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vendredi 27 février 2015

Quelques nouvelles

-Ces mails ont été envoyés il y a maintenant trois ans et quatre mois. Ce "Jerry" envoyait des e-mails à une certaine "Amy", et apparemment ils se connaissaient. Après enquête, Amy est morte trois ans avant que Jerry n’envoie ses mails.
              


<Quelques nouvelles de mon retour>  --Samedi 10 Mai, 15:49
De : Jerry - jer_ian@gmail.com
À : Amy - kiot-amy89@gmail.com

______________________________________________________

Coucou ma chérie!

Je suis de retour, après deux semaines sans te donner de nouvelles, ça a été très long !
Tu m'as tellement manqué depuis tout ce temps... Pourtant, tu aurais dû venir, on y était tous les deux en plus.
J'espère que tu te souviens toi aussi de ce qu'on a vécu ensemble là-bas.
L'école de Haïpgo, on y a passé notre enfance quand même.
J'ai pris deux petits clichés, juste pour toi mon amour <3



C'était fortement délabré, c'est dommage, mais intéressant. J'y suis resté quatre heures en tout, c'était tellement émouvant.
Tant de souvenirs d'un coup... Bon, je dois bien avouer que j'ai eu une légère absence de souvenirs en en sortant...
J'y suis entré le midi, et en sortant il faisait nuit... Je ne l'explique pas vraiment. Mon cerveau me joue des tours on va dire.
Hâte de te revoir et de t'embrasser !
-Jerry

*

<Re : Quelques nouvelles de mon retour>  --Lundi 12 Mai, 06:40
De : Jerry - jer_ian@gmail.com
À : Amy - kiot-amy89@gmail.com

______________________________________________________
                        
Bonjour mon cœur.

Tu ne m'as toujours pas répondu depuis que je t'ai envoyé ce message...
Tu vas bien j'espère ?

J'ai encore une photographie sur mon appareil photo, je n'en ai pris que deux pourtant, mais je te l'envoie.
Je me demande vraiment d'où elle provient... Surtout que c'est la même que celle qui la précède.
J'ai dû prendre en mode rafale.


Sinon, j'ai une mauvaise nouvelle, elle me concerne, mais je t'en fais part...
Je ne me sens absolument pas bien depuis que je suis rentré.
Mal de tête, tournis, j'entends des sons de partout... Je dois avoir attrapé une maladie de cet endroit.
Mes cachets ne m'aident pas, j'espère que ça ira mieux dans quelque temps.
Réponds-moi vite.

-Jerry
J'ai l'impression de... changer.
   
*

<Re : Quelques nouvelles de mon retour>  --Jeudi 15 Mai, 19:03
De : Jerry - jer_ian@gmail.com
À : Amy - kiot-amy89@gmail.com

______________________________________________________

Tu m'inquiètes vraiment là.

Tu ne réponds à aucun appel, ni à mes SMS, mes e-mails...
Qu'est-ce qui t’arrive ?
Appelle-moi, dis-moi ce qui ne va pas, je pourrai t'aider peu importe la situation.
À tel point que tu n'es pas venue me voir...

Je suis sûr que tu es avec quelqu'un d'autre.
Tu ne me réponds jamais, alors avoue que tu sors avec un autre gars.
Salope, t'as intérêt à me dire la vérité ! Ou je lui casse la gueule à ton copain !

*

<Re : Quelques nouvelles de mon retour>  --Vendredi 16 Mai, 03:15
De : Jerry - jer_ian@gmail.com
À : Amy - kiot-amy89@gmail.com
______________________________________________________

La forêt est belle Amy.

Viens avec moi Amy, viens avec moi et regarde les beaux arbres.
Les arbres sont si beaux, viens voir.
C'est magnifique, cette forêt est magnifique.
Si beau.

Rejoins-moi vite Amy, et tu verras à quel point c'est beau.
Tu verras les beaux arbres.

*

<Re : Quelques nouvelles de mon retour>  --Vendredi 16 Mai, 23:56
De : Jerry - jer_ian@gmail.com
À : Amy - kiot-amy89@gmail.com
______________________________________________________

Je m'excuse de t'avoir injuriée dans mon message précédent.
Je suis vraiment désolé.
Si désolé. Je m'excuse de tout.

Et si jamais j'avais raison, je te pardonne, c'est sincère.
Je ne me suis pas beaucoup occupé de toi ces derniers temps.
Je viendrai un de ces jours, et je te passerai juste un bonjour.

Pardonne-moi s'il te plaît.

-Jerry

*

<Re : Quelques nouvelles de mon retour>  --Mardi 20 Juin, 04:01
De : Jerry - jer_ian@gmail.com
À : Amy - kiot-amy89@gmail.com
______________________________________________________

Je t'aime tellement. La poésie :


*

<Re : Quelques nouvelles de mon retour>  --Jeudi 22 Juin, 14:54
De : Jerry - jer_ian@gmail.com
À : Amy - kiot-amy89@gmail.com
______________________________________________________

                   
Coucou à toi mon amour !

Allez, tout est pardonné, je t'assure.
                   
Tu n'as rien à redire je pense, et moi non plus.
                   
On oublie et on recommence notre relation à zéro. J'ai besoin d'affection, il n'y a personne dans mon entourage.
Je vais retourner à notre école, je veux des souvenirs plein la tête.
J'étais... heureux.

Je t'aime plus que tout au monde.

*


~ Mainichi Shimbun
              
              
Sujet : Découverte d'un corps
http://mainichi.jp/opinion/subject/discovery-cadaver
               
Hier soir, un cadavre a été découvert près de l'école abandonnée Haïpgo, en plein cœur de la forêt, par deux randonneurs.
Ces derniers l'ont signalé à la police locale qui a repris l'affaire depuis peu.
D'après le médecin légiste, la victime ne serait pas d'origine japonaise mais américaine, son identité restant toujours non-confirmée.
Si vous avez une quelconque connaissance de la victime ou de son entourage, merci d'appeler ce numéro : +81 476 27 0110.
Pour toute découverte, des informations seront publiées sur le site du commissariat de police de Narita.
D'après les voisins de la victime, cette dernière aurait développé un comportement "étrange".
Ils ont raconté que ce Jerry aurait cessé, après un certain voyage, de sortir de chez lui. Il n'allait pas non plus travailler.
Une enquête a été lancée hier pour déterminer si le sujet souffrait ou non de troubles psychologiques.

Source officielle - Rédacteur : Shori Higanoto  

mercredi 25 février 2015

Mon frère (7/11)

Entrée 1
Entrée 2
Entrée 3
Entrée 4 
Entrée 5
Entrée 6
Entrée 8
Entrée 9
Entrée 10
Entrée 11

Texte original sur creepypasta.org


Entrées originales sur The books of Sand :
The children of District 11
Origin/Multiple births



Extrait du cahier #5 : « Les enfants du 11ème district »

[5]

C’est juste un petit incident que j’ai eu il y a quelques jours. Je ne sais pas si ça mérite d’être écrit sur ces cahiers, mais je pense que ça peut vous intéresser.

Vous vous êtes tous demandés ce que j’ai foutu depuis que je suis parti. La réponse n’est pas très excitante, j’ai juste fait quelques travaux pour mes parents. Depuis que j’ai quitté l’université ils étaient sur mon dos pour que je gagne un peu d’argent d’une façon ou d’une autre. Comme maman faisait un peu de business, je l’aidais un peu avec ça. Mais l’autre jour papa m'a demandé de faire une course pour lui, il voulait que je livre un colis au [#] de la rue ___ dans le district 11.

Je ne sais pas si tu y es déjà allé, c’est au nord de la ville, tout y est plus tranquille. C’est plutôt calme. Pendant l’hiver c’est recouvert de brouillard, et je veux dire par là que tu n’y vois pas à 1 m devant toi. J’ai pris un bus jusqu’à l’avenue ___, et c’était à 30 minutes de marche de la maison. Le colis que papa m’avait donné était une petite boite enveloppée de papier journal tenu avec une ficelle. Je n’ai pas vu ce que c’était, ce n’était pas intéressant à ce moment là. Ce n’était pas lourd et quelque chose à l’intérieur s’est déplacé quand je l’ai soupesé. Je pense que ça aurait pu être un jouet ou quelque chose comme ça. Peut-être un cadeau.

La maison où je devais laisser le paquet était la maison typique. Propre, un peu ennuyeuse. Juste en face du parc. Je n’ai pas bien vu la maison dans son entièreté à cause du brouillard. J’avais froid et je voulais rentrer dès que possible. J’ai frappé genre trois fois avant que quelqu’un ne m’ouvre.

Ce quelqu'un était un enfant, qui devait avoir 10 ans. Il était maigre, blond et roulait des yeux, comme s’il n’avait pas dormi. Je n’ai pas bien aperçu l’intérieur de la maison parce qu’il avait ouvert la porte juste assez pour y passer sa tête, mais j’ai entendu la télé à l‘intérieur, je pense qu’il devait jouer à des jeux vidéos. C’était un jour de semaine, alors c’était étonnant qu’il soit à la maison.

Je lui ai demandé si ses parents étaient là. Il a secoué la tête. Il a dit « c’est pas ma maison, je l’utilise juste ». Cet aveu m’a paru étrange. Je me suis dit que ce devait être un ami de l’enfant qui vivait ici. Je lui ai demandé si une personne qui habitait ici était là. Il m’a regardé comme si j’avais dit une énormité. On s’est regardé pendant une minute entière. Il a fermé la porte et a appelé quelqu’un à l’intérieur. Je suis resté là comme un idiot pendant 5 minutes. J’ai entendu un chien aboyer au loin et des enfants qui devaient jouer dans le parc. La porte s’est enfin ouverte et c’était un autre enfant, cette fois avec des cheveux noirs, qui ressemblait un peu à A., même si ce n’est pas important. Il semblait lui aussi ne pas avoir dormi.

Il m’a demandé pourquoi j’étais là. Je lui ai demandé si il habitait là. Il m’a regardé comme s’il allait mentir, mais a finalement hoché la tête. J’ai dit que j’avais été envoyé là par Mr ____, mon père, pour livrer un paquet, et je lui ai demandé si ses parents étaient là. Il a répondu non mais avait l’air intéressé par le contenu du la boîte que je tenais derrière moi.

Je commençais à être un peu exaspéré par tout ça, je voulais juste rentrer chez moi. Le district avec son brouillard, son manque de gens et apparemment le manque de sommeil de ses enfants commençait à m’énerver un peu. Alors je lui ai demandé si ses parents rentreraient à la maison, mais « probablement pas aujourd’hui ». Je lui ai lancé un regard interrogateur. Il m’a juste fixé comme si tout était normal. Alors je lui ai dit : Okay, écoute, je suis supposé livrer ce paquet là (j’ai re-vérifié l’adresse pour être sûr que ce n’était pas la mauvaise maison), alors prends-le et donne-le à tes parents quand ils rentreront. Il a hoché la tête comme si il venait juste de comprendre ce que je faisais là, et a tendu les bras. J’ai hésité à garder le paquet et à repasser demain, ou plus tard, mais je me suis dit que ce n’était pas la peine. Je me suis rapproché de la porte (l’enfant la gardait encore à moitié ouverte en restant à l’intérieur de la maison) pour lui donner. Et là j’ai vu à l’intérieur de la maison.

J’ai regardé dans ce qui semblait être le salon. Il était plein d’enfants, environ une douzaine. Ils étaient tous assis en train de regarder la télé, mais à la seconde où j’ai passé ma tête ils se sont tous tournés pour me regarder. Je me suis senti comme si je regardais une meute de chiens en train de manger un chat mort, quand ils s’arrêtent pour te regarder pour être sur que tu ne vas pas interférer. Et dès que tu tournes les yeux ils retournent à leurs affaires. C’était un peu comme ça. Tous ces enfants me fixaient, tout comme celui qui avait ouvert la porte la première fois. Et la TV ? elle ne diffusait rien, juste de la neige. Les jingles et la musique que j’entendais venaient de plus loin dans la maison. J’ai fixé les gosses qui m’ont regardé pendant ce qui parut une minute. J’ai senti un frisson courir sur ma colonne vertébrale. Je lui ai tendu le paquet. Il a fermé la porte. J’ai commencé à marcher, courant à moitié pour m’éloigner de la maison. J’ai entendu des cris de joie à l’intérieur de la maison.

Je me suis repassé l’incident durant le trajet en bus et j’ai regretté de ne pas avoir regardé ce qu’il y avait dans le paquet, ou de ne pas l’avoir gardé et livré plus tard à des adultes, si des adultes venaient un jour dans cette maison. Quand je suis rentré à la maison papa m’a demandé si tout s’était bien passé et j’ai hoché la tête. Il m’a regardé comme s’il s’attendait à ce que je dise autre chose, mais je suis juste allé dans ma chambre écouter de la musique. Je ne pouvais pas retirer l’image de cet enfant hors de ma tête, c’était comme tout droit sorti d’un roman. 
 

Enfin voilà, c’est tout. J’ai demandé à Papa hier ce qu’il y avait dans le paquet et qui habitait là, et il m’a juste dit que c’était un cadeau pour un ami. Je ne lui ai pas posé plus de questions. Tu as l’adresse de la maison, alors tu peux y aller si tu veux, mais je sais pas, je te le déconseille. Du moins pas quand il y a tant de brouillard.

[FIN]


Je n’ai pas grand chose à dire sur cette histoire. Je sais que F. est parti de l’université vers 2004, comme c’était un sujet de discussion entre mon frère et ses amis à l’époque, alors je pense qu’il a écrit cette histoire. Le District 11 est en effet connu pour son brouillard épais l’hiver.


Extrait du cahier #1 : « Genèse / Naissances multiples ».

[6]

Je crois que les moment déterminants de ta vie n’apparaissent pas comme tels avant beaucoup plus tard. On ne se rend compte de leur importance qu’après, et c’est peut être la plus grosse tragédie de tous les temps. 

La partie enfant de la bibliothèque de notre école comportait une toute petite médiathèque, qui consistait en des documentaires et des mauvais films. Quand j’étais un petit garçon, à la fin de chaque semestre, la classe organisait une pizza party où on regardait des films et où on savourait le fait qu’on était en vacances. Notre prof demandait des films pour enfants - habituellement des spéciaux de Snoopy ou de Clifford le gros chien rouge - et la dame des cassettes, comme on l’appelait, arrivait.

Elle était très mince et avait toujours l’air fatiguée. Elle avait de longs cheveux et passait tout son temps dans la salle vidéo. Je ne sais pas pourquoi j’étais fasciné par cet endroit, peut-être parce qu’il y avait toujours quelque chose à la télé. Les news passaient en permanence sur un des posts, et plusieurs autres films, des archives, ou des documentaires jouaient en même temps. L’endroit était rempli d’appareils photo, de costumes pour l’atelier théâtre, et d'étagères bourrées de cassettes. Elle servait au final de stockage pour toute l’école. Le concept de travailler dans cette salle, entouré d’archives du passé et du présent, connecté à la réalité du monde extérieur me plaisait beaucoup. Le fait que je sois déjà si nostalgique et intéressé par ce genre de choses à cet âge était déjà préoccupant.

Ladame  des cassettes était joviale et patiente, et je me suis souvent excusé de passer tant de temps dans cette salle. J’inventais souvent des recherches pour les profs. Pendant une de ces nombreuses excursions, je suis tombé sur des boites en carton cachées derrière une étagère, remplies de vieilles cassettes. Quand j’ai pris la boite j’ai libéré une grande quantité de poussière. Toutes ces cassettes avaient des étiquettes évocatrices. Je me souvient distinctement de « Boîte de fusible » et « Douzième étage ». J’en ai pris une qui s’appelait « Naissances multiples ». Je ne sais pas trop pourquoi.

Je l’ai cachée dans ma veste et l’ai fourrée dans mon sac alors que personne ne regardait. Compte tenu de la quantité de poussière qui recouvrait les cassettes, je me suis dit qu’elles ne manqueraient à personne.

À l’époque mes parents avaient un gros Betamax dans leur chambre, qu’ils n’utilisaient jamais. Mon grand-père l’avait ramené d’Amérique. Notre pays, à l’époque, pouvait à peine subvenir aux premières nécessités, encore moins les cassettes de comédies romantiques. Alors tout ce qu'on avait, c'était des enregistrements de contrebande, la plupart issus de signaux lointains interceptés par des pirates.

C’était compliqué à gérer, mais mes parents étaient à un mariage et ne rentreraient pas avant minuit. Alors j’ai mis la cassette et je me suis assis pour la regarder.

L’image était détériorée et avait un grain horrible, mais c’était pas difficile de la comprendre. C’était filmé sur un trépied, face au rivage. À la couleur grisâtre et à l'aspect de la mer, sans parler des bouteilles vides jonchant le sable, je pouvais dire que c’était une plage tout près d’ici. Au tout début on pouvait voir l’ombre de la personne qui ajustait l’objectif, puis elle bougeait hors de l’image et on ne la voyait plus. C'était simplement un long plan fixe sur les remous de la mer, avec le vent qui soufflait. Rien que le fait de regarder la cassette me détendait ;  je suis à peu près sûr que c’était en été.

Je me suis assis au pied du lit de mes parents et je l’ai regardée. J’étais préparé à voir quelque chose de dérangeant — en même temps je savais pas vraiment comment un accouchement se passait — mais tout ce que j’ai vu était la mer. À peu près à dix minutes, un chien émacié marchait dans le sable, reniflait une vieille bouteille, puis disparaissait du cadre.

En tout, la cassette durait 25 minutes. Je me souviens que je devais lutter pour ne pas m’endormir. Puis il y a eu la dernière minute.

Après pratiquement une demi-heure d’enregistrement des mouvements perpétuels de la mer, on remarquait quand même quelque chose de différent. Ça ressemblait d’abord à trois taches noires à quelques mètres du rivage. Comme trois bouées dans l’eau. Plus elles ont commencé à avancer plus près dans le sable. Elles émergeaient. C’était des têtes reliées à des cous, qui laissaient apparaître des épaules. Trois adultes qui émergeaient de l’eau froide. La distance, la qualité de la vidéo et l’éclairage les faisait apparaître comme trois silhouettes noires. Je pense qu’ils étaient nus. Ils ont commencé à sortir de l’eau. Ils bougeaient à l’unisson, faisant des pas presque en même temps. Ils étaient très grands. L’eau leur arrivait aux genoux et ils parlaient face à la caméra tout en gardant cette démarche rythmique jusqu'à ce que la vidéo s’arrête. Celui qui filmait a arrêté la vidéo juste là.

Il est dur de croire mon esprit impressionnable et jeune là dessus, mais je suis à peu près sûr que cette séquence avait été tournée en une seule prise.

À l’époque je ne voyais pas du tout ce que ça pouvait vouloir dire. Je crois que je ne sais toujours pas d’ailleurs. J’ai retiré la cassette — presque de force — et l’ai remise dans mon sac. Le lendemain j’ai jeté la cassette dans le panier de retour de la bibliothèque. Évidemment, la dame des cassettes saurait que quelqu’un avait pris cette cassette de la salle.

Mais elle ne m’a pourtant jamais suspecté. La fois d’après quand je l’ai vue, elle m’a regardé de son regard poli-mais-fatigué, et m’a demandé pourquoi j’étais là, une tasse de café fumant entre ses doigts pleins d’arthrite. Je suis à peu près sûr que le carton rempli de cassette avait disparu.

C’est marrant que je m’en rende compte maintenant, mais ça a été le début de mon obsession.


mardi 24 février 2015

L'entropie

Ce que je vous transmets aujourd'hui fut récupéré dans une grotte du Nouveau-Mexique en 1924. Les informations étaient inscrites sur différents morceaux de papier retrouvés dans le désordre, aux côtés du corps de l'auteur, Thomas Calvin. J'ai tenté de les traduire et de les retranscrire en essayant de garder intact les sentiments de l'auteur.


«Thomas Calvin, 02 Novembre.
 

Si je pose tout ça sur le papier, c'est pour permettre à mes pensées d'échapper à l'entropie. L'entropie, quelle magnifique, mais monstrueuse invention que l'entropie. Dieu a donc prévenu l'homme, qu'un jour il sera remplacé par un autre parce qu'il sera devenu vieux et inutile. Tout le monde y est préparé, depuis la naissance, et finalement qui peut en réchapper ? Personne hormis Lui. Je pense réellement qu'Il peut s'en sortir. Il me l'a prouvé, et de toutes façons, pourquoi mentirait-il ? »


« Thomas Calvin, 03 Novembre.

Certes, Il est hideux. Sa peau pend à plusieurs endroits, et sa couleur change selon là où vous regardez. De plus, si j'ai bien compté, Il n'a que 3 doigts à la main droite mais bien 6 à la main gauche. 6 doigts ! Est-il gaucher ? Je ne me souviens plus. Hideux, vraiment dur à regarder... Si l'on se base sur nos critères de beauté ! Vous seriez bien hypocrites de juger l'homme qui a défié Dieu. L'Homme, avec un grand H ! Il le mérite bien, Lui. Il a renversé l'entropie. En d'autres termes Il ne vieillit plus, anatomiquement parlant. Il est beau, en réalité. Une fois que son corps aura accepté les greffes, il aura comme mué.
J'ai encore du mal à gérer le fait de m'occuper de lui. Enlever le pus, les croûtes, et les insectes. C'est écœurant, mais Il le mérite bien. »


« Thomas Calvin, 06 Novembre.

Je crois qu'il commence à aller mieux. Son corps commence à se faire aux greffes et il y a moins de pus. Il parle peu, mais un simple regard me permet de comprendre ce qu'il veut. Ce soir, j'y retourne, Il a à nouveau besoin d'ambroisie. »


« Thomas Calvin, 06 Novembre.

Ce fils de putain ! Il m'a tiré dans la cuisse. J'ai mal, mais j'ai eu sa salope de fille. Je suppose qu'elle lui suffira pour une semaine, voire deux. »


« Thomas Calvin, 28 Novembre.

 
Bon, voyons voir où nous en sommes :
-J'ai perdu ma jambe droite à cause de la balle de ce bougre de fermier.
-Il parle ! Il m'a susurré à l'oreille tout à l'heure : « Je serai bientôt là. »
-Il commence à bouger. Enfin, pas à proprement parler, mais j'entends son estomac gargouiller de temps à autre, et il est parfois pris de quelques spasmes.
-Je me demande pourquoi des champignons poussent sur son visage ? »


« Thomas Calvin, 03 Décembre.

 
J'ai froid. »


« Thomas Calvin, 04 Décembre. 

 
Il n'est toujours pas revenu à lui, pourquoi ? Doit-il manger plus ? »


« Thomas Calvin, 06 Décembre. 

 
Malgré tout ça, il ne veut pas revenir !»


« Thomas Calvin, 12 Décembre.

 
J'ai mal partout et j'ai peur. »


« Thomas Calvin, 13 Décembre.

 
Tu me manques Alan. »


Alan et Thomas Calvin étaient deux frères. Thomas, chirurgien et médecin légiste de métier, aidait Alan, chimiste et physicien, dans l'étude du renversement de « l'entropie du corps humain ». Ils cherchaient en effet une « fontaine de jouvence » permettant d'inverser les effets du cours du temps sur le corps.

En 1924, Alan meurt d'une crise cardiaque suite à l'injection d'une solution qu'il pensait être la solution à ses recherches. Détruit par la peine, Thomas, son petit frère, devient schizophrène et croit converser avec feu son frère, celui-ci lui dictant de nouvelles initiatives. On dénombre, à cette même période, une dizaine de disparitions d'enfants dans le village où ils tenaient leurs expériences. Une enquête tenue la même année permettra de conclure que c'est en fait Thomas qui enlevait les enfants. Le corps de celui-ci fut retrouvé dans une caverne, à environ 5km du village, au milieu de ses notes. Il était mort d'une infection pulmonaire. Quant à son frère, Alan, il fut retrouvé à ses côtés, n'étant plus, dans les faits, qu'un patchwork de morceaux de corps découpés sur les cadavres décomposés des enfants trouvés au fond de la grotte. Il était purulent, le ventre fendu, duquel sortait des insectes. Des champignons avaient poussé tout le long de son corps et avaient répandu des spores.


Sous son aspect d'expérience ratée, la folie des frères Calvin pose encore des questions. L'entropie peut-elle être combattue ? D'ailleurs, se doit-elle de l'être ?



dimanche 22 février 2015

Mon frère (6/11)

Entrée 1
Entrée 2
Entrée 3
Entrée 4 
Entrée 5
Entrée 7
Entrée 8
Entrée 9
Entrée 10 
Entrée 11

Texte original

Entrées du blog original (le texte est parfois différent de la version présente sur creepypasta.org) :
Miranda Cassette Exchange


Extrait du Cahier #2 : « L’échange de cassettes du Miranda »

[4]

Un matin, E. et moi avons décidé qu’on allait sécher les cours. La plupart du temps on ne faisait pas de choses comme ça. E. était plutôt sérieuse en cours, ce qui contrastait avec sa manière apathique de se comporter avec le monde. On a passé la plupart de la matinée chez moi (mes parents étaient partis à leur 2ème lune de miel à l’époque, alors ce devait être en 1997), on regardait des stupides téléachats et des rediffusions de jeux télé, et on parlait de tout et de rien. Je ne trainais pas vraiment avec E., elle était plus amie avec D., je crois. Mais je voulais lui poser des questions sur ses parents. Au final je ne l’ai pas fait. Je me suis sentie un peu gênée.


Il était déjà midi à peu près quand on a décidé de quitter la maison et de trouver un endroit où manger, E. s’est changée chez moi (elle n’allait pas garder son uniforme), je lui ai donné quelques vêtements qui n’étaient pas tout à fait son style, comme tu peux l’imaginer, mais ça lui allait. On est allées au petit chinois rue ____, celui derrière le Miranda [Note : Miranda est une chaine de supermarché connue ici]. La bouffe craignait, et après E. a dû aller aux toilettes alors on est allées dans le Miranda et je l’ai attendue dehors, en regardant quelques magazines.


Je l’attendais devant la porte des toilettes des filles (je suis pas le genre de fille qui fait genre « hey on va aux toilettes ensemble ? ») et j’ai soudain entendu un son comme si elle essayait d’arracher quelque chose du mur. Je me suis demandé ce qu’elle pouvait bien foutre mais je suis restée silencieuse, parce que E. n'était pas trop du genre à parler. Et soudain elle est arrivée, pratiquement en hyper ventilation et elle parvenait à peine à s'exprimer. Elle a dit quelque chose du style « oh mon dieu, tu ne croiras jamais ce que j’ai trouvé là-bas. Viens, viens maintenant et regarde toi-même ». On aurait dit, en voyant son regard, qu’elle avait vu le Père Noël dans les toilettes, alors j’y suis allée.


La première chose que j'ai remarquée, c'est ce truc en plastique sur le sol. C’était ces gros rouleaux de papier tu sais, ils les mettent dans ces distributeurs en plastique et tu tournes un levier pour sécher tes mains avec, vous voyez de quoi je parle non ? Il pendait sur le mur du fond des toilettes. Bref, là où il était supposé être fixé il y avait un trou. Apparemment E. avait entendu un genre de grattement ou de mouvement derrière le mur, et elle avait décidé, dans un moment de faible jugement, de l’arracher du mur. Derrière il y avait un trou dans le mur par lequel on pouvait voir l’isolation et d’autres trucs. J’ai pensé qu’on l’avait fait accidentellement ou simplement trouvé là et qu’on avait décidé de le recouvrir comme on pouvait. Il y avait autre chose là-dedans, bien sûr. C’était une cassette étiquetée « ÉCHANGE ».


À l’époque tout le monde utilisait encore des cassettes pour tout et n’importe quoi, ce qui était pratique pour nous parce que, comme nous avons pu le découvrir, c’était un support solide. Plus maintenant bien sûr. Maintenant on en est réduits aux vinyles et à l’écriture à la main. Pathétique.


Bref c’était une cassette comme les autres qu'on pouvait acheter partout, avec une étiquette sur laquelle était marqué « ÉCHANGE », écrite simplement au marqueur. E. se demandait ce que c’était. Qui l’avait laissée là ? Je ne savais vraiment pas quoi lui dire. Inutile de dire que c’était très bizarre. Je crois qu’une fille est rentrée dans les toilettes, nous a vues regarder par le trou dans le mur, a tourné les talons et s’est dirigée droit dehors. On a eu de la chance que personne du magasin ne nous ait vues défoncer leurs toilettes.


On ne pouvait pas écouter la cassette ici, comme on avait pas de baladeur. J’étais hésitante sur le fait qu’il faille la prendre ou pas. C’était pas ma première expérience de « merde bizarre », et même si c’était pas particulièrement bizarre, j’avais le sentiment que ça pourrait le devenir très rapidement. Mais E. était déterminée à la prendre et à savoir ce qu’il y avait dedans. La cassette n’avait aucune écriture à part l’étiquette. Alors on l’a prise, en essayant de remettre le distributeur de papier sur le mur, réussissant à moitié (ça tenait sans réel équilibre), et on est retournées chez moi.


De retour à ma maison, qui était vide ces temps-ci, je n’avais pas de radio ou quoi que ce soit pour lire les cassettes. J’ai ressorti mon Walkman mais je n’avais plus de piles et je doute qu’il ait marché de toute façon. On a fini par aller dans la voiture de mon père pour utiliser le lecteur cassette de la radio. C’était une scène plutôt marrante, nous deux assises là dans une attente anxieuse.


Alors on s’est assises et on l’a écoutée presque en entier. Elle était vraiment de mauvaise qualité, il est possible que vous ne vous rappeliez pas à quel point le sifflement sur les cassettes était agaçant, mais en plus de ça il semblait que la personne qui avait enregistré se tenait loin du microphone ou un truc du genre, comme si c’était un enregistrement d’un enregistrement d’un enregistrement. Mais il n’y avait rien de particulièrement bizarre dessus. C’était juste une compil de musique psyché des sixties. Il y avait des chansons de Kaléidoscope, surtout Tangerine Dream, et il y avait des Beatles, évidemment, et d’autres trucs mais E. et moi n’étions pas trop trop fan de ce genre alors on a pas écouté jusqu'au bout. Plus tard, toute seule, je l'ai écoutée en entier mais il n’y avait rien de spécial sur cette cassette mis à part la qualité de l’enregistrement.



Mais c’est là qu’on s’est rendues compte que, comme la cassette s’appelait « échange », on était supposées laisser quelque chose en retour. Tu sais, laisser quelque chose dans le trou des toilettes, pour la personne qui l’avait mise là. Cette idée nous paraissait bête. Mais à l’époque l’école n’était pas finie et on avait rien d’autre à faire alors, armées d’une de mes nombreuses compils, qui étaient un de mes hobbys à l’époque, on est retournées au Miranda.


On a parlé sur la route et on s’est demandé quel genre de personnes pourrait laisser ces cassettes, et si elle (on s’est dit que c’était une fille, comme c’était dans les toilettes des filles) s’attendait vraiment à ce que quelqu’un trouve ça là. On s’est demandé si c’était une sorte d’expérience sociale d’étudiantes du lycée, en fait c’est ce que j’en ai pensé directement. E. avait sa propre théorie. Elle pensait que c’était une femme désespérée, qui vivait sa vie solitaire à cause de sa famille, qui avait laissé des cassettes cachées dans des endroits publics à travers la ville, et qu’elle vérifiait toutes les semaines, en espérant qu’une âme solitaire trouve une de ses cassettes et donne quelque chose en retour. Je suis à peu près sûre que c’était une projection de sa propre vie.


On est retournées au supermarché et, heureusement, aucune des personnes qui travaillaient là ne semblait nous reconnaitre, Miranda est plutôt en effervescence à cette heure là. On est retournées dans les toilettes. Heureusement, le truc pour donner le papier tenait encore, quoique légèrement pantelant. On l’a retiré en faisant attention et on y a mis ma cassette qui, maintenant que j’y pense, était composée de grunge (mon dieu, c’est gênant), dans le trou. On s’est dit qu’on devrait peut être laisser un message. Alors on a arraché du papier toilette et on a écrit « MERCI », simplement, et on l’a laissé là. On a remis le distributeur à sa place — on avait pris le truc pour le remettre correctement — et on est parties, en rigolant à propos de tout ça. Plus tard, ce jour-là, on est allées trainer avec le groupe mais on ne leur a rien dit, parce que c’est plus marrant si ça reste notre secret.


Le lendemain, E et moi réfléchissions si on devait retourner au Miranda et regarder si il y avait une nouvelle cassette. Je voulais plutôt oublier toute cette histoire, parce que je pensais sincèrement que personne ne regarderait dans ce trou pour quelque chose qui avait été laissé là il y a des années et que la personne qui avait fait ça avait oublié tout ça. E. ne me croyait pas pourtant. Elle était persuadée que la personne qui avait laissé la cassette ici revenait vérifier souvent si quelqu’un l’avait trouvée. J’ai réussi à la convaincre qu’on ne devrait y retourner que le week-end d’après. Parce que même si sa théorie était vraie, je doutais que son hypothétique partenaire musical regardait dans les toilettes tous les jours. Mais encore une fois, qu’en sais-je ? Peut-être que c’était un pervers qui cherchait à rentrer en contact avec des lycéennes.


Le reste de la semaine est passé plutôt lentement. A. était à fond dans ce qu’il faisait à l’époque, je crois que c’était du Muay Thai ou du Valetudo ou je sais plus quoi, un truc d’arts martiaux, alors on l’a pas vu beaucoup. B. et F. faisaient leurs propres trucs, et de toute façon on ne voulait en parler à personne. Alors on trainait juste à la maison (je crois qu’on a juste fini par sécher 3 jours sur 5, c’était terrible). On regardait des films et on parlait.


J’ai fini par apprendre pleins de choses sur E. à l’époque (pour le plus grand plaisir de F. qui était dingue d’elle à l’époque), mais elle est restée silencieuse au sujet de ses parents. Le vendredi, on est retournées au Miranda à la demande de E. Notre correspondante avait certainement été plutôt occupée.


La cassette avait bien été prise. Une nouvelle cassette avait été laissée, l’exact même modèle que la précédente. Elle avait une étiquette très longue et très mal écrite, et on ne pouvait pas du tout la lire sur place, alors on est retournées dans la voiture. On avait pris la voiture de mon père pour anticiper, comme ça on pourrait l’écouter directement sur le chemin du retour. On est rentrées dans la voiture et on a baissé les vitres, E. a allumé une cigarette. Elle a mis la cassette et a lu l’étiquette avec peine :


« Chansons pour une nuit de préparation avant un défi important »


Elle m’a regardé, a haussé les épaules et a appuyé sur play. Cette fois la cassette était une compil de New wave, je me souviens de « Bizarre love triangle » parce que, je ne l’admettrai jamais, mais j’adore cette chanson, et il y avait aussi de la folk très calme. Ça donnait quelque chose du style : New wave grandiloquent -> Folk -> Silence -> Folk -> New wave encore, etc. Elle durait 25 minutes par face à tout casser, et on a fini de l’écouter chez moi, sans être impressionnées.


Comme la cassette précédente, elle était d’une qualité minable. C’était encore comme un enregistrement d’un enregistrement d’un enregistrement. On pouvait reconnaitre quelques chansons mais on ne connaissait pas la plupart, ou seulement les artistes. Plus tard j’ai demandé à B. ce qu’étaient ces chansons, sans lui dire directement d’où ça venait, et il en a confirmé la plupart. La partie la plus intéressante était les silences.


Entre les sons de Folk, il y avait ces pistes qui étaient composées d’une grande partie de silence et du bruit de fond habituel des cassettes, mais on pouvait entendre des choses bouger autour, et dans l’une d’elles, on pouvait entendre une voix. C’était inaudible, mais je suis à peu près sûre que c’était une voix de fille. Il y avait ces intonations musicales, comme si on entendait un saxo jouer en arrière plan pendant 10 secondes, et qui disparaissait. Je ne sais pas si c’était dans l’enregistrement original ou dans l’enregistrement de l’enregistrement. Et dans un autre passage silencieux, on entendait une voix qui parlait si on se concentrait bien, je dirais que c’était un vieil homme qui avait l’air de répondre à des questions mais la qualité était trop médiocre pour que je comprenne un mot.


E. était très excitée à propos de tout ça, rien que le fait que quelqu’un lui réponde lui semblait exceptionnel. Honnêtement, j’étais surprise aussi. E. a dit que l’échange marchait encore, et qu’on devrait laisser autre chose pour la personne la prochaine fois qu’on irait. On a décidé que la prochaine fois serait demain.


Cette fois on a vraiment réfléchi sur le genre de cassette qu’on allait mettre dans le trou. On a pensé à mettre des genres de musique différents pour avoir des choses différentes en retour. Celle (?) qui effectuait ces échanges investissait beaucoup d’efforts et elle devait aussi écouter nos chansons. J’ai trouvé une cassette d’un groupe que j’aimais, qui n’est jamais devenu célèbre, mais c’est pas comme si la cassette valait quelque chose, elle avait perdu sa valeur sentimentale après un certain incident. J’ai décidé qu’on ferait ça. On était pas très créatives, et on ne considérait pas la cassette comme une « piste », alors on a juste écrit « en voilà une autre » sur l’étiquette. Cool, je sais.


On y est retournées, c’était un samedi matin et on était encore dans la voiture de mon père, même si je sais pas trop pourquoi. On est allées dans les toilettes, on a arraché le distributeur, et à ce moment précis, une fille est sortie d’une cabine. On était incroyablement gênées. Elle nous a regardées bizarrement, s’est lavé les mains et est partie. Elle avait l’air un peu plus vieille que nous, probablement une étudiante, qui portait un jean et un tee-shirt noir. Elle nous a regardées avec dégoût, vraiment. Mais dès qu’elle est partie, on s’est remises au boulot. On a laissé la cassette, on est retournées chez moi et on a encore parlé.


Je pense que je dois le dire ici — je n’en ai pas vraiment envie mais bon — mais E. s’est ouverte à moi et m’a raconté quelques trucs sur ses parents. Apparemment son père devait de l’argent — énormément d’argent — à un gang. D’après elle, son père n’avait rien fait d’illégal, il avait simplement pris ce qui lui revenait de droit, mais les autres membres étaient très en colère et sa famille entière avait été prise dans un tourbillon qui continuait depuis des années. E. était très choquée de ce qui avait été fait à X., parce qu’elle n’avait jamais pensé que les choses en arriveraient là. La théorie de F. à l’époque était que le père de E. était dans la mafia, mais je pense que c’est faux. Quoi que ce soit, son père était dans une grosse merde, et je crois que c’est une des raisons pour lesquelles elle est soudainement partie quelques années plus tard.


E. et moi sommes retournées au supermarché 3 jours plus tard et avons trouvé une autre cassette. Elle s’appelait « Musique pour une nuit de rêves paisibles ». Il y avait beaucoup de Sinatra dedans, ce que je trouvais plutôt sympa, mais c’est pas vraiment le genre de musique avec laquelle on s’endort. La qualité était toujours la même, ce qui donnait une sorte de nostalgie aux chansons, et il y avait un ressenti différent. Il y avait encore ces « pistes silencieuses », et on entendait toujours bouger autour, et dans l'une d’entre elles, on entend un chien aboyer. On était un peu lassées de tout ça et on a décidé de laisser une dernière cassette.


On s’est demandé ce qui ce passerait si on laissait quelque chose de notre propre création pour notre correspondant. Pas que E. ou moi sachions jouer d’un instrument, mais on s’est juste dit qu’on pourrait enregistrer un petit mot ou quelque chose comme ça. Mais on n'avait rien pour enregistrer, le matos était encore chez F. à l’époque, il en avait eu besoin une fois quand il a commencé à entendre des trucs dans le jardin de D., mais c’est une autre histoire. Alors j’ai regardé et j’ai finalement trouvé une vieille cassette qui comportait,
sur la première face, une compil de chansons que mon père écoutait dans les années 80, et sur la deuxième, moi qui lisais des histoires. Je pense qu’il devait penser que c’était mignon et l’avait oublié ensuite. On a décidé de mettre ça, alors on y est allées.


Il faisait nuit, et le Miranda était sur le point de fermer, et on s’est faufilées dans les toilettes. Les lumières étaient éteintes, E. a essayé plusieurs fois de les allumer sans résultat, alors on a dû tâtonner dans le noir pour trouver le distributeur de papier. E. l’a retiré en faisant attention. Elle y a mis la cassette et on est parties rapidement.


Maintenant que j’y pense, je crois que j’ai vu cette fille, celle qui nous a vues la dernière fois, celle avec des lunettes, qui regardait dans les rayons à côté des toilettes. Je l’ai regardée mais je pense qu’elle ne m’a pas vue, ou elle a fait semblant de ne pas nous voir. On est juste parties. Le jour d’après on y retournerait pour y trouver le dernier message de notre mystérieux correspondant.


La dernière fois que nous sommes retournées au Miranda, c’était un jour d’école, qu’on avait décidé de sécher. C’était devenu une habitude alarmante et nos amis ont commencé à se demander ce qu’on faisait. Je crois qu’on était un peu obsédées par tout ça, même si on s’en rendait pas compte. 


On est rentrées dans le Miranda, une heure après l’ouverture, les caissiers nous ont regardées bizarrement. On est juste passé devant eux et on a foncé jusqu’aux toilettes des filles, ce qui devait sembler étrange. On a ouvert la porte et on est allées directement au distributeur, non sans avoir vérifié s'il y avait quelqu’un dans les toilettes, au cas où.


Le trou dans le mur était grouillant d’araignées et de fourmis et plusieurs cafards. Quelques-uns sont tombés sur le sol, avec une cassette, et il y en avait encore une douzaine dans le trou. E et moi avions du nous agripper l’une à l’autre pour éviter de crier. On s’est reculées de trois grands pas, E. tenait encore le distributeur de papier. Je lui ai murmuré qu’on devrait sortir de cet endroit. Elle fixait la cassette et après s’être armée de courage, s’en est saisie. On a littéralement couru pour sortir du magasin sans même s’embêter à remettre le distributeur à sa place. 


Les autres gens nous ont regardées bizarrement, probablement parce qu’ils nous avaient entendues dans les toilettes. On s’en foutait complètement et on a couru jusqu'à la voiture de mon père. E. tenait la cassette par un coin, en couvrant ses mains avec les manches de sa chemise. Je me suis demandé par quel miracle le trou avait été rempli de bestioles en une seule nuit, même si je pense qu’il y avait plusieurs explications plausibles pour ça. Elle a eu du mal à lire l’écriture sur l’étiquette. Franchement, c’était pratiquement illisible, et encore aujourd’hui on ne sait pas exactement ce qui était écrit, mais on pense encore que c’était :


« Chansons pour une cellule cancéreuse qui naît au centre de ton cerveau »


On est restées silencieuses pendant un petit moment. Puis j’ai plaisanté en disant qu’elle n’avait pas dû aimer notre dernière cassette et E. m’a demandé si on devait l’écouter. J’ai dit non, parce que la cassette avait été couverte de bestioles, et de toutes façons je ne voulais pas vraiment l’écouter, l’étiquette m’avait quelque peu refroidie.


C’était la fin de l’échange de cassettes de Miranda. On est jamais retournées dans ces toilettes pour vérifier si quelqu’un laissait encore des cassettes dans le trou. D’après le frère de A., qui s’est arrêté dans le supermarché quelques jours plus tard pour des raisons sans lien avec tout ça, les toilettes avaient été fermées pour des raisons sanitaires, et apparemment tout l’endroit devait être désinfesté. Je ne sais pas du tout à quoi tout ça rime.


Si tu te demandes ce que sont devenues les trois cassettes de l’échange, ben, des fois j’écoute la première, celle pour se préparer à un défi. Je me suis dit que je l’écouterais en révisant, je l’ai testée pour les partiels. C’est plutôt sympa. Enfin, je pense. Ça t’aide à te concentrer. J’ai fini par donner la deuxième cassette à une amie qui avait du mal à dormir, sans lui dire d’où elle venait. Elle a dit que ça l’avait aidée, aussi bizarre que ça puisse sembler.


Je n’ai personnellement jamais écouté la troisième et dernière cassette. E. l’a ramenée chez elle ce jour-là. Des semaines plus tard, on avait laissé tout ça derrière nous, mais je lui ai demandé si elle avait eu le courage de l’écouter. Elle a dit que oui. Elle a dit que c’était simplement « trente minutes de bruit » et que t’avais l’impression d’être dans un égout.


Elle a emporté la cassette avec elle quand elle est partie.


[FIN]


Il y a certainement un Miranda à l’endroit spécifié. Je ne sais pas s'il y a déjà eu une désinfestation là-bas, et je n’ai jamais entendu une seule histoire sur les toilettes là-bas autre que les histoires de cul habituelles, etc. Mais c’est valable pour toutes les toilettes de certains quartiers de la ville de toutes manières.


vendredi 20 février 2015

Anomalie

Salutations.

Je pense qu’avant toute chose je devrais préciser que je suis nouveau ici, alors soyez patients avec moi, je ne connais pas toutes les règles ou les habitudes d’ici. Un ami à moi m’a envoyé le lien de ce site quand je lui ai raconté l’histoire et montré les photos que je m’apprête à partager avec vous. Il pense que la plupart d’entre vous devrait apprécier, mais pour être honnête, ce site me paraît plus être un regroupement d'idiots qu’un « site d’images paranormales » sérieux. Peu importe. Je suis motivé pour partager ça et ai besoin de le faire anonymement, pour des raisons qui seront éclaircies tantôt. Techniquement, je vais enfreindre la loi, mais si je comprends bien comment cet endroit fonctionne, cet article devrait disparaître dans un jour ou deux.

Voici ma situation. Je suis maquettiste chez un petit éditeur indépendant aux États-Unis. Je ne dirai pas qui ni où, alors ne me demandez pas, je tiens à garder mon boulot. La paye n’est pas géniale, mais c’est un travail sympa et j’aime les personnes avec qui je travaille. La plupart des choses que nous produisons sont de grands livres décorés.

La plupart des gens les feuillettent quand ils s’ennuient, mais presque personne ne les lit page par page. Les histoires en images de certaines villes ou de certains États se vendent bien dans les boutiques touristiques régionales. À l’occasion nous faisons des atlas ou des biographies. Quelques musées nous confient leurs catalogues de galerie. Ce genre de choses. Le travail est fastidieux, mais c’est une situation stable, nous avons assez de contrats et nos livres nous rapportent assez d’argent pour nous maintenir à flot, en tout cas beaucoup plus que ce que de petites revues de presse ont pu dire ces jours-ci.

Parce que nous sommes là depuis un certain temps, notre nom n'est que peu connu des amateurs d'histoire et des gens qui pensent être des experts à propos de telle ou telle ville perdue, l'Idaho ou je ne sais quel autre sujet ésotérique dont personne ne se soucie réellement. Nous recevons plein de manuscrits de source inconnue de gens qui n’ont jamais vraiment écrit de livre et des CD pleins d'images provenant de personnes qui n’ont jamais pris de photo. Parce que nous sommes une petite entreprise et que nous ne sommes pas localisés autre part, réaliser ce genre de sale boulot est devenu une habitude dans notre travail.

Très rarement, quelqu’un va trouver quelque chose qui mériterait d’être poursuivi et nous l’expose, mais notre senior éditeur/publieur a toujours le dernier mot. Depuis neuf mois j’ai redoublé d’efforts et ai travaillé sans arrêt sur un livre qui excitait tout le monde dans le local. Notre éditeur de copies l’a trouvé alors qu’il lisait les piles de lettres de demandes envoyées par des clients. Un vieil homme que je ne nommerai pas nous avait contacté et nous offrait la chance de publier cette archive rare de sa collection de photos, à condition que nous traitions le sujet avec le respect et le sérieux qu’il a estimé qu’il méritait.

Et c'est peu dire. Ces photos représentaient toujours quelque chose qui sortait de l’ordinaire, quelque chose qui allait souvent de paire avec une histoire tout aussi intéressante. La plupart d’entre elles viennent de la première moitié du 20ème siècle.

Comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas le genre de chose que nous publions habituellement, mais les bribes que l’homme avait envoyé avec sa lettre étaient convaincantes, et une fois que nous avons reçu le reste, entendu quelques-unes de ces histoires et réalisés que la plupart de ces images n’étaient pas connues du grand public, nous avons su que nous tenions quelque chose qui pourrait grandement attirer l’attention des gens. Le format allait être simple et chic, avec des espaces vides en abondance pour aérer. Chaque photo apparaîtrait avec une grande qualité d’impression sur la page de droite, suivie d’une page gauche vide, et un couple de paragraphes pour légender chaque photo sur la page de droite suivante.

Au tout début, travailler avec cet homme fut un cauchemar et le travail s’annonça interminable car il refusait de m’envoyer plus d’un document à la fois. Il devait m’envoyer une lettre certifiée, je devais la recevoir, scanner la photo à l'intérieur et renvoyer une lettre de confirmation, et seulement après ça il m’envoyait la suivante. Il devait penser qu’il avait une collection d’une grande valeur et était très paranoïaque quand à la perte de ces archives, alors il ne risquait qu’un élément à la fois. À la fin, nous avions dépensé tellement d’argent en timbres que ça m’aurait coûté moins cher de me rendre à la maison du vieil homme avec un ordinateur et un scanner.

Nous étions peut-être à un tiers du processus de création quand cet enfoiré a décidé de nous trahir. Quelqu’un lui avait offert une petite fortune pour les photos, bien plus que ce que nous avions payé pour les droits du livre, à la condition que la production du livre soit stoppée et que les photos restent cachées des yeux du grand public. Nous avons demandé à ce qu’il vienne pour un face à face et avons tenté de le ramener à la raison en atténuant son ego et en exprimant notre enthousiasme à l'idée d'une telle « réussite littéraire », et pendant quelques jours ça a eu l’air de le travailler. Mais quand il est rentré chez lui, il a encore retourné sa veste et a commencé à nous maudire moi et l’éditeur au téléphone, en demandant à ce qu’on arrête l’édition du livre.

Il a alors engagé un avocat qui est venu sans véritables arguments annuler son contrat, puis il nous a menacés d’un procès qui nous mettrait en faillite si nous nous embarquions dans cette affaire. Pour ajouter l’insulte à l’injure, le cabinet d’avocats a envoyé ce sale petit emmerdeur de collectionneur dans notre local pour vérifier que toutes les photos et compléments avaient été effacés de nos ordinateurs. La majorité de ces documents étaient enregistrés sur ma machine, et quand j’ai vu la manière dont il a effacé ce projet sur lequel j’avais littéralement passé des mois de ma vie, j’ai senti et je sens toujours cet horrible goût amer qui est la pire sensation que j’ai ressentie au monde.

Quelques personnes devraient bénéficier de tout ce travail. D’où les raisons de ma venue. Malheureusement, je n’ai pas la meilleure résolution pour les scans que j’ai faits des photos, mais j’avais conservé des ébauches des légendes originales et quatorze miniatures des photos que Quark avait créées pendant que je m’affairais sur le livre original. Ne me demandez pas pourquoi nous utilisons toujours Quark. C’est un truc qu’on connaît et pour lequel on paye depuis longtemps. Je ne suis pas censé le faire mais occasionnellement je rapporte des fichiers de Quark chez moi pour poursuivre le travail.

Tous les fichiers avec les images de qualité optimale pèsent bien trop lourd pour que je puisse les emmener chez moi. La plupart du temps j’expérimente juste des polices et quelques options, et puis de toute façon, je n’incorpore aucune image avant la fin. Peu importe, après que toute cette merde soit arrivée, j’ai découvert que j’avais des restes de travail sur mon ordinateur personnel de ce que nous avions fait il y a longtemps, alors j’ai imprimé les .pdf et en ai extirpé les images qui vont suivre. Vous serez les personnes qui en bénéficieront. Juste pour être clair, je ne sais rien de l’origine ni même de la véracité de ces photos. Je ne suis pas ici pour vous convaincre qu’elles sont réelles. Je les poste ici car je pense qu’elles existent pour être vues et non cachées jalousement par un connard de riche dans une quelconque collection privée.


Photo 1/14


L'Incendie de Collinwood

C’est la dernière photo connue prise dans l’école de Lake View à Collinwood dans l’Ohio avant qu’elle ne soit consumée par les flammes le 4 Mars 1908, tuant 172 écoliers, deux professeurs et un secouriste. L’incendie a débuté lorsqu’un joint en bois du plafond s’est enflammé des suites d’une surchauffe d'un tuyau de chaudière qui était à proximité.

Les flammes bloquèrent toutes les issues. Cela, ainsi que l'effet de panique, piégèrent un bon nombre d'élèves et de personnels dans la cage d’escalier où ils finirent brûlés vivants. Quelques morts sont aussi attribuées aux sauts d’écoliers en feu des fenêtres du deuxième et troisième étage. Toute les personnes présentes sur cette photo périrent, excepté Mr.Olson, assis à l’extrême droite de la rangée arrière. La présence de surimpressions sur l’image reste inexpliquée.


Photo 2/14

La Dernière Interview de Charlie Noonan

Charlie Noonan était un amateur de folklore qui voyageait à travers le sud et le sud-ouest des États-Unis durant les premières années du 20ème siècle, collectant contes et légendes surnaturelles. Selon sa femme Ellie, Charlie aurait un jour entendu une histoire racontée par un fermier de l’Oklahoma sur une étrange femme qui vivrait seule dans une propriété isolée de l'ouest de l'État.

Le fermier déclarait que la femme n’était pas vraiment une femme, mais quelque chose d’autre, quelque chose qui cacherait sa vraie nature derrière un foulard et qui n’aurait jamais été vue sans un gros chien à ses côtés. Noonan aurait apparemment été assez intrigué pour se mettre à chercher la femme durant l’un de ses voyages. Il n’a plus jamais été revu.

Ellie Noonan a plus tard été contactée par un prêteur sur gage de Tulsa qui se rappelait avoir lu quelque chose à propos de la disparition de son mari après qu’il ait trouvé son nom gravé sur un appareil photographique qu’un itinérant lui avait vendu. Le prêteur sur gage renvoya l’engin et Mme Noonan développa le film qui se trouvait à l’intérieur en espérant trouver des indices sur le voyage de Charlie. Cette photo était la seule présente dessus. Malheureusement, il n’y avait aucune indication sur l’endroit où la photo avait été prise, ni le nom du fermier qui raconta l’histoire consignée dans le carnet de notes de Noonan.


Photo 3/14

 La Mort de John Ulsted
 
Cette photographie déchirée, soi-disant prémonitoire, représente un régiment de gardes aux couleurs de l’Armée de l’Union, un mois avant qu’ils se rendent sur le champ de bataille d’Antietam (Septembre 1862).

Le jeune homme tout à droite, nommé John Ulsted, a perdu la partie droite de son visage et son bras droit à cause d’un coup de canon tiré au début des hostilités. On ne sait pas exactement quand la photo a été endommagée.







Photo 4/14

L’Exécuteur de la Nouvelle Orléans

Édouard Martel était un photographe et inventeur sans succès venu de France, qui a voyagé aux États-Unis tout au long des deux premières décennies du 20ème siècle en essayant de chercher des investisseurs intéressés par un appareil photo équipé d’une minuterie et d'un dispositif de réglage automatique de durée d'exposition, gadgets propres aux populaires appareils pliables “Brownies” de la marque Kodak. Durant son voyage il prit un millier de photographies pour tester et affiner son invention.

Souvent, il se levait tôt et installait un appareil caché dans les rues peu fréquentées de villes où il avait vécu, puis il se rendait dans un café ou un bar à proximité pour capturer des scènes innocentes de la vie de tous les jours et ainsi se rappeler de ses voyages. Les meilleures photos furent sélectionnées pour la seule et unique exposition de Martel à Paris en 1924. Malheureusement, Martel mourut pauvre et inconnu en 1955, laissant le soin à sa fille Jeanne de trier les nombreuses boîtes de films qu’il avait laissées derrière lui, pour voir celles qui mériteraient d’être conservées et celles bonnes pour la poubelle. Durant l’opération, elle découvrit cette photo prise à la Nouvelle-Orléans le matin du 28 octobre 1919, quelques heures avant que Martel ne prenne un bateau et retourne en France.

Il s’avère que Martel détestait les effets de flou sur ses photographies car, pour lui, ils reflétaient mal la vitesse et la précision du mécanisme de son appareil. Ce préjudice le fit survoler ce qui semble être la photo la plus importante qu’il ait jamais prise.

Qu’est-ce qui rend cette photo si spéciale ? La nuit précédent la prise de vue, le célèbre et mystérieux tueur nommé “L’Exécuteur de la Nouvelle-Orléans” avait commis son dernier meurtre, massacrant Mike Pepitone dans son lit avant de prendre la fuite au moment où la femme de Pepitone découvrait le corps. Serait-ce son retour chez lui ? Il est impossible de le savoir, mais si c’est cela, l’image démentit la légende (basée sur le fragile témoignage de Pauline et Mary Bruno, donné bien longtemps après les faits) selon laquelle seul un homme noir aurait été capable d’une telle sauvagerie.


Photo 5/14

Les Créatures de Grand Caverns

Cette photo a été prise en 1895 par un spéléologue et photographe amateur nommé Oren Jeffries quand il explorait une partie des Grand Caverns, dont personne n’avait alors dressé le plan, dans le sud-ouest de la Virginie. Au moment où elle a été prise, Jeffries menait des expériences photographiques en testant l’effet d’une très longue exposition pour voir si rien ne pourrait être impressionné dans l'apparente obscurité de la grotte. Il devait se placer au niveau du sol, éteindre sa lanterne, puis dévoiler l'objectif de son appareil photo fait maison aussi longtemps qu’il pourrait se tenir dans l’obscurité. Durant l’une de ses expériences, il entendit quelque chose approchant des profondeurs de la caverne.

Effrayé, Jeffries abandonna ses expériences et déclencha un des flash Blitzlicht qu’il utilisait pour prendre des photo souterraines traditionnelles. D’après l’un des témoignages qu’il confia à un journal local, Jeffries vit des créatures “humanoïdes” le dévisageant dans l’ombre et prit la fuite sans s’arrêter avant d’être à la surface. Quelques jours plus tard, il retourna chercher son appareil avec trois autres hommes. Ceci est l’image qui fut trouvée en développant le film à l’intérieur.


Photo 6/14

 Les Jumeaux Harlow

1938, Evergreen Park, Illinois (à proximité de Chicago). Billy et Stevie Harlow étaient tout deux assis à l’avant de leur voiture avec leur mère Tammie quand leur Ford Berline entra en collision de face avec une Chrysler. Le choc fut si violent que deux autres véhicules furent touchés.

Tammie Harlow survécut, mais les garçons furent éjectés à travers le pare-brise et moururent instantanément. Un photographe de scènes de crime du journal local prit cette photo montrant une équipe de volontaires essayant d'extraire John Downing, le conducteur de la Chrysler, de la carcasse du véhicule. Il semble que les petits Billy et Stevie étaient toujours là, assistant à la scène.


Photo 7/14

La Tragédie des Sorrenson

Les Sorrenson étaient une famille Danoise qui immigra aux Etats-Unis en 1905 ou 1906. Ils arrivèrent avec leur fils aîné, Anders (qu’on peut voir sur l’âne) et s’installèrent dans une ferme dans le Missouri. Trois autres enfants (Simone, Frikke et Mathilde, respectivement au centre, à droite et dans le chariot) suivirent plus tard. Cette photo, prise en 1916, montre les quatre enfants quelques semaines avant la tragédie.

Les trois enfants les plus vieux jouaient apparemment beaucoup dans la grange et en étaient tombés de sommeil dans les herbes hautes. Leur père, Niclas, conduisait une faucheuse d’herbe et les démembra aux endroits précis que la faille parcourt sur la photographie.

Pendant ce temps, Mathilde, la plus jeune, était à l’intérieur de la maison avec sa mère et ne fut pas blessée. Selon le fils d’un voisin interviewé par un journaliste, l’âne mourut plus tard d’une façon tout aussi horrible en se coinçant la tête dans des barbelés et en allant jusqu’à se décapiter dans ses efforts frénétiques pour se libérer. Ce dernier détail n’a pas pu être confirmé.


Photo 8/14

Le Spectre de Viola Peters

Viola Peters était une célibataire issue d’une riche famille qui vivait seule dans la petite ville de McCaysville en Géorgie. Elle était très appréciée des habitants pour ses dons et ses contributions à l’église de Baptiste, à la soupe populaire et à l’orphelinat local, spécialement durant la crise pendant laquelle ces institutions ont pu entièrement subsister grâce à ses largesses.

En juillet 1935, Viola fut brutalement violée et tuée par un vagabond nommé Tom Cullin qui avait brièvement travaillé dans la raffinerie de cuivre non loin. Cullin décida de rester dans la maison de Viola et profita de son cadavre durant dix-sept jours avant d’être arrêté. Une foule d’habitants enragés prit d’assaut la prison du comté, emmena Cullin et le punit sur le vieux pont au-dessus de la rivière Toccoa.

Cette photo a été prise par Garrett Killian, un témoin du massacre, et a provoqué un grand émoi lors de sa publication quelques jours après dans l’Atlanta Journal-Constitution. Pour beaucoup, l’âme de Viola s'était apaisée en assistant à l’exécution de son assassin, mais d’autres esprits plus tordus virent de la tristesse sur son visage et l’envie de voir une dernière fois le regard de son seul et unique amant.


Photo 9/14

 Le Fantôme de Sarah Eustace

Le Danvers State Hospital (anciennement Danvers State Lunatic Asylum) était un hôpital psychiatrique de l’époque de Kirkbride construit en 1874 sur un site campagnard isolé du Massachusetts.

Comme tous les asiles construits selon les recommandations de Kirkbride, c’était un bâtiment célèbre pour son style gothique et on y traitait la folie au moyen de techniques aujourd'hui obsolètes. Danvers est souvent cité comme étant le premier hôpital à avoir utilisé la lobotomie pré-frontale.

Danvers a d’autres titres glorifiants. Il fut la source d’inspiration du “Sanatorium d’Arkham” qui apparait dans plusieurs histoires d’H.P. Lovecraft, lequel à son tour inspira l’”Asile d’Arkham” dans l’univers de Batman. Il fut aussi le lieu de tournage du film d'horreur culte "Session 9".

Ce film met très bien en avant le vaste réseau de tunnels qui se trouvent sous Danvers. Le fait que les producteurs aient choisi ces tunnels n’est pas un hasard, et les rumeurs qui disent qu’ils sont hantés datent d’une centaine d’années. L’histoire la plus célèbre concerne Sarah Eustace, une patiente qui s’échappa de sa cellule en 1955 et se glissa dans le système de tunnels. Après de multiples recherches et une longue semaine où l’asile fut totalement fermé, Sarah ne fut plus jamais revue. Il en a été déduit qu’elle devait être morte perdue, assoiffée et seule.

Une infirmière de Danvers nommée Gail Malloy devint obsédée par l’histoire de Sarah et dépensa beaucoup de ses heures à chercher son cadavre. En sachant qu’elle ne découvrirait jamais de corps, elle pris cette photo datant de 1966 qui suggère que Sarah Eustace marche encore dans les tunnels de Danvers.


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 La Photo de Famille des Stevenson

Qui a dit que les fantômes n’avaient pas le sens de l’humour ? Les Stevenson étaient une riche famille de Boston fière de son entreprise et de la longévité proverbiale de ses membres. Cette photo de famille, prise en 1945, était une occasion de rassembler tous les plus vieux Stevenson avec l’une des plus jeunes. Emelia (au centre), agée de 102 ans, à qui a été accordé le titre de “Matriarche”, avec la petite Ophelia qui avait alors dix-huit mois.

Ce que les Stevenson n’ont pas réalisé après que la photo fut développée, c’est qu’ils avaient été rejoints par l'un de leurs défunts. James Pullman Stevenson (1835-1932), assis à gauche entre sa nièce Ginny et son cousin Alfred, a été facilement identifié par la plupart des personnes présentes sur la photo qui se souvinrent de lui comme d’un oncle connu pour ses farces et son humour noir.


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 Les Disparitions de Mme Yurno

Durant les dernières années de sa vie, Josephine Yurno faisait une promenade tous les soirs dans son quartier bien aimé à Norwich dans le Connecticut.

Le 12 novembre 1935, elle partit comme d’habitude mais ne revint jamais. De longues recherchent furent menées par une équipe de volontaires et la police de Norwich mais aucun signe d’elle ne fut trouvé.

Trois ans plus tard, Mme Yurno fut trouvée assise devant la maison de ses voisins, sans aucune marque sur son corps, en parfaite santé. Quand on lui demanda où elle était passée tout ce temps, Mme Yurno fut surprise et ne comprit pas la question. Pour elle, ces trois ans ne s’étaient pas écoulés.

Ignorant l’avis de ses voisins et de son docteur, elle refusa tout traitement médical et reprit sa vie comme si rien ne s’était passé, y compris ses promenades de nuit sur la plage. Un autre voisin prit cette photo d’elle à la fin de l’année 1938. La fumée s’échappant des tas de feuilles en train de brûler donne une ambiance appropriée à la scène. Cinq ans après la première disparition, le 12 novembre 1940, Mme Yurno disparut à nouveau. Cette fois, elle ne fut plus jamais revue.


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Le Destin de Sally York

La mort de la petite Sally Work en 1912, âgée de 9 ans et travaillant dans une usine textile de la North Fork Textile Mill, fut un des accidents qui poussèrent les législateurs à écrire la loi de Keating-Owen en 1916, la première loi sur le travail des enfants de l’histoire de l’Amérique.

Depuis l’accident jusqu’à la fermeture de l’usine quatre décennies plus tard, les travailleurs se plaignirent constamment de courants d'air frais, de sons étranges et de robinets coulant tout seuls sans que personne soit à proximité.

Les contremaîtres ne prirent jamais ces plaintes en compte jusqu’à ce que cette photographie fasse surface en 1932. Elle a été prise par un photographe itinérant nommé Benny Johnson qui la vendit promptement à la gazette de North Fork pour seulement dix dollars. L’usine avait été fermée pendant les vacances de Noël et était restée vide tout ce temps. La photo fut plus tard blâmée pour avoir causé la fermeture de l’usine, bien que la Grande Dépression fût une cause plus probable.


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Les Yeux de Lily Palmer

Lily Palmer n’avait même pas 4 ans quand elle se trouva avoir ce que les docteurs appelèrent plus tard des “apparitions brutales d’hallucinations sensorielles.” Cette photo, prise par Annette, la mère de Lily, lors de la nuit d’Halloween 1952, montre apparemment l’arrivée d’une de ces hallucinations. Lily et sa nounou Filipino sortaient pour aller faire du porte-à-porte quand l’enfant se mit à crier et commença à se frotter les yeux.

Elle mit longtemps à se calmer et à pouvoir recommencer à parler, mais quand on lui demanda ce qu’elle avait vu, Lily parla à plusieurs reprise de “choses grouillant dans ses yeux”. Quelques jours plus tard, pendant qu’elle était seule et sans surveillance dans sa chambre, Lily se perça les yeux avec l’une des aiguilles à coudre de sa mère.

Après un traitement médical, on estima qu’elle était folle et elle fut internée pour le reste de sa vie, au début à Bellevue (à l’est de Manhattan) et plus tard au centre psychiatrique de Rockland à Orangeburg, où elle resta jusqu’à mourir d'une crise cardiaque en mars 2001. Un appel d’un de ses anciens médecins de Rockland confirma que les crises de Lily étaient plus traumatisantes lors et autour de la nuit d’Halloween. Durant la plus grande partie de sa vie, elle passa son temps à supplier les employés de “retirer ces choses de ses yeux”.


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 La Déception de la Trinité

C’est une des plus célèbres photographie de la toute première explosion nucléaire. Dirigée par l’armée Américaine le 16 juillet 1945 dans les White Sands Proving Ground (localisés dans le désert de Jordan del Muerto, à 35 miles au sud-est de Socorro dans le Nouveau-Mexique), le déclenchement de ce “dispositif d’implosion au plutonium” (la même méthode utilisée pour le dispositif “Fat Man” lancé sur Nagasaki) marqua le commencement de l’âge atomique et, finalement, la course à l’armement entre les États-Unis et la Russie.

Seule une poignée de personnes savait que cette photo avait été recadrée avant d’être dévoilée au grand public et sont maintenant toutes décédées. L’une d’elles était le photographe qui a donné les droits d’auteur de l’image originale à la condition de la laisser en dehors du domaine public jusqu’à ce que les citoyens puissent appréhender les conséquences qui risquent d’en découler. On ignore si ce serment a bien été rempli, mais si cette condition a été respectée et qu’il possède réellement la dernière copie de la photo au monde, il s’est sûrement imposé la tâche de cacher la vérité.
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Je m’attend à beaucoup de doutes par rapport à la véracité de ces photos. J’en ai eu beaucoup moi-même, alors je ne vais pas débattre avec tous les sceptiques ou défendre toutes les photos, mais pour ce que ça vaut, voici le texte d’une lettre écrite par l’Exécuteur à un journal local :

13 Mars 1919


Vénérables mortels:

Ils ne m’ont jamais capturé et il n’y arriveront jamais. Ils ne m’ont jamais vu car pour eux je suis invisible, pareil à l’éther qui entoure votre terre. Je ne suis pas un être humain mais un esprit et un démon du pire enfer imaginable. Je suis ce que vous autres Néo-Orléanais et votre stupide police appelez l’Exécuteur. Quand je le voudrai, je viendrai et réclamerai d’autres victimes. Je serai le seul à savoir qui ils sont. Je ne laisserai aucun indice, excepté ma hache ensanglanté salie du sang et de la cervelle de celui que j’ai envoyé ci-bas pour me tenir compagnie.

Si vous le voulez vous pouvez appeler la police et leur demander d’être prudent et de ne pas m’énerver. Bien sûr, je suis un esprit raisonnable. Je ne m’attaque pas à ceux qui n’ont pas essayé de fouiller dans le passé. Mais dans les faits, ils ont été si stupides que ça n’a pas amusé que moi, mais aussi Sa Majesté Satanique, Francis Josef, etc. Mais demandez-leur de faire attention. Ne les laissez pas essayer de découvrir ce que je suis, car il vaudrait mieux pour eux qu’ils ne soient jamais nés si jamais ils s’attiraient les foudres de l’Exécuteur. Je ne pense pas qu’un tel avertissement soit utile car je suis sûr que la police saura toujours m’éviter comme ils l’ont fait dans le passé. Ils sont sages et savent comment se tenir à l’écart de tout danger.

Il ne fait pas de doute que vous, Néo-Orléanais, pensez que je suis un horrible meurtrier ; ce que je suis, mais je pourrais être plus terrible encore si je le voulais. Si je le voulais je pourrais rendre visite à votre ville tous les soirs. Si je le voulais je pourrais tuer des milliers de vos meilleurs concitoyens car je suis une connaissance très proche de l’Ange de la Mort. Maintenant, pour être exact à minuit quinze (heure terrestre) dans la nuit de mardi prochain, je passerai à la Nouvelle-Orléans. Dans mon infinie miséricorde, je vous ferai une petite proposition.

La voici: je suis un grand amateur de jazz, et je jure par tous les diables des enfers que toute personne qui aura chez lui un groupe de jazz qui jouera de son plein sera épargné cette nuit-là. Si tout le monde a un groupe de jazz, alors tant mieux pour vous. Une chose est certaine: les personnes qui n’écouteront pas de jazz ce mardi soir seront susceptibles de goûter à ma hache.

Bien, je commence à avoir froid et ai peur d’attraper quelque chose; je vais retourner dans la chaleur de mon pays natal: les Tartares. Il est temps que je délaisse votre maison terrestre et que je cesse mon discours. J’espère que vous publierez ça avec ce qui ira de mieux. J’ai été et je resterai le pire esprit qui ait jamais existé ici et même dans votre imagination.



Traduction : Jiszero

Texte original ici. La prochaine entrée de Mon frère sera publiée la prochaine fois.