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samedi 29 mars 2014

Inlassablement

Vous êtes paisiblement ancré dans votre routine, une vie monotone et en ligne droite. Vous êtes quelqu'un de banal. Lycéen, collégien, peut-être même écolier, vous restez simplement invisible parmi vos propres congénères. Vous êtes banal, vous ne vous démarquez pas pour un pouce. Peut-être avez-vous des goûts différents ? Qu'en sais-je, je m'en fiche.
Chaque jour, inlassablement, vous survivez dans la même routine : vous vous levez, déjeunez dans une monotonie extrême, répétez les mêmes actions : lavage, habillage.
Puis vous partez en cours. Sur le trajet, tellement habitué, vous ne remarquez même pas cet homme étrange qui vous suit, empruntant exactement la même route que vous, s'effaçant pour mieux vous épier.
 
Votre journée est normale, les heures de cours sont toutes plus longues les unes que les autres et il vous tarde de ne faire qu'une chose, inlassablement : rentrer chez vous.
Ah si, une chose peut animer votre journée. Le déjeuner avec vos amis. Vous passez devant un surveillant à qui vous ne prêtez même pas la moindre attention. Et pourtant, le regard qu'il porte sur vous est bel et bien familier.
 
La journée est terminée et vous empruntez le chemin du retour. Inlassablement. Il est là, vous suit, vous observe. Il hume chaque bribe de votre parfum qui lui parviennent, il observe avec intérêt vos vêtements, votre style vestimentaire. Si bien qu'il en perce vos secrets les plus intimes.
 
Vous êtes chez vous. Peut-être effectuez-vous, dans cette vie linéaire une quelconque activité ? Qu'importe, il est là. À travers la fenêtre, le soir, vous n'avez pas encore fermé votre volet, vous riez devant votre stupide mais néanmoins divertissante télévision, ou votre ordinateur. Il scrute vos mouvements, vos habitudes, vos goûts. Il en sait de plus en plus sur vous.
 
Finalement, lassé par cette boîte à inutilités, vous vous couchez, épuisé par le poids de la normalité. Vous n'avez rien remarqué encore une fois de cet homme, et pourtant.
 
Inlassablement, vous vous levez, vous vous préparez pour cette journée habituelle. Mais elle ne le sera pas.
 
Il attend que vous sortiez de la maison, inlassablement. Puis vous vous engagez dans cette étroite ruelle qui vous a souvent fait frémir. Il passe à l'acte.
 
Il se rapproche de vous, vous emboîte le pas. Vous pouvez sentir son haleine chaude dans votre cou. C'est le printemps, vous êtes peu vêtu, temps agréable. Il vous saisit par les hanches et vous couvre la bouche. Vous vous débattez, vous tentez de hurler, mais c'est inutile.
 
Il est préparé, il vous connaît parfaitement, inlassablement il vous a épié dans l'ombre. Et il a agi.
 
On retrouvera votre corps violé, certainement mutilé par cet homme invisible qui vous aura tant suivi dans votre routine inlassable.
 
Inlassablement il aura attendu.
Et vous n'êtes plus de ce monde.


lundi 24 mars 2014

À la sortie du cabaret


Cette soirée avait été bonne. Le public avait beaucoup applaudi, la salle avait été pleine à craquer. Les danseuses avaient salué à la fin, comme à leur habitude. À ce moment, elle avait remarqué un jeune homme qui la regardait avec insistance. Intéressée, elle lui avait adressé un clin d’œil, puis s’était éclipsée dans les loges pour se retransformer en la personne qu’elle redevenait tous les soirs. La soirée s’annonçait encore meilleure.

Lorsqu’elle sortit, il était en train de l’attendre. Un sourire avait éclairé son visage lorsqu’elle était venue vers lui, bien que son regard trahît des pensées bien moins innocentes. Il lui avait tendu son bras, elle l’avait attrapé, et ils étaient partis à pied vers l’appartement du jeune homme, qui était à deux rues de là. Il semblait être un habitué des lieux. La danseuse aurait peut-être dû être méfiante, car des rumeurs trainaient à propos de corps, principalement de jeunes femmes, retrouvés avec d’horribles mutilations dans le quartier. Mais pour elle, l’important, c’était de finir la soirée en beauté. Son compagnon d’un soir avait l’air impatient.

Ils étaient entrés dans le vieux bâtiment, avaient grimpé les escaliers jusqu’au troisième. Il n’y avait qu’une seule porte à cet étage. L’appartement qu’elle dissimulait était plutôt petit. Le lit trônait au centre de la pièce. Quelques bougies étaient allumées. Le jeune homme avait visiblement prévu de terminer la soirée ainsi. Parfait, il allait être servi. La danseuse lui avait alors sauté dessus, ne pouvant se retenir plus longtemps.

Ils s’étaient étalés sur le lit, leurs deux corps s’étreignant passionnément, leurs souffles chauds se mélangeant. Elle avait gémi, il avait grogné. Elle l’avait griffé dans le dos, il l’avait saisi fermement par les hanches. Ils étaient arrivés au bout de la chose ensemble. Mais ni l’un ni l’autre n’en avaient assez. Ils avaient recommencé, cette fois dans le coin qui servait de cuisine. Ils avaient repoussé ce qui se trouvait sur le plan de travail et avaient recommencé de plus belle.

Et soudainement, une lame qui n’avait pas été complètement repoussée avait jailli. C’était maintenant évident, s’ils étaient là, c’était pour finir la soirée dans le sang. Ils s’étaient battus, chacun essayant de prendre le dessus sur l’autre. Mais le meurtrier qui sévissait dans le quartier était bien préparé. Les coups de couteau avaient plu, le sang avait jailli, et lorsque le dernier souffle de vie s’était échappé du corps encore chaud de la folle nuit qu’ils venaient d’avoir, un rire sinistre s’était fait entendre.

Le lendemain, ça avait été la concierge qui avait découvert le corps. La police était rapidement arrivée sur les lieux, et avait rapidement conclu qu’il s’agissait du même serial killer que celui qui avait laissé les autres corps retrouvés maintenant presque quotidiennement. Des incisions avaient été pratiquées post mortem, comme si le meurtre n’avait pas été suffisant, comme si les pulsions meurtrières avaient eu besoin d’exprimer leur splendeur dans l’horreur des blessures que le meurtrier avait infligé. À la fin de la journée, après avoir terminé son travail dans l’appartement, la police avait quitté les lieux. Le cadavre du jeune homme avait été évacué beaucoup plus tôt pour être remis au légiste.

Cette soirée avait été bonne. Le public avait beaucoup applaudi, la salle avait été pleine à craquer. Les danseuses avaient salué à la fin, comme à leur habitude. À ce moment, elle avait remarqué un jeune homme qui la regardait avec insistance. Intéressée, elle lui avait adressé un clin d’œil, puis s’était éclipsée dans les loges pour se retransformer en la personne qu’elle redevenait tous les soirs. La soirée s’annonçait encore meilleure.
     


samedi 22 mars 2014

Imptreena

Salut, mon nom est H.I. et voici l'histoire d'Imptreena, un cyber-démon. L'histoire que vous allez lire maintenant est basée sur des faits réels.

Tout a commencé chez mon meilleur ami.

Mon ami Mark vivait avec sa copine, Angela Rodriguez. Angela était une femme aimable avec un bon sens de l'humour. Ses amis l'avaient surnommée Imptreena à cause de son goût pour les farces. [NdT: En anglais imp=lutin.]

Mais son seul véritable défaut était son addiction à internet. Mark ne le remarquait pas trop au début -avant que ça commence à lui prendre tout son temps. Elle était si dépendante qu'à chaque fois que je venais, ses yeux étaient fixés à l'écran. Au bout de quelques mois de relation, sa santé a commencé à se détériorer.

Elle souffrait de mal de dos, de migraines, de dépression, sa vue baissait et elle négligeait son hygiène. Elle commençait aussi à maigrir d'une manière inquiétante. Mark et moi étions très soucieux à son sujet. Nous avons tout essayé pour l'éloigner de l'ordinateur, mais en vain. Sa mère elle-même l'a suppliée d'arrêter, sans succès.

Angela est morte quelques jours après. Nous n'avions pas pu la sauver.

Après les funérailles, Mark et moi sommes allés marcher dans le parc, parlant de tous les bons moments que nous avions passés avec Angela avant son addiction. Croyez-le ou pas, elle avait fait des one-man-show à une époque. Elle savait comment vous faire rire; vous ne pouviez pas boire du lait près d'elle sans qu'il vous ressorte par le nez!

J'ai regardé le ciel et j'ai vu qu'une averse approchait. Il était temps pour nous de rentrer.

Juste au moment où nous allions monter dans sa voiture, Mark a reçu un texto. Il a ouvert son portable, et a pris un air choqué en découvrant le contenu du message.

"Pourquoi ne m'as-tu pas sauvé?"

On s'est regardé pendant un moment. La photo d'une femme en noir et blanc venait d'apparaître sur l'écran. Ses yeux étaient aussi noirs que du charbon. Sous le choc, Mark a refermé son portable, et nous sommes retournés chez lui sans échanger un mot.
 

La photo envoyée au portable de mon ami.

Deux ans avaient passé depuis la mort d'Angela, et Mark s'était trouvé une nouvelle copine. Ils avaient vendu la maison, et déménagé dans une autre ville. L'époque où Mark, Angela et moi étions réunis, je m'en souvenais encore comme si c'était hier. Alors j'ai décidé de me connecter pour prendre des nouvelles; après tout, nous n'avions plus parlé depuis un mois.

C'est là que les choses ont commencé à devenir vraiment étranges.

Sans que je sache pourquoi, le curseur s'est mis à bouger tout seul. Il a pointé le champ de recherche de Google, et un message s'est tapé:

"Hey, Isaiah! Comment ça va?"

Terrifié, j'ai débranché l'ordinateur, et j'ai reculé. Une femme à la peau verte a apparu sur l'écran, regardant autour d'elle comme un enfant égaré. C'était la même femme que sur la photo que Mark avait reçue sur son portable, il y a deux ans.

Elle a fini par disparaître, non sans avoir émis un rire démoniaque.

"Cette femme pourrait-elle être Angela?", me suis-je demandé, éberlué.
 

Le visage d'Angela sur mon écran.

Le matin suivant, je me suis assis en silence à ma table. "Mais enfin, qu'est-ce qui se passe?", pensais-je. Soudainement, une idée m'est venue à l'esprit: peut-être que le fantôme d'Angela se manifestait à travers internet, et s'était créé elle-même un corps virtuel! J'ai erré à travers le web jusqu'à en devenir fou.

Mon intuition m'a dit soudain de regarder le JT. Le coeur battant, je me suis mis sur une chaîne d'info. L'écran affichait une photo de Mark et de sa nouvelle copine.

Ils avaient été assassinés d'une main inconnue dans leur maison. Je savais au fond de moi que c'était le fantôme d'Angela -probablement par jalousie. D'après le journaliste, l'un des officiers avait découvert un étrange message vocal sur le portable de Mark.

Et alors qu'ils passaient le message lui-même, j'ai entendu la démoniaque voix d'Angela.

Trois semaines plus tard, quatre utilisateurs d'un forum de paranormal ont déclaré qu'ils avaient rencontré un cyber fantôme qu'ils connaissaient sous le nom d'Imptreena. D'après eux, Imptreena, le cyber fantôme, avait, d'une manière ou d'une autre, obtenu leurs numéros et les appelait régulièrement pour leur faire des farces.

Ce démon vert continue de me hanter à ce jour. Je ferai tout ce que je peux pour l'arrêter. Mais si je n'y parviens pas, je prie qu'un autre le pourra.





Traduction: Tripoda

Creepypasta originale ici


Version vidéo:



J'en profiterai (sans vouloir occulter le texte) pour faire une petite mise au point. Cette creepypasta a été suggérée à la traduction il y a trois jours précisément par un utilisateur de notre compte Ask. Je suis allé le chercher sur Creepypasta wiki, et j'ai découvert un texte écrit dans un anglais assez pauvre, tout à fait à ma portée. Et me rappelant qu'effectivement, l'activité est relativement basse ces temps-ci, j'ai fait quelque chose que je fais rarement: je l'ai traduit. Mais comme il était somme toute assez moyen, j'ai décidé de le soumettre au vote.
 Au même moment sur Ask, le même qui l'avait proposé commençait déjà à montrer des signes d'impatience. Je ne vous cache pas que ça m'a très légèrement agacé, ce qui explique peu-être que je me sois mis en devoir de publier le truc envers et contre tout (les votes négatifs pleuvent à l'heure où j'écris ces lignes). Prenez-le comme une expérience, je tiens à voir ce que ça donne.

J'aurais bien voulu dire que ce cas est tout à fait isolé, mais c'est loin d'être le cas. Vous êtes nombreux à dire qu'on dort.


Là-dessus il y a largement matière à débat. Je tiens déjà à dire que nous avons revu notre politique depuis un moment, et que l'époque des 40 pastas par mois est révolue. Pourquoi? D'abord parce qu'il fallait bien qu'on admette, un jour ou l'autre (et à force que des gens très bien que j'ai honteusement appelés "rageux" nous le martèlent), que la qualité vaut mieux que la quantité. Donc pas mal d'entre nous ont revu leurs exigences fortement à la hausse, ce qui explique qu'on ait moins publié ce mois-ci. Si vous voulez voir à côté de quoi vous êtes passés, les sections Creepypastas rejetées et Traductions rejetées du forum viennent d'être ouvertes au public.
Ensuite parce que contrairement à ce que disent certains, trouver et traduire de la bonne copie, non, ce n'est pas facile. S'il y a des matheux dans la salle, ayez en tête l'image d'une exponentielle décroissante. On peut trouver facilement ce qu'on cherche au début, mais ça devient compliqué avec le temps vu que les textes inconnus se raréfient. C'était facile du temps de Max le Fou -béni soit ce pionnier- parce que le phénomène était jeune, et que les clichés n'en étaient pas encore. Aujourd'hui toutes les pastas dites "légendaires" sont sur le site -ou allez suggérer les pièces manquantes sur Ask, la page a été créée précisément dans ce but!
Que fallait-il alors? 
-Les textes qui respectent en droite ligne l'esprit d'origine, pour la plupart du moins, c'est de la repompe sans intérêt, je ne suis pas le premier à le dire. Les exceptions sont effectivement rares, trop rares pour qu'on puisse exiger de nous qu'on publie massivement.
-Ceux qui cherchent l'innovation font le grand saut dans l'inconnu, et, c'est fatal, la plupart se cassent la gueule. Mais comme pour l'autre, il y a des exceptions (je dirais sensiblement plus, mais ça se discute).
Faisons l'addition: cas rares+cas rares=peu de publications. Mais avec un peu d'argumentation et des choix minutieux derrière, celles-ci auront au moins eu le mérite d'être d'une qualité estimable.


C'est réellement déroutant de chercher à produire peu mais bien après qu'on nous l'ait exigé, et de voir qu'en fait non, c'était mieux avant. Je reconnais bien là un mouvement de foule, et je ne vois pas en quoi on pourrait vous en vouloir. Les publications de février qui étaient à la fois bonnes et relativement nombreuses étaient le fruit d'une très rare conjonction de facteurs favorables (un texte majeur proposé, deux traducteurs compétents disposés à se le faire, ça arrive pas tous les jours, quoiqu'on fasse!). Sachez juste qu'au jour d'aujourd'hui, alors que le monde des pastas commence à devenir vieux, ça a peu de chances de se reproduire. On va continuer à faire de notre mieux, tout ce qu'on exige de vous c'est un peu de patience.


Mes amitiés et mon soutien aux personnes en manque :)

Tripoda

jeudi 20 mars 2014

Blue Cat Blues



Ou

 
Le suicide de Tom et Jerry


Je viens vous raconter ici quelque chose qui, malgré mes vingt ans, m’a choqué au plus haut point quand je l’ai découvert. Quand j’y pense, c’est lorsque l’on grandit et que l’on est capable de comprendre le monde, que l’on se rend compte de l’horreur qui va être expliquée un peu plus bas. Attention, ceci n’est pas une pasta habituellle, celle-ci est bien réelle. À tous les nostalgiques qui regardaient Tom et Jerry et qui ont atteint un certain âge, accrochez-vous bien car je vais vous montrer un épisode sous un autre angle que l'angle comique.
  
« Blue cat blues » (le Blues du chat bleu, en français) est le 103ème épisode de la série, produit en 1955 par Hanna Barbera et sorti en 1956 sous le label Metro-Goldwyn-Mayer. Même pour l’époque, les thèmes abordés dans cet ultime épisode du chat et de la souris sont horribles. Bien que les producteurs essaient de masquer le véritable message derrière des gags stupides dignes de l’émission, le fond de l’histoire met en scène un double suicide.
   
L’épisode commence par Tom, assis sur des rails et se tenant le visage d’un air dépressif, les yeux injectés de sang, alors que Jerry l’observe depuis une plateforme un peu plus haute. Contrairement aux autres épisodes, celui-ci est doté d’une voix off représentant les pensées de la petite souris. Elle explique les raisons de la chute de moral du chat, elle se lamente sur l’état pitoyable de son vieil ami, et ses paroles font comprendre à quel point Tom est au plus bas :

Poor Tom… in a few minutes it will be over.
And for the first time since he met him, he’ll be happy.
Poor miserable, lovesick creature…
I suppose people would say I should help him. I know… but it’s better this way…

Pauvre Tom… dans quelques minutes ce sera fini.
Et pour la première fois depuis qu’il le connait, il sera heureux.
Pauvre misérable créature, meurtrie par l’amour…
Je suppose que les gens disent que j’aurais dû l’aider. Je sais… mais c’est beaucoup mieux ainsi…

S’ensuit un flash-back des événements antérieurs. Tom et Jerry sont alors des amis inséparables partageant tout, jusqu’à ce que Tom rencontre une belle chatte blanche, aux yeux de biche et au corps parfait. La femelle semble ressentir de la sympathie à l’égard de Tom, bien qu’elle le manipule comme bon lui semble. On peut la voir modeler son visage pour en faire un âne. Mais Butch, le rival noir du protagoniste principal, riche matou se prélassant sur son balcon, les interrompt. La femme chat se montre alors opportuniste et, attirée par la richesse de Butch, quitte immédiatement Tom pour lui.
   
Tom se lance dans des crédits financiers, il signe même un document mentionnant qu’il met en gage ses bras et ses jambes, pour tenter de reconquérir son aimée en lui offrant des fleurs, du parfum, une bague et une voiture. Mais la croqueuse de diamant rejette tous ses efforts car les cadeaux de Butch sont plus gros, plus chers et extravagants. On peut notamment voir arriver un camion-citerne rempli de parfum de grande marque et une bague dont le diamant ne peut être regardé qu’avec un masque de protection pour serrurier tant il est étincelant.


Le cœur brisé, sans un sous et endetté jusqu’au cou, Tom tente de noyer son malheur dans le lait (une métaphore pour l’alcool dans le dessin animé), refusant d’écouter son amie la souris qui le supplie d'arrêter de boire. La voix off raconte qu’il commence à s’enivrer pour oublier, mais ne dit pas de quelle sorte de boisson il s’agit. Tom se laisse aller et se couche dans un caniveau, ivre. Il est sauvé de justesse par Jerry au moment où il est sur le point de finir dans les égouts. Alors que la vie de Tom ne semble pas pouvoir empirer, une voiture passe, et il découvre que son ex-petite amie est maintenant la femme de son rival Butch ; le couple se déplace en décapotable dans la ville, décorée d’une banderole où il est inscrit « Jeunes mariés » à l’arrière.

Jerry termine alors son flash-back de la triste histoire en pensant à sa propre petite amie, « Toots », heureux que, contrairement à l’ex du chat, elle lui soit fidèle. Mais sa vision des choses change soudainement car, tout comme pour le chat, Toots s’est mariée à une riche souris et passe à côté de lui à toute vitesse, à présent accompagnée de son riche mari.

La petite souris rejoint Tom sur la voie ferrée. Ils attendent le train qui doit les faucher tous les deux. Il n’est plus très loin, et, alors qu’il siffle, le fondu au noir arrive avec le générique de fin, accompagné du son du train approchant.

 

  




L'épisode original est assez marrant en soi, mais laisse une impression étrange sous cet éclairage (ça n'a rien d'une théorie: l'intention telle qu'elle est décrite ici est tout de même assez explicite dans le cartoon...).

lundi 17 mars 2014

Au coin du feu


Je m’en souviens comme si c’était hier. Ces bruits. Cette sensation d’être épié. L’envie irrépressible de se trouver à n’importe quel autre endroit. Et surtout, cette voix qui me glaçait le sang plus que tout. Mes amis me disent souvent que je suis un trouillard. C’est vrai que je ne suis pas très courageux. Je ne supporte pas les films d’horreur. J’angoisse facilement quand on me raconte des histoires qui font peur ou que je lis des choses étranges sur internet. Je me fais souvent des films tout seul. Mais cette fois-là, ma peur n’était pas sans raison.

C’était un soir de vacances d’été. Nous étions une douzaine à nous être rassemblés pas très loin de chez moi. Il y avait une petite forêt dans laquelle mes plus vieux amis et moi jouions lorsque nous étions plus jeunes. Cette fois, ils n’étaient pas là, j’étais avec des gens que j’avais rencontrés dans ma classe durant l’année, et quelques uns de leurs amis. Nous avions décidé d’aller camper dans cette fameuse forêt. Enfin, ils avaient décidé d’aller camper près de chez moi pour qu’on puisse se voir, et comme ils ont vite découvert cet endroit, ils ont décidé, malgré mes protestations, qu’il était idéal pour passer la nuit. Non pas que je n’aimais plus du tout cette forêt, seulement je préférais ne pas y traîner lorsque le jour descendait.

Comme je n’ai pas pu les faire changer d’avis, j’ai demandé à mon voisin de m’accompagner. C’était un bon ami, à peu près de mon âge, et il savait que je n’étais pas le plus courageux de tous. Comme certaines de ses connaissances étaient de la partie aussi, ça ne l’a pas dérangé de venir. Nous nous sommes donc rendu au point de rendez-vous convenu en fin d’après-midi avec nos sacs de couchage et un peu de nourriture, et vers 18 heures nous étions installés à l’endroit sur lequel nous avions jeté notre dévolu, une petite clairière suffisamment grande pour que l’on puisse tous dormir à la belle étoile, et dont le sol terreux permettrait de faire un feu de camp sans trop de risque.

Tout le monde avait ramené un peu à manger et à boire, il avait été prévu que nous ferions un genre de pot commun. Comme nous étions tous au collège, il y avait surtout des boissons qui faisaient partie de ce qu’on appelle les soft drinks, mais quelques bières et une bouteille de vodka à moitié pleine ont quand même trouvé leur chemin jusqu’à nous. Je n’étais pas un grand fan d’alcool, aussi je n’avais pas prévu de toucher à plus fort que les bières, et de toute manière je préférais me remplir le ventre de nourriture plutôt que de liquide. Pour cela, j’étais servi : chips à foison, saucisson, pain, saucisses (que nous allions pouvoir faire griller), quelqu’un avait même eu la bonne idée d’amener des marshmallows. La soirée ne s’annonçait pas trop mal, finalement.

Comme la préparation du repas et du feu avait pris un certain temps, quand on a eu fini, on s’est directement mis à manger. On ne savait de toute façon pas vraiment ce qu’on aurait fait en attendant. Il n’était pas non plus prévu de tout manger d’un coup, on voulait prendre notre temps, c’était l’été, il fallait en profiter. On avait emmené un loup-garou pour s’amuser, on pensait qu’à douze pile, la partie promettait d’être intéressante. Vu que ce n’était qu’un jeu de société, ça me faisait moins peur que d’en parler, mais le mot me mettait tout de même un peu mal à l’aise, malgré le fait que ce ne soit pas la pleine lune.

Cependant, au bout de quelques heures, après que les provisions aient drastiquement chuté et que la bouteille de vodka ait été complètement vidée, ma paix s’est envolée. Il faisait nuit depuis un moment, et certains avaient commencé à faire quelques blagues stupides dans le but de faire peur aux autres. Notre jeu de société était pour cela un parfait contexte. Parfois, l’un d’eux s’éloignait de la lumière et tardait à revenir, d’autres fois une pierre ou un bâton était discrètement jetée pour produire un son de déplacement alors que tous étaient au coin du feu, et, bien évidemment, quelques histoires angoissantes ressortaient des tréfonds de la mémoire des moins effarouchés.

J’ai commencé à sérieusement envisager de m’en aller quand l’un deux a entrepris de nous raconter ce que pouvaient être les craquements que nous entendions derrière nous de temps à autre, probablement pour donner plus de crédibilité à ceux qui les produisaient. Il a affirmé que toute forêt avait ses secrets et que la nôtre ne faisait pas exception à la règle. La clairière dans laquelle nous étions aurait en effet été utilisée quelques décennies auparavant pour un rituel de magie noire, et tous ceux qui y avaient participé auraient été transformés en créatures sanguinaires qui, depuis, sévissaient en secret, lorsque des gens comme nous s’enfonçaient suffisamment loin pour atteindre le lieu où ils avaient été maudits pour l’éternité.

Cette histoire était de toute évidence inventée de toutes pièces. Je vivais depuis longtemps ici, et je n’avais jamais entendu parler de tels monstres, d’autant que le jeu du loup-garou avait trop de similitudes avec ce récit pour que son inspiration n’ait rien à voir. Cependant, plus il parlait, plus je me sentais mal, j’avais presque l’impression de sentir les choses dont il parlait se rapprocher de nous et attendre le moment opportun pour frapper. La voix presque envoûtante du garçon qui racontait l’histoire contribuait à la rendre encore plus inquiétante. Il maîtrisait parfaitement les jeux de langage et plaçait chacune de ses intonations aux moments les plus appropriés, de sorte que même les plaisantins s’étaient calmés et gobaient ses paroles en jetant de temps en temps des regards autour d’eux.

Un claquement dans mon dos m’a définitivement décidé à rentrer chez moi. Je tremblais comme une feuille et souhaitais que la soirée se soit arrêtée une heure plus tôt. Je me suis levé brusquement et ai balbutié une excuse, m’attirant aussitôt les moqueries de la plupart des autres. Mon voisin, lui, ne s’est pas joint aux autres, et s’est levé à son tour en disant qu’il était vraiment fatigué et qu’il préférait se reposer dans son lit plutôt que sur un matelas gonflable. Intérieurement, je l’ai remercié. Je ne sais pas si j’aurais réussi à m’éloigner suffisamment du campement sans lui. Nous avons rapidement rassemblé nos affaires sans prêter attention aux protestations des autres, et nous nous sommes mis en route. Pendant tout ce moment, le garçon qui racontait l’histoire m’a fixé d’un regard indéfinissable. Cela m’a conforté dans mon idée de partir le plus vite possible.

Même après avoir été hors de portée de voix de la petite réunion, j’ai continué à me sentir observé. J’avais l’impression que le garçon continuait de me regarder à travers les arbres, et que les créatures dont il parlait nous suivaient discrètement. Des bruissements dans les fougères me faisaient souvent sursauter et presser le pas, obligeant mon ami à accélérer. Il ne disait rien, mais je pouvais voir sur son visage que, sans être aussi effrayé que moi, il avait hâte de sortir du bois. Nous avons continué comme ça un moment, jusqu’à ce qu’il plaque soudainement sa main sur ma bouche et m’oblige à me baisser sur le côté du chemin. J’ai failli crier à ce moment, mais il m’a lancé un regard me faisant comprendre que ce n’était pas le moment. Ses yeux ont ensuite changé de direction, et lorsque j’ai vu sur quoi ils se sont posés, j’ai failli défaillir.

Une forme massive se déplaçait silencieusement à quelques dizaines de mètres de nous. Elle ne se trouvait pas exactement sur le chemin, mais nous l’aurions croisée si nous avions continué à marcher. J’étais cependant incapable de dire ce que c’était. Ça avait l’air plus gros qu’un chien, mais plus bas qu’un être humain. Un sanglier ? Peut-être bien, auquel cas il valait mieux rester caché un moment, car si l’animal se mettait à paniquer, il pourrait décider de nous charger. Nous avons simplement attendu qu’il nous dépasse, profitant des fougères pour nous dissimuler à sa vue. Les secondes m’ont paru durer des heures, mais une fois que la forme a été hors de ma vue, j’ai poussé un soupir de soulagement, et mon voisin s’est détendu. Nous nous sommes relevés et avons voulu reprendre notre chemin.

Un grognement beaucoup trop proche à mon goût s’est alors fait entendre derrière nous. Visiblement, la chose ne s’était éloignée suffisamment, vu qu’à présent, elle revenait vers nous au pas de course, nous forçant à détaler le plus vite possible. Et visiblement, ce n’était pas un sanglier, ou alors il avait appris à reproduire des grondements bien plus menaçants que ceux de son espèce. Heureusement pour nous, la lisière du bois ne se trouvait plus qu’à quelques mètres, et nous avons réussi à la franchir avant de nous faire rattraper. À ce moment, la course a semblé s’arrêter. Quand j’ai regardé par-dessus mon épaule pour voir où était mon poursuivant, je me suis aperçu qu’il avait disparu. J’ai ralenti le pas, essoufflé, et mon voisin, s’apercevant de la même chose, a fait de même. Nous avons alors entendu des branches se briser quelque part derrière les arbres, et puis quelque chose a poussé un hurlement impossible à reconnaître. Le silence est ensuite retombé pour de bon.

Mon voisin et moi nous sommes regardés d’un air interdit, puis nous avons tous les deux sorti nos téléphones portables pour envoyer des messages à ceux qui se trouvaient encore dans la forêt. Ils ne nous prendraient peut être pas au sérieux après notre départ précipité, mais il fallait qu’ils sachent que quelque chose de bizarre se baladait dans leurs environs immédiats. Ceci fait, nous nous sommes détournés et sommes rentrés chez nous le plus vite possible. Pendant la nuit, j’ai très mal dormi, et je n’ai pas arrêté de rêver de la bête, sans jamais découvrir ce qu’elle était.

Le lendemain, en me réveillant, la première chose que j’ai faite a été de regarder mon téléphone pour voir si on m’avait répondu. Rien du tout. J’ai d’abord eu une grosse montée d’adrénaline, et puis je me suis dit qu’avec un peu de chance, il ne leur était rien arrivé, et qu’ils étaient tous rentrés chez eux. Ou alors qu’ils étaient peut être même encore en train de dormir. J’ai essayé de me rassurer avec ça, et pendant plusieurs heures, ça a plus ou moins bien marché, jusqu’à ce que je reçoive le premier coup de téléphone de parents de ceux qui étaient avec moi. J’ai d’abord dit que j’étais parti de la soirée plus tôt, sans rajouter de détails, mais au bout de la troisième fois, j’ai rajouté qu’il valait peut être mieux prévenir la police, car j’avais peur qu’il leur soit arrivé quelque chose.

Je crois avoir eu neuf coups de téléphone en tout. Après s’être appelés mutuellement, les parents avaient dû s’échanger les numéros de tous ceux qui avaient participé à la soirée, et j’avais été le seul à répondre. Mon voisin s’étant rajouté presque au dernier moment, il n’a pas eu ce problème. Je pense que dès le début, j’ai su ce qu’il en découlait. J’ai juste préféré ne pas y penser et me mentir pour me rassurer. Pourtant, je ne suis pas sorti de chez moi de la journée, et lorsque, le lendemain, j’ai reçu un coup de téléphone de la police elle-même, je n’ai presque pas été surpris. À ce moment, la rencontre dans le noir sur le chemin de ma forêt me revenait sans cesse en tête.

D’une manière générale, je dirais que malgré les atrocités qu’ils avaient subies, tous les corps étaient reconnaissables sur les photos. Ils étaient tous là. J’ai donné mon témoignage, et mon voisin, qui avait également été convoqué après que j’en aie fait mention, en a fait un qui concordait. Nous avons tous deux évoqué la forme sombre que nous avons croisée, et nous avons confirmé avoir essayé de prévenir les autres du potentiel danger. Ne pouvant pas tirer grand-chose de plus de ce que nous avions vu, les enquêteurs nous ont rapidement congédiés, en nous promettant de nous tenir informés des avancées de l’enquête, bien qu’ils privilégiaient la piste animale.

Au moment où nous allions partir, nous avons cependant demandé à revoir les photos une dernière fois, probablement mus par une quelconque intuition. Et à ce moment, nous l’avons trouvé, le détail qui changeait tout. Il ne se trouvait pas vraiment sur les photos, qui ne montraient rien d’autre qu’une boucherie qui est restée gravée dans ma mémoire depuis ce jour. En fait, c’est dans l’absence de photo que nous avons pu trouver ce qui clochait. Avant de partir, nous avons donc pu faire remarquer que ni le douzième d’entre nous, le conteur de l’histoire, ni ses affaires n’avaient été retrouvés.     




Dans les allées de la folie

Mon nom est Richard et j'ai récemment emménagé dans une maison dans un trou paumé. Cela a peu d'importance car je ne vais pas parler de ça, mais plutôt de ce que j'ai fait. Je suis un ancien meurtrier et je dois avouer que je n'ai jamais vraiment regretté tout le plaisir que j'ai pris dans le passé. Je torturais toutes mes victimes avec soin. Je pouvais prendre mon temps et incarner tous mes fantasmes sur leurs corps dociles: je les droguais de manière à ce qu'on ne m'entende pas.

Ça pouvait pas durer pour toujours, allez. Il a bien fallu un jour que j'utilise une seringue trop vieille, ou de la drogue périmée, ou juste une dose trop faible. Et que la fille se réveille trop tôt, lui laissant assez de temps pour se faire entendre. Ce jour-là, les gens ont découvert mon petit secret, et j'ai été arrêté. Con de juge trop clément: je n'ai pris que 10 ans. À ma libération, la police a bien pris soin de me mettre dans une maison éloignée de tout le monde. Je dois avouer que j'avais bien rigolé avant d'être en prison...

Sauf que maintenant j'en paye réellement les conséquences...


Ça va faire 85 jours que je suis ici, et chaque jour est un enfer. Je vois les murs pourrir, le sol aussi : tout. Même moi je crois que je me dégrade peu à peu.
Pourquoi ? C'est parce que j'ai été une des pires enflures que ce monde ait connu? Sûrement, et c'est sûrement pour ça que chaque jour je revois mes victimes...
Elles ont changé. Elles ne ressemblent pas à ce qu'elles étaient avant.
Elles n'ont rien de torturé. C'est juste que... Merde ça va me suivre longtemps je pense. Je crois que je le mérite... J'aime ça...


Aujourd'hui ça a l'air assez calme, je n'entends rien et je n'ai encore vu aucune de mes victimes. C'est peut-être un signe, je ne sais pas. Ça m'étonnerait, je ne pense pas que je le mérite... J'ai entendu des bruits venant
du couloir... Je ne sais pas si je dois aller voir, vous savez comme moi ce qu'il y aura là-bas: une de mes victimes. C'est sûr que je suis habitué...
Je suis allé voir et... merde... bon dieu ne me dites pas qu'elle se... moi, j'avais compris... mais vous, je sais pas...
Elle marche vers moi, elle est nue, elle avance bizarrement... À chaque pas on dirait qu'elle va tomber, elle est en face de moi, elle ne bouge plus...
Sa tête se relève. Elle me sourit... ce visage... c'est... c'est le visage de toutes mes victimes... Bon dieu, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça... Je sais que je ne suis qu'un porc mais... c'est marrant...

Là, je ne peux plus tenir... j'ai envie de la... je vais craquer... JE VAIS BUTER CETTE MERDE, ET JE VAIS ME FAIRE PLAISIR!








Ça fait six jours que je l'ai tuée, et ma vie a changé. Je me sens mieux moralement et physiquement... surtout physiquement. Mais mon moral me joue encore des tours... quand je me regarde dans la glace, je vois un monstre... hin hin... Peut-être que c'est vrai après tout...



Shadows Requiem nous aura devancé de quelques jours dans l'utilisation de cette image en s'en servant pour illustrer The Russian sleep experiment. Ha ha, un point pour vous. Dommage, dommage...

mardi 11 mars 2014

Nicole

Quand j'étais petite, je passais mes mercredis chez ma grand-mère. J'aimais par-dessus tout monter dans le grenier pour retrouver Nicole, une poupée magnifique. Le jouet favori de ma mère étant petite.
J'aime cette poupée, son visage de porcelaine, ses cheveux bruns légèrement frisés et sa robe de dentelle fine.
Je l'aime tellement, je voudrais qu'elle soit à moi, mais Grand-mère refuse qu'elle quitte le grenier sous prétexte qu'elle est trop fragile et que je suis trop jeune. Mais aujourd'hui j'ai 17 ans, je suis grande et j'ai décidé d'emporter Nicole à la maison. Grand-mère ne s'en apercevra pas de toute façon, elle ne peut plus monter au grenier à cause de ses genoux.

J'ai élaboré un plan pour m'emparer de mon trésor au nez et à la barbe de Grand-mère et aujourd'hui je le mets à exécution.
Ma mère emmène Grand-mère faire des courses. Je me retrouve seule chez elle avec le champ libre. Vite, direction le vieux grenier. J'avale les marches deux à deux, mue par un sentiment de peur et d’excitation. J'ai une boule au ventre, mes mains tremblent et ma respiration se fait plus rapide. C'est un vol que je commets... Non. De toute façon, Grand-mère aurait fini par céder et me l'aurait offerte. Je ne fait qu'anticiper ses actes.

J'arrive enfin, ces marches m'ont semblé interminables. Je suis un peu essoufflée. Sûrement à cause du stress. Le grenier est sombre, il n'y a jamais eu d'électricité dans cette pièce. L'unique source de lumière provient d'une lucarne partiellement couverte d'un drap. Seuls quelques rayons aveuglants filtrent à travers ce linceul, ils sont tout juste suffisants pour effacer les ténèbres et transformer les ombres immobiles en objets réels. Ce grenier est bien rempli.
Je me mets en quête de la poupée parmi les formes se découpant dans l'obscurité et les ombres rebelles. Enfin, elle apparaît. La voici, assise sur une grande malle rouge. Elle m'attend, immobile, me fixant de ses yeux de verre.
La poussière s'est accumulée au fil des années. Je commence à épousseter les vêtements de la poupée, puis ses cheveux. C'est alors qu'un détail m'interpelle. En examinant la tête de plus près, je remarque une sorte de pli sur les cheveux et une marque sur la tempe, semblable à de la colle sèche et sombre. Ces marques semblent avoir été laissées par un couvre-chef. La poupée doit avoir un chapeau. Quelle nouvelle ! Si je retrouve ce chapeau, la poupée n'en sera que plus belle.
Ravie de cette découverte, je pars à la recherche du trésor. Je remue l'opacité du grenier, retourne les fripes, ouvre les boîtes... Rien. Seule la poussière qui s'élève au fur et à mesure de mes recherches. J'abandonne. Dommage. Je me dirige vers la poupée, la soulève. Elle est si légère.

Pourquoi n'y ai-je pas pensé ?
La malle rouge...
Mais oui, toutes les affaires de Nicole doivent s'y trouver. Seulement, il faut une clé pour l'ouvrir.
Je ne veux pas abandonner aussi près du but. Il doit y avoir un moyen d'ouvrir cette malle. J'examine le coffre et remarque que les gonds sont simples à démonter. Je me mets au travail et en quelques minutes la malle cède et livre enfin ses secrets.
Un fabuleux trésor apparaît devant mes yeux ébahis.
Des robes de dentelles, une dînette en porcelaine, quelques peluches vieillissantes... Mais pas la moindre trace d'un chapeau. Je poursuis mes recherches. Au fond de la malle, je tombe sur un tas de tissus teintés de marron et de rouge. Les tissus sont rêches, comme si de la peinture avait séché dessus. Je tire un morceau et l'étends devant moi. Ce bout de tissu se révèle être un t-shirt sale, moucheté de taches sombres avec une petite fleur brodée. Le même genre de vêtements que portait ma mère quand elle était enfant.
J'attrape à bras le corps ce tas de tissus pour le sortir de la malle. Au moment où je le soulève, j'entends tomber quelque chose sur le sol. Je me penche. Je ne distingue qu'une forme dans le noir. J'étends le bras dans les ténèbres pour me saisir de l'objet.
Il s'agit d'un carnet d'écolier portant le nom de ma mère. Cédant à la curiosité, je l'ouvre et commence à le lire.
Les premières pages contiennent des exercices d'écriture, des dictées et des problèmes de calculs.
Puis l'écriture change. Les pages sont remplies de mots très serrés rendant la lecture difficile et la pénombre du grenier n'arrange rien. Néanmoins, je parviens à déchiffrer ces pages :


« Je veux vivre.
J'ai peur, peur de mourir.
Je ne veux pas mourir.
J'ai réussi à lui voler son carnet et son crayon.
Je veux qu'on vienne me sauver.
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis enfermée ici. Il fait noir et j'ai peur.
J'ai pourtant cru que ce n'était qu'un rêve au début, je me souviens que je suis allée au lit, mais je me suis réveillée ici, dans le noir.
Une femme vient me voir, Elle me parle, Elle a dit que maintenant j'étais ici, qu'ici, c'était ma maison. J'ai pleuré au début, je lui ai dit que je voulais rentrer chez moi, Elle m'a frappée, Elle m'a fait mal, très mal. J'ai pleuré en silence.
J'ai obéi pour ne plus avoir mal.
Quand Elle n'était pas contente de moi, elle me faisait mal, Elle plantait ses aiguilles dans mes bras et parfois dans mon cou.
Une fois Elle m'a frappé à la tête, Elle a frappé fort, je me suis réveillée plus tard dans le noir, seule.
J'ai froid.
Je veux ma maman.
Elle a à manger des fois. Elle me parle et si Elle est contente de moi et si je suis sage, je peux manger.
J'ai obéi parce que j'avais faim.
Je n'arrive plus à pleurer pourtant mon cœur me fait mal, mes bras aussi.
Elle est venue. Elle avait des vêtements bizarres pour moi. Elle a dit d'être sage et de mettre la robe.
J'ai obéi parce que je ne voulais pas avoir mal.
Puis Elle est venue avec une petite fille triste. Elle l'a laissée avec moi.
J'avais moins peur avec elle. Elle a parlé, elle a dit qu'elle voulait jouer.
J'ai dit oui pour ne plus être seule.
Elle voulait jouer à la poupée, mais il n'y en avait pas. Alors elle a dit que je serais la poupée et qu'elle, elle serait la maman.
Je veux ma maman.
Je veux ma maison.
J'ai accepté pour ne plus être seule dans le noir.
On a joué longtemps, puis je me suis endormie. À mon réveil, la petite fille n'était plus là.
J'ai pleuré.
J'avais peur seule dans le noir.
Elle est venue et Elle m'a fait mal. Elle a dit que j'avais été méchante et désobéissante. Elle m'a fait mal en parlant. Elle a dit que je ne devais pas parler, pas bouger et surtout, obéir.
La petite fille est revenue. Elle avait l'air triste encore. Elle m'a prise dans ses bras.
Je n'ai pas bougé parce que j'avais peur.
Je n'ai pas bougé parce que je ne voulais pas avoir mal.
On a joué à la poupée. Puis elle est partie.
La petite fille est revenue plusieurs fois. Parfois elle amenait à manger. Mais ça n'était jamais assez pour moi.
J'ai faim.
J'ai froid.
Maman.
Une autre fille est venue. Elle pleurait doucement. Ses lèvres étaient bizarres, grosses et un peu bleues.
Elle est arrivée en même temps que cette autre fille. Elle l'a installée à coté de moi, puis Elle est partie.
La fille n'a pas bougé, elle ne m'a pas regardé.
La petite fille triste est revenue. Nous avons joué ensemble, la fille à coté de moi tremblait.
Le lendemain, la fille à coté de moi dormait encore. Elle ne sanglotait plus.
Elle est venue, Elle a pris la fille à côté de moi dans ses bras et Elle est partie.
J'ai froid et j'ai très faim, et soif aussi.
Je veux qu'on vienne me chercher.
Je veux ma maison.
La petite fille, elle avait l'air heureuse. On a joué, mais elle n'avait pas apporté à manger aujourd'hui.
J'ai sommeil.
Je n'arrive plus à pleurer.
Je veux rentrer.
Venez me chercher.
Personne ne viendra me chercher.
Le crayon est de plus en plus petit, j'ai mal aux doigts.
Ma robe ne me tient pas chaud.
Quand la petite fille vient, on joue. Mais je n'entends plus quand elle parle. Je la vois à peine. Elle n'apporte plus à manger.
Je suis triste.
Mes yeux me brûlent, ils sont secs, je ne pleure pas, je ne peux plus.
Mes oreilles bourdonnent.
On joue.
J'entends sa voix, elle m'appelle :


Nicole,

Nicole.

Ce n'est pas mon nom.

Nicole,

Nicole.

C'est moi ?

Nicole,

Nicole.

Tais toi !


Nicole,

Nicole.

Oui ?

Nicole,

Nicole.

Je  suis       Nicole.

Nicole,

Nicole.

Je        suis         ta          poupée.

Nicole,

Nicole.

J    e      s    u    i  ... »


Horrifiée par cette lecture, je regarde la poupée.
Je veux en être sûre.
J'arrache le drap miteux de la lucarne et approche la poupée de la lumière.
Je lui retire sa robe et relève ses cheveux.
À ce moment, un frisson d'horreur et de dégoût me parcourt l'échine.
La belle peau blanche n'est pas de porcelaine mais d'os. Les magnifiques yeux de verre ont perdu leur éclat. Ils sont maintenant vides et me fixent dans une ultime supplication.
Ce n'est plus un joli visage que je contemple, mais un crâne humain serti de peau.
Sous la robe, au niveau de l'abdomen, apparaissent des restes d'organes momifiés par le temps.
Les marques sur sa tête et sa tempe ne proviennent pas d'un chapeau, mais du coup qu'elle a reçu et qui lui a fait perdre connaissance.
Je me relève brutalement et lâche la poupée.
Je veux sortir d'ici.
Je recule mais mon pied heurte quelque chose.
Je tombe à la reverse. Ma main s'agrippe à ce qu'elle peut, la grande tenture qui recouvre le mur. Elle cède sous mon poids, découvrant des étagères.
Des dizaines d'yeux se braquent sur moi, des sourires crispés, de la dentelle.
Des poupées.
Semblables à Nicole.
Des larmes d'effroi se mettent à couler et je vomis.
Dans ma terreur, je n'ai pas entendu les pas feutrés de ma Grand-mère qui monte les escaliers.




vendredi 7 mars 2014

Northboath

J'entends encore des râles, chaque nuit ils reviennent me hanter, chaque nuit ils se rapprochent, chaque nuit ils m'ôtent de mon existence. Ils arrivent ...

Voici mon histoire. À la vue du style que j'utilise, vous vous direz certainement que j'écris un roman fictif, et que je ne raconte pas ma propre histoire, mais ce sont mes docteurs et autres psychologues qui m'ont conseillé de raconter mon histoire sous forme de roman, pour "m'aider" à oublier soit-disant. Foutaises...

Tout a commencé lors de ce voyage maudit pour Glasgow, nous devions faire escale dans la petite ville de Northboath pour nous ravitailler et repartir après le déjeuner. Seulement, le destin et le malheur en ont décidé tout autrement...

Northboath est une petite ville qu'on peut qualifier de tout sauf "tranquille". Il s'y est donné des rites occultes et étranges. Au XVe siècle, tous les dix ans étaient organisées les "purges hérétiques", durant lesquelles un certain nombre d'individus massacraient les habitants de la ville jugés "dangereux". Les mêmes lignées et familles qui perpétraient ces massacres sont restées au pouvoir de la ville jusqu'à nos jours.

La centaine d'habitants de cette ville se répartissait les différents commerces, et s'étant voués au tourisme de transition, il y avait trois hôtels dans cette ville.

Notre groupe de voyage était composé d'une quinzaine de personnes, réparties dans ces trois hôtels. Je me retrouvais donc avec quatre autres comparses dans l'hôtel "Éternité".
J'aurais aimé justement ne pas à y repenser pour l'éternité ...

Pour en revenir à ce qui me fait haïr cette ville et détester ma propre existence, c'est ce qui m'est arrivé en visitant ce lieu morbide. La populace était morne, peu de personnes voulaient parler avec des étrangers. Ces gens étaient effrayants aussi bien que pathétiques. Faire du tourisme? Avec leur sympathie? Quelle blague. Et je ne me suis pas gêné pour le leur faire remarquer.
Quel idiot ai-je fait...

J'ai donc visité cette "paisible" ville à notre arrivée, nous ne pouvions aller à l'hôtel que vers 18h. Il me semble que nous sommes arrivés dans le milieu d'après-midi, je pense qu'il devait être 15h. J'ai déambulé dans les ruelles de cette bourgade aussi sombre que lugubre, ayant tenté de parler à quelques habitants des fameuses purges hérétiques. Les seules réponses que j'ai obtenues ont été des grognements mous, fatigués. À vrai dire, la mine patibulaire de ces gens était désolante.

J'ai fini, bien malgré moi, par me retrouver perdu dans une des sinueuses ruelles qui paraissaient oubliées. Au bout semblait siéger une simple maisonnette, mais l'étrangeté de son architecture m'est indescriptible. Un je-ne-sais-quoi d'étrangement inhabituel.

Cette horrible bourgade et cette maison loin d'être normale continuèrent un peu plus à m'effrayer. Je vis en m'en approchant que sa porte était ouverte et semblait être plus adaptée pour un être trapu et court sur pattes que pour un homme. Par une curiosité stupide, je me suis donc permis d'entrer.
Je n'y ai trouvé que vieillesse et bibelots ça et là, mais rien qui puisse réellement attirer mon attention. À vrai dire, je ne peux affirmer cela que pour le rez-de-chaussée, tant l'étage était différent. Quand j'eus gravi les marches tremblantes de l'escalier délabré, en faisant bien attention de ne pas marcher dans l'un des nombreux trous, je suis arrivé dans une unique pièce, une sorte de... grenier, si on peut l'appeler ainsi. En fait, elle était constituée de deux étagères dont débordaient divers ouvrages aux symboles étranges et anciens, si bien qu'ils feraient passer Lovecraft et R'lyeh pour des comptines enfantines. Et, à l'extrémité de ces deux étagères, sur un fauteuil se balançant de manière indescriptible, siégeait une forme humanoïde. Puis-je la caractériser d'humaine? Je crains que non. Son
image et ses mots m'ont d'ailleurs suivi depuis ma visite de cette ville. Je me suis doucement approché, prêt à réagir  au moindre mouvement, tel un chasseur à l'affût de sa frêle proie.

Et, dans un mouvement inhumain, elle me sauta dessus. L'attaque fut brève, violente, et je n'eus pas le temps de songer à avoir peur tant je me battais pour ma survie. Cette bête s'agrippa à mon buste et tenta à plusieurs reprises de me mordre, sans succès. Je finis par la repousser au fond de la salle en la projetant contre le mur. Après tant de brefs mais néanmoins exténuants efforts, je me suis approché d'elle pour voir ce qu'Elle était. Agonisant, elle expira quelques mots : "Pars ... Fuis ... Ne deviens pas comme ... ". Je n'ai su que penser de ça.

Après ces événements singuliers, j'ai préféré me cloisonner dans la chambre à l'hôtel, coupant court à ma visite de cette ville effrayante. D'ailleurs, la sortie de la maison fut rapide : j'ai dévalé les escaliers à grandes enjambées, si vite que je n'ai même pas pu sur le coup me rendre compte des événements précédents.
En fait, je dis ne m'être rendu compte de rien mais c'est plus par envie de ne me souvenir de rien. Pendant ma ruée vers la sortie, j'ai très clairement entendu le frottement d'un corps sur le sol et quelques mots d'un dialecte saugrenu qui m'était alors inconnu. Je suis pourtant sûr d'avoir compris qu'ils m'étaient destinés.

Toute la soirée, je me suis senti observé.

Mais malheureusement, le pire n'était pas encore passé. Alors même que je finissais, avec peine et angoisse, mon plateau-repas qu'un des rustres employés m'avait amené dans ma chambre, je sentis une odeur. Comme l'odeur que la bête de la maison avait pu répandre sur moi quand elle s'était jetée sur mon corps. Autre chose que j'ai oublié de mentionner, elle m'avait griffé au torse et il émanait une étrange odeur de moisissure de ma plaie.
J'ai eu un de ces réflexes qui viennent de nos plus lointains ancêtres, ceux-là même qui luttaient pour leur vie chaque jour, pour se nourrir, pour dormir. Une angoisse terrible m'avait envahi, c'était même au-delà de l'angoisse : j'avais peur.

C'était une des premières fois dans cette ville que la peur réelle, la peur que l'on ne peut avouer tant elle est opprimante, m'avait saisie.
J'ai verrouillé les deux portes de la chambre : celle menant au couloir et celle à la chambre voisine, construite en parallèle.
Ce fut étrange et bref, mais j'ai bel et bien ressenti cette peur ancienne.

La soirée s'est écoulée sans autres événements surnaturels. Si je me permets de les caractériser ainsi, c'est car ce qui s'est passé après en relève.

Alors qu'une heure sonnait à l'horloge et que ma chambre était baignée par la lumière de la Lune, généralement apaisante mais ô combien effrayante ce soir-là, les événements commencèrent. On grattait aux portes, en même temps. Et j'entendais ces terribles râles qui me suivaient depuis... Des grattements similaires, semblables à des griffes d'animaux, ou d'autres choses ...
Cela me permit d'ailleurs de comprendre que l'on ne me jouait pas un tour. Les illustres inconnus qui m'accompagnaient pour le voyage était bien trop sérieux pour faire cela.

À ce moment-là, je ne répondis plus à mon esprit rationnel mais bel et bien à mon instinct, celui qui occupe la bête la plus primaire. J'essayais tant bien que mal de réfléchir mais l'adrénaline occupant mon cœur me figeait et m'horrifiait. Je ne savais que faire, mais je savais que je devais fuir. Je savais que ma vie en dépendait.
Je n'ai jamais compris comment je le sus à ce moment, mais je pense que ma nature d'humain bien confortablement installée dans sa paisible vie a bien fait de s'en aller à ce moment-là pour laisser place au monstre présent en chacun de nous.
L'odeur de putréfaction qui émanait alors des deux portes m'alerta encore plus de ma condition de sursis et je savais que je devais agir.
J'ai alors fais la seule chose que je pensais pouvoir me sauver : j'ai enfoncé la porte du couloir. Ce fut dur mais je ne suis pas tombé. J'en ai d'ailleurs toujours eu mal par la suite.
En courant pour sortir, j'ai marché sur quelque chose de mou. Ça a tenté de m'agripper mais j'ai tiré un grand coup, sans regarder ce qui me tirait car je savais que si je la voyais, je ne pourrais plus courir. Et j'ai fui.

J'ai senti ces choses, je ne peux les dénombrer, courir derrière moi. Je pense plutôt qu'elles rampaient. Leur mouvement était saccadé et pourtant, elles semblaient me rattraper pas après pas.
J'ai su qu'à ce moment-là, il n'y avait qu'un endroit qui pourrait me préserver de ces choses : la maison.
J'ai parcouru exactement le même chemin que j'avais effectué pour me perdre, et j'ai réussi. Je me suis réfugié à l'étage, franchissant les marches de l'escalier branlant quatre à quatre, et je m'y suis caché.
Leurs souffles envahissaient totalement la maison, cette odeur fétide qui emplissait mes naseaux et m'empêchait de respirer. Après quelques minutes qui m'ont paru une éternité, c'est le mot, l'odeur et le bruit de leurs pas dans la maison se sont dissipés.

Mais caché dans l'obscurité, j'ai pu observer ces humanoïdes. Trapus, environ un mètre de haut, courts sur pattes. Je ne sais comment les qualifier autrement, à part qu'ils dégageaient une peur profonde. Visiblement, c'était le même type de choses que ce qui m'avait attaqué dans cette maison un peu plus tôt.

J'ai passé la nuit caché puis, au matin, sans rien prendre, j'ai appelé un taxi et je suis parti. Depuis lors, je me souviens de chaque secondes de cette journée, en particulier de la nuit.

Aujourd'hui, je suis toujours hanté par ces choses, cette chose. Jours et nuits. Je ne dors plus, j'ai des hallucinations, je suis devenu paranoïaque depuis et... je me suis renseigné.
Ce roman peut vous paraître une simple comptine. Mais c'est un message, un avertissement. Depuis les anciennes générations, ils se sont répandus partout dans le monde : Londres, Dublin, Paris, Berlin. Et en particulier dans les petites bourgades côtières.
Alors si jamais vous visitez des petits villages plutôt renfermés, et dont les habitants sont rustres, ne soyez pas curieux, cela peut sauver votre vie.

Ces mots scelleront ma vie, je suis bien trop fatigué pour lutter contre leur omniprésence psychique, leurs râles m'accompagnent à n'importe quel moment de ma faible vie qui va s'achever à cause de cette même fatigue... S'il vous plaît, ne faites pas la même erreur que moi, répandez ce message. Pour moi, il est trop tard, je suis bien trop faible pour lutter contre elles.


Mais pas vous.




Le musée des télécommunications

Je souhaiterais vous faire part d'évènements particuliers remontant à 2010.

Je découvrais l'urbex à l'époque, et je passais beaucoup de mon temps libre dehors avec des amis pour visiter des lieux abandonnés. Notre sport favori, c'était de pénétrer dans des bâtiments en chantier ou voués à la démolition.

Classiquement, ce qu'on recherche quand on entre quelque part, c'est à la fois l'excitation d'être hors des sentiers battus, et l'agréable impression de nostalgie qu'on ressent face à des ruines d'une autre époque. De ces deux sensations, l'adrénaline était de loin ma préférée. En ce sens, ma préférence pour les bâtiments en sursis s'explique aisément. Les chantiers s'entourent de palissades de plus en plus opaques et les vieilles portes se voient renforcées, voire condamnées. Franchir ces barrières, outrepasser les lois, j'ai toujours trouvé ça jouissif.


Le musée des télécommunications, situé rue Burdeau à Lyon, n'était pas inaccessible la première fois que j'y suis allé avec Carl. Aujourd'hui, l'avis de démolition s'étale en toutes lettres sur sa vieille façade et la porte est solidement verrouillée. Ça aurait pu me motiver pour y revenir, ne serait-ce que pour la petite séance d'exercice qu'aurait constitué l'entrée dans le bâtiment. Ça aurait pu, si je n'y avais pas vécu ce que je vais vous décrire.


Vue externe.
En 2010, le musée, abandonné depuis quelques années déjà, était ouvert à tous les vents et avait d'ailleurs longtemps servi de squat. C'était un bâtiment plutôt discret et sans prétention. Aussi, j'ai été très surpris de le découvrir ainsi en plein centre-ville. Carl et moi nous sommes aussitôt concertés et nous avons programmé son exploration pour le lendemain.

Il faut croire que nous étions aveuglés par l'excitation, ou simplement très distraits, car nous sommes arrivés sur place pratiquement les mains vides. J'attendais devant depuis quelques minutes l'heure du rendez-vous, et j'ai vu arriver Carl, ravi et souriant, mais sans aucun équipement. Comme un vulgaire touriste. Et nous sommes partis dans un fou rire quand je lui ai fait remarquer, et qu'il m'a rétorqué que je n'avais moi-même pas pris mon appareil photo. Ça s'annonçait passionnant... mais stérile.


Comme on pouvait s'y attendre, les lieux avaient été entièrement vidés depuis un moment. Les murs comportaient une belle collection de graphs, mais rien de bien remarquable en somme. En fin de compte, on aurait très bien pu y passer moins d'une heure. Du moins, on aurait pu si je n'avais pas eu la bêtise de remarquer ces portes.

À chaque étage en effet, toujours dans le même coin, il y avait une haute et étroite porte métallique. Fermement verrouillée au rez-de-chaussée et au premier. Ce détail m'intriguant, nous nous sommes immédiatement dirigés vers le coin où devait se trouver la porte du deuxième étage.

Je n'ai pas caché mon excitation lorsque je suis parvenu, sans qu'elle offre de résistance, à ouvrir la dernière porte. Elle dissimulait un petit espace d'un mètre de côté environ, pas plus grand qu'un placard à balais, avec une trappe ronde au milieu. J'ai alors regardé Carl, et il a acquiescé d'un regard. Puis je l'ai ouverte.

Immédiatement, une intense odeur d'urine a envahi les lieux. L'ouverture ronde se prolongeait par une sorte d'étroit tube de tissu maculé de taches brunes. On n'en apercevait pas le fond, pas plus que la pièce située en-dessous. Quand j'ai voulu demander à Carl ce qu'il en pensait, il m'a simplement montré des inscriptions qui étaient cachées derrière la porte.
L'écriteau expliquait par quelques schémas simples qu'il s'agissait d'un système d'évacuation. Les personnes devaient se laisser glisser dans des "chaussettes" d'étage en étage, jusqu'à atteindre le bas du bâtiment. Un système plutôt bon marché et très efficace, si l'on exclut la crainte de devoir se glisser dans ces espaces étroits.


Voici un plan sommaire que j'ai réalisé d'après mes souvenirs, histoire de vous donner une meilleure idée de la chose. Vous noterez la présence d'un tunnel routier tout en bas, mais l'accès donne directement sur la rue en raison de la déclivité du terrain à cet endroit.




Carl devait avoir un sacré courage, ou être totalement inconscient, pour aller essayer le truc. Je n'avais pas plus de mérite de mon côté, à le regarder descendre sans protester. Alors qu'il commençait à pénétrer dans l'orifice, il m'a annoncé en rigolant qu'il éprouvait la divine sensation de se glisser dans le cul du diable. J'ai ri bêtement alors qu'il disparaissait.

Vous voyez ci-dessous un modèle récent de cette "chaussette". Déjà que j'aurais du mal avec celle-ci, déployée en pleine lumière hors du bâtiment, je crois que je n'aurais jamais osé rejoindre Carl dans son trou à travers cette cavité souillée et obscure.



 Je l'ai appelé quelques secondes après pour m'assurer que tout allait bien. Il m'a répondu qu'il était parvenu sans encombre au palier du premier étage, et qu'il cherchait maintenant la seconde trappe. Il l'a très vite trouvée, et j'ai entendu le son de son corps glissant contre le nylon.

Je l'ai donc appelé une seconde fois. Comme sa réponse se faisait attendre, j'ai pensé qu'il avait dû emprunter la dernière longueur de tube et qu'il était arrivé en bas. Aussi, je suis sorti du musée et j'ai rejoint l'entrée du tunnel, là où l'évacuation aboutissait.



J'ai eu une cruelle déception en arrivant sur place.

L'issue était condamnée.



 Je suis immédiatement retourné à l'intérieur pour examiner la porte du rez-de-chaussée, peut-être avait-il pu la déverrouiller de l'intérieur? J'ai atteint, hors d'haleine, le coin de la pièce où se tenait le conduit.

Mais la porte de fer était restée immuable. Comme celle du premier.


Je commençais réellement à paniquer. Carl était peut-être coincé au fond du conduit d'évacuation, mais pourquoi ne répondait-il pas? Je me suis précipité au deuxième et j'ai à nouveau gueulé dans l'ouverture, espérant, en vain, une réponse...

Rétrospectivement, je me dis que je n'aurais pas dû rester là à me lamenter dans le vide. J'aurais dû déchirer cette saloperie de chaussette, ramener une lampe et une échelle pour sauver Carl. Mais ce n'était pas seulement de se glisser dans ce tube de nylon qui me faisait peur. Le lieu en lui-même dégageait une atmosphère étouffante, ne serait-ce que par son odeur insupportable.

Et puis j'ai entendu ce bruit. Un son difficile à décrire, mais profond et pesant, qui semblait venir des murs même...




J'ai fui. Comme un lâche. Laissant Carl au fond du puits, à je ne sais quel horrible sort.






Ils tardent à démolir ce foutu musée. Il paraît qu'une opération de ce genre est très délicate dans un quartier aussi dense, historique qui plus est. Mais ils finiront bien par le faire, et s'ils ne le font pas, je le ferai moi-même.

J'appréhende juste de voir ce qu'ils découvriront au fond du conduit.





mercredi 5 mars 2014

Les canalisations (The drain)

Je sens la douce caresse de l'eau sur mon crâne. De là où je suis, je regarde par le seul trou qui filtre la lumière. L'eau vient par là, pleuvant sur moi. Ah, ça semble délicieux. L'eau n'est pourtant pas "propre". Elle contient toute la crasse et la sueur de ta journée éprouvante. Je sors ma langue, te goûtant. Alors vient ma partie préférée. Tu laves tes cheveux, et quelques fragments en partent. Le voyage à travers le trou, tombant à côté de moi. Je les attrape, les posant avec le reste. J'en ai une grande collection. Je les collecte depuis que tu es jeune. J'en ai assez pour faire une perruque avec eux. L'eau s'arrête, et tu quittes l'espace que je pouvais voir à travers le trou. Je place tes cheveux sur ma tête, qui tombent sur mon visage. Je respire profondément, je te hume. Je n'ai plus qu'à attendre que tu te douches, comme ça je pourrai te montrer mes nouveaux cheveux.

Traduction: Meowski

Creepypasta originale ici.

lundi 3 mars 2014

Sonnerie


Vous connaissez ce son strident que vous percevez quand vous êtes dans une pièce vraiment très silencieuse ? Certaines personnes disent que c'est une hallucination auditive due au fait que les oreilles humaines ne peuvent pas entendre les sons en dessous du seuil de perception humaine.
    
 
    
C'est totalement faux.
    
 
    
Cette sonnerie est en fait quelque chose de totalement différent. Si vous êtes rapide, patient, et peut-être un peu chanceux, vous allez être capable d'entendre ce qui se passe après la sonnerie. Vous allez entendre des gens chuchoter entre eux. Ils vont se taire rapidement, mais avec un peu d'exercice, vous allez être capable d'entendre et comprendre ce qu'ils se disent. Vous allez entendre des choses du passé, du présent et du futur. Cependant, faites attention. Car il n'y a pas de voix sans corps.

Et lorsque vous commencerez à les remarquer, ils vont commencer à vous remarquer. 


 Traduction: Meowski

Creepypasta originale ici.

dimanche 2 mars 2014

L'expérience russe sur le sommeil (The russian sleep experiment)

  Durant la fin des années 1940, des chercheurs russes ont gardé cinq personnes éveillées pendant quinze jours en utilisant un gaz expérimental basé sur des stimulants. Ils étaient enfermés dans un environnement scellé afin de pouvoir contrôler leur consommation d’oxygène de manière à ce que le gaz ne les tue pas, étant donné qu’il était toxique à partir d’une concentration élevée. Cela a eu lieu avant l’invention des caméras en circuit fermé, ils n’avaient donc que des microphones et des fenêtres de verre épais d’une douzaine de centimètres en forme de hublot qui permettaient de les surveiller. La chambre était équipée de lits d’appoint sans literie, de l’eau courante et de toilettes, et contenait des livres et suffisamment de nourriture sèche pour qu’ils puissent tenir à cinq pendant plus d’un mois.

Les sujets de test étaient des prisonniers politiques jugés ennemis de l’État durant la Seconde Guerre Mondiale.


Tout s’est bien passé pendant les cinq premiers jours ; les sujets ne se plaignaient que rarement, car on leur avait promis qu’ils seraient libres s’ils acceptaient de subir le test et de ne pas dormir pendant trente jours (bien que la libération fût hors de question). Leurs conversations et leurs activités étaient surveillées, et on a pu noter qu’ils ne parlaient que d’incidents de plus en plus traumatisants dans leur passé, le ton de la conversation devenant beaucoup plus sombre après le quatrième jour.


Au bout de cinq jours, ils ont commencé à se plaindre à propos des circonstances et des événements qui les avaient menés là où ils se trouvaient et à montrer des signes de paranoïa sévère. Ils ont arrêté de se parler et, à la place, se sont mis à parler aux microphones ou aux miroirs sans tain des hublots. Curieusement, ils semblaient penser pouvoir gagner la confiance des expérimentateurs en se retournant contre leurs camarades, les autres sujets de test en captivité avec eux. Les chercheurs ont tout d’abord supposé qu’il s’agissait d’un effet du gaz…


Après neuf jours, le premier d’entre eux a commencé à crier. Il courait sur la longueur de la chambre en hurlant à pleins poumons pendant trois heures sans discontinuer, et a ensuite essayé de ne pas s’arrêter, mais il n’arrivait qu’à produire de temps à autre de petits couinements. Les chercheurs ont pensé qu’il s’était déchiré les cordes vocales. Le plus surprenant dans ce comportement, c’est la manière dont les autres sujets ont réagi… ou plutôt n’ont pas réagi. Ils ont continué à murmurer à l’attention des microphones jusqu’à la seconde où les cris ont commencé. Deux des captifs qui ne criaient pas ont alors désossé les livres, ont enduit toutes les pages avec leurs propres excréments et les ont collées sur le verre des hublots. Les cris se sont rapidement arrêtés.


Les murmures adressées aux micros également.


Trois jours se sont écoulés. Les chercheurs vérifiaient les micros chaque heure pour être sûrs qu’ils fonctionnaient, car ils pensaient qu’il était impossible que cinq personnes enfermées dans une pièce ne produisent aucun son. La consommation d’oxygène dans la chambre indiquait qu’ils devaient être tous les cinq en vie. En fait, elle correspondait à la quantité d’oxygène que cinq personnes consommeraient pendant un exercice physique extrêmement ardu. Le matin du quatorzième jour, les chercheurs ont fait quelque chose qu’ils avaient dit qu’ils ne feraient pas pour obtenir une réaction des captifs: ils ont utilisé l’interphone de la chambre, espérant provoquer une quelconque réponse des détenus. Ils avaient peur qu’ils soient morts ou dans un état végétatif.


Ils ont annoncé: « Nous allons ouvrir la chambre pour tester les microphones ; restez loin de la porte et allongez-vous sur le ventre par terre, ou vous serez abattus. Si vous respectez ces règles, l’un de vous gagnera sa liberté. »


À leur grande surprise, ils ont entendu une seule phrase prononcée d’une voix calme : « Nous ne voulons plus être libérés. »


Des débats ont éclaté entre les chercheurs et les forces militaires qui finançaient le projet. Comme il était impossible d’obtenir d’autres réponses en utilisant l’interphone, il a finalement été décidé que la porte de la chambre serait ouverte à minuit le quinzième jour.


La chambre a été vidée du gaz stimulant et remplie avec de l’air frais, et des voix provenant des micros ont immédiatement commencé à protester. Trois voix différentes ont commencé à supplier, comme s’il en allait de la vie de l’amour de leur vie, de remettre le gaz. La chambre a été ouverte et des soldats ont été envoyés à l’intérieur pour retrouver les sujets de test. Ils ont commencé à hurler plus fort que jamais, et les soldats ont rapidement fait de même lorsqu’ils ont vu ce qui était à l’intérieur. Quatre des cinq sujets étaient toujours vivants, bien que l’état dans lequel ils étaient ne fût pas qualifiable de « vivant ».


Les rations de nourriture des cinq jours précédents n’avaient pas été touchées. Il y avait des morceaux de chair des cuisses et du torse du sujet mort enfoncés dans le drain au centre de la chambre, le bouchant, et permettant à une dizaine de centimètres d'eau de s’accumuler sur le sol. La portion de cette eau qui était composée de sang n’a pas été déterminée. Les quatre sujets « survivants » avaient également de grandes portions de muscles et de peau arrachés de leur corps. La destruction de la chair et les os à l’air libre sur leurs doigts indiquaient que les blessures avaient été infligées à la main, et non avec les dents, comme les chercheurs l’avaient pensé au début. Des observations plus précises de la position et de l’angle des blessures ont montré que la plupart des blessures, si ce n’était toutes, avaient été infligées par eux-mêmes.


Les organes abdominaux sous la cage thoracique des quatre sujets avaient été retirés. Alors que le cœur, les poumons et le diaphragme étaient restés en place, la peau et la plupart des muscles attachés aux côtes avaient été arrachés, permettant de distinguer les poumons à travers les côtes. Tous les vaisseaux sanguins et les organes étaient intacts, ils avaient simplement été retirés et posés par terre, répartis autour des corps éviscérés, mais toujours vivants, des sujets. L’appareil digestif des quatre sujets pouvait être observé en fonctionnement, digérant de la nourriture. Il a été très vite clair qu’ils digéraient leur propre chair, qu’ils avaient arrachée et dévorée durant les jours précédents.


La plupart des soldats étaient des Russes d’un commando spécial affecté à l’installation, mais la plupart ont refusé de retourner dans la chambre pour en sortir les sujets test. Ces derniers continuaient de crier pour qu’on les laisse dans la chambre et suppliaient qu’on remette le gaz pour qu’ils ne s’endorment pas.


À la surprise de tout le monde, les sujets ont livré un combat violent lorsqu’on les a fait sortir. Un des soldats russes s’est fait déchirer la gorge et en est mort, un autre en est sorti gravement blessé, après s’être fait arraché les testicules et perforer une artère d’une de ses jambes par les dents d’un sujet. Cinq autres soldats ont perdu la vie si l’on compte ceux qui se sont suicidés dans les semaines suivant l’incident.


Pendant le combat, la rate de l’un des sujets vivants s’est rompue et il s’est vidé de son sang presque immédiatement. Les chercheurs médicaux ont tenté de l’endormir, mais cela s’est révélé inutile. On lui a injecté plus de dix fois la dose maximale pour un humain d’un dérivé de la morphine, et il continuait de se battre comme un animal enragé, brisant les côtes et les bras d’un des docteurs. On a pu constater que le cœur a continué à battre pendant deux minutes entières après que l’hémorragie l’ait amené à un point où son système vasculaire était rempli avec davantage d’air que de sang. Même après qu’il se soit arrêté, il a continué de crier pendant trois minutes, s’efforçant d’attaquer quiconque venait à portée et répétant continuellement le mot « PLUS », de plus en plus faiblement, jusqu’à ce qu’il soit réduit au silence.


Les trois sujets test survivants ont été immobilisés et transportés dans une installation médicale, les deux ayant leurs cordes vocales encore intactes continuant de supplier le retour du gaz pour rester éveillés…


Celui des trois ayant le plus de blessures a été emmené dans le seul bloc opératoire dont l’installation disposait. Durant la procédure devant le préparer pour le replacement de ses organes internes, il s’est révélé immunisé aux sédatifs qui lui ont été administrés dans le but de le mettre en condition pour l’intervention chirurgicale. Il se débattait furieusement contre ses liens lorsque le gaz anesthésiant a été apporté pour le mettre hors de combat. Il a réussi à déchirer la quasi-totalité d’un bandeau de cuir épais de dix centimètres attaché à un de ses poignets, même avec le poids d’un soldat de quatre-vingt-dix kilos qui essayait de maintenir ce poignet immobile. Une quantité juste supérieure à la normale a été nécessaire pour l’endormir, et à la seconde où ses paupières se sont fermées, son cœur s’est arrêté. Pendant l’autopsie du sujet test qui est mort sur la table d’opération, il a été révélé que son sang contenait trois fois la concentration normale d’oxygène. Les muscles qui étaient toujours attachés à son squelette étaient affreusement déchiquetés et il s’était brisé neuf os dans sa lutte pour ne pas être maîtrisé. La plupart à cause de la force que ses propres muscles avaient exercé sur eux.


Le second survivant avait été le premier du groupe à commencer à crier. Ses cordes vocales étant détruites, il était incapable de supplier ou de protester contre l’opération, et il n'a réagi qu’en secouant violemment la tête pour montrer sa désapprobation lorsque le gaz anesthésique a été amené près de lui. Il a secoué la tête pour faire oui lorsque quelqu'un a suggéré, à contrecœur, d’essayer l’opération sans anesthésie, et n’a pas réagi pendant les six heures qu’ont nécessité le replacement de ses organes abdominaux et la tentative de les recouvrir avec ce qu’il restait de peau. Le chirurgien présidant l’intervention n’arrêtait pas de répéter qu’il devrait être médicalement impossible pour le sujet d’être encore en vie. Une infirmière terrifiée qui assistait à l’opération a affirmé qu’elle avait vu la bouche du patient former un sourire plusieurs fois, à chaque fois que ses yeux croisaient les siens.


Lorsque la chirurgie a pris fin, le sujet a regardé le chirurgien et a commencé à siffler fortement, essayant de parler en se débattant. Supposant que ce devait être important, le chirurgien a demandé à ce qu’on lui apporte un crayon et un calepin afin que le patient puisse écrire son message. Il était simple. « Continuez à couper ».


Les deux autres sujets tests ont subi la même intervention, tous les deux sans anesthésie. Cependant, il a été nécessaire de leur injecter un paralysant pendant la durée de l’opération. Le chirurgien n'arrivait pas à effectuer la chirurgie pendant que les patients riaient continuellement. Une fois paralysés, les sujets pouvaient seulement suivre les médecins des yeux. Le paralysant a été éliminé de leur système après une période anormalement courte et ils ont rapidement essayé de s'échapper. Au moment où ils ont pu recommencer à parler, ils ont recommencé à demander le gaz stimulant. Les chercheurs ont essayé de leur demander pourquoi ils s'étaient infligé ces blessures, pourquoi ils avaient arraché leurs propres entrailles et pourquoi ils voulaient de nouveau le gaz.


La seule réponse qui a été donnée était: « Je dois rester éveillé ».


Les liens des trois sujets ont été renforcés et ils ont été replacés dans la chambre en attendant de savoir ce qu’on allait faire d’eux. Les chercheurs, faisant face à la colère des « bienfaiteurs » militaires à cause de leur incapacité à atteindre le but qu’ils leur avaient fixé, ont pensé à les euthanasier. L'officier commandant, un ancien agent du KGB, a, au contraire, vu du potentiel en eux, et a voulu voir ce qui se passerait si on les replongeait dans le gaz. Les chercheurs s'y sont formellement opposés, mais leurs objections ont été ignorées.


Afin de les préparer à être de nouveau scellés dans la chambre, les sujets ont été connectés à un moniteur électroencéphalographique, et leurs liens ont été renforcés pour un confinement à long terme. À la surprise générale, ils ont tous les trois arrêté de se débattre au moment où quelqu'un a laissé échapper qu'on allait les remettre dans le gaz. Il était évident qu'à ce moment, ils avaient énormément de mal à rester éveillés. Un des sujets qui pouvait parler fredonnait d'une voix forte et sans s'arrêter ; le sujet muet appuyait ses jambes de toutes ses forces, d’abord la droite, puis la gauche, puis de nouveau la droite, afin d’avoir quelque chose sur quoi se concentrer. Le dernier sujet gardait sa tête au-dessus de son oreiller et clignait des yeux rapidement. Ayant été le premier à avoir été relié à l’électroencéphalogramme, la plupart des chercheurs observaient ses ondes cérébrales avec surprise. Elles étaient normales la plupart du temps, mais affichaient parfois inexplicablement une simple ligne. C’était comme s'il subissait plusieurs morts cérébrales, avant que tout ne redevienne normal. Comme ils se concentraient sur le papier qui sortait du moniteur, seule une infirmière a vu ses paupières se fermer au moment où sa tête est retombée sur son oreiller. Ses ondes cérébrales se sont immédiatement muées en celles du sommeil profond, puis la ligne droite est apparue pour la dernière fois, alors que son cœur s’arrêtait.


Le seul sujet restant en état de parler s’est mis à crier pour être scellé immédiatement. Ses ondes cérébrales montraient les mêmes lignes droites que celui qui était mort après s’être endormi. Le commandant a donné l’ordre de sceller la chambre avec les deux sujets à l’intérieur, ainsi que trois chercheurs. Un des trois qui ont été nommés a immédiatement sorti son revolver et tiré une balle entre les deux yeux du commandant, puis a retourné son arme contre le sujet muet, lui faisant également sauter la cervelle. 



Il a ensuite pointé son arme vers le sujet restant, toujours attaché au lit tandis que les membres restants de l’équipe médicale et de recherche fuyaient la pièce. « Je ne me laisserai pas enfermer là-dedans avec ces choses ! Pas avec vous ! a-t-il crié à l’homme attaché à la table. QU’EST-CE QUE VOUS ÊTES ? a-t-il demandé. Je dois le savoir ! »


Le sujet a souri.


« Est-ce que vous avez oublié si facilement ? a répondu le sujet. Nous sommes vous. Nous sommes la folie qui est cachée dans chacune d’entre vous, suppliant d’être libérée à tout moment dans votre esprit animal. Nous sommes ce dont vous vous cachez toutes les nuits dans vos lits. Nous sommes ce que vous réduisez au silence et à la paralysie lorsque vous rejoignez le paradis nocturne que nous ne pouvons fouler. »


Le chercheur a marqué un arrêt. Puis il a visé le cœur du sujet et a fait feu. L’électroencéphalogramme a alors affiché une ligne droite, tandis que le sujet s’étranglait, laissant faiblement échapper quelques mots : « Si… près d’être… libre… »



Traduction: Magnosa

Creepypasta originale ici.