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mercredi 24 mai 2017

Une collection particulière

Extrait d'une confession d'un condamné à mort à son avocat.


Je n'ai pas toujours eu cette capacité. Celle de voir les fantômes. Je n'ai été capable de les voir qu'une fois que j'avais commis mon premier meurtre. Je m'en souviens comme si c'était hier. La petite Laura... Elle était si mignonne. Les cheveux blonds, bouclés. Un visage d'ange, toujours souriant. Une adolescente qui croquait la vie à pleines dents. Je l'ai suivie, alors qu'elle rentrait du lycée, et je l'ai attrapée, dans le petit parc qu'elle traversait pour se rendre chez elle. Bien sûr, je l'ai violée, avant de l'égorger et de l'enterrer dans un coin de ce même parc. C'était mon premier meurtre, et j'avais quand même assuré parce que jusqu'à maintenant personne n'a jamais retrouvé son corps.

Et c'est peu de temps après que je l'ai vu. Son fantôme. Il était transparent, silencieux. Il se tenait au pied de mon lit, et ne faisait rien d'autre que me regarder, avec un air inquisiteur. Bien sûr, j'étais mort de trouille au début. Je pensais qu'elle était là pour se venger, pour me hanter, ou bien me pousser au suicide, d'une manière ou d'une autre. Mais elle restait là, sans rien faire. Elle me regardait fixement, tout le temps. J'ai bien essayé de m'en débarrasser, avec du gros sel, de l'acier, comme dans les films, mais rien à faire, elle était intangible. Je ne pouvais pas la toucher, et elle ne pouvait pas me toucher. Finalement, ce n'était qu'un fardeau qui me suivait. Peut-être espérait-elle que j'aie des remords, qu'elle me ferait avoir des cas de conscience ? Mais, malheureusement pour elle, je n'en avais aucune, de conscience.

Au contraire, j'avais bien envie d'ajouter quelques fantômes à ma collection, donc j'ai commencé à chercher d'autres victimes. Comme cet homosexuel de 32 ans, que j'avais trouvé grâce à un site de rencontres. Après l'avoir attiré à l'écart dans une ruelle, je l'ai éventré, et laissé pourrir là. C'était ma première victime connue, celle qui a lancé ma légende. Celle du "Tueur de Minuit", car j'avais l'habitude de tuer mes victimes pile à cette heure-là.

Comme prévu, en me réveillant, je n'avais pas un fantôme, mais deux. À coté de Laura, le fantôme de ma victime de la veille, avec la même expression sur son visage. Cette expression que j'allais voir sur de plus en plus de visages, car je n’étais pas prêt de m’arrêter en si bon chemin.

J'ai donc continué à tuer, de plus en plus souvent, de plus en plus parfaitement. Et ma collection de fantômes grandissait de jours en jours. C'était presque une petite armée qui me suivait partout, en me fixant du regard. Ah, si les autres pouvaient voir ce que je voyais... Chaque visage était un hymne à ma gloire, à mon œuvre. Chaque visage me rappelait le soir où je l'ai assassiné. Je vivais les plus beaux jours de ma courte vie.

Mais un événement a tout fait basculer. Quelqu'un avait eu la bonne idée d'imiter mon modus operandi, et de tuer des gens de la même manière que moi. Mais ses victimes il ne les choisissait pas au hasard, car il suivait mes pas. Il tuait alors les personnes de la même famille que mes victimes. Leur oncle, leur père, leur mère, leur sœur... Jusqu'à ce que je le retrouve. Il avait tout d'un fan inconditionnel. Il m'a même demandé un autographe... que je lui ai bien sûr signé... avec son propre sang. Mais ce qui est intéressant, ce n'est pas ce copycat minable, mais ce qui s'est passé après. Au matin, son fantôme avait bien rejoint les autres, mais cette fois, ceux-là ne me regardaient plus. Ils étaient bien trop occupés avec le nouvel arrivant.

Ils le torturaient. D'une façon ignoble. Même moi, qui était habitué à voir ce genre de choses, je ne pouvais pas m’empêcher de détourner les yeux de ce spectacle barbare. J'ai même eu de la pitié pour ce minable, c'est peu dire.
Puis, j'ai enfin compris. J'ai compris pourquoi ils me suivaient. Pourquoi ils ne disaient rien.

Ils attendaient.

Ils attendaient que mon heure soit venue. Que je rejoigne enfin le royaume des esprits, pour qu'ils aient enfin leur vengeance. Comme pour ce copycat minable, ils avaient de grands projets pour moi, et pour cela, il ne leur fallait qu'attendre ce moment. Et, en leur qualité de fantômes, attendre, c'est ce qu'ils savaient faire de mieux.

Bien sûr, j'ai essayé de m'excuser, j'ai pleuré, j'ai imploré. Mais rien n'a changé. Ils restaient de marbre, et rien que je fasse ne pouvait changer mon destin. Au bout d'un certain temps, je m'y suis résigné. À quoi bon ?

Maintenant que la police m'a attrapé, et que je vais bientôt passer sur la chaise électrique, j'ai peur. J'ai vraiment peur, car je suis le seul homme sur Terre qui sait ce qui l'attend après sa mort. Une éternité de torture, infligée par les fantômes de ses victimes. Et ça, elles le savent bien, car je les vois en ce moment même, alors que je vous raconte mon histoire. Ce n'est plus cette expression qui m’accueillait chaque matin.

Non, maintenant, pour la première fois... Je les vois sourire. 


lundi 22 mai 2017

Soeurette, soeurette

Quand j'avais dix ans, ma meilleure amie Amy avait une petite sœur, Tessa, qui avait disparu. Un soir, assez tard, leur mère avait senti un courant d'air dans la maison et, en descendant au rez-de-chaussée pour en trouver l'origine, elle avait découvert la porte d'entrée grande ouverte. Tessa n'était plus là. Il n'y avait aucune trace, aucun indice. La petite fille s'était volatilisée.
Au début, on a évoqué un enlèvement, mais la famille verrouillait toujours la maison, et les filles n'ouvraient jamais aux étrangers. La police n'a pas trouvé de trace d'effraction ou de lutte.
Tessa était le genre d'enfant qui portait secours aux animaux : aux oisillons, aux tortues, aux biches, peu importe de quoi il s'agissait. Elle entendait toujours les gémissements de pauvres animaux blessés et les suivait dans les bois qui entouraient la maison. Du coup, tout le monde s'est dit qu'elle s'était aventurée seule dehors et avait perdu son chemin.
Comme les mois ont passé sans réel progrès sur l'affaire, les parents d'Amy ont aussi disparu, mais d'une autre façon. Ils se sont mis à boire beaucoup trop et à dormir en permanence, accablés de remords et de chagrin. Amy les voyait rarement.
Finalement, c'est un pêcheur qui a retrouvé Tessa, quelques kilomètres plus bas sur la rivière. Ça n'a pas été facile d'identifier le corps, et même après l'autopsie personne n'était vraiment sûr de ce qui lui était arrivé.
"Eh bien, au moins l'affaire est close." C'est ce que tout le monde s'est dit. Mais Amy ne voyait pas les choses de cette manière.
Elle m'a appelé peu de temps après les funérailles, toute sanglotante et ayant du mal à reprendre sa respiration. Elle disait qu'elle croyait que Tessa était toujours en vie, qu'elle l'avait entendue pleurer dans les bois, la nuit passée, et que personne ne la croyait. Moi, je la croyais, mais je ne pensais pas qu'il s'agissait de Tessa. J'ai pensé que c'était son fantôme.
J'ai accepté de venir dormir chez Amy cette nuit-là. J'ai amené mon chien pour nous protéger, et Amy et moi nous sommes endormies avec nos doigts enfouis dans sa fourrure chaude. Quelque chose nous a réveillées quelques heures plus tard.
Il y avait une voix dehors, les mots étaient incompréhensibles, mais aucun doute sur le fait que c'était Tessa. Mes mains tremblaient pendant que je mettais mes chaussures. Je n'étais pas prête à voir un fantôme.
Au moment où Amy a ouvert la porte, mon chien a fusé dehors en aboyant comme un fou. On n'a pas eu d'autre choix que de le suivre dans les bois. On a cherché un peu partout pendant un moment, mais il n'y avait aucun signe de Tessa.
"Ton crétin de chien l'a fait fuir," m'a dit Amy, le visage couvert de larmes, avant de s'enfuir vers la maison. Alors que je me retournais pour la suivre, j'ai trébuché sur quelque chose.
C'était un sac de sport. Je me suis forcée à regarder dedans. Du ruban adhésif. Des menottes en plastique. Un couteau. Et un magnétophone.
Quand j'ai appuyé sur le bouton "play", j'ai entendu la voix de Tessa qui pleurait et criait, priant Amy de la sauver, et suppliant quelque de la laisser partir.


Traduction : Magnosa


jeudi 18 mai 2017

SAR (partie 3)

Bon, une fois encore vous m’avez époustouflée avec toutes vos réponses à mes histoires ! J’arriverai jamais à tous vous répondre, donc je vais juste parler des sujets qui reviennent souvent, et j’enchainerai avec les histoires. Je vais en écrire autant que possible, en plus de celles de mes amis, et puis je ne posterai probablement plus avant d’avoir eu une chance d’obtenir les réponses à certaines questions que j’ai pour mes supérieurs.


Très bien, alors les questions que vous semblez tous avoir :



  • Malheureusement je préfère ne pas vous dire précisément où je travaille. Honnêtement, certaines des choses dont j’ai parlé ici pourraient m’attirer beaucoup d’ennuis, je pourrais même être virée, donc il vaut mieux que je ne donne pas trop de précisions. Disons juste que je suis aux Etats-Unis, dans une région assez sauvage. On a des centaines de kilomètres carrés de forêts épaisses, avec une chaîne de montagnes et quelques lacs.



  • Il y a toujours beaucoup d’intérêt pour les escaliers, et vous avez de la chance, un de mes amis a justement une histoire à ce sujet qui pourrait beaucoup vous plaire. J’en parlerai plus à la fin de ce post. Pour ce qui est de savoir si j’ai déjà pensé à en parler à mes supérieurs, oui ça m’est déjà arrivé, mais c’est la même chose que tout à l’heure, j’ai pas envie de perdre mon boulot. Toutefois, un de mes anciens chefs ne travaille plus en tant qu’agent SAR, et c’est possible qu’il veuille bien me donner des infos sur le sujet. J’irai lui parler à la fin de la semaine, et je vous tiendrai au courant.



  • Et pour ceux qui veulent des conseils pour devenir agent SAR, le mieux reste de contacter votre Service des Forêts local, et de voir s’ils proposent des stages, ou quelles sont les qualifications requises. Ça fait des années que je fais ce job, et j’ai commencé comme volontaire sur des opérations de recherches. C’est un super métier, à part les quelques moments tragiques, et je n’en changerais pour rien au monde.



Allez, passons aux histoires :


  • La première m’est arrivée lors d’une de mes toutes premières affaires, et je découvrais encore un peu tout. Avant de faire ce job, j’étais une volontaire, donc je savais un peu à quoi m’attendre, mais en tant que telle je me contentais de retrouver les personnes disparues une fois qu’un vétéran avait trouvé leur trace. En tant qu’agent SAR, les affaires sont bien plus variées, des morsures d’animaux aux crises cardiaques. On nous a appelés sur celle-ci tôt dans la matinée, un jeune couple qui était sur un des chemins près du lac. Le mari était complètement hystérique, et on avait du mal à comprendre ce qui se passait. On entendait la femme crier un peu plus loin, et elle nous suppliait de la rejoindre au plus vite. Lorsqu’on arrive, on le voit qui la tient dans ses bras, et elle qui tient quelque chose dans les siens. Elle pousse ces hurlements horribles, presque comme un animal, en pleurnichant. Le mari nous aperçoit, et nous crie de les aider, de faire venir une ambulance. Sauf qu’évidemment une ambulance ne peut pas rouler sur ce sentier, donc on lui demande si sa femme a besoin d’aide, ou si elle peut marcher toute seule. Il est toujours hystérique, mais parvient à nous dire que ce n’est pas sa femme qui a besoin d’aide. Je vais la voir pendant qu’un vétéran essaie de le calmer, et je lui demande ce qui se passe. Elle se balance, en tenant quelque chose, et en criant encore et encore. Je m’accroupis, et je constate que ce qu’elle tient est couvert de sang. Puis je remarque le porte-bébé, et mon cœur se noue. Je lui demande de m’expliquer ce qu’il se passe, et j’essaie de lui ouvrir les bras en douceur pour voir ce qu’elle tient. C’est son bébé, mort à l’évidence. Sa tête était défoncée sur un côté, et il était couvert d’égratignures. Alors, j’avais déjà vu des cadavres auparavant, mais quelque chose dans cette scène me choque profondément. Il m’a fallu un instant pour reprendre mon sang-froid et aller chercher un des vétérans qui attendait. Je lui dis qu’il s’agit d’un gosse mort, et il me prend gentiment l’épaule, en me disant qu’il va s’en occuper. Ça nous a pris plus d’une heure pour que cette femme nous laisse voir son enfant. A chaque fois qu’on essaie de lui prendre, elle panique et nous dit qu’on ne peut pas l’avoir, qu’il ira bien si on la laisse s’en occuper seule. Mais finalement, un de nos vétérans parvient à la calmer, et elle nous donne le corps. On le ramène à l’infirmerie, mais lorsque les médecins sont arrivés, ils nous ont dit qu’il n’y avait jamais eu la moindre chance de le sauver. Il est mort sur le coup du traumatisme crânien. J’étais amie avec une des infirmières qui les a accueillis à l’hôpital, et elle m’a expliqué ce qui s’est passé. Apparemment, le couple avait l’enfant dans le porte-bébé, et ils se sont arrêtés parce qu’il s’agitait. Le père l’a prit dans ses bras, pendant qu’il observe cette petite ravine près du chemin. La mère vient à ses côtés, mais elle marche sur une parcelle de sol friable, et elle dérape. Elle rentre dans le père, qui lâche l’enfant, et ce dernier fait une chute de six mètres sur les rochers au fond de la ravine. Le père est descendu le chercher, mais il était tombé pile sur la tête, et il était déjà mort. Il n’avait que 15 mois. Ce n’était qu’un accident ridicule, une série d’évènements qui ont conduit au pire scénario possible. C’est probablement une des pires affaires sur lesquelles j’ai été appelée.



  • Je n’ai pas vu beaucoup de morsures d’animaux durant mes années de service, probablement parce qu’il n’y en a pas beaucoup qui s’aventurent dans la région. Bien qu’il y ait des ours dans le coin, ils ont tendance à éviter les hommes, et il est très rare d’en voir. Ce sont surtout de petites bêtes qu’on peut croiser, comme des coyotes, des ratons-laveurs ou des mouffettes. Ce qu’on voit souvent, en revanche, ce sont les élans. Et croyez-moi, les élans sont de vrais enfoirés. Ils chargent n’importe quoi sans raison, et que Dieu vous aide si vous vous retrouvez entre une femelle et son petit. Un des appels les plus amusants qu’on ait reçu était celui d’un gars qui avait été poursuivi par un énorme élan mâle, et qui s’était retrouvé coincé dans un arbre. Ça nous a pris facilement une heure pour le faire descendre, et quand il s’est retrouvé à terre il m’a regardé, et m’a dit : « Bordel, cet enfoiré est pas passé loin. » C’est pas vraiment une histoire effrayante, mais elle nous fait toujours rire.



  • Honnêtement je sais pas comme j’ai pu oublier cette histoire, mais c’est de loin la chose la plus effrayante qui me soit arrivée. Je suppose que j’ai essayé de l’oublier pendant tellement longtemps qu’elle ne m’est pas venue à l’esprit tout de suite. Quand tu passes littéralement tout ton temps dans les bois, la première chose à éviter c’est de laisser l’idée de se retrouver seul t’effrayer, ou celle d’être au milieu de nulle part. C’est pourquoi, quand ça nous arrive, on a tendance à l’oublier et on passe à autre chose. A ce jour, c’est le seul évènement qui m’a poussé à sérieusement me demander si j’étais faite pour ce boulot. Je n’aime pas trop en parler, mais je vais faire de mon mieux pour m’en souvenir. Autant que je m’en souvienne, ça s’est passé à la fin du printemps. C’était un cas de disparition d’enfant typique, une fille de quatre ans qui s’est aventurée au-delà du campement familial, et qui n’étais pas revenue depuis deux heures. Les parents étaient totalement abattus, et nous ont dit ce que la plupart disent : mon enfant n’irait jamais se perdre, elle est si sage, elle n’a jamais rien fait de semblable auparavant. On promet aux parents de faire tout ce qu’on peut pour la retrouver, et on se déploie en formation de recherche classique. J’étais en duo avec un bon ami, et on discutait de tout et de rien en cherchant. Je sais que ça a l’air désinvolte, mais on devient un peu blasé à force de faire ce job. Ça devient habituel, et je pense qu’il vaut mieux savoir se désensibiliser pour bien faire le boulot. On cherche pendant facilement deux heures, bien au-delà de sa position présumée, et on arrive à une petite vallée lorsque quelque chose nous fait tous les deux nous arrêter au même moment. Immobiles, on s’échange un regard, et c’est presque comme si un avion se dépressurisait. Mes oreilles se sont bouchées, et j’ai eu l’étrange impression de tomber de trois mètres. Je m’apprête à demander à mon pote s’il a ressenti la même chose, mais je n’ai pas le temps d’articuler un son qu’on entend le bruit le plus fort que j’ai jamais entendu. C’est presque comme un train de marchandises qui nous passerait dessus, mais ça vient de partout à la fois, y compris d’au-dessus et d’en-dessous. Mon ami me crie quelque chose, mais je n’ai rien compris avec ce rugissement assourdissant. Un peu effrayés, vous vous en doutez, on regarde autour de nous, pour trouver la source du bruit, mais aucun de nous ne voit quoi que ce soit. Bien entendu, j’ai d’abord pensé à un glissement de terrain, mais nous ne sommes proches d’aucune falaise, et même dans ce cas nous aurions déjà été ensevelis. Le bruit continue, et on essaie de se crier l’un à l’autre, mais même en étant côte à côte, on n’entend rien d’autre que ce bruit. Et d’un coup, aussi soudainement qu’il est apparu, il s’arrête, comme si quelqu’un avait appuyé sur marche/arrêt. On reste là un instant, parfaitement immobiles, et progressivement les bruits normaux de la forêt reviennent. Il me demande ce que c’était ce bordel, mais je me contente d’hausser les épaules, et on se regarde pendant une minute. Je prends ma radio, et je demande si quelqu’un d’autre vient d’entendre la putain de fin du monde, mais apparemment nous sommes les seuls, alors qu’on est tous à portée de voix. On choisit de l’ignorer avec mon pote, et de continuer à avancer. Environ une heure plus tard, on vérifie par radio, et personne n’a trouvé la petite fille. La plupart du temps, on ne cherche pas quand la nuit tombe, mais là comme on n’a aucune trace d’elle, quelques-uns d’entre nous décident de poursuivre, y compris mon pote et moi. On reste groupés, et on l’appelle toutes les deux minutes. A ce moment, j’espère vraiment qu’on va la trouver, parce que bien que je n’aime pas les enfants, l’idée qu’ils soient tout seuls dehors dans la nuit est horrible. Si les bois peuvent être impressionnants pour les enfants de jour, la nuit c’est bien pire encore. Mais on ne trouve aucun signe d’elle, et toujours pas de réponse à nos appels, donc autour de minuit on décide de rentrer au point de rencontre. On est à mi-chemin quand mon pote s’arrête et éclaire de sa lampe un groupe d’arbres morts, très dense, à notre droite. Je lui demande s’il a entendu une réponse, mais il me dit juste d’être silencieuse un instant et d’écouter. Je m’exécute, et je perçois au loin ce qui ressemble aux pleurs d’un enfant. On appelle tous les deux le nom de la fille et on tend l’oreille pour sa réponse, mais n’y a que ces pleurs très faibles. Nous nous dirigeons vers ces arbres morts et on les contourne en appelant son nom. A mesure que l’on se rapproche des pleurs, je commence à avoir cette étrange sensation, et je dis à mon pote que quelque chose ne va pas. Il me dit qu’il ressent la même chose, mais qu’il ne parvient pas à savoir pourquoi. On s’arrête sur place, et on appelle le nom de la fille une fois encore. Et au même moment, on comprend tous les deux. Les pleurs sont en boucle. C’est un petit pleurnichement, puis un gémissement, puis un hoquet silencieux, et ça se répète sans cesse. Ce sont exactement les mêmes à chaque fois, et sans dire un mot de plus, on prend tous les deux nos jambes à notre cou. C’est la seule fois où j’ai perdu mon sang-froid comme ça, mais il y avait quelque chose là-dedans de terriblement faux, et aucun de nous deux ne voulait rester dehors. Quand on est arrivé au point de rencontre, on a demandé aux autres s’ils avaient entendu quoi que ce soit d’étrange, mais personne d’autre ne voyait de quoi on parlait. Je sais que ça fait un peu décevant, mais cet appel m’a troublé pendant longtemps. Et pour ce qui est de la petite fille, on n’a jamais trouvé la moindre trace d’elle. On reste toujours à l’affut de signes, comme pour toutes les personnes qu’on n’a jamais retrouvées, mais franchement je doute qu’on ait des résultats.



De toutes les affaires de personnes disparues sur lesquelles j’ai bossé, seulement quelques-unes n’ont donné aucun résultat, c’est-à-dire aucune trace de la personne, et aucun corps retrouvé. Mais parfois, le fait de trouver quelque chose peut mener à plus de questions que de réponses. Voilà quelques-uns des corps qu'on a retrouvés et qui sont devenus célèbres dans notre équipe :


  • Un adolescent dont les restes ont été retrouvés presque un an après qu’il ait disparu. On a trouvé le haut de son crâne, deux os de doigts, et sa caméra à presque soixante kilomètres de l’endroit où il avait été vu pour la dernière fois. La caméra était malheureusement détruite.



  • Le pelvis d’un vieil homme qui avait disparu un mois plus tôt. C’est tout ce qu’on en a retrouvé.



  • La partie inférieure de la mâchoire d’un garçon de deux ans, ainsi que son pied droit, au sommet du plus haut pic d’une crête au sud du parc.



  • Le corps d’une fille de dix ans avec le syndrome de Down, presque trente kilomètres de là où elle avait disparu. Elle était morte de froid trois semaines après sa disparition, et tous ses vêtements étaient en parfait état à l’exception de ses chaussures et de sa veste. Lors de l’autopsie, ils ont trouvé des baies et de la viande cuite dans son estomac. Le médecin a dit que c’était comme si quelqu’un s’était occupé d’elle. Il n’y a jamais eu de suspect identifié.



  • Le corps gelé d’un bébé d’un an, trouvé une semaine après qu’il ait disparu dans le tronc creux d’un arbre, à quinze kilomètres de l’endroit où il avait été vu pour la dernière fois. Il y avait du lait frais dans son estomac, mais sa langue avait disparu.



  • Une simple vertèbre et le genou droit d’une fille de trois ans, trouvée dans la neige à presque trente kilomètres du terrain de camping où elle s’était rendue avec sa famille l’été précédent.



Passons maintenant à deux histoires que m’a racontées mon ami. Comme je l’ai déjà dit, vous semblez tous intéressés par les escaliers, et vous avez de la chance, il a eu une aventure particulière avec eux. Bien qu’il n’ait aucune explication à leur donner, il a un peu plus d’expérience avec eux que moi.


  • Mon pote est un agent SAR depuis environ sept ans, il a commencé pendant son année de licence, et il lui est arrivé la même chose qu’à moi la première fois qu’il a rencontré les escaliers. Son tuteur lui a tenu à peu près le même discours que le mien, c’est-à-dire de ne jamais s’en approcher, ni de les toucher ou de les monter. Pendant sa première année, c’est ce qu’il a fait, mais apparemment sa curiosité a fini par l’emporter, et lors d’un appel il s’est éloigné du groupe pour aller en voir un. Il m’a dit qu’ils étaient à environ une quinzaine de kilomètres du chemin d’où une jeune fille avait disparu, et que les chiens suivaient une piste. Il était seul, à la traine derrière le groupe, lorsqu’il a aperçu un escalier à sa gauche. Il avait l’air de venir d’une maison neuve, parce que la moquette était blanche et immaculée. Il m’a dit qu’à mesure qu’il s’en approchait, il ne se sentait pas différent, et n’entendait pas de bruits bizarres. Il s’attendait à quelque chose, comme saigner de ses oreilles ou s’évanouir, mais il parvient juste à côté sans rien ressentir. La seule chose étrange, m’a-t-il dit, était qu’il n’y avait absolument aucun débris dessus. Pas de terre, de feuilles, ou de poussière, rien. Et il ne semblait pas y avoir le moindre signe d’animaux ou d’insectes présents aux alentours, ce qu’il a trouvé anormal. Ce n’était pas comme si la faune évitait l’endroit, mais plutôt comme si l’escalier se trouvait dans un coin désert de la forêt. Il l’a touché, et n’a rien ressenti, à part cette sensation particulière de la moquette neuve. En s’assurant que sa radio fonctionnait, il a doucement commencé à monter les marches ; il m’a dit que c’était terrifiant, à cause de tout ce qu’on nous avait raconté dessus, il ne savait pas vraiment à quoi s’attendre. En blaguant, il m’a dit qu’il s’attendait soit à être téléporté dans une autre dimension, soit à ce qu’un OVNI apparaisse. Mais il est arrivé au sommet sans que rien de tout cela ne se passe, et il est resté là, à regarder autour de lui. Cependant, il m’a dit que plus il y restait, plus il avait cette sensation de faire quelque chose de vraiment, vraiment mal. Il m’a décrit ce sentiment comme celui qu’on aurait en étant dans un bâtiment du gouvernement sans en avoir le droit. Comme si quelqu’un allait venir pour l’arrêter, ou lui tirer dans la nuque, à tout moment. Il a essayé de ne pas y penser, mais la sensation ne cessait de devenir plus forte, et c’est alors qu’il a réalisé qu’il ne pouvait plus rien entendre. Les bruits de la forêt avaient disparu, et il ne pouvait même plus entendre sa propre respiration. C’était comme une espèce d’acouphène bizarre et horrible, mais plus oppressant encore. Il en est descendu et est parti rejoindre le groupe, sans en parler à personne. Mais le plus étrange restait à venir, m’a-t-il dit. A la fin de la journée, après la recherche, une fois de retour au centre d’accueil, son tuteur l’attendait, et l’a accosté avant que mon pote ne puisse s’éclipser. Son tuteur avait l’air très en colère, alors il lui a demandé ce qui n’allait pas. « Tu les as monté, n’est-ce pas. » Mon pote m’a dit que ce n’était pas formulé comme une question. Il a demandé à son tuteur comment il le savait. Ce dernier s’est contenté de secouer la tête. « Parce qu’on ne l’a pas retrouvée, les chiens ont perdu sa trace. » Mon pote lui a demandé où était le rapport. Le tuteur lui a demandé combien de temps il était resté sur l’escalier, et mon pote lui a répondu que ça n’avait pas dépassé une minute. Le tuteur lui a lancé un regard noir, presque méchant, et lui a dit que s’il remontait un jour sur des escaliers il serait viré. Immédiatement. Le tuteur s’éloigna, et je suppose qu’il n’a jamais répondu à aucune des questions que mon pote a pu lui poser sur le sujet depuis.



Mon pote a participé à beaucoup d’affaires de disparitions où il n’y avait aucune trace des victimes. J’ai déjà fait allusion à David Paulides, et mon pote a dit qu’il peut confirmer que ces histoires sont, pour la plupart, exactes. Il a dit que le plus souvent, si la personne n’est pas retrouvée sur-le-champ, soit elle n’est jamais retrouvée, soit elle l’est des semaines, voire des mois plus tard, dans des endroits qu’elle n’aurait pas pu atteindre seule. Une des histoires qu’il m’a racontées est sortie du lot, au sujet d’un garçon de cinq ans avec un sérieux handicap mental.


  • Le petit garçon a disparu d’une aire de piquenique vers la fin de l’automne. En plus de ses troubles mentaux, il était également handicapé physiquement, et ses parents n’ont pas arrêté de nous expliquer qu’il était tout simplement impossible qu’il ait pu disparaître comme ça. Impossible. Il avait dû être enlevé. Mon pote a dit qu’ils ont fouillé les bois pendant des semaines pour le retrouver, bien au-delà de la zone de recherche standard, mais c’était comme s’il n’avait jamais été là. Les chiens n’ont jamais eu la moindre piste, pas même dans l’aire de piquenique d’où il s’était apparemment évaporé. On a suspecté les parents, mais il était assez évident qu’ils étaient ravagés, et qu’ils n’avaient rien fait de mal à leur enfant. Les recherches ont pris fin environ un mois plus tard, et mon pote m’a dit que tout le monde avait oublié cette histoire à la fin de l’hiver. Il était de sortie pour une opération d’entrainement dans la neige, sur l’un des plus hauts pics, lorsqu’il est tombé sur quelque chose dans la neige. Il a dit qu’il l’avait d’abord aperçu de loin, et qu’il a réalisé en s’approchant qu’il s’agissait d’une chemise, congelée et à moitié enfouie dans la poudreuse. Il a compris qu’elle appartenait à l’enfant grâce à ses motifs particuliers. Il a trouvé le corps de l’enfant vingt mètres plus loin, partiellement enterré dans la neige. Mon pote m’a dit que la mort ne pouvait pas remonter à plus de quelques jours, bien qu’il ait disparu depuis presque trois mois. L’enfant était lové autour de quelque chose, et lorsque mon pote a essuyé la neige pour voir ce que c’était, il n’a presque pas pu en croire ses yeux. C’était un gros morceau de glace qui avait été sculpté de manière à ressembler à une personne. L’enfant le tenait si fort qu’il en avait des engelures sur la poitrine et les mains, visibles malgré le début de décomposition. Il a appelé par radio le reste de l’équipe, et ils ont descendu le corps de la montagne. Il m’a expliqué en bref que cet enfant ne pouvait pas avoir survécu pendant trois mois tout seul, et qu’il n’avait pas pu atterrir sur ce pic. C’était physiquement impossible qu’il ait pu marcher sur soixante-quinze kilomètres et s’être retrouvé au sommet de cette fichue montagne. Pour couronner le tout, il n’y avait rien dans son estomac, ni dans son colon. Rien, pas même de l’eau. D’après mon pote, c’était comme si on l’avait enlevé de la surface du globe, laissé en suspend, puis qu’on l’avait lâché sur cette montagne trois mois plus tard, condamné à mourir de froid. Mon pote ne s’en est jamais vraiment remis.



La dernière de ses histoires que je vais vous partager a eu lieu assez récemment, il y a quelques mois.


  • Ils étaient de sortie à la recherche de pumas, parce qu’ils avaient reçu de nombreux signalements. Une de nos tâches est de sillonner les zones où ces animaux ont été vus pour vérifier s’ils y sont effectivement, et le cas échéant prévenir les gens et fermer l’accès à ces chemins. Il était seul dans une partie du parc à la végétation particulièrement dense, au crépuscule, lorsqu’il a entendu ce qui ressemblait à un cri de femme, au loin. Alors, comme vous le savez sûrement, le cri du puma ressemble exactement à celui d’une femme en train d’être assassinée. C’est déroutant, mais ça n’a rien d’anormal. Mon pote a prévenu les autres par radio qu’il en avait entendu un, et qu’il allait continuer de progresser pour voir où commençait son territoire. Il a entendu le puma deux fois de plus, toujours depuis le même endroit, et en a déduit l’étendue approximative du territoire. Il s’apprêtait à rentrer lorsqu’il a entendu un autre cri, cette fois à seulement quelques mètres de lui. Il panique bien sûr, et presse le pas, parce qu’il n’a aucune envie de se retrouver face à un fichu puma et d’être mis en pièces. Tandis qu’il revient sur le chemin, il entend que le cri le suit, alors il se met à courir. Lorsqu’il était à environ un kilomètre de la base, le cri s’est arrêté, et mon pote s’est retourné pour voir ce qui le suivait. Il faisait presque nuit à ce moment, mais il m’a dit qu’au loin, juste avant que le chemin ne bifurque, il pouvait apercevoir ce qui ressemblait à une silhouette masculine. Il l’a appelé, pour l’avertir que les sentiers étaient fermés, et qu’il fallait qu’il revienne au centre d’accueil. La silhouette n’a pas bougé, et mon pote a commencé à s’en approcher. Lorsqu’il n’était plus qu’à une dizaine de mètres, la silhouette a fait, tel qu’il me l’a décrit, un « pas d’une longueur impossible » vers lui, et a poussé le même cri qu’il avait entendu jusque-là. Mon pote n’a rien dit, il a juste fait volte-face et a foncé vers la base, sans regarder en arrière. Lorsqu’il y est arrivé, le cri était retourné dans les bois. Il n’en a parlé à personne d’autre, il s’est contenté de dire qu’il y avait un puma dans les environs, et qu’il faudrait fermer les chemins jusqu’à ce que l’animal soit retrouvé et déplacé.



Je vais m’arrêter là, puisque c’est déjà un gros pavé. Demain matin, je vais me rendre à un entrainement annuel, donc je serai partie jusqu’au début de la semaine prochaine. Je vais voir beaucoup d’ex-tuteurs, et d’amis qui travaillent dans d’autres zones du parc, et je vais leur demander s’ils n’ont pas des anecdotes qu’ils aimeraient partager. Ça me fait vraiment plaisir que mes histoires vous intéressent autant, et je continuerai à vous en partager à mon retour du stage !

Traduction : The Dude

Source
Partie 1
Partie 2

jeudi 11 mai 2017

Le voleur d'innocence

Quand j'étais petite, j'avais très peur du "monstre sous mon lit". Un peu comme le croque-mitaine, oui, mais ce n’était pas totalement la même chose. Mes parents l'appelaient "le voleur d’innocence". J'en avais extrêmement peur, mais je n'aurais pas pu vous le décrire, car je ne l'avais jamais vu.
J'étais une petite fille très sage, et pour cause, mes parents se servaient de ma peur pour me dissuader de faire des bêtises, ou bien m'obliger à leur obéir.

"Ne mets pas les doigts dans ton nez, sinon le voleur d’innocence passera te voir ce soir"
"Finis tes brocolis, sinon le voleur d’innocence passera te voir ce soir"

Il me mettaient en garde contre lui, mais me voyant paniquée, ils me donnaient quand même des conseils.

 "Si le Voleur d’innocence passe te voir, il ne faut pas que tu fasses de bruit. Cache-toi les yeux avec les mains, et ne bouge pas. Comme ça, il partira aussi vite qu'il est venu."

Mais bien sûr, je n’étais pas parfaite. Le moment où je faisais des bêtise arrivait toujours tôt ou tard, malgré les avertissements de mes parents.
Et c'est comme ça qu'il m'a rendu sa première visite. Je m’étais couchée, un soir ou j'avais fait tomber le vase préféré de ma mère. Je dormais, et j'ai été réveillée par quelques coups venant de sous mon lit. Puis des grognements, et des rires. Je voulais partir à toute vitesse, mais je me suis souvenue des conseils de mes parents. Ne pas crier. Ne pas bouger. Me cacher les yeux. Et c'est ce que j'ai fait.
Puis je l'ai sentie sortir de sous le lit, et se glisser dessus. J'étais terrorisée, et je pleurais, mais je continuais à ne pas bouger.
J'ai senti sa langue parcourir mon corps. J'ai senti ses doigts me caresser les cheveux, puis parcourir mon corps, jusqu’à ce qu'ils s'arrêtent à mon entrejambe. J'avais mal, mais je voulais qu'il parte, alors j'ai continué à fermer les yeux jusqu'à ce qu'il s'en aille.
Le lendemain, j'ai expliqué ce qui s’était passé à mes parents. Ils m'ont répondu que c'était parce que j'avais fait des bêtises, et qu'ils m'avaient prévenue.

Cela a duré jusqu'à mes 10 ans. J'évitais au maximum de faire des bêtises, mais pour certaines je n'y pouvais juste rien, et à chaque fois le voleur d’innocence me rendait visite la nuit venue.
La chose bizarre, c'est que dans la semaine suivant sa visite, mes parents m'offraient un beau cadeau, ou bien m'emmenaient aàDisneyland. Ce qui rendait en quelque sorte les passage du voleur moins insupportables.
Mais, comme je l'ai dit, je n'ai plus eu de visites de ce monstre après mes 10 ans, malgré mes nombreuses bêtises. J'en étais enfin débarrassée. Mais pas ma petite sœur, à qui mes parents donnaient les même avertissements qu'ils m'avaient donnés à propos de ce voleur d’innocence.
Après avoir eu 16 ans, ayant un peu appris de la vie, j'ai commencé à me douter que cette histoire n'était que du pipeau, et que je subissais des attouchements. Sûrement de la part de mon père, comme vous vous en doutez aussi depuis le début de mon histoire.

Pour ne pas voir ma sœur subir la même chose, j'ai décidé de tendre un piège à mon père, et de tout filmer, pour ensuite aller voir la police.
Ce jour-là, j'avais demandé à ma sœur de faire exprès de renverser un verre d'eau sur la console de mon père, ce qui lui a valu une fessée mémorable. Mais, le soir venu, je m'étais installée dans le placard de la chambre de ma petite sœur, avec ma caméra.
Comme prévu, quelqu'un est entré quelques temps après et s’est glissé sous son lit. Je n'ai pas pu voir de qui il s'agissait dans le noir, mais une fois sorti de sous le lit il a allumé son portable, pour filmer ses actes. Ma sœur avait la même position que moi, les mains devant ses yeux, et ne voyait rien. Mais moi, je l'ai reconnu.
Ce n'étais pas mon père. C'était Ed, notre voisin. Il était sur le lit, et lui faisait des attouchements. Je pouvais sortir à tout moment et mettre fin à ses actes, mais il aurait sûrement détruit ma caméra, et les preuves avec. J'ai beaucoup pleuré silencieusement, mais j'ai tenu bon, et peu de temps après, il est enfin sorti de la chambre, et ma sœur s’est endormie. J'avais enfin les preuves pour faire cesser ces atrocités.
J'étais quand même rassurée que le monstre n'était en fait pas mon père, mais le voisin. Après tout cela, on allait pouvoir continuer notre vie de famille, sans cette abomination qui pesait sur nos vies.
Mais ma joie est vite retombée quand je suis passée par le salon pour me rendre dans ma chambre.
Mes parents étaient en compagnie de notre voisin, cet ignoble pédophile. J'ai pensé qu'il avait prétexté aller aux toilettes pour aller voir ma sœur, mais c'était autre chose.

Il avait des billets dans la main, et les a tendus à mes parents, en disant :

"Bon, 300, comme d'habitude ? Appelez-moi pour la prochaine."


lundi 8 mai 2017

Corridors

S’il y a bien une chose que j’ai héritée de mon grand-père, c’est le rituel qu’il suivait à la lettre avant d’aller se coucher. Comme lui autrefois, le soir lorsque vient l’heure d’aller se coucher, je déambule dans mon couloir soigneusement éclairé, et je ferme toutes les portes. Une fois arrivé devant la porte de la chambre à coucher, j’allume la lumière, j’éteins dans le couloir, puis je ferme la porte de ma chambre.

Cela peut sembler normal pour une personne ayant peur du noir, cependant la raison en est toute autre. En effet, mon grand-père m’avait expliqué que tous les esprits, qu’ils soient farceurs ou vengeurs, étaient attirés par les longs couloirs. Est-ce qu’ils cherchent la lumière au fond du tunnel ? Ou est-ce dû à une raison particulière ? J’ai bien peur d’ignorer la réponse.

Voici ce dont se souvient ma mémoire concernant les mots employés par mon grand-père : « Le corridor est un lieu de passage, un peu comme le serait une autoroute de nos jours, vois-tu ? Ici, en revanche, dès que les lumières sont éteintes, l’autoroute est ouverte. Cependant ce lieu de passage pourrait vite devenir un lieu d’asile si l’esprit venait à se perdre, c’est pour cela qu’il faut bien fermer les portes, afin d’empêcher les esprits de s’égarer. Retiens bien ces quelques règles concernant les corridors, elles te sauveront peut-être la mise un jour :

- Si dans le corridor toutes les portes sont fermées, l’esprit continuera son chemin, puis disparaîtra. Son passage sera alors aussi vaporeux qu’un courant d’air ;
- Dans l’éventualité où une porte se trouverait entre-ouverte, un esprit curieux pourrait être intrigué. C’est assez rare cependant, le corridor étant bien plus tentant ;
- Si une porte est grande ouverte, l’esprit sera totalement déboussolé et il pourrait se tromper de voie, se mettant ainsi à hanter les lieux s'il ne parvient pas à rejoindre l’autre bout du corridor à temps ;
- Enfin, dès que la nuit tombe, un corridor plongé dans l’obscurité est susceptible d’accueillir en son sein n’importe quel esprit. »

Mes parents ont toujours pris les dires de grand-père comme des superstitions douteuses, comme des légendes urbaines même. Pourtant, moi, j’ai toujours cru mon grand-père, et cette croyance s'est d'autant plus renforcée depuis que l'on a appris sa mort.
Il était seul chez lui, couché sur le sol du salon, la porte menant au couloir grande ouverte.
Mes parents veulent croire à la thèse du malaise cardiaque ? Grand bien leur fasse, moi je continuerai à fermer les portes.

Ainsi, si vous lisez cela de nuit, faites bien attention à ce que les portes de votre couloir soient bien fermées. Sinon, prenez garde en les fermant : il est peut-être déjà trop tard et vous risqueriez d’enfermer un esprit avec vous pour toujours. Qui sait ? 


samedi 6 mai 2017

Les rats quittent le navire - #6 - Retour aux affaires et spéculations

À présent que le cadre est posé, je vais tenter de vous ficeler une histoire cohérente avec tous les nouveaux éléments que j’ai pu rassembler venant de mes deux sources habituelles ; en préambule, le message que j’évoquais dans mon précédent billet, posté en octobre dernier dans mes MP par un utilisateur dont je vais taire le nom. Voici ce que ça dit :


Salut ! Ça va te sembler étrange, peut-être même suspect, mais je suis tombé sur ton blog par hasard et il semblerait que certaines de tes “découvertes” soient en rapport avec des choses que je sais. J'espère que tu verras ce message vu que tu es inactif depuis longtemps.

Voilà l'histoire. Ça remonte à un peu plus d'un an, je sortais juste du lycée à l'époque et je bougeais un peu à droite et à gauche en prenant des photos. C'était pas du très bon matériel, un vieil appareil numérique que je tenais de mon frère aîné, mais je me disais qu'en mitraillant le paysage, je finirais par avoir de beaux clichés. Ce jour-là, je rendais visite à mes grands-parents du côté de Vesoul. On passait l'après-midi avec leur voisin qui était aussi un vieil ami de mon grand-père, un certain Alain. En fin d'après-midi, la discussion était devenue un peu ennuyeuse, alors j'ai laissé mon frère et ma mère tenir la barre et je suis allé marcher un peu, jusqu'à une forêt plantée. J'ai trouvé ces alignements d'arbres plutôt jolis, et j'ai essayé d'en tirer quelque chose. Et au moment de passer en revue mes clichés, je suis tombé sur ceci.

http://imgur.com/a/1dRL4

Sur le moment, j'ai cru à un bug de l'appareil - il était plutôt ancien, pour rappel. Je suis rentré, et naturellement, je me suis vite retrouvé à passer en revue les photos de ma petite balade pour les personnes en présence, toutes amassées autour de moi pour scruter le petit écran. Je suis passé très vite sur la photo anormale, et personne n'a eu l'air de relever l'anomalie sur le moment ; en revanche, peu avant de prendre congé, Alain m'a pris à part et m'a raconté à voix basse ce que je vais te retranscrire : ces “flammes” sur ma photo, étaient d'après lui la manifestation d'une force occulte (il ne l'a pas décrite comme telle, mais ça me semble encore le terme le plus approprié).

Alain m'a raconté par le menu les fantaisies auxquelles s'adonnaient les anciens dans la région : les sorcières et les sorciers des environs de Vesoul se retrouvaient la nuit dans des plantations de peupliers, les “bois des yeux qui brûlent”, pour rechercher des contacts hors du champ de la perception humaine. L'origine de ces traditions remonte bien avant sa naissance, et elles se sont perpétuées au vu et au su des ecclésiastiques locaux qui, pour ceux qui en avaient connaissance, semblaient étrangement tolérer ces déviances. Dans les dernières années, ces pratiques ont commencé à attirer un nouveau public de jeunes paumés et autres curieux candides, ouverts au sujet par une poignée d’initiés. Après des siècles de stagnation dans le rite, l'objet de leurs recherches a fini par être clairement délimité, et ils le désignaient simplement comme “le grand roi”. Un être familier et protecteur, doué du pouvoir de choisir quoi ne pas protéger. Ce qu'il ne protégeait pas, on disait qu'il se trouvait “dans la brèche”, et ce qui s'y trouvait connaissait un sort terrible, exposé aux flammes blanches, des sortes de vents brûlants émanant d'un magma informe de forces et de matières inconnues.

Ils disaient que, par un accord à l'amiable avec le grand roi, on pouvait diriger la brèche sur une cible précise, et si on lui montrait assez de dévotion, il visait juste. La brèche pouvait apparaitre dans l'air, occasionnellement dans la cible, qui se consumait alors de l'intérieur. Mais sa réponse la plus favorable était que la brèche aille se fixer sur des objets qui, dans un tintement métallique, se nimbaient de flammes blanches ; ces objets devenaient alors des armes redoutables auxquelles rien ne résistait, fendant comme l'air bois et chairs. Les manier, toutefois, était dangereux pour qui les possédait, leur contact prolongé corrompant les tissus vivants, et lâcher prise était interdit à la personne gratifiée d'un tel artefact jusqu'à temps que la brèche se referme d'elle-même ou se décolle de l'objet, ce qui pouvait parfois prendre plusieurs jours.

En de rares occasions, l'entité consentait à accorder cette faveur à un sorcier élu pour exécuter une cible, typiquement un sorcier concurrent. En 1975, le corps décomposé d'un marginal qui vivait dans le bois Camet fut retrouvé par un promeneur dans ce qui lui servait vraisemblablement de logis, une cabane délabrée dissimulée dans un pli du relief. Son tronc avait été coupé net en travers, avec un de ses bras ; l'os au niveau de la blessure fatale était si nettement tranché qu'il en aurait semblé poli comme de l'ivoire, s'il n'avait été légèrement calciné. Une dizaine de jours auparavant, une femme d’âge mûr s'était présentée à l'hôpital local, le bras droit atteint par une affection inconnue, tenant autant de la brûlure grave que de la nécrose, la peau noircie se détachant en plaques. Elle prétexta un accident domestique, se refusant à donner plus de détails. Le corps médical n'eut d'autre choix que d'amputer, car l'affection semblait se propager dans le corps de la patiente. Sur le moment, aucun lien ne fut établi entre les deux incidents, bien qu'il apparaisse évident en ayant connaissance des pratiques occultes qui existaient à cette époque.

Cependant, ces traditions étaient déjà en déclin au moment où Alain a commencé à en avoir connaissance, et d'après lui (pour autant qu'il les ait réellement fréquentés comme il l'affirme), le dernier sorcier en activité aurait rendu l'âme en 1988. L'effet observé sur ma photo, cela dit, remettait de nombreux faits en question : ces “flammes” invisibles lui ont rappelé les fameuses flammes blanches supposées apparaitre dans la brèche, ce qui m'aurait semblé tiré par les cheveux si la forêt où je m'étais rendu n'avait pas été un lieu de rendez-vous pour plusieurs sorcières et sorciers sévissant dans les dernières années. Ou bien les flammes que j'avais capturées par hasard étaient un phénomène spontané, ou bien il y avait encore des sorciers en activité.

J'en viens à ce pourquoi je pense qu'il y a un lien entre mon témoignage et tout ce que tu as publié sur ce blog : les termes communs (“Grand Roi”, “Roi sous le Lierre” ou juste “Roi”), les références à son caractère protecteur sur un blog que tu avais partagé… Si c'est bien ce que je pense, le culte a survécu, et il s'est exporté dans une bonne partie du pays. Tu me diras ce que tu en penses…

Voilà, je crois que c'est à peu près tout ce que je sais. Bien entendu, si je n'ai pas été clair sur certains points, je peux essayer d'approfondir… Mais j'ai su tout ça en l'espace d'une courte conversation, et je crois que j'ai déjà été aussi complet que je pouvais l'être.

Je pense que tu vas probablement publier les informations que j'ai fournies, auquel cas, s'il te plait, ne cite pas mon nom. Ce que j'ai pu voir dans tes publications n'augure en effet rien de bon pour les informateurs.

Cet anonyme a toute ma reconnaissance, car avec cette masse de background que j’espère véridique, nous avons de quoi faire les connexions avec tout ce que nous savons déjà. Je comblerai les trous avec mes spéculations : à la fin, nous devrions avoir une idée assez précise des origines de tout ce bordel.

Essayons d'imaginer le contexte. Nous sommes à Vesoul, dans la préfecture la plus paumée de France, entre les années 70 et 80. On a des vieux, des moins vieux, des gens nerveux et d'autres plus calmes qui s'adonnent seuls ou en groupe à diverses formes de sorcellerie plus ou moins fantaisistes. Maniant sang et ossements dans des lieux précis, ils arrivent finalement à entrer en contact avec une entité, et découvrent ses pouvoirs. Certains le vénèrent, d'autres le voient simplement comme un moyen ; des dissensions éclatent, les moins prudents et/ou les plus doués obtiennent de lui des faveurs moyennant quelques offrandes, ouvrent des ‘brèches’ et s'en servent pour massacrer leurs rivaux.

À la fin, ne reste qu'un seul d'entre eux, le plus fort ou le plus malin, qui décide de faire profil bas pour poursuivre les recherches, jusqu'au jour où une brèche apparait sans qu'il l'ait demandé, probablement en brûlant un innocent au passage. Il questionne la chose : “qu'est-ce qui te prend ?” Et elle lui répond : “Tu as gagné cette guerre et depuis tu ne fais plus de sacrifices, et à présent j'ai faim de ta dévotion. Maintenant c'est pour que je n'ouvre pas la brèche qu'il va falloir raquer. Tu me nourris, ou je lève le voile et vous crevez tous dans les flammes blanches.”

Celui qui s'appellera désormais l'Alpha se met donc en tête de former de nouveaux sorciers. Plus de coups bas, plus de brèches ; pour tout dire, il en a plutôt peur à ce moment de l'histoire. Totalement dévoué, il rationalise son approche. Il décapite les chiens en masse, consacre les icônes et répand le sang dans les feuilles mortes pour satisfaire l'être menaçant. Pour citer cette publication du blog Appaly :

Fais-moi don de ton sol, de ta personne et d’un ami fidèle. Rappelle-moi régulièrement notre accord. Alors je resterai tien.
Il continue comme ça pendant près d'une trentaine d'années, son affaire grandit, et il se retrouve peu à peu à guider plusieurs dizaines de délégués répartis dans tout le pays, qui se partagent les tâches entre prêche, organisation, et sécurité ; pas forcément des personnes seules ou marginales : imaginez le père de famille exemplaire, tendre avec sa femme et bien sous tous rapports, qui disparait un week-end par mois pour accomplir son devoir et reprend le boulot le lundi matin comme si de rien n'était.

Arrive internet, et ses ouailles s'en servent massivement pour organiser leurs activités, chercher adeptes et victimes. Ils embarquent un modo dieu sait où, ils sacrifient ma co-admin, entre autres. Parfois un novice ou un proche de victime touche un peu trop à ce qu’il ne comprend pas, mais ils semblent s’en accomoder.

Puis, arrive Zamia, alias Arthur. Ils voient en lui un élément potentiellement intéressant, et ils lui fournissent des moyens de s'initier et de contacter le roi sous le lierre, en l'occurrence le crâne de chien qu'il se traine depuis plus de deux ans. Mais Arthur n'en fait qu'à sa tête, et au bout d'un long moment d'errance et quelques rencontres assez violentes avec les fidèles de l'Alpha, il conçoit le projet d'ouvrir une brèche. On peut plus ou moins retracer le chemin qui l'a amené à ça… si on arrive à comprendre ce qu'il raconte dans ses dernières vidéos. Quoiqu’il en soit, il se passe des choses vraiment étranges dans les recoins sombres qu’il fréquente, et il y a des choses qui bougent, qui ne devraient pas bouger.

La confusion règne, le roi sous le lierre répond de deux demandes contradictoires (ouvrir une brèche, ne pas en ouvrir ?). Une lutte est engagée entre les deux factions pour décider qui aura ses faveurs. Son intérêt balance de l'une à l'autre, et à ce jour il n'est toujours pas décidé.

Où prendre position dans tout ça ? Je ne sais plus… Je crois que j'ai besoin de comprendre encore un peu mieux.


Je crois que c’est tout ce que nous savons pour l’instant. Ce sera peut-être le dernier post avant longtemps, ou peut-être pas… Ce sera au hasard des événements. Mais si vous avez des questions à me poser, ou des éléments à me transmettre, j’ai désormais une page de contact : http://lrqln.tumblr.com/ask


D’avance, merci de votre patience, et restez en sûreté.

Partie 1
Partie 2 et 3
Partie 4
Partie 5 (résumé des parties précédentes)

jeudi 4 mai 2017

Concours d'illustrations : Gloire au vainqueur !

Vous avez été nombreux à voter pour élire la meilleure illustrations du concours, et il est temps d'annoncer le vainqueur, bien qu'il n'y ai plus vraiment de place au doute depuis un bout de temps.

Félicitation à Perabo, et son dessin qui porte sur la Creepypasta "L'épouvantail"



Voici les résultats du Strawpoll :


Merci à tous ceux qui ont participé, cette année le niveau de qualité des dessins était très très haut. Merci également aux votants.

Comme convenu, Perabo gagne un T-Shirt à choisir ici . Merci de me contacter sur Facebook, le forum ou le Discord pour qu'on règle les derniers détails.

A bientôt pour le prochain concours !