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lundi 21 mai 2018

La mort d'internet

« J'ai fait une erreur, une grosse erreur, le genre de bourde monumentale. Bientôt vous ne pourrez plus lire ça, vous ne me prendrez sûrement même pas au sérieux alors j'en profite pour me confesser, j'ai besoin de soulager ma conscience. Ce n'est plus qu'une question d'heures, de jours, voire de semaines, si l'on a de la chance. Je n'ai jamais été quelqu'un de prudent mais je ne pensais pas qu'un jour je pourrais être responsable d'une apocalypse moderne. Internet va mourir et tout ce qui y est lié, ça s'est infiltré dans les réseaux, se propageant comme épidémie, une véritable pandémie sans qu'on ne puisse faire quoi que ce soit. À ce point vous devez être un peu perdu alors je vais tout vous raconter, depuis le début. Ça risque d'être long, j'en suis désolée d'avance.

On était au début de l'été, vers la fin du mois de juin. J'avais dû me rendre avec des amies aux jardins du Carrousel du Louvre pour dessiner, il y a des statues dans le parc et un petit Arc de Triomphe. On avait également prévu de s'attarder dans la soirée avec un peu d'alcool et de quoi fumer pour bien terminer notre journée. Après la tombée de la nuit, le lieu devient un endroit de rencontre gay à la réputation plutôt glauque, aucune chance que trois filles aient envie de s'y attarder, et pourtant... On était plutôt dans un état second, l'alcool et la weed ayant fait leurs effets, il devait être dans les vingt-trois heures quand on a remballé nos affaires.

On n’était pas encore sorties du parc quand l'une de mes amies a trébuché et est tombée au sol. Je me suis penchée pour l'aider à se relever tout en prenant appui sur le petit muret en béton qui était à côté de moi. Au moment de me redresser la lumière nocturne a créé un éclat métallique sur quelque chose dans le mur. Intriguée, j'ai examiné le béton avec attention pour remarquer qu'une clé USB avait été placée là. Comprenez-moi, ce truc avait un côté totalement what the fuck et j'étais assez euphorique, mes amies étaient intriguées aussi. Sortir mon petit pc portable de mon sac m'a paru être une idée brillante, à aucun moment je n'ai pris conscience des risques que je prenais. Je l'ai rapidement allumé et, après quelques gestes maladroits, j'ai réussi à brancher la clé dessus.

La version gratuite de mon antivirus est restée silencieuse et la fenêtre de transfert s'est ouverte normalement, un seul dossier nommé « Music » était présent. Sans réfléchir plus que ça, je l'ai copié sur mon bureau sous les encouragements de mes amies, puis j'ai rangé mon pc. On est parti dans un bar pour prendre un dernier verre, vous savez, le genre de dernier verre qui s'éternise, et on a un peu oublié ça.

Le lendemain après-midi, quand j'ai fini par émerger et rallumer mon pc, je suis tombée sur le dossier de la veille. Poussée par la curiosité, je l'ai ouvert, le titre était conforme au contenu et cinq pistes musicales, nommées par les cinq premières lettres de l’alphabet étaient présentes. J'ai lancé la première tout en ouvrant Twitter pour mon stalkage quotidien. Par flemme de lancer iTunes, j'ai écouté le reste des musiques, des paroles en anglais, un style un peu rock, c'était plutôt sympa, pas au point que j'utilise Shazam pour en savoir plus, mais cool quand même.

Intriguée tout de même par cette clé USB, j'ai lancé une recherche sur Google, mes mots-clés "clés USB mur Paris" étaient un peu bateaux mais m'ont permis de comprendre dès le premier lien. Le projet était nommé Dead Drops et consistait à cacher des clés USB dans l’espace publique pour échanger du contenu de manière anonyme. Une idée plutôt originale, surtout que le contenu que j'avais découvert était sympa. Je suis même tombée sur un site recensant les différentes localisations des clés à travers le monde.

J'ai raconté ma trouvaille à mes amies, puis on est passées à autre chose. Les jours se sont écoulés tranquillement et ne nécessitent pas d'être narré.

Je viens de vous raconter ma première erreur, j'ai commis la seconde quand j'ai ajouté la musique sur mes différentes playlists et sur mon cloud afin de pouvoir l'écouter un peu partout. Ma troisième erreur est arrivée au milieu du mois de juillet.

L'échéance pour rendre mon mémoire approchait très sérieusement et mon pc portable m'avait lâché, rien de dramatique en soi, je savais qu'avec les sauvegardes sur le cloud je n'avais rien perdu de mon travail. J'avais cependant besoin de continuer de travailler. Pour vous raconter la suite je vais être forcée de donner quelques détails sur moi, afin de préserver mon anonymat et surtout celui de mes proches qui ne sont en rien responsables de la suite, je resterai assez évasive sur les détails.

Je vis avec mes parents, ces derniers étaient partis en vacances à l'étranger faire un trek au milieu de nulle part et étaient donc injoignables, je n'avais pas non plus cinq cents euros à mettre pour obtenir un ordinateur correct, mes amies bossaient elles aussi sur leur mémoire, impossible donc qu’elles puissent me dépanner. Je me suis donc résignée à utiliser celui de ma mère, mais impossible de mettre la main dessus, soit elle l'avait laissé à son bureau, soit elle était partie avec même si je n'en voyais pas l'intérêt. Durant mes fouilles, j'ai par contre trouvé l'ordinateur de mon père. Avec de très fortes réticences, j'ai finalement choisi de le prendre. J'imagine que vous ne comprenez pas mes réticences, je vais donc vous expliquer.

Mon père travaille à la Défense (non pas le quartier d'affaires, mais le ministère), son pc lui a donc été attribué dans le cadre de son travail. Pour situer un peu les choses, il avait une coque qui semblait «blindée» et se démarrait à l'aide d'un token. Je vais résumer ça avec mes connaissances basiques, c'est un petit boîtier générant un code qui permet d'établir une connexion sécurisée. Pour avoir déjà vu mon père travailler dessus, je savais que le pc disposait de Word et d'un accès internet, pile ce dont j'avais besoin pour pouvoir bosser. J’ai donc mis de côté la petite voix dans ma tête qui me disait que je faisais une connerie et j’ai fouillé la maison pour trouver le token, sans grande surprise il était dans le petit coffre présent dans la chambre de mes parents, je connaissais le code, mon année de naissance. J’avais tout pour pouvoir bosser.

J’ai démarré l’ordinateur sans problème et j’ai pu commencer à travailler après m’être connectée sur mon compte Microsoft pour pouvoir synchronise le pc avec mon cloud. Si au début je me suis sentie un peu intimidée, j’ai rapidement retrouvé mon aisance habituelle et, pour m’encourager dans mon travail, j’ai copié quelques musiques présentes sur mon cloud afin de pouvoir les écouter avec le lecteur Windows média. Ma journée de travail s’est écoulée sans incident particulier mais, avec le recul que j’ai à présent, je sais que c’est à ce moment là que les choses ont basculé.

Quelques jours plus tard, en ouvrant ma boîte aux lettres, je suis tombée sur une petite enveloppe sans timbre, ni adresse. Un peu désemparée devant cette anomalie, je me suis tout de même décidée à l’ouvrir, dedans se trouvait un petit carton noir avec une inscription au feutre doré : « Félicitations, patient zéro, pour l’activation du point 52.» Je n’ai pas compris sur le coup, mais j’étais intriguée et cette carte me gênait, je ne savais pas exactement pourquoi mais cette blague sans doute stupide me mettait mal à l’aise. À force de réflexion, j’ai fini par mettre le doigt dessus, la clé USB du parc, le Dead Drop portait le numéro 52 d’après le site référençant les différents points existants. En le consultant pour m’en assurer, j’ai pu lire que la clé avait le statut «broken/dead/stolen/gone» depuis le sept juillet. Je n’arrivais pas à savoir s’il y avait un lien quelconque, alors je me suis décidée à en parler à mes amies.

J’ai tout raconté, en omettant cependant de parler des données sensibles que pouvait contenir l’ordinateur de mon père. On est rapidement tombées d’accord sur le fait que l’enchaînement des événements était plutôt étrange, reprendre les choses depuis le début nous a semblé être la meilleure idée possible. Malgré les informations données par le site, on a choisi de retourner aux jardins du Carrousel du Louvre pour voir par nous même si la clé était encore là, une de mes amies avait prit son ordinateur avec elle et avait effectué par sécurité une sauvegarde de ses données.

Quand on est arrivées là où se trouvait la Dead Drop, les informations du site se sont révélées être exactes, il n'y avait plus rien. Ce n'est qu'en examinant le muret avec attention et sous le regard un peu surpris des passants que nous avons retrouvé l'emplacement de la clé qui était à présent matérialisé par un simple trou, invisible au premier coup d'œil. On est reparties assez déçues et l'une d'elles m'a conseillé de contacter le gars du site, peut-être qu'il aurait des informations à me donner.

Faire plus m'était impossible, il n'y avait rien de véritablement tangible pour que je puisse alerter qui que ce soit, sans compter qu'aucun des deux ordinateur que j'avais utilisés n'avait détecté le moindre problème avec les fichiers musicaux.

Je n'ai jamais eu de réponse à mon mail et la vie a repris son court, cette histoire un peu étrange m'est sortie de la tête jusqu’à ce qu’en novembre, le vingt-trois pour être précis, une nouvelle carte arrive dans ma boîte aux lettres. La présentation était la même, une carte noire, une encre dorée et seulement trois mots « Dans une semaine.» Je n'avais aucune idée de ce qui allait se passer dans une semaine, mais en lisant ça, je me suis sentie pâlir. Un sentiment d'urgence pulsait en moi sans que je puisse expliquer pourquoi. C'est cette intuition qui m'a poussée à agir, il fallait que je raconte cette histoire, que d'autres me donnent leur avis, d'un regard plus neutre pour que je puisse réellement discerner si cette espèce de blague douteuse me rendait paranoïaque ou si j'avais raison de flipper.

Je ne savais pas cependant qui contacter, ni où, j'ai réfléchis longuement. J'avais besoin de gens qui s'y connaissaient un minimum et qui avaient des chances de me prendre au sérieux. J'ai hésité avec des forums d'informatique classiques et les réseaux sociaux mais l'idée ne m'emballait pas vraiment. La peur d'avoir fait une énorme connerie me donnait aussi envie de protéger mon anonymat. À force de fouiller sur Internet, le choix qui s'est imposé à moi m'a fait tirer la grimace. J'ai alors profité du reste de la journée pour continuer de fouiller afin de peaufiner mon idée, que rien ne se retourne contre moi cette fois.

Depuis le retour de mes parents, j'avais obtenu un nouvel ordinateur portable, j'y ai connecté un disque externe et ai copié tous mes documents, avant de procéder à une restauration d'usine de mon pc. J'ai attendu que la soirée soit bien avancée avant de partir pour le Mc Do de mon quartier afin de profiter de la connexion wifi (pour les non-parisiens, les restaurants de l'enseigne ferment généralement tard dans la capitale, à deux heures du matin pour celui de chez moi).

J'ai commandé de quoi manger et je me suis installée dans un coin tranquille avec une prise électrique pour que la batterie de mon pc ne me lâche pas. J'ai retrouvé aisément les sites consultés dans l'après-midi afin de les utiliser comme tutoriels. Je ne suis vraiment pas une spécialiste de tout cela, il se peut donc que les termes que j'emploie ne soient pas justes, je m'en excuse d'avance. Pour être totalement honnête je n'ai moi-même pas exactement compris comment tout ceci fonctionnait.

J'ai donc commencé par utiliser un VPN afin de modifier mon adresse IP. Par la suite j'ai installé TOR et j'ai pu accéder au darknet. J'ai entré l'adresse d'un annuaire censé répertorier une partie des liens, j'ai soigneusement ignoré toutes les références douteuses pour me concentrer sur les plates-formes de discussion. J'ai choisi un peu au hasard celle qui m'inspirait le plus confiance et j'ai ouvert un sujet en racontant tout en français et en anglais, j'ai également ajouté à mon post les fichiers que j'avais récupérés sur la Dead Drop (je les avais à nouveau transférés sur mon pc après sa réinitialisation).

Puis j'ai attendu, le temps a pris des allures d'éternité mais j'ai fini par obtenir des réponses plutôt intéressantes, certains des utilisateurs ont proposé de s'atteler à une analyse des fichiers tandis que d'autres ont proposé d'aller voir ce que contenaient les Dead Drop recensées comme proches de chez eux. Cet attrait pour mon histoire et l'aide providentielle qui en découlait m'a aidé à me détendre un peu. Et puis un témoignage est venu faire écho au mien, un mec de Valence en Espagne, avait lui aussi trouvé les mêmes musiques que moi, avant de recevoir le même type de cartes mais écrites en espagnol. En cherchant des informations sur sa clé, elle portait le numéro 23 et avait une particularité similaire à mon cas. Ma clé avait été la première à être placée à Paris, la sienne était la première en Espagne, certes l'échelle n'était pas la même mais la similitude était troublante. J'ai dû partir après cette petite avancée-là, ce n'était pas grand-chose mais je sentais qu'il y avait là un début de piste pertinente.

J'ai recommencé le même rituel le lendemain soir et le sujet avait avancé avec les analyses des morceaux de musique, l'artiste est resté inconnu, cependant une écoute attentive et une analyse des paroles semblait renvoyer au Rain Man, un soi-disant démon présent dans l'industrie musicale et régulièrement cité par les sites conspirationnistes auquel des noms comme Rihanna, Jay-Z ou Eminem sont accolés. J'étais vraiment dubitative sur cette information et j'avais un peu l'impression qu'on s'éloignait de l'essentiel comme si cette référence était une diversion.

L'analyse des fichiers eux-mêmes s'est par contre révélée plus intéressante. Quelque chose d'inhabituel était présent dans deux des pistes musicales, pour rappel elles étaient nommées A, B, C, D et E, l'anomalie se trouvait sur les pistes B et C. Cependant la personne qui avait trouvé ça n'avait pas plus d'informations à me fournir pour le moment. J'ai mis ma frustration de côté et l’ai remerciée tout en demandant si d'autres pouvaient approfondir les recherches dans cette direction. Mon manque de connaissances dans le domaine me faisait clairement rager, surtout que les jours s'écoulaient, à ce stade il n'en restait plus que cinq.

Le lendemain, lorsque j'ai voulu retrouver le fil de discussion, je me suis rendue compte que ce dernier avait tout simplement été supprimé sans avertissements, ni justifications. Je suis restée désemparée devant mon ordinateur tout en grignotant mes frites jusqu'à ce que je me résigne et abandonne pour cette journée.

On était à présent jeudi et en démarrant mon pc j'ai eu la surprise de découvrir un mail d'un expéditeur inconnu et sans aucun objet. J'ai hésité, un peu méfiante, avant de finalement l'ouvrir. Le contenu était en anglais, au premier coup d'œil j'ai directement pensé à une arnaque, j'allais le supprimer quand les mots « music B» m'ont fait suspendre mon geste. J'ai alors lu le mail avec attention.

Le type ne m'expliquait pas comment il avait réussi à me contacter, j'imagine cependant que j'avais dû manquer de prudence à un moment ou un autre. Pour en revenir au mail, il me parlait des anomalies des pistes B et C, une sorte de ver informatique, particulièrement bien conçus puisqu'il n'était pas détectable par les antivirus, avait été ajouté sur ses fichiers. Pour vous expliquer simplement, c'est un virus se propageant rapidement et facilement via Internet.

Le mail se poursuivait par une copie d’un message que j'avais apparemment manqué sur le sujet. Un autre utilisateur avait trouvé, dans les mêmes circonstances que moi mais sans préciser le lieu, des fichiers musicaux nommés cette fois de F à J, et les fichiers G et H étaient contaminés. La personne qui m'avait contactée achevait son mail avec ses conclusions, les lettres pouvaient faire référence aux serveurs racines, la date de l'attaque étant elle donnée par la carte que j'avais reçue.

J'étais un peu perdue. J'ai donc essayé de tout reprendre pour connecter tous les éléments entre eux. Des morceaux de musique contaminés ont été placés dans des Dead Drop apparemment un peu partout dans le monde. Certains de ces fichiers contiennent des virus, chaque ordinateur ayant été en contact avec puis branché à une connexion Internet a servi de vecteur de propagation au virus et cela depuis plusieurs mois. Internet fonctionne en tout avec treize grands serveurs répartis dans le monde et nommés par les treize premières lettres de l'alphabet. Il est donc fort possible que les serveurs visés correspondent au nom des pistes de musique contaminées. Pour finir, la date de l'attaque : elle aura lieu lundi prochain.

Voilà, j'ai fini de tout raconter. On est samedi, j'ai passé deux jours à en parler autour de moi mais sans résultat, personne ne me croit ni ne m'écoute réellement. Alors je poste ça un peu partout sur Internet. Je ne sais pas ce qui va se passer lundi, si l'attaque va marcher, ni même si ça va arriver... Mais je sais que j'ai ma part de responsabilité, j’ai également peur d’avoir contaminé l’ordinateur de mon père avec, les conséquences pourraient sans doute être dramatique. Je suis désolée de mes erreurs. »

Je faisais des recherches sur le fonctionnement des serveurs réseaux quand j'ai trouvé ceci, ça date du 28 novembre 2015. L'ensemble a éveillé ma curiosité surtout que les faits, après une rapide recherche Internet, semblent avérés. Les Dead Drop mentionnées ont bien existé et sont indiquées comme perdues. Les serveurs racines du DNS nommés B, C, G et H ont bien subit des attaques le 30 novembre et le 1er décembre 2015, les serveurs racines DNS sont au nombre de treize et ont de forte chance d’être les treize serveurs mentionnés dans le texte. Cependant l'effet de l'attaque a été de simples ralentissements. Je ne sais pas quoi penser de tout ça, j'ai donc choisis de vous le partager ici afin d'avoir vos avis.


vendredi 18 mai 2018

Recherche d'un vin introuvable !

Yo les mecs ! Je viens de retrouver ce sujet bizarre de ce vieux forum de passionnés de vin que j'avais trouvé par hasard y a un bail. J'en avais parlé sur la chatbox quand je le cherchais encore, le voilà enfin :

http://www.lapassionduvin.com/forum/languedoc-rous...

EDIT : Le topic a apparemment été supprimé ou mis aux archives, en tout cas il est de nouveau introuvable. Je poste donc les screens du topic que GloomyNerthus a fait au moment où il existait encore, merci à elle :

NB : Le screen étant trop grand pour être affiché sur le blog et devenant illisible en le redimensionnant, vous pouvez le voir ici.


vendredi 11 mai 2018

Le rat des ongles

« Si tu continues à te ronger les ongles, le rat des ongles va entendre ton grignotage ! » C’est ce que me disait ma mère à chaque fois que mes incisives s'occupaient du bout de mes doigts. « Si tu continues à cracher tes ongles partout, le rat des ongles va sentir leur odeur et trouvera notre maison ! » C’est ce que me disait ma mère pour stopper cette mauvaise habitude qui s’était peu à peu installée au cours de mon enfance. Heureusement, mon père me rassurait, me disait que le rat des ongles était une invention de ma mère, qu'il n'existait pas. « Si tu continues à cracher tes ongles dans ta chambre, l’horrible rat des ongles grignotera tes doigts dans ton sommeil puis fera un nid sous ton lit ! » C’est ce que me disait encore ma mère. « Si tu continues à manger tes ongles dans ta chambre, l’horrible rat des ongles fera un trou dans ton ventre et ira les chercher au fond de tes entrailles ! » C’est ce que me disait ma mère pendant ma préadolescence.

J’étais onychophage, ce qui signifiait que je ne pouvais pas m’empêcher de ronger mes ongles. C’est venu progressivement, au fur et à mesure que je grandissais et découvrais les horreurs de ce monde et le caractère très agaçant de ma mère.

Oui, ma mère était ma cause principale d’anxiété. J’étais un enfant paisible, calme, j’étais son exact opposé. Ma mère était une tornade, une pelote de nerfs qui n’arrêtait pas de nettoyer ce qui était déjà propre, de rendre parfaite une maison déjà parfaite, de courir aux quatre coins du jardin pour ramasser la moindre feuille morte.

Comme ses refrains sur le rat d’ongles s’usaient et me faisaient aussi peur qu’une tasse à café, ma mère a mis en pratique d’autres techniques : morceau de sparadraps au bout des doigts, gants noués autour du poignet avec un serre-lien, menaces multiples comme me couper les doigts ou m’arracher les ongles ! Bien sûr, elle parlait plus qu’elle n’agissait réellement et hormis les gants et les sparadraps, je n’ai subi aucun sévice. De toute façon, mon père n'aurait pas accepté que maman me fasse du mal. Et puis un soir, le rat des ongles est entré dans ma chambre.

J’avais 13 ans. Vers une heure du matin, alors que je venais de poser mon smartphone sur ma table de nuit et d’éteindre ma lampe, la poignée de la porte a cliqueté avant qu’un rai de lumière n’en dessine le cadre. Les gonds ont sinistrement grincé, comme si un violoniste fou jouait une note discordante derrière la porte.

Un long museau est apparu en premier. J’étais horrifiée, surtout que j’avais lu quelques creepypastas particulièrement effrayantes avant d’éteindre ma lampe. La truffe rosâtre se levait par à-coups, reniflant sans doute l’odeur de mes bouts d’ongles perdus dans la moquette. En retrait de cette truffe immonde, deux incisives jaunâtres étaient aussi grandes que ma main. Le museau était long, anormalement long. Des yeux rouge-vif, aussi gros que des boules de pétanque, sont ensuite apparus. La gueule a encore avancé dans l’ouverture, révélant deux oreilles couvertes de poils qui tombaient jusqu’aux yeux sans paupières.

J’ai hurlé quand le rat a passé le reste de son corps dans l’entrebâillement. Il était long et gros, vraiment très gros. Il s’est levé d’un coup et a avancé à grands pas vers mon lit, ses longues griffes repliées sous son museau. Sur l’instant, je n’ai pas remarqué que son corps était couvert d’une chemise de nuit grisâtre, comme celle que portait ma mère. Ses genoux craquaient à chaque pas, j’entendais aussi le claquement de ses dents. Prêt à me défendre, j’ai saisi ma lampe de chevet et l’ai braquée devant moi. C’est alors que le rat a parlé :

- Tu as mangé tes ongles vilaine petite fille, je vais te dévorer le ventre ! Cette voix je la reconnaissais parfaitement, c’était bien celle de ma mère.
- Maman ? ai-je balbutié.
- Je suis le rat des ongles, je vais punir la petite peste dans son lit !

Le rat s’est penché au-dessus de moi et a commencé à me caresser le ventre avec ses longues griffes. Ça ne faisait pas mal, au contraire, j'aurais pu dire que ça me chatouillait. D’un réflexe, j’ai vivement repoussé sa main.

- Laisse-toi faire ma petite, tu vois bien que le rat des ongles ne veut pas te faire de mal. Au contraire, il va t’apprendre à devenir une femme et donner du plaisir aux hommes !
J’ai chopé une oreille de son horrible tête, et j’ai tiré dessus : le masque m’est resté dans les mains. J’ai allumé ma lampe avant de hurler :
- Mais qu’est-ce que tu fous bordel !

Ma mère restait immobile, me fixant d’un regard vide. Un voile laiteux couvrait ses pupilles et de l’écume coulait de sa bouche. Je l’ai secouée, elle n’a pas réagi. Ne sachant pas quoi faire avec elle, je l’ai ramenée dans son lit. J’avais l’impression de manipuler une poupée de chair, je pouvais en faire ce que je voulais. Les yeux grands ouverts, elle regardait fixement le plafond. On aurait dit un état catatonique. Mon père n'était pas là. Je l’ai appelé sur son portable, il m'a dit de ne rien faire et d'attendre son retour prévu le lendemain après-midi.

Il m’attendait à la sortie du collège. Dans la voiture, je lui ai reparlé de la nuit précédente, en détail. Son visage est devenu grave. Il a profondément expiré d'un air résigné. Une fois à la maison, il m’a demandé de le suivre jusqu’au grenier. D’un vieux carton poussiéreux, il a sorti un album photo qui m’était totalement inconnu. Il a feuilleté plusieurs de ses pages épaisses remplies de vieux clichés en noir et blanc avant de le tourner vers moi.

- Je te présente un homme que tu n’as jamais connu, ton arrière-grand-père, enfin si tu préfères, le grand-père de ta mère.
Un vieux monsieur vêtu d’un costume noir et d’une chemise blanche était assis sur une chaise, les jambes croisées, les mains jointes sur ses genoux. J’ai tout de suite détesté son regard et son petit sourire en coin.
 - C’est… à cause de lui tout ça, a dit doucement mon père.
- Tout ça quoi ?
- Le comportement de ta mère, le rat des ongles...

Une boule a grossi dans ma gorge au fur et à mesure que papa me contait l’histoire de Séverin, mon arrière-grand-père maternel. Soldat de la Première Guerre mondiale, il a combattu deux ans dans les tranchées de la Somme. Un éclat d’obus l’a plongé plusieurs jours dans le coma. À son réveil, il n’était plus le même, avait un comportement agité, se rongeait les ongles, hurlait que des rats couraient autour de son lit et voulaient le dévorer, comme dans les tranchées. Un médecin a eu la mauvaise idée de soigner le mal par le mal. Sa thérapie a consisté à lui démontrer que le rat était un animal très utile, un éboueur de la nature. Le médecin a poussé l’expérience jusqu’à fabriquer une tête de rat et des griffes. Séverin hurlait à chaque fois qu’il voyait cette bête à taille humaine. Puis, son cerveau s’y est peu à peu habitué. Au bout de trois longues années, il était guéri de sa phobie. Comme cadeau de départ, le médecin lui a offert son costume de rat.

De retour chez lui, Séverin a profité de sa femme et de ses trois filles, Sévérine, Odette et Madeleine. Séverine était ma grand-mère, la mère de maman. Les pensions d’invalidité et de guerre de mon arrière-grand-père n’étaient pas bien grosses, mais suffisantes pour vivre décemment. Leur existence était paisible jusqu’à ce que la petite Madeleine soit retrouvée morte sous son lit, dans la chambre commune des trois filles. D’après mon père, son corps était couvert de morsures et de plaie profondes comme si on avait mangé sa chair. Séverin a été accusé de cannibalisme, mais aussi de sévices sexuels, la petite ayant subi des attouchements et une défloraison précoce. Séverin a toujours clamé son innocence, d’autant plus que les morsures sur Madeleine avaient la taille d’une mâchoire d’enfant et de petites bêtes. Malgré les services rendus à la nation et le manque de preuves, la justice avait besoin d’ordre et d’un coupable en cette période trouble d’après-guerre. Mon arrière-grand-père fut décapité en place publique. Sa femme mourut de chagrin quelque temps après, laissant Séverine et Odette orphelines. Elles furent récupérées par une cousine éloignée. Comme seul souvenir, ma grand-mère a gardé le costume de rat de son père.

L’histoire se poursuit par le début des troubles mentaux de Séverine peu après la naissance de Judith, ma mère. Cela a été graduel, ma grand-mère n’a été déclarée schizophrène qu’à l’adolescence de maman. Mais que s’est-il passé depuis son enfance ? Maman a-t-elle subi des sévices, des attouchements ? D’après mon père, Séverine avait connu de nombreux hommes après la mort accidentelle de Christian, mon grand-père, et que peut-être, l’un d’eux avait abusé sexuellement de ma mère alors qu'elle n'était qu'une enfant. Comment avait-elle appris l'existence du rat des ongles ? Ma grand-mère portait-elle le costume de rat de Séverin pour lui faire peur ? Je n’ai jamais vu ma mère se ronger les ongles et sur les photos de famille, ses mains paraissent normales. De récentes études sur les troubles comportementaux intergénérationnels ont démontré que des traumatismes vécus par les parents ou les grands-parents laissaient des traces à leur descendance. Ma mère n’aurait-elle donc rien vécu de tout ça ? Aurait-elle agi inconsciemment, sans vraiment comprendre ce qu’elle faisait ? Mais dans ce cas, qui lui aurait donné le costume qui, dans mon souvenir, était neuf ? Où etait passé ce déguisement ? Mon père ne l'a jamais retrouvé comme il n'a jamais retrouvé la trace de son achat. Aurait-on donné à ma mère ces horribles artifices ? Dans quel but ? Pourquoi ? Qui est venu le reprendre ?

Mon père a souvent tenté d’en savoir plus sur l’enfance de ma mère, mais elle restait aussi muette qu’une tombe. Elle aurait quitté papa s’il l’avait forcée à voir un psy. Malheureusement, son amour pour ma mère a toujours été le plus fort. Qui a dit que l’amour rendait aveugle ? Si j’ai un avis à donner, je pense que mon père aurait dû forcer Judith à consulter, car ce qu’elle m’a fait subir avec son rat des ongles a laissé des traces et des peurs en moi.

J’ai aujourd’hui 22 ans, je suis enceinte de 7 mois, d’une petite fille. Depuis quelques jours, j’ai envie de me ronger les ongles et les sinistres refrains de ma mère passent en boucle dans ma tête. J’hésite à me faire aider, j’hésite à en parler à mon mari ou à mon père, j’ai peur qu’ils me prennent pour une folle et me retirent mon bébé. Et vous, avez-vous un membre de votre famille qui se ronge les ongles ? Connait-il le rat des ongles ? Pouvez-vous m’aider à mieux dormir la nuit ? J’ai peur, j’entends gratter sous mon lit et je vois de petites ombres courir autour…


lundi 7 mai 2018

Le colocataire invisible

Un automne, un papi était parti couper du bois pour la cheminée dans la forêt avec son beau-fils et ses petits-fils. Ils avaient une grande famille : le grand-père, la grand-mère, le fils aîné avec sa femme et ses deux enfants, et le fils cadet avec sa fiancée (à propos, même aujourd’hui, en Yakoutie, beaucoup vivent avec toute leur famille dans la même maison). Il faisait beau et ils avaient réussi à couper pas mal d’arbres en une après-midi. Mais vers le soir, ils sont tombés sur un gros mélèze particulièrement coriace sur lequel les coups de hache rebondissaient comme sur de la pierre. Même la tronçonneuse (une du célèbre modèle Drouzhba) n’arrivait pas à rentrer dans le bois, elle se bloquait à mort toutes les deux minutes. Bon, il y a beaucoup d’arbres dans la forêt, donc le beau-fils a proposé de laisser celui-là tranquille et d’aller s’occuper d’un autre, mais le grand-père s’est entêté, disant qu’il ne ferait pas honneur à sa réputation s’il n’abattait pas cet arbre. Ils se sont cassé la tête toute la soirée, pour au final réussir à en venir à bout. Sur ce, ils en ont fini avec leur journée de travail.

Et puis le jour est venu où ils devaient charger les arbres sur leur tracteur pour les ramener au village. Là, le même arbre s’est fait remarquer dans toute sa splendeur. Lorsqu’ils ont essayé de le mettre dans la remorque, il est retombé six fois, comme s’il était doué d’une volonté propre. Sur le chemin, il s’en est encore barré un sacré nombre de fois, même si le chargement était entravé par les barreaux. Lorsqu’ils sont enfin arrivés chez eux, ils ont préparé le tas de bois de chauffage pour le lendemain. Un des petits-fils a abattu sa hache sur l’arbre, et celle-ci a rebondi pour le frapper lui-même au front. En voyant ça, le vieux s’est énervé et a invité tout le monde à s’occuper de cet arbre en premier. Ils y ont passé la journée, mais on finit par le réduire en morceau et le mettre dans le tas de bois. Le vieux a personnellement pris une botte de ce bois-là et l’a ramené à la maison pour le fourrer dans le four à bois. Après, bien évidemment, les bûches ne se sont absolument pas laissé enflammer, mais le grand-père n’était pas non plus né de la dernière pluie, les a arrosées d’essence, a rempli le four de journaux et ainsi les a allumées.

Les trucs bizarres ont commencé le soir, et pas comme dans les films américains où est graduellement de plus en plus bizarre à mesure que les mois passent, mais le pire de tout dès le début. La famille dînait, et la fiancée du jeune fils s’est soudainement mise à hurler à pleine gorge. Tous l’ont regardée, et elle leur a dit que quelqu’un venait de la frapper en pleine poire. Ils ont d’abord pensé que la gamine avait pété une durite, mais à ce moment, de nouveau, une personne invisible s’est mise à lui mettre des taloches de sorte que sa tête bringuebalait de droite à gauche. Le grand-père a essayé de retenir lui-même le visage de sa belle-fille avec ses mains, et là la saloperie s’en est prise à lui, lui foutant un coup dans le bide avant de se mettre à le baffer. Quand le vieux est sorti en laissant derrière lui le château hanté, la chose invisible s’en est de nouveau prise à la fiancée du cadet. Il l’a malmenée toute la soirée, jusqu’à ce que ses joues soient devenues rouges comme des écrevisses, et puis s’est finalement barré. Mais il était trop tôt pour les réjouissances, car la nuit, c’est de nouveau revenu la voir, ça a balancé sa couverture sur le sol et s’est appuyé de tout son foutu poids pour l’asphyxier. C’est là qu’ils se sont tous mis à flipper, la fiancée en larmes, les gars qui ne captaient que dalle, le grand-père qui met sa tête dans ses mains en comprenant que leur bois de chauffage n’était pas issu d’un arbre ordinaire… Ils ont fait venir le prêtre du coin, qui s’est pointé avec sa croix, son encensoir et son eau bénite. Le truc est direct venu balancer l’eau, casser le récipient, arracher le crucifix du cou du prêtre pour la balancer dans un coin et mettre des taloches dans la tronche du saint. Du coup, il s’est tiré aussi vite qu’il était arrivé.

Après, le fun a commencé. La chose restait en général calme le matin et la journée, mais ne les laissait pas oublier sa présence en leur faisant des petites crasses : de la merde de vache dans le lait, de la pâte qui pourri sans raison, des tasses qui se jettent toutes seules par terre. Le soir, elle revenait toujours s’en prendre à la fiancée, la tabassait, lui arrachait ses vêtements, planquait des trucs dégueulasses dans son repas, la pelotait pendant la nuit (mais, dieu merci, elle n’a jamais essayé de la violer). Par contre, ça ne touchait pas les autres, même pas le grand-père, tant qu’ils n’essayaient pas de défendre la jeune fille. Si quelqu’un essayait quand même, ça lui collait une bonne leçon, de manière bien plus violente qu’avec elle : on se retrouvait facilement recouvert de bleus et avec des os cassés. Même les deux petits-fils n’ont ni réussi à l’attraper, ni même à l’effleurer.

Le grand-père s’en est remis au chaman de la région. Ce dernier a refusé de venir dans la maison, arguant que le mal présent était plus puissant que lui. Lorsqu’ils se sont tous mis d’accord pour dire que la bestiole était arrivée chez eux en même temps que l’arbre dans lequel, visiblement elle résidait jusqu’alors, le chaman leur a conseillé de reprendre tout ce qui restait de l’arbre et de le rapporter à l’endroit où ils l’avaient pris. C’est ce qu’ils ont fait, et les buches sont mêmes arrivées à bon port sans la moindre pirouette étrange. Mais ça n’a pas marché : il semblait que leur « colocataire » s’amusait bien plus au village. Ils sont restés comme ça un mois à tout essayer pour le chasser, en allant des cercles de charbon sur le sol aux prières en passant par les chats, mais rien n’a eu d’effet, et le truc faisait le malin avec ardeur après chaque tentative. Une telle vie a fini par affecter la santé mentale de la jeune fille, ses yeux ont commencé à se dessécher et elle s’est mise à délirer.

Par ailleurs, à cette période, un agent de la Tchéka est venu leur rendre visite, envoyé spécialement depuis un autre village qui, après avoir eu vent des rumeurs, a décidé qu’il leur fallait aller rapporter le fait que le mal se répandait. Il est entré chez eux en gueulant « il est où, votre monstre ? », et là un coup est parti du flingue qui pendait à la ceinture du gars, et il a bien failli se le prendre. Il a alors porté la main à son arme, et là quelqu’un s’est mis à lui balancer méticuleusement plein de crottes depuis le four. Il a dégainé et a mis le four en joue, mais il n’y avait personne. Et puis le truc a repris ses vieilles habitudes et l’a roué de coups au visage. Le mec de la Tchéka s’est tiré sans demander son reste et n’est jamais revenu.

Au final, la famille a décidé de renvoyer la jeune fille chez ses parents, dans un autre hameau. Alors qu’ils roulaient dans le village, elle regardait en arrière en disant : « mon pauvre abassy ne peut pas nous suivre, il est coincé, ramenez-moi là-bas », et à la sortie elle a dit « mon pauvre abassy est resté tout seul et pleure près du bouleau. » Et d’un coup, le délire a disparu, et elle a retrouvé la raison. Bien sûr, elle n’est jamais retournée dans ce village, et le mariage s’est annulé de lui-même. D’ailleurs, au village, ils n’étaient pas contre, car à l’instant où elle était partie, on aurait dit que leur colocataire s’était volatilisé, cessant ses farces et ses jeux. Au début, ils s’effrayaient à la moindre ombre, s’attendant à son retour, mais ça ne s’était jamais produit. Visiblement, sans la jeune fille, l’abassy avait fini par s’ennuyer, et était reparti dans son trou. Happy end, comme on dit.
Traduction : Magnosa


Suivante

vendredi 4 mai 2018

Je prépare une fête d'anniversaire pour ma fille aînée et j'aimerais de l'aide

Re-bonjour, tout le monde. J’ai pu voir que ma lettre ouverte a suscité votre intérêt. Certaines personnes ont pensé que je faisais subir des choses horribles à mes enfants, des choses qui me retournent l’estomac rien que d’y penser. Je ne suis pas un monstre ! J’aime mes enfants. Je me suis dit que si je refaisais un post, vous verriez que mes enfants sont très heureux et en bonne santé.

Bon, bientôt ce sera un jour très spécial. Mon aînée, Claire, va avoir 13 ans ! Ce ne sera plus une enfant et je cherche des idées pour fêter ça. Peut-être que vous pourriez m’aider à organiser la meilleure fête d’anniversaire possible pour ma première fille.

J’ai adopté Claire quand elle n’avait que quelques mois. Sa mère n’était pas en mesure de s’occuper d’elle. J’habitais à New York, à l’époque, et j’avais une boulangerie préférée à laquelle j’allais le mercredi, quand ils faisaient des croissants aux amandes. J’avais mon itinéraire habituel, et je voyais souvent une femme avec son bébé dans les bras ou dans une poussette. C’était sûrement une mère célibataire. Elle avait toujours l’air épuisée ou pressée. C’était probablement son premier enfant, aussi. Elle oubliait parfois de boucler la ceinture de la poussette, ou de mettre un gilet à la petite. Elle faisait de son mieux, je suppose, mais elle n’avait pas encore tout à fait l’instinct maternel.

Un jour sur mon chemin, j’ai vu le bébé dehors dans la poussette, mais la mère était introuvable. Il faisait très froid pour un mois d’Octobre, et comme d’habitude la petite ne portait qu’un t-shirt à manches longues et un pantalon. Pas de gilet, pas de bonnet, pas de gants, et pas de couverture pour lui tenir chaud. Je me suis arrêté et j’ai attendu, j’avais prévu de faire un sermon à la mère et de lui acheter des vêtements pour sa fille, mais elle n’est pas venue. J’ai dû attendre 5 bonnes minutes, mais ça m’a paru être des heures. La petite pleurait et ça m’a brisé le cœur.

Je n’avais pas l’intention de prendre l’enfant.

Mais la mère n’était toujours pas revenue, et les pleurs s’intensifiaient.

Alors je l’ai prise dans mes bras, enveloppée dans ma veste et ramenée avec moi à la maison. On a quitté New York peu de temps après, et on a vécu sur la route depuis. C’était un bébé merveilleux, calme et heureux. De loin mon enfant le plus facile jusqu’à aujourd’hui. Elle sait que je l’ai enlevée des bras d’une mauvaise mère et elle n’a jamais voulu en savoir plus sur cette femme. Je lui ai offert une vie merveilleuse, et un accès illimité à la culture et à l’éducation. Est-ce que vous saviez que beaucoup d’états proposent une scolarité en ligne ? C’est vrai ! C’est tellement génial de laisser les enfants apprendre à leur rythme. Une fois que notre tribu s’est agrandie, on a même organisé des expos-sciences tous ensemble.

Claire est une enfant spéciale. Je pensais qu’elle allait être une enfant unique très longtemps, mais j’avais remarqué qu’il lui manquait la compagnie d’un frère ou d’une sœur. Je ne me souviens pas où on était… Ohio, peut-être ? Et on s’était arrêtés dans une ville pour quelques jours. Il y avait un joli parc, mais il était presque tout le temps vide. La plupart du temps on n’était que tous les deux. Mais quelques fois, un petit garçon et une petite fille nous rejoignaient. Ils ne sont jamais venus avec leurs parents, et ils lorgnaient sur notre pique-nique avec des yeux affamés. Très vite, je me suis mis à préparer des sandwiches en rab’ et à emporter des puddings et des briques de jus de fruits supplémentaires. Le jour où on avait prévu de quitter la ville, je me suis finalement aperçu que leurs vêtements n’avaient jamais changé, quand j’ai reconnu la tâche d’herbe que le petit garçon s’était fait en sautant de la balançoire. Ce soir-là, Claire m’a parlé de ses amis. Ça l’inquiétait de les voir toujours affamés et ils lui avaient dit qu’elle ne pouvait pas aller jouer chez eux parce que leur maison n’était pas sûre. Je n’avais pas remarqué les bleus sur leur peau mate, mais Claire, si. Elle m’a demandé si on pouvait les adopter comme je l’avais fait pour elle.

Et c’est comme ça que notre famille s’est agrandie pour la première fois, mais pas la dernière.

J’avais de bons revenus grâce à mes petits boulots par internet. Pas mal de commandes d’œuvres d’art, de retouches, etc. Mais j’ai réalisé que ma vraie passion c’était d’aider les enfants, alors j’ai commencé à prendre des cours en ligne pour devenir un travailleur social. Claire dit qu’elle veut faire comme moi quand elle sera grande. C’est elle qui a commencé notre tradition des cochons-tirelires. Chaque enfant a une tirelire en forme de cochon qu’ils peuvent customiser comme ils veulent, et ils mettent leur argent de poche dedans pour économiser pour la fac. Elle est tellement intelligente et sage pour une enfant. La sienne a une jolie couronne de fleurs bleues peintes sur la tête du cochon.

Je suis désolé. Je me suis égaré. C’est juste que je n’ai pas souvent l’occasion de parler de ma famille. Ce sont tous des enfants tellement géniaux. Mais je devrais revenir à ce qui nous importe : l’anniversaire de Claire.

Elle adore le vert et le bleu, alors je pensais acheter des serviettes en papier et des assiettes de ces couleurs. Est-ce que quelqu’un aurait un lien pour des lampions ou des banderoles dans ces tons-là ? Elle adore le dessin animé Raiponce, alors j’avais pensé faire un lâcher de lanternes pour elle. J’ai une robe Raiponce qui vient du Disney Store. Je suis sûr qu’elle va adorer ! On a déjà fait un Funfetti Cake pour les jumeaux, alors je me disais, gâteau au chocolat ? On est de retour sur la côte Est en ce moment, donc si quelqu’un connaît une bonne pâtisserie, je suis tout ouïe ! Je pensais à un gâteau décoré en pâte à sucre ? En général j’achète un jeu de société à chaque anniversaire et on y joue en famille. On a déjà Brise pas la glace, Cluedo, Monopoly et Hi Ho Cherry-O. Vous en connaissez d’autres que votre famille aime ? Le préféré de Claire c’est Cluedo. J’avais pensé à Candy Land, mais je ne suis pas sûr. Est-ce que Twister est encore à la mode ?

Enfin bref, la grosse surprise que je vais annoncer c’est que Claire va aller au « Space Camp » ! Après la fête, je vais laisser George s’occuper des autres. C’est le deuxième plus vieux, il a 10 ans. Claire et moi on va prendre la route.

Mais on n’ira pas au « Space Camp ».

J’ai choisi un joli coin. Il y a plein de fleurs bleues, les mêmes que sur sa tirelire. J’ai déjà creusé le trou. Personne ne devrait nous déranger. J’ai acheté un beau couteau de chasse. J’ai prévu de lui trancher la gorge. Ça me paraît être la méthode la plus humaine. Un pistolet ça attire trop l’attention, et je ne pense pas être capable de la matraquer à mort.

Je ne veux pas qu’elle ait peur.

Je suppose que je pourrais l’étrangler, mais c’est une si belle enfant –enfin, jeune fille- et je n’ai pas envie de lui faire de vilaines marques pour son dernier jour.

Vous voyez, c’est pour ça que sa fête doit être parfaite. C’est sa dernière fête.

J’adore les enfants.

Mais elle ne sera plus une enfant.

Traduction : Sassy Calopsitte

Suite d'une pasta (recorrigée pour l'occasion) qui avait été publiée en 2016. Le lien est déjà dans le texte, mais le revoilà pour ceux qui l'auraient manqué.
Texte original

lundi 30 avril 2018

Chasseurs de fantômes

Retranscription d’une histoire que mon meilleur ami Antoine m’a racontée plusieurs fois. Tout est identique à ce qu’il m’a dit, avec le plus de détails dont je puisse me souvenir.

Les évènements qu’il m’a décrits se sont produits dans les années 1991.

Je n’ai jamais cru aux fantômes, évidemment. Mais pour ma copine, c’était un autre délire. Alors, quand dans la maison y’a commencé à avoir des espèces de chuchotements, des grattements sur les murs et des portes qui se claquaient derrière nous sans courant d’air, elle a pété un câble. « Antoine ! Antoine ! Il faut qu’on fasse quelque chose ! » Moi, j’étais en mode « Mais Léa, là putain je suis pas les ghostbusters, » et c’est là qu’elle a eu l’idée la plus foireuse de sa vie : elle a voulu appeler des « chasseurs de fantômes ». Bon, déjà je savais même pas que ça existait vraiment, mais au point où on en était (elle dormait plus la nuit et on baisait même plus), j’ai accepté. Puis c’est elle qui voulait payer donc j’allais pas me faire prier.

On a appelé un espèce de secrétariat d’un groupe de mec qui se disaient « chasseurs d’esprits et de revenants » dans la ville d’à côté. Ils lui ont dit qu’ils venaient le mardi suivant, et qu’ils aimeraient bien qu’elle fasse des recherches sur la maison, en mode s'il y avait déjà eu un suicidé, des trucs comme ça. Moi j’aurais trouvé ça classe, mais après maintes recherches, le seul truc le plus proche de chez nous c’était un mec qui s’était fait écraser devant la baraque en 1984, ce qui est pas franchement très effrayant. En plus le mec s’appelait « Martin » et « La légende terrifiante du revenant Martin » ça craignait un peu. Donc pas de succès de ce côté-là, mais Léa insistait.

Bref, ils sont arrivés assez tôt le matin et, après la présentation la plus pathétique et la plus puceau que j’avais jamais vu (« NOUS SOMMES LES CHASSEURS DE FANTÔMES, enchantés ! ») les trois mecs à casquette ont commencé à chercher divers trucs un peu partout dans la maison avec des appareils que j’avais jamais vu qui faisaient bip bip. Non seulement après une heure de recherche ils avaient rien trouvé du tout, mais en plus les phénomènes que Léa et moi on vivait ne s’étaient pas produits. Bref, pas un gros succès, ce qui m’a franchement conforté dans l’idée que c’était des gros arnaqueurs. Dans l’idée de les faire partir pour que je puisse regarder la télé, j’ai commencé à discuter avec celui qui avait l’air d’être le leader de cette bande de dégénérés. Même s'il avait l’air sympa (mais quand même vachement bizarre), après discussion, je lui ai discrètement glissé l’idée qu’on était pressés, et qu’il fallait qu’ils partent.

Ils ont ramassé leurs trucs et je les ai raccompagnés à la porte avec Léa. J’étais quand même un peu désolé d’avoir fait perdre du temps à ces pauvres gars, alors j’ai tenté de la jouer sympathique avec le leader. S’en est suivie la discussion la plus bizarre que j’ai jamais eue.

- Et encore désolé hein, on était persuadés qu’il y avait vraiment des trucs.

- Pas de problèmes ! On a l’habitude des fausses alertes !

Il a fait le sourire le plus forcé que j’ai jamais vu, ce qui m’a conforté dans l’idée qu’on leur avait vraiment fait perdre leur temps. J’ai essayé de changer de sujet pour combler le malaise.

- Vous n’avez pas eu trop de mal à vous garer ? Je n’ai pas vu votre camionnette dans la rue.

- Oh, nous n’en avons pas. Je déteste les voitures.

Ils ont ricané entre eux, et s’en est suivi un autre silence bien gênant. Ils ont commencé à partir sans un regard pour nous. J’ai quand même essayé d’en savoir plus :

- Je peux vous demander votre nom ?

Il s’est retourné un bref instant, m’a regardé dans les yeux et m’a souri.

- Martin.

Avec Léa on a à peine eu le temps de se regarder sans rien comprendre que le téléphone a sonné. C’était le secrétariat des chasseurs de fantômes. Ils nous informaient qu’ils étaient désolé du retard, qu’il y avait des embouteillages sur la route, et qu’ils seraient là dans une petite heure. Quand on a regardé dans la rue, les trois "chasseurs de fantômes" avaient disparu.


vendredi 27 avril 2018

La poupée rieuse

Tout a commencé par un craquement, un léger craquement derrière la porte de mon placard. C’était la nuit de mon sixième anniversaire et j’avais eu comme cadeau une poupée. Sans trop comprendre pourquoi, j’éprouvais une fascination morbide pour Cassandra, le nom que j’avais donné à ma poupée. Je l’aimais et la détestais à la fois, c’était vraiment très étrange comme sentiment. Ses gros yeux vitreux sans sourcils étaient effrayants, et que dire de son sourire si grand qu’il touchait ses deux oreilles cachées par de longs cheveux noirs. Elle avait aussi un petit nez ridicule et des tâches rouges sur ses joues. Sa robe grise lui ajoutait une allure adorablement macabre. On appelait ce modèle la poupée rieuse, car il suffisait de toucher une partie de son corps afin de l’entendre rire. On n'était qu’au début de l’ère des poupées rieuses et il était un peu normal que les rires enregistrés dans l’interface interne du modèle ne soient pas vraiment fidèles à un rire humain, c’était plutôt une suite de petits rires métalliques. Mes parents étaient pauvres, j’étais très heureuse et très étonnée d’avoir un tel cadeau, même si j’ai gardé pour moi le fait que la poupée n’était pas neuve, car sous sa robe, j'ai découvert les craquellements du vernis de sa peau bleue-pâle.

Je n’avais pas beaucoup d’amis à cette époque et j’emmenais Cassandra partout avec moi, même à l’école. Son petit format me permettait de la cacher au fond de mon cartable. Et puis un jour, son petit rire métallique s’est déclenché dans la classe. Tout le monde a ri, sauf moi et la maîtresse, madame Bertrand, une femme colérique que je détestais. Pour ne rien arranger, le rire de Cassandra était complètement détraqué, elle n’arrêtait pas de rire encore et encore. La maîtresse a trouvé la poupée et m'a ordonné de la faire taire sur-le-champ. J’étais morte de honte, mes mains tremblaient en cherchant l'accès aux piles dans son dos, des larmes gonflaient mes yeux. Je l'ai secouée plein de fois mais la poupée continuait de rire. En colère, la maîtresse me l’a arrachée des mains et l’a jetée par terre. J’ai entendu un craquement sec, comme une branche morte écrasée par un pied. Pour finir, elle l’a ramassée et l'a brandie devant mon visage, en criant trois fois : confisqué, confisqué, confisqué ! C’est à ce moment-là que j’ai vu la tête brisée de ma poupée. Ses yeux étaient comme crevés et une fracture séparait son front en deux.

À la suite de cette histoire, mes parents ont été convoqués à l’école en fin d’après-midi. J’ai pris deux claques par mon père et une par ma mère. Cette dernière m’a promis de ne plus jamais m’acheter de poupée.

J’ai eu vraiment beaucoup de mal à m’endormir puisque je n’avais plus Cassandra pour me protéger des méchants imaginaires qui vivaient dans mon placard. En pleine nuit, j’ai cru entendre son rire métallique. Je me suis réveillée en sursaut. Des chiens aboyaient furieusement au loin, mais sinon, ma chambre était silencieuse. C’était sans doute un cauchemar et alors que je tentais de me rendormir, j’ai entendu une voix agonisante au creux de mon oreille : « aidez-moi, aidez-moi ». Puis il y a eu ce rire, un rire dément, métallique, si fort que j’ai fini par crier en me bouchant les oreilles. Mes parents étaient fâchés contre moi et aucun des deux n’est venu me rassurer. Ce rire m’a semblé durer une éternité puis il s’est arrêté d’un coup, laissant la place aux aboiements des chiens.

Assise sur mon lit, essoufflée, le cœur battant, je regardais la pénombre de ma chambre. Les volets filtraient la pâle lumière de la lune et tous mes meubles semblaient gris. J’ai entendu un léger craquement derrière la porte de mon placard, puis un second, toujours aussi bref, puis un troisième espacé d’un petit rire métallique, et d’autres, encore, et encore, d’autres rires, d’autres craquements qui me faisaient sursauter. C’était affreux, j’avais l’impression qu’une mâchoire monstrueuse mâchait des os derrière la porte de mon placard.

Puis, quand j'ai cru cette hallucination auditive terminée, la poignée a cliqueté en tournant très doucement, la porte s’est ouverte par à-coups. C’était si effrayant que mon cri est resté coincé dans ma gorge. J’ai sauté du lit et je me suis réfugiée dessous. Je ne saurais dire combien de temps j'y suis restée, je claquais des dents, je regardais l’ouverture du placard qui n’était située qu’à deux mètres de mon lit.

Un pied blanchâtre est apparu, un pied squelettique aussi grand que mon bras. Il s’est enfoncé dans la moquette avant de sautiller autour du lit puis vers le fond de la chambre où j’ai aperçu la maigreur d'une jambe. Mon cœur battait si fort que je l’entendais cogner dans mes tympans. Je priais de toutes mes forces que cette horreur s’en aille, mais elle a sautillé jusqu’à mon lit puis elle a disparu. Enfin, c’est ce que je croyais, avant que mon matelas ne s’enfonce au-dessus de ma tête. J’étais petite, j’ai pu me rouler sur le dos pour voir ce qui se passait.

Le monstre bondissait sur le lit, le matelas s’est enfoncé plusieurs fois, me touchant le visage, le ventre et les jambes. Il devait y avoir plusieurs pieds car le lit se déformait à plusieurs endroits en même temps. Ça s’est arrêté d’un coup. Le silence est revenu, hormis ce claquement de dents qui sortait de ma bouche. La porte du placard a claqué sèchement, le monstre était reparti. Toutefois, je n’avais pas vu le pied sautiller jusqu’à lui, et j’ai attendu de longues minutes sans bouger un cil. J’étais trempée d’une sueur glacée, mes muscles me faisaient mal, j’avais l’impression qu’on avait jeté mon corps au fond d’un puits. Enfin, au moment où je voulais m’enfuir jusqu’à la chambre de mes parents, de longs cheveux noirs ont stoppé mon élan. Mon matelas s'est mis à bouger, le monstre a doucement baissé la tête, car ses longs cheveux s’entortillaient sur la moquette, puis un front blanchâtre est apparu. Le front était brisé en deux, sa texture et sa teinte livide m’ont fait penser à de la peau collée sur du caoutchouc. Et ses yeux, jamais je n’oublierai ses yeux crevés d’où s’écoulait une humeur bleuâtre. 

La porte de ma chambre s’est brusquement ouverte, ma mère a crié puis… puis… je ne sais plus trop ce qui s’est passé, je me souviens juste de petits rires métalliques et de craquements effroyables.

En état de choc, je ne suis pas retournée à l’école pendant plusieurs jours, d’autant plus que j’étais très inquiète de l’état de santé de ma mère. Elle a été transportée à l’hôpital avec de graves blessures, des membres brisés et un pied arraché. Mon père n’a jamais été le plus courageux des hommes et la police, alertée par les voisins, l’a retrouvé inconscient près du corps de ma mère. Il a été accusé de tentative de meurtre.

Ma pauvre mère a perdu la raison, elle n’a jamais pu témoigner en sa faveur. Lorsque j’allais la voir à l’hôpital, elle était souvent agitée, elle criait dès qu’elle voyait une poupée à la télévision au-dessus de son lit. Parfois, elle hurlait en me regardant, comme si j’étais responsable de son état.

Les policiers m’ont interrogée plusieurs fois et aucun n’a cru à mon histoire de poupée au visage brisé. Mais qui croirait une fillette de six ans ? Pourtant, si la police m’avait prise plus au sérieux, la maîtresse ne serait pas morte la nuit suivante. Son meurtre a été imputé à un rôdeur.

Un peu plus tard, j’ai trouvé un petit mot dans mes affaires d’école. La carte était sale, pleine de traces de suie et une écriture tremblante disait ceci : tu veux jouer avec moi ?

Même aujourd’hui, à l’heure où je termine de raconter mon histoire sur votre forum, je revois toujours le visage brisé du monstre, ses longs cheveux noirs, ses yeux crevés. Parfois, au milieu de la nuit, j’entends le petit rire métallique de ma poupée et parfois aussi, près de mon lit, le craquement de ses genoux...