous allonger, et d'un mp3 (ou n'importe quelle source sonore) qui joue un bruit rose ou un bruit blanc (blanc de préférence, vous pouvez en trouver sur http://simplynoise.com/). Vous allez aussi avoir besoin d'une source de lumière rouge. Comme le montre l'image plus bas, vous devez mettre les moitiés de balle de ping-pong sur vos yeux, et mettre la lumière rouge au-dessus de vous, pour que vous ne voyiez que du rouge. Aussi, vous devez mettre vos écouteurs et écouter le bruit blanc, de sorte que ce soit la seule chose que vous entendiez. Il faut qu'une personne soit avec vous, et que cette personne vous pose des questions, et le plus important : ne vous endormez pas. Cette expérience provoque surtout des hallucinations.

Certaines descriptions de ces hallucinations sont vraiment intéressantes. Parfois même carrément effrayantes.

"Pendant un moment, je ne voyais qu'une sorte de brouillard grisé et bleuté. Je me disais que tout ça n'avait aucun sens. Après un moment, j'étais comme parti. J'étais totalement absent. Tout d'un coup, j'étais en train de tenir une craie, j'écrivais une sorte de formule de maths, et tout était très clair ! Puis tout a disparu."

"Je pouvais voir sa tête. Elle était très expressive, avec beaucoup de couleurs..."

"À droite, il y avait un mannequin qui était apparu soudainement. Il était tout en noir, avait une tête mince, des épaules assez larges, de longs bras, de très longs bras même. Et un torse relativement petit. Il s'approchait de moi, il tendait ses mains, grosses et larges... Il était resté comme ça un moment, puis reparti, doucement, d'où il venait..."


Aussi, un peu moins de la moitié du temps (de ce que j'ai pu voir du moins), les sujets parlaient. La plupart du temps, on ne savait pas de quoi ils parlaient. Quand je leur posais des questions, ils répondaient correctement. C'était très clair, mais étrange à la fois. Je ne sais pas comment l'expliquer. Essayez vous-même.

Il y a aussi quelques théories qui disent, par exemple, qu'il est possible de contacter des esprits dans cet état, ou qu'on peut réveiller son subconscient comme ça. Voilà ce que j'en pense :

Le phénomène de Ganzfeld est associé avec psi. Je veux parler de la lettre psi, la 23ème lettre de l'alphabet grec : celle qui fait référence à toutes sortes de phénomènes ou expériences psychiques, ou à des événements liés à l'esprit, et qui ne peuvent être expliqués par des lois connues. Psi est lié au paranormal et à ce qui ne peut pas être expliqué, et le protocole Ganzfeld, de même, ne peut pas être expliqué clairement. Je pense aussi que ce protocole n'est pas la seule chose associée avec psi. Les moines qui méditent pendant des jours sans manger ni dormir, les oracles dans le passé, et les prêtres qui prient pendant des heures et qui ont des visions, sont tous associés au même phénomène. Psi.

Tout ça est assez cool, même si aucune personne que j'ai rencontrée n'a pu m'expliquer ça. Je sais que quelques personnes ont eu des expériences traumatisantes avec ça, mais personne n'a jamais été blessé, ou n'est resté en transe ou quoi que ce soit. Si vous aimez les théories paranormales comme moi, alors je vous conseille d'essayer par vous-mêmes !





Traduction : Mhyn

Texte original

mardi 5 mai 2015

Lalaloopsies

Durant cet été, il m'a été donné de rencontrer une gamine qui était accroc à des poupées bizarres, des fillettes en plastique avec une tête de chibi et des yeux faits de boutons. Ce dernier point m'avait fait faire une grimace, ce qui m'avait valu quelques reproches de sa part.


En rentrant chez moi, je me suis demandé quelle était la société qui avait eu l'idée de faire jaillir ces horreurs. Ayant appris entre temps que ces espèces de jouets s'appelaient très élégamment « Lalaloopsy » (je doute que l'on puisse trouver plus niais), j'ai tapé ce nom dans la barre de recherche.

Le wiki expliquait que c'était MGA Entertainment qui était responsable de ce carnage. Le nom original, rapidement changé : Bitty Buttons. Autrement dit, les boutons devaient être mis en valeur, mais on a hésité et changé à peine trop tard. Le CEO (aucune idée de ce que c'est) de la marque expliquait : "Bitty Buttons a été créé pour apprendre aux enfants que chacun est unique, à sa propre façon. La nouvelle marque affiche l'idée que les vieilles choses peuvent devenir nouvelles à nouveau, tout peut être réutilisé et rien ne doit jamais se perdre."


D'après la compagnie, les poupées étaient "confectionnées pour encourager l'imagination des enfants et leur créativité" et "pour enseigner des leçons
de vie importantes, comme la diversité, l'individualité, et l'idée que tout sert à une seconde vie."

Bref, le discours banal du marketing pour justifier qu'on veut simplement se faire du pognon.
Tout de même intrigué par la dernière phrase, j'ai cherché le nom de l'orateur (Isaac Larian) sur internet.

N'ayant rien d'autre à faire, j'ai farfouillé un peu dans chaque O de Google pour tomber sur des images d'Isaac Newton, la biographie de Rousseau, ou un tableau de Bosch. Pour voir jusqu'où on pouvait aller, j'ai regardé la 20ème page, la 30ème. À la 45ème page, un seul résultat s'affichait, en anglais : « My first website. Isaac Larian ». J'ai ouvert le lien dans un nouvel onglet. Juste après, le résultat a disparu, et d'autres sont apparus.


Je suis allé voir en bas de la page : un avertissement s'affichait, près du 44ème O de Google sélectionné : « Afin d'afficher les résultats les plus pertinents, nous avons omis quelques entrées qui sont très similaires aux 443 entrées actuelles. Si vous le souhaitez, vous pouvez relancer la recherche pour inclure les résultats omis. » Trop tard, juste à côté, la page était déjà chargée.


Un fond violet, un titre en bleu : My first website, souligné d'un sous-titre rouge : Issac Larian.
Le premier site d'un business man ? Pourtant il devait avoir autour de 59 ans, soit bien 46 ans au moment où il avait créé ce site, comme l'attestait le « June 2000 » en italique, en haut à droite.


Apparemment, le site faisait office de cours de business, je traduis :


« Je m'appelle Isaac Larian. À mes heures perdues, je fais de l'informatique sur internet. Ce domaine étant un peu émergeant, je tiens à féliciter celui qui aura trouvé cette page, et pour l'en récompenser, il pourra lire tout ce que j'y écris. Tout. »

S'ensuivaient des lignes sur la fondation d'une entreprise, la maîtrise durant un déficit, et l'image de marque s'apparentant à une « spécialité ». Bref, rien de vraiment intéressant. En descendant la page, on pouvait voir qu'il racontait ses journées en mettant des exemples : « J'ai licencié un homme, dites-vous que ce n'est pas un crime. Les procédures ont suivi et il n'a pas réagi : c'est donc un acte juste, qui sauve l'entreprise et des milliers d'employés. » En fin de compte, c'était pratiquement nul.

Mais la page était très longue, et Isaac commençait à raconter de plus en plus sa vie banale : « Un nettoyage de printemps, m'a dit mon voisin, c'est comme gérer une petite entreprise mais on est le seul ouvrier, ainsi on visualise mieux les conditions... »


Un passage, en milieu de page, a attiré mon attention :

« Cette page est perdue dans l'immensité de l'internet en pleine expansion. Personne ne va tomber dessus. Alors autant tout dire. Je suis âgé, j'ai 46 ans, et je souffre de troubles psychologiques suite à un événement qui m'a choqué pendant mon enfance. J'ai souffert d'hallucinations auditives et de schizophrénie. Mon psy m'a demandé de tout lâcher, de tout écrire, de faire sortir tout ce qui me troublait. Alors je le fais, pas devant lui, mais je le fais. Pourtant je ne me sens pas mieux. Encore plus mal d'ailleurs. Mais je sens que je ne peux plus m'arrêter. Voici ce qui m'a le plus tracassé de toute ma vie. Je n'ai pas à faire remonter ce souvenir, car il est tout le temps là. Quand je suis seul, quand je suis avec quelqu'un, quand je dors, quand je fais la fête. Il reste et ne s'en va jamais. Alors j'essaye de le cacher. C'est comme cacher un écran de cinéma avec un mouchoir, mais c'est déjà mettre un obstacle. Mais là, je vais simplement enlever le petit mouchoir, et tout raconter.

Je suis Iranien. Durant mon enfance en Iran, je vivais dans une famille peu connectée au monde, et par conséquent assez restringente. Mes parents passaient leur temps à pendre leurs tympans près de la radio pour écouter l'actualité sur la guerre. Je m'ennuyais à longueur de journée. On pouvait se balader dans le village, mais pas au-delà. Jamais la nuit, au coucher, ou bien au lever du soleil.

Pourtant un jour, deux jeunes filles ont disparu. La première était une fille qui s'habillait « à l'américaine », les bras nus, avec des piercings. Ayant violé la religion de ce fait, on savait bien qu'elle ne serait plus là un jour ou l'autre. Ses parents sont pourtant restés inconsolables.

La deuxième était une petite fille de cinq ans, Randa, d'origine étrangère, qui vivait
ici avec son oncle et sa tante. Elle avait la particularité d'être rousse et d'avoir des couettes. Pourtant, comme elle était jeune, depuis son arrivée elle avait eu la chance de ne jamais avoir été discriminée. C'était étonnant qu'elle disparaisse ainsi du jour au lendemain.

C'était un vendredi étouffant, mon père était à la radio, ma mère à la cuisine. J'ai dit : « Je sors », et je m'en suis allé. Je ne savais pas que lorsque je traverserais, ce même jour, cette porte dans l'autre sens, je ne serais plus le même.

Je suis allé jusqu'à la route centrale. Là-bas, il n'y avait que des vieux qui jouaient au tric-trac en buvant du café, ce n'était pas eux qui allaient me déranger. Je me suis rendu jusqu'à la limite du village, et je me suis mis à regarder la maison à deux ou trois kilomètres devant moi. Une maison en bois, à deux étages, comme on n'en trouvait jamais à l'époque, qui se tenait ici depuis 1945. On disait qu'un fou européen l'avait faite construire. Cela faisait plusieurs années que je m'étais mis en tête d'aller la visiter, malgré tout ce qu'on racontait sur elle. « La maison d'un fou rend fou », ne cessaient de répéter les vieux. Soudainement, j'ai pris ma décision. J'ai regardé à droite, à gauche, derrière : pas de vigile.

J'ai franchi la petite ligne de terre. J'ai passé la cabane du vigile, vide. J'ai ouvert la porte du grillage barbelé, et je suis sorti. Personne ne m'avait vu. J'ai refermé délicatement le grillage à l'aide d'un bâton, que j'ai laissé devant pour pouvoir revenir.

J'étais sur la route par laquelle arrivaient les provisions. Il était midi. Le camion n'allait pas tarder. Le vigile non plus. J'ai couru, quitté la route, et sprinté vers la cabane, mes chaussures frottant le sol terreux et sec. Après cinq minutes de course moyenne, je me suis arrêté. De là où j'étais, on pouvait voir le camion de provisions arriver, un tout petit point noir, à l'Ouest. Si on voyait ma silhouette, j'étais cuit. Je me suis aplati par terre et ai rejoint un petit creux où me cacher.

J'ai patienté. Longtemps. Quand j'ai enfin relevé la tête, le camion était parti. Je suis sorti du creux et j'ai marché vers la maison. De près, elle semblait encore plus belle que je me l'imaginais. On aurait dit un des chalets suisses dont parlait ma grand-mère, qui avait beaucoup voyagé.

J'ai marché vers la porte, sur la petite estrade. Le sol de bois était magnifique. N'écoutant que mon courage, j'ai ouvert la porte. J’ai atterri dans un salon rempli de morceaux de tapis miteux. Des bouteilles de whisky bonifiaient derrière un bar, au fond. Un petit escalier à droite menait à l'étage supérieur. Je l'ai pris. Le bois résistait particulièrement bien malgré son âge.

Une salle vide, plongée dans la pénombre, m’a accueilli. J'ai pris peur. Quelque chose me conseillait de repartir, je ne savais pas quoi, mais cette chose me le hurlait au fond de moi-même. Mais je me suis ressaisi.

Une lampe à huile traînait à coté de moi, avec, à côté d'elle, ce qui semblait être un fond d'huile à brûler dans un galon. J'ai réussi à verser un peu d'huile dedans, sorti des allumettes de ma poche et donné la lumière. L'odeur dégagée par le lampe était immonde et la flamme faible, mais au moins, je pouvais un peu mieux voir la salle. Il y avait trois masses par terre. Je me suis approché, en me prenant une toile d'araignée. C'était un manteau qui enveloppait quelque chose. J'ai regardé la deuxième. Un deuxième manteau, enveloppant une deuxième chose.

Mon regard est retourné vers le premier manteau.

Le cri que j'aurais voulu pousser était si grand, qu'il n'est pas parvenu à sortir de ma gorge. Un cadavre, les yeux livides, en soutien-gorge en cuir noir, avec du fard violet sur les paupières et un piercing dans le nez, me regardait.

Terrorisé, j'ai regardé de l'autre côté. Un autre cadavre, avec deux jambes anormalement minces, enrobées d'un collant rose à pois blancs. Une jupe bleue à pois blancs. Un tête déformée, gonflée. Des cheveux roux, en couettes. Mais le pire, c'était les yeux. On les lui avait crevés, puis on avait cousu ses paupières ensemble en rajoutant un bouton bleu pour chacun.

J'ai jeté un coup d’œil vers la troisième masse. Elle bougeait. C'était quelqu'un, de dos, qui dormait, bien vivant. J'ai contourné le premier cadavre, au bord de l'évanouissement, et j'ai pris la fuite en faisant le moins de bruit possible. En partant, j'avais touché une des deux couettes de la fille rousse. Rigide et dure comme de la pierre. Elle était figée.


Il reste un dernier détail, qui me revient sans cesse en flash-back. Juste avant de descendre l'escalier, il me semble revoir une image et un son. J'entends un mot. Un « Brats » très court. Mais dans mon souvenir, à ce moment précis, il me semble voir
bouger les lèvres du premier cadavre. Cet événement m'a terriblement choqué.



C'est bon, je l'ai raconté. Mais je ne suis pas satisfait. Je veux en faire plus. Le dire à tout le monde, de toutes les manières existantes. Sous toutes les formes. »


 



La page se finissait là.


Sous toutes les formes...

J'ai regardé l'adresse du site. Au moment où je la copiais, la page a disparu et a été remplacée par : Firefox ne peut trouver le serveur à l'adresse: http://e.%my irst%0website%0%issac%0%larian.web

L'adresse n'était pas celle-ci, elle était beaucoup plus longue. L'adresse était désormais définitivement perdue.

J'ai recherché une image de Lalaloopsy. En cherchant pas mal, je suis tombé sur une poupée rousse, avec un collant rose à pois blancs, et une jupe bleue à pois blancs également. Les boutons de ses yeux étaient bleus.

Je me suis souvenu de quelque chose. J'ai cherché de nouveau Isaac Larian. Une page : Isaac Larian, CEO de GMA, célèbre pour ses Bratz.

« Brats ».

Isaac l'avait dit. Il voulait se soulager. Par toutes les formes. Même treize ans après.

J'ai repensé à la poupée de la fillette. La prochaine fois, j'aurai une pensée émue envers cette petite rousse de cinq ans.

Au moins, j'espère que Larian aura réussi à se soulager.